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Israël : la Paix sera apportée par une Cigogne blanche |
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Date de mise en ligne : 27/07/07
| Situation des principaux centres d'études ornithologiques en Israël |
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Un demi-milliard d'oiseaux, plus que partout ailleurs dans le monde, passent au-dessus d'Israël chaque printemps et chaque automne. Les protecteurs de la nature du pays tentent d'attirer davantage de visiteurs étrangers, non seulement pour leur faire découvrir le potentiel ornithologique unique du pays, souvent placé au second plan par des événements politiques sur-médiatisés, mais aussi pour renforcer l'importance et l'utilité de la conservation de la nature d'un point de vue économique auprès des autorités israéliennes.
Thomas
Krumenacker (tkrumenacker@yahoo.com), observateur, photographe de talent et journaliste, nous livre son point de vue sur les interactions entre actualité politique et ornithologie.
Son article a été publié en anglais sur le site web Jungle-word.com.
Abstract
Half a billion birds, more than every other place in the world, pass through Israel every fall and spring. Nature protectors try to woo more tourists into the country - also in order to strengthen their own nature protection lobby.
Thomas Krumenacker (tkrumenacker@yahoo.com), a Greman birder, but also photographer and Journalist, who spent several weeks in the country to birdwatch, presents us his point of view and his feeling concerning the interactions
between the political situation and the role of birdwatching.
Migrations et situation politique en Israël - Par Thomas Krumenacker
Une vision israélienne de la situation
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Chaque année, des millions d'oiseaux, comme ces Cigognes noires, passent au dessus d'Israël
Photo : Thomas
Krumenacker |
Un demi-milliard d'oiseaux, plus que partout ailleurs dans le monde, passent au-dessus d'Israël à chaque printemps et à chaque automne. Les protecteurs de la nature du pays tentent d'attirer davantage de visiteurs, dans le but également de renforcer l'importance de la conservation auprès des autorités israéliennes.
David, un grand Néerlandais calme d'une quarantaine d'années, nous explique la façon de penser des Israéliens et de leur "technique" pour surmonter la peur: "Nous comptons le nombre de sirènes d'ambulance que nous entendons: une, c'est normal, mais deux, ca commence à être inquiétant. Et quand nous entendons une troisième, nous savons que quelque chose de grave est arrivé ".
A la fin du mois de janvier 2007, un terroriste s'est fait explosé à Eilat, à 40 kilomètres du lieu de cette discussion (NDLR: le kibboutz Lotan, dans la vallée de l'Arava), et trois Israéliens ont trouvé la mort. C'était la première fois que des poseurs de bombe attaquaient le coeur de l'industrie du tourisme israélien sur les rives de la Mer Rouge.
Ce sont souvent les touristes qui abordent le sujet du terrorisme. Pour les personnes qui vivent dans le kibboutz Lotan, Israël n'est pas moins sûr que les autres parties du monde. Cet état d'esprit est-il une sorte de "blindage" qui s'est installé après de nombreuses années troublées, ou bien est-ce la crainte que les évènements qui se déroulent dans le pays ne soient amplifiés en Europe ? Après tout, les autorités allemandes n'avaient-elles pas annoncé récemment que Berlin, Cologne et Munich étaient soumis à un "niveau de danger" similaire à ceux de Madrid, de Londres et même de Tel Aviv?
David, qui a vécu à Lotan pendant 15 ans, évoque aussi la crainte excessive de la terreur qui règne en Europe: "Nous sommes, parait-il, dans une zone de guerre" dit-il d'une voix basse sarcastique, pendant que des enfants galopent aux alentours dans un mélange coloré d'Hébreu, d'Anglais et de Français.
Non, le petit kibboutz dans le sud d'Israël ne semble vraiment pas être une zone en guerre. La frontière avec la Jordanie passe tout près derrière. et celle avec l'Egypte non loin de là. Israël et la Jordanie sont seulement séparés par une clôture rouillée et par deux routes couvertes de graviers, sur lesquelles patrouillent en jeeps des soldats des deux états.
"Le ciel est plein de cigognes"
La conversation du petit déjeuner à propos de la terreur, de la crainte et de l'hystérie s'est achevée par un sujet pour lequel ce petit village installé dans le désert est devenu célèbre parmi les passionnés du monde entier : les oiseaux. Jonathan Meyrav, l'un des meilleurs ornithologues amateurs d'Israël, s'approche de la table et annonce: "Le ciel est plein de cigognes!".
Nous sortons en courant de la salle à manger, et les visiteurs et les habitants examinent le ciel bleu du matin, certains à l'oeil nu, les autres venus du monde entier avec des jumelles et des longues-vues, rassemblés autour de Jonathan, un "expert" âgé de 30 ans avec une queue de cheval et des lunettes de soleil.
Interminablement, des milliers de Cigognes blanches planent au-dessus de nos têtes, de nouveaux groupes sortant sans cesse des nuages blancs.
Elles planent, utilisant facilement les courants d'air chaud de ce matin printanier, sans aucun battement d'ailes. Le groupe est formé de plus de 6 000 oiseaux qui tous vont vers le Nord vers leurs sites de nidification de Pologne, de France, et même d'Allemagne. Dans quelques jours, elles claqueront leurs becs à la recherche de conjoints sur les toits des étables du Brandebourg ou d'Alsace, où elles seront saluées comme des messagères du printemps.
Les ornithologues du Kibboutz Kfar Ruppin, au nord du pays, annonceront plus tard des chiffres spectaculaires: sur les champs et les pelouses, ils ont compté pas moins de 102 000 cigognes, soit "10% de la population mondiale qui a dormi ici" annonce fièrement l'ornithologue le plus renommé d'Israël, Yossi Leshem.
Ornithologie et activité économique
Ce paradis de l'observation est aussi le point de convergence de toute l'activité politique mondiale, avec ce qui semble être le plus interminable des conflits, celui du Moyen-Orient.
C'est la situation à laquelle sont confrontés les protecteurs de la nature en Israël. Comptant sur une hypothétique détente politique future, ils veulent aller de l'avant et attirer des centaines de milliers d'observateurs dans le pays, afin que la protection de la nature constitue un facteur économique important, ce ui mes aidera dans leur combat contre la destruction croissante des milieux naturels.
La vallée de l'Arava
Toutes les conditions sont réunies ici pour atteindre ces objectifs, et elles sont uniques au monde. On peut le constater dans le kibboutz Lotan, au coeur de la vallée de l'Arava. Les montagnes de Jordanie sont visibles d'un côté, celles du désert du Negev de l'autre, et elles s'étendent jusqu'au Golfe d'Aqaba, sur la Mer Rouge.
Dans la matinée, les roches sédimentaires des collines de l'Arava s'illuminent dès les premières lueurs et deviennent presque blanches; dans la douce lumière du soir, les montagnes de l'autre côté de la vallée, du côté jordanien, deviennent rouge profond.
Ces différentes formations rocheuses marquent la frontière exacte entre les continents africain et eurasien. Elles font partie du Grand Rift, la gigantesque faille dans la croûte terrestre créée par le mouvement tectonique des plaques au cours des 35 dernières millions d'années, et qui mesure plus de 7 000 kilomètres entre la Turquie et le Mozambique.
Un carrefour unique
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Gorgebleue à miroir (Luscinia svecica), Israël
Photo : Thomas
Krumenacker |
Israël est ainsi l'un des carrefours les plus importants pour la migration des oiseaux. 500 millions d'entre eux passent chaque printemps et chaque automne au-dessus de ce pays de la taille de la Bretagne, du plus petit comme la Fauvette à tête noire, la Fauvette des jardins, le Gorgebleue à miroir, ou le Traquet motteux aux migrateurs au long cours comme le Martinet noir et l'Hirondelle rustique. Tous choisissent la route la plus directe entre les sites d'hivernage et de reproduction. Ils préfèrent migrer la nuit quand les températures sont les plus basses et que les prédateurs (les oiseaux de proie notamment) sont moins nombreux.
Pour effectuer leur long trajet, souvent sans pause, de plus de 3 000 kilomètres à travers le désert, ils amassent des réserves de graisse dans les vertes oasis d'Israël. C'est une bonne occasion pour les observateurs de découvrir des espèces rares qui sont souvent beaucoup moins farouches ici, et qui passent en grand nombre.
Les grands oiseaux comme les cigognes, les pélicans et les rapaces ont une autre stratégie. Leur corps est trop lourd par rapport à leur envergure pour accumuler de grosses réserves. Ils volent donc en économisant leur énergie en utilisant les courants thermiques, des colonnes d'air chaud qui s'élèvent le long des arêtes rocheuses depuis les vallées chauffées par le soleil. Ces colonnes transportent alors les oiseaux vers les plus hautes altitudes.
Comme ces ascendances ne se forment qu'au dessus des terres, les grands oiseaux évitent de grandes étendues d'eau et utilisent au maximum les couloirs terrestres.
Israël est, avant même Panama et le Détroit de Gibraltar, l'un de ces goulots d'étranglement d'importance mondiale, et le nombre d'oiseaux de proie qui traversent Israël à chaque saison est impressionnant.
Par exemple, la totalité de la population mondiale d'Aigles pomarins, dont seulement quelques couples nichent au nord-est de l'Allemagne, et d'Eperviers à pieds courts, venus du sud-est de l'Europe, traversent l'espace aérien de l'état juif.
Atteindre le nombre d'observateurs des années 1980-1990
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Dan Alon, président de l'Israel Society for the Protection of Nature
Photo : Thomas
Krumenacker |
Les communautés comme celle du kibboutz Lotan ont pris en compte le trésor dont ils disposent, et organisent avec succès des séjours ornithologiques d'une demi-journée jusqu'à sept jours à travers tout le pays (site web: www.birdingisrael.com). Mais les ornithologues israéliens entourant Dan Alon, le président de l'Israel Society for the Protection of Nature (e-mail: ioclaya@netvision.net.il), sont plus ambitieux. Ils veulent atteindre le nombre d'amateurs de nature qui visitaient le pays dans les années 1980-1990.
"C'est le bon moment pour envoyer un signal au monde entier. Israël est prêt à montrer quelque chose d'unique à ses invités " clame Dan Alon, qui a été sélectionné par le magazine américain Time dans sa "Galerie d'Héros pour la Planète " pour ses activités internationales de protection des oiseaux.
Ce message est aussi tourné vers le gouvernement hébreu: "Nous voulons leur faire comprendre qu'il ne s'agît pas d'une simple vue de l'esprit de la part de passionnés. L'observation des oiseaux est un élément économique complètement sous-estimé".
Alon ajoute: "Nous pouvons également renforcer la voix de la nature avec ces visiteurs", évoquant la destruction sans discernement de zones de repos et d'hivernage pour la construction de routes et l'intensification de l'agriculture.
"Les oiseaux qui luttent pour effectuer leur migration n'ont pas d'autre choix, et nous devons nous battre pour eux ".
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Les oiseaux sont des ambassadeurs merveilleux
Suivant leur slogan "Birds no know boundaries" (les oiseaux ne connaissent pas les frontières), les protecteurs de la nature du pays font de même; ils ont ainsi construit la première station d'études ornithologiques avec leurs collègues palestiniens de Cisjordanie. Les bagueurs palestiniens de la station dans Jéricho ont été formé en Israël, l'équipement et les matériels techniques sont aussi venus d'Israël. Pour Yossi Leshem, " la coopération au Moyen-Orient est déjà d'actualité ici "
Alon et Leshem travaillent régulièrement avec leur homologue palestinien Imad Atrush. Ils planifient et mettent en œuvre de nouveaux projets qui dépassent les frontières. Par exemple, les oiseaux bagués et équipés d'émetteurs pour suivre leur déplacement ont été baptisés avec des noms chrétiens, juifs et musulmans. Depuis, des enfants de Cisjordanie, de Jordanie et d'Israël suivent la route migratoire de "leur" oiseau via lnternet, et non seulement ils découvrent le phénomène de la migration, mais aussi ils comprennent qu'il y a des gens sur l'autre côté de la frontière qui ont la même passion qu'eux.
Yossi Leshem aime dire que "peut-être que ce ne sera pas une colombe qui nous amènera la Paix un jour, mais une Cigogne blanche. La situation géographique d'Israël est une catastrophe géopolitique, mais c'est une bénédiction pour les oiseaux ".
Le dernier projet mené par les Israéliens Alon et Leshem et le Palestinien Atrush concerne l'utilisation de l'Effraie des clochers comme " arme biologique transnationale " pour limiter les populations de rongeurs. Il est couplé avec un projet éducatif pour les enfants par le biais de réunions communes. Pour Dan, "les oiseaux sont des ambassadeurs merveilleux".
Eco-tourisme et évènements politiques
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Aigle criard (Aquila clanga) sur la frontière israélo-jordanienne
Photo : Thomas
Krumenacker |
L'importance que l'éco-tourisme peut jouer dans l'économie israélienne a été démontrée au cours des années 1990, politiquement plus calmes.
Entre la première et la seconde Intifada, des centaines de milliers d'observateurs avaient visité le pays, la plupart d'eux par le biais de voyagistes. Avec le retour de la violence, beaucoup d'opérateurs ont supprimé Israël de leur programme. Depuis, les éco-touristes sont presque exclusivement des nationaux.
Les chiffres du Ministère de Tourisme constituent un baromètre de l'intensité du conflit. Au début 2006, le climat était à l'euphorie : au cours de la première moitié de l'année, on a noté 22% de touristes supplémentaires par rapport à 2005. Le changement est arrivé avec la dernière "Guerre du Liban" d el'été 2006. L'année 2006 s'est achevée avec un total de 1,8 million de visiteurs, soit 5% de moins qu'en 2005.
Dan Alon raconte en haussant les sourcils : "en septembre 2000, nous avions finalement achevé notre livre indiquant les coins où observer les oiseaux dans le pays … juste au moment où la seconde Intifada a éclaté".
Le conflit du Moyen-Orient a torpillé plusieurs éco-projets. Ainsi, le premier festival international sur la migration qui devait se dérouler dans la vallée d'Hula, au nord du pays, a été annulé pour cause de conflit avec le Hezbollah. Hula, qui constitue l'une des plus grandes zones humides du Moyen-Orient, et qui accueille des dizaines de milliers de grues chaque hiver, était devenue la cible des missiles Katyusha du mouvement chiite.
Le Spring Migration Festival 2007: un espoir
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Roselin du Sinaï (Carpodacus sinaicus) mâle, montagnes d'Eilat, Israël
Photo : Thomas
Krumenacker |
Mais nullement ébranlés, Alon, Leshem et Jonathan Meyrav ainsi que leurs partenaires ont fait une autre tentative à la fin du mois de mars 2007, et ils ont organisé le premier "festival de printemps", cette fois à Eilat (vous pouvez télécharger le compte-rendu du Spring Migration Festival d'Eilat qui s'est tenu du 18 au 24 mars 2007).
Beaucoup de visiteurs étrangers sont venus (NDLR: dont la rédaction d'Ornithomedia.com), ont participé aux sorties guidées, et ont été impressionnés par la beauté de la nature du sud du pays.
Toute la presse a rapporté cet événement, et des voyagistes ont ré-inclus Israël dans leurs programmes.
A la fermeture du festival, les organisateurs ont présenté fièrement leurs résultats: 219 espèces ont vues pendant la semaine, dont des raretés comme l'Engoulevent de Nubie et le Roselin du Sinaï. Voilà plutôt à quoi doivent ressembler des conservations dans le paradis de la migration.
Contact
Pour toute question sur cet article ou toute demande concernant des photographies d'oiseaux du Moyen-Orient ou d'ailleurs, vous pouvez contacter Thomas
Krumenacker à l'adresse e-mail: tkrumenacker@yahoo.com.
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par e-mail à david.bismuth@ornithomedia.com.
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