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Interprétation et réflexions
Facteur démographique
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L'importance des populations ibériques de Vautours fauves (Gyps fulvus) explique en partie la multiplication des observations de vautours au nord de l'aire de reproduction classique
Photo : Arthur Grosset / www.arthurgrosset.com |
Le développement des échanges entre les populations de vautours, de l¹Espagne aux
Balkans nécessite la synergie de différents facteurs, notamment démographiques.
La plupart des arrivées dans les populations
réintroduites de France viennent d'Espagne, du fait de sa proximité et de l'importance de la
population ibérique. Toutefois, les lectures de bagues au-delà de la France ne
montrent pas de prédominance de provenances pyrénéo-ibériques.
Aux Pays-Bas et en Allemagne notamment, des Vautours fauves et moines provenants de Croatie, d'Italie
(Abruzzes et Alpes orientales) et de France (sud des Alpes et du Massif
Central) ont été observés.
Facteurs écologiques
La mise à la disposition de charognes dans les zones où des oiseaux ont été réintroduits créé des relais
alimentaires pour les individus d'autres provenances.
Le renouveau spectaculaire du nombre d'ongulés sauvages, particulièrement de chamois et de bouquetins dans
les parcs nationaux des Alpes, a fournit de nouvelles ressources alimentaires.
La distribution des données en France est significativement
concentrée dans la moitié sud-est du pays. Lors des mouvements vers le
Nord-ouest de l¹Europe, les observations suggèrent une
tendance des oiseaux à suivre les reliefs : les Alpes, puis le Jura, les Vosges, la Forêt Noire...
puis le mouvement peut se poursuivre au-delà, jusqu'aux Pays-Bas et au Nord de
l¹Allemagne.
Facteurs éthologiques
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Vautours fauves (Gyps fulvus) observés en Bourgogne le 19/07/2007 par des parapentistes
Photo : Jean Pierrec |
Le comportement exploratoire sur des longues distances d'une partie des
juvéniles et immatures de Vautours fauves, qui est par ailleurs partagé par de nombreuses autres espèces de
rapaces, a pour objet la réduction de l'isolement des populations, ce qui est essentiel chez une espèce
aussi grégaire que le Vautour fauve.
Entre les Pyrénées et les
Alpes occidentales, un Vautour fauve est désormais toujours proche d'une population.
Entre les populations
balkaniques et ibériques, l'Homme avait, avant 1980, créé un "no man's land" de 1 100 km. Depuis les réintroductions en France et en Italie, la
distance maximale entre les couples nicheurs de la bordure méridionale du
Vercors et des Alpes d"Udine est désormais presque deux fois moindre.
A l'intérieur d¹une même région, on a constaté, à partir d'un seul noyau fondateur des gorges des
Causses (Massif Central), une lente augmentation du domaine vital de
la population. Au cours de la réintroduction dans les Alpes
occidentales, des échanges intenses ont d'abord eu lieu entre les populations du Diois et des Baronnies (45 km de distance), puis rapidement avec la populations des gorges du Verdon (situées à 110 km), puis avec celle des Causses (150 km de distance).
Des phénomènes similaires ont été relevés entre les populations italiennes et balkaniques.
Une synergie de facteurs
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Comme le Vautour fauve (Gyps fulvus), le Vautour moine (Aegypius monachus) peut aussi être vu loin de ses sites de nidification, comme cet individu à bague jaune observé du 24 juin au 3 juillet 2005 en Puysaye (Yonne). Il avait été bagué au nid le 15/6/2004 dans la colonie de Rascafria (communauté de Madrid)
Photo : F. Leturny |
Une synergie des facteurs éthologiques, écologiques et démographiques a été
nécessaire au développement des mouvements saisonniers actuels.
Pour que de
nouveaux progrès dans la restauration de l'ancienne aire biogéographique du Vautour
fauve puissent avoir lieu, des échanges entre les populations du Sud-ouest et du Sud-est de l'Europe sont devenus nécessaires. Le Vautour percnoptère (Neophron
percnopterus) et le Vautour moine (Aegypius monachus) semblent faire de même.
Pourquoi la fermeture des charniers espagnols ne peut pas être responsable des observations en Belgique et aux Pays-Bas?
Pour plusieurs raisons:
- Parmi les rares oiseaux dont l'origine a pu être déterminée, une très forte proportion venait de France et non pas d'Espagne.
-
Ces mouvements saisonniers ont débuté avant les disettes locales espagnoles.
- Des mouvements saisonniers ne peuvent avoir pour origine une famine pérenne: les lectures et les reprise de bagues d'origine exogène jusqu¹en 2004 (Terrasse M.,
2006) montrent nettement un afflux printanier vers le
Nord et un reflux hivernal vers l'Espagne. En France, le pic est noté en mai-juin. En Europe au Nord et à l'Est, le pic est bien marqué en mai, plus net en
juillet. En Espagne, le pic est noté en décembre-janvier.
Les mouvements observés en 2007 sont donc en accord avec ces données antérieures
à 2005.
- Ces mouvements saisonniers vont à contresens des variations du bilan énergétique des vautours espagnols (l'été est la période où la nourriture est la plus abondante, la fonte des neiges dégageant des cadavres,
il y a de nombreux transhumants, c'est la période de mise base des ongulés sauvages). Et pourquoi ensuite revenir quand les ressources sont minimales et que le froid
maximalise les dépenses d¹énergie des non-nicheurs?
- Le nombre (beaucoup trop faible par rapport aux effectifs espagnols susceptibles de fuir), l'âge (presque uniquement des immatures), l'état (peu d'oiseaux épuisés) et le comportement (pas d'installations définitives au-delà des zones de nidification) des visiteurs estivaux sont incompatibles avec un exode massif de vautours affamés.
Des
déplacements raisonnables
Si les vautours étaient poussés par la famine, ils seraient arrivés en
Belgique, en Allemagne et aux Pays-Bas au bout de leurs réserves de graisse.
Ils n¹auraient pu, en grande majorité, repartir facilement vers le Sud et en aurait trouvé des oiseaux épuisés par dizaines et non pas quelques rares individus. Ce sont
donc des incursions exploratoires réalises par des oiseaux en bonne condition.
Le
suivi par satellite à montré qu'un vautour peut franchir
tranquillement de 100 à 400 km par jour et même 600 km en cas de nécessité, par
exemple en traversant le Sahara. Or, un Vautour fauve bien "gras" peut jeûner
deux semaines, voire trois selon les conditions, avant que sa situation
ne commence à devenir critique, c'est à dire qu'il ne soit trop affaiblit pour rechercher des charognes. Un voyage de
quelques milliers de kilomètres n'est donc nullement une épreuve terrible.
Par rapport au
rayon d'action quotidien des nicheurs, l'erratisme d¹un groupe de non-nicheurs entre les Alpes occidentales et le nord des Pays-Bas ou de l'Allemagne
constitue, pour le Vautour fauve, l'équivalent d'un trajet de 5 km pour une Mésange
charbonnière (Parus major).
Outre un accident, le risque majeur pour un
vautour s'aventurant loin de sa zone de nidification est de se retrouver dans des conditions atmosphériques défavorables dans une contrée pauvre en charognes. C'est tout
à fait possible dans un pays plat, défavorable aux ascendances dynamiques,
en cas de couvert nuageux pendant des semaines, donc sans développement
d¹ascendances thermiques.
Les conséquences de tels mouvements
De tels mouvements permettent des
échanges entre des populations nicheuses, des fortes
densités vers les faibles
ils favorisent des
nidifications dans des biotopes favorables mais totalement vides. Le
Vautour fauve nichait autrefois jusque dans le sud de la Pologne et de l'Allemagne (à
une latitude identique à celle du Luxembourg). Ce qui a existé peut exister
à nouveau... si les conditions actuelles s¹y prêtent.
Toutefois, chez une
espèce aussi grégaire, et sans lâchers, le retour spontané est extrêmement long.
Ils contribuent à la découverte de nouvelles aires de transhumance estivale, comme
on le voit actuellement en France en direction de l'est des Pyrénées et vers les
Alpes du sud (Mercantour, Ecrins). Vers le nord du Massif Central (Ardèche,
Auvergne) et des Alpes (Chartreuse, Bauges, Bargy, ouest de la Suisse), on
note une tendance.
Toutes autres choses étant égales par ailleurs, les reliefs sont plus
favorables au vol des vautours que les grandes plaines.
Mais le facteur essentiel reste certainement la disponibilité de charognes. Le
vautour moine venu des Baronnies qui a vécu six mois du nord
des Pays-Bas s'était installé dans une réserve naturelle à forte densité
d'ongulés. Les conditions
a priori les plus favorables sont l'élevage extensif.
Le retour du Loup (Canis lupus) permet d'augmenter les ressources, mais aussi le risque
d¹empoisonnement.
Suggestions pour augmenter un estivage stable
Les charniers mis en place dans le sud de la France
pour le Percnoptère d'Egypte, mais aussi beaucoup plus au nord pour
les milans peuvent être découverts par des Vautours fauves. Si la fréquentation devient régulière, on
pourra passer à la mise à disposition de charognes entières.
La présence à
proximité d'un charnier de Vautours fauves captifs dans une vaste volière
est très attractive, du fait du grégarisme de l'espèce. On utilisera pour ce faire des
oiseaux issus de centre de soins non libérables
Dans les régions non favorables à une installation
Le rapprochement de la limite nord de nidification et des zones d'estivage régulier et
l'augmentation des effectifs pérennes ou saisonniers dans ces régions,
augmenteront nécessairement la fréquence et/ou les effectifs dans des régions défavorables à un séjour prolongé (habitat, climat, disponibilité de charognes)
Routes ancestrales innées ou éco-éthologie?
Certaines spécialistes estiment que ces mouvements sont innés, et reflètent d'anciennes routes de migration des ongulés. Cette hypothèse
est non testable et incompatible avec certains faits.
Les mouvements d'individus marqués en Espagne, en France, en
Italie, en Croatie, peuvent se faire dans toutes les directions, parfois
chez un même individu. Des Vautours fauves de toutes ces origines ont
atteint les Pays-Bas. Les directions ne nécessitent pas une explication génétique.
Les
déplacements sont importants en longitude, comme par exemple, un aller-retour vers l'Est de 1 800 km d'un
Vautour fauve venu des Causses, un autre d'un oiseau croate vers Israël ...
L'
inadaptation en cas d¹installation à distance du lieu de naissance: des
individus nés en Espagne (lâchés, immigrés) ou en Croatie ( immigrés)
installés dans les Alpes françaises transmettraient des informations
génétiques sur des routes inadaptées par rapport à leur nouveau site de nidification.
La formulation romantique de "routes ancestrales innées" implique une
inscription génétique. Or, des travaux récents ont montré que, de l'Espagne
à Israël, les populations de Vautours fauves, réintroduites ou non, ont
une forte diversité génétique, sans différences statistiquement
significatives entres elles.
La seule tendance innée qu'on doive postuler chez les vautours pour
expliquer les faits observés est qu'une fraction des juvéniles et des immatures a un comportement exploratoire sur des longues distances.
A terme, elle entraîne une colonisation potentielle de la totalité de l'aire
favorable à la nidification et à la transhumance à une époque donnée.
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La limite nord de l'aire de nidification du Vautour fauve (Gyps fulvus) est déterminée par des facteurs écologiques
Photo : Arthur Grosset / www.arthurgrosset.com |
La
limite nord de la zone de nidification du Vautour fauve est liée à des limites écologiques, dont la plus importante est l¹extrême réduction
hivernale de la durée du jour sous les hautes latitudes. Non seulement la reproduction des vautours commence en hiver, mais elle les occupe la majeure partie de
l'année, si on y inclut les parades, le choix du site du nid et les soins aux jeunes
après l'envol. Aucun décalage phénologique ne peut leur permettre de nicher
sous les hautes latitudes. En effet, la durée du jour en hiver est très importante pour
permettre de prospecter de vastes régions, et ce d'autant plus vastes que la
nécromasse d'ongulés est réduite.
En Europe, cette limite climatique est redoublée pour les espèces nicheuses
rupestres, par la géomorphologie: la vaste zone quasi-dépourvue de reliefs et de falaises
qui s'étend du nord de la France à la Russie.
Dans certaines régions sans rochers, le
pionnier pourrait être plutôt le Vautour moine ...
Les autres limites sont les côtes, la présence d'espèces
écologiquement analogues, la faible présence de
charognes, les destructions par
l'Homme, le poison (visant des mammifères sauvages ou
les résidus médicamenteux utilisés pour le bétail).
étant le plus radical des moyens
d¹anéantissement de populations entières de vautours, même très abondantes.
Documents à télécharger
Jean-Pierre Choisy (Parc Naturel Régional du Vercors) et
Christian Tessier (assiociation Vautours-en-Baronnies)
ont rédigé plsuieurs documents utiles à télécharger ci-dessous:
1-
Les quatre espèces de vautours: rétrospective 2006 (et derniers hivers) dans la Drôme et aux alentours
mag_art365_retrospective2006.zip - Compressé - fichier Word - 97 Ko.
2- Identification des différentes espèces de vautours
mag_art365_identification.zip - Compressé - fichier Word - 9 Ko.
3- Comment transmettre vos observations?
mag_art365_observations.zip - Compressé - fichier Word - 9 Ko.
Contact
Pour toute observation de vautours dans le Sud-est de la France, vous pouvez contacter Jean-Pierre Choisy: jean-pierre.choisy@pnr-vercors.fr.
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/ Observations ou
par e-mail à david.bismuth@ornithomedia.com.
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