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Date de mise en ligne : 19/07/07
Au cours du week-end du 16 juin 2007, jusqu'à 200 Vautours fauves (Gyps fulvus) avaient été comptés au-dessus de la Belgique, depuis les Ardennes jusqu'à la Flandre en passant par la région de Bruxelles (lire Vautours affamés: décret royal et mouvements).
Pour la plupart des associations, cette situation est due aux mesures sanitaires relatives à la directive CEE numéro 1774/2002 et ayant pour objet la lutte contre l'Encéphalite Spongiforme Bovine (ESB). Ces mesures drastiques auraient entraîné la quasi-fermeture des charniers dans certaines régions d'Espagne (lire Les
vautours d'Europe menacés par une décision européenne).
Mais dès le départ, Jean-Pierre Choisy (jean-pierre.choisy@pnr-vercors.fr) du Parc Naturel Régional du Vercors, a contesté cette hypothèse. Pour lui, et pour d'autres spécialistes, ces mouvements sont naturels. Il a développé ses arguments dans sa newsletter "Vautours infos" n° 10 de 2007, et nous les publions dans cet article.
Abstract
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The 16th and 17th of June 2007, dozens, maybe two hundreds Griffon Vultures (Gyps fulvus), probably coming from Spain where cattle corpses are less available due to the CEE n.º 1774/2002 European Sanitary Directive against the Bovine Spongiform Encephalopathy (BSE), were watched above Belgium, (read our article Vautours affamés: décret royal et mouvements).
But according Jean-Pierre Choisy, from the Vercors regional park, these seasonal
movements are natural. He presents his point of view in the Newsletter "Vautours
infos" of June 2007.
De nombreux mouvements entre les populations européennes
De nombreuses questions
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Depuis plusieurs années, les observations de Vautours fauves (Gyps fulvus) se sont multipliées au nord des Pyrénées
Photo : Arthur Grosset / www.arthurgrosset.com |
On me pose souvent des questions au sujet des mouvements de vautours de ce printemps 2007,
jusqu¹en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne. On ne peut les comprendre
sans les replacer dans un contexte spatial et temporal bien plus large. En
outre, des données nouvelles me sont parvenues.
Je peux donc désormais répondre de manière plus analytique.
J'ai utilisé deux principales sources :
- avant 2005, l¹article de Michel Terrasse (2006) "Evolution des
déplacements du Vautour fauve Gyps fulvus en France et en Europe", Ornithos
13-8 : 273-299;
- depuis 2005 : les données qui me sont parvenues directement, ou par
consultation de sites Internet.
Avant-propos
Je n¹ai pas à me substituer aux Espagnols et ni aux Pyrénéens, et surtout, je
ne dispose ni des informations ni du temps nécessaire à une synthèse sur les
mouvements récents internes à ce bastion des vautours d¹Europe.
Je me
contenterai de retransmettre quelques informations reçues et de les commenter.
Dans les Pyrénées françaises
Du point de vue des vautours, la proximité autant que la continuité
orographique font du versant français la frange nord des populations de vautours ibériques.
On doit donc s'y poser les mêmes questions. Monsieur Razin, de la LPO mission Rapaces, se demande: "est-ce qu'actuellement il y a toujours autant de
vautours dans les collines malgré la montée en estive des troupeaux? Une
grosse partie des vautours espagnols qui meurent de faim sont désormais chez nous,
je n'en doute pas. Ainsi, vendredi dernier, il y avait 50 vautours au-dessus d'Ustaritz (à 5
km de Bayonne), ce qui n'est pas normal en cette saison, et j'aimerais savoir
s'il s'agît d'une situation exceptionnelle".
En Espagne
Dans plusieurs provinces espganoles, l¹application brutale de directives européennes relative à l¹élimination des charognes a créé depuis 2006 une situation dramatique
pour les oiseaux charognards, notamment les Milans noirs (Milvus migrans), royaux (M. milvus) et plus
encore les Vautours fauves (Gyps fulvus). L'effondrement du
succès de reproduction des vautours dans les colonies concernées a été quantifié. Pour le FAB
(Fundo de los Amigos del Buitre), certaines colonies aragonaises ont vu leurs
effectifs reproducteurs diminuer de 70%. En Aragon, les vautours se posent ainsi sur
les toits des fermes et sont victimes de collision sur les routes.
Des informations satistiques sont disponibles
concernant l'augmentation du nombre de charognards de diverses espèces qui, affamés et épuisés, arrivent dans les centres de soins.
Mais d¹autres informations font gravement défaut pour pouvoir comprendre l'impact des pénuries locales:
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Quelle est l'importance de la dégradation des conditions d¹alimentation? Quelle
est la proportion de l'aire de répartition du Vautour fauve en Espagne et de ses
effectifs concernés par cette pénurie?
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Quels sont les mouvements de vautours entre les provinces concernées et non concernées par la disette (évaluables par le suivi de l'évolution des effectifs et par des lectures de
bagues).
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Quelles sont les différences de comportement entre les adultes installés, ayant déjà niché, et les
immatures (information obtenue par lecture de bagues?)?
Il est fort possible que cette dernière information existe, mais je ne sais
où et comment me la procurer.
Chez des espèces à faible longévité et à forte mortalité dont les populations
ne se maintiennent que grâce à une forte natalité, deux années
consécutives d¹effondrement de la reproduction auraient suffit à causer un
effondrement démographique. Mais il n¹en est pas de même chez une espèce comme le Vautour fauve dont les
adultes ont une longue espérance de vie (qui dépasse les 40 ans, avec 3% de mortalité par
an).
Aussi catastrophique que ce soit cette disette pour le succès de
reproduction, je n¹ai pas eu d¹information de mortalité massive chez des oiseaux
volants. Donc, pour le moment, on peut penser que, malgré l¹effondrement de
la production de jeunes, les effectifs d¹adultes se
maintiennent, du moins provisoirement.
Il n¹est pas trop tard pour éviter une
catastrophe. Mais elle se produira nécesssairement si on tarde trop à
trouver une solution de gestion qui tienne compte de la préservation des
populations de charognards.
Remarquons que cette situation de famine
artificielle pour les charognards, récente en Espagne, est déjà effective depuis des générations dans des pays soit-disant très protecteurs de la
nature. Leur crédibilité dans la crise actuelle serait plus grande s¹ils
parvenaient chez eux à améliiorer la situation des populations des milans, de Pygargues à queue blanche (Haliaeetus albicilla) et des vautours visiteurs
occasionnels [...].
Analyse de la situation au nord des Pyrénées entre 1945 et 1981
- Alpes orientales : estivage en Autriche de non nicheurs venus des populations
des Balkans, puis déclin suivant celui de ces dernières (et destructions
locales)
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Ailleurs en Europe : observations exceptionnelles, en nombres très faibles, irrégulièrement.
Analyse de la situation au nord des Pyrénées entre 1981 et 1984
- Alpes orientales : estivage en Autriche depuis la
réintroduction dans les Alpes orientales italiennes et sans doute aussi grâce
au dynamisme de la colonie de l¹île de Cres (Croatie), bien protégée
- Ailleurs en Europe : augmentation exponentielle du nombre d'observations [...] (voir l'article de M. Terrasse).
Corrélations entre le nombre d'observations au nord des Pyrénées et la situation des populations
Il n'y a plus de populations reproductrices en Europe
occidentale au nord des Pyrénées au début des années 1980. Mais les choses vont changer, suite aux différentes réintroductions dans le Massif Central et le sud-est de la France.
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1981: début de la réintroduction réussie dans les gorges des Grands
Causses, dans le sud du Massif Central.
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1993: premier pic d'observation au nord des Pyrénées, l'année des premiers lâchers à Navacelles, le second site
du sud du Massif Central.
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1996: amorce du second pic, qui correspond au premier lâcher dans les Baronnies (Drôme) dans le
sud des Préalpes françaises.
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1997: pic spectaculaire, qui correspond à la poursuite des lâchers dans les Baronnies.
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1999: nouveau pic bien marqué, notamment dans le Diois (Drôme) et dans les gorges
du Verdon (Alpes-de-Haute-Provence/Var) , mais aussi dans d'autres massifs du sud des Préalpes françaises.
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2000: début d¹une forte augmentation des observations dans les pays du
nord et à l'est de la France.
Situation actuelle
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Curée de Vautours fauves (Gyps fulvus) au Col de la Colombière (Haute-Savoie) le 18/06/2007: il s'agît probablement d'oiseaux venus du Diois ou des Baronnies
Photo : Serge Genova |
- Extension estivale en altitude et en surface de la zone de
prospection des populations réintroduites dans les Préalpes, avec par exemple une zone de 5 000 à 6 000
km2 pour la population du Diois et des Baronnies.
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Développement de transhumances intra-alpines avec formations de reposoirs nocturnes :
d¹abord dans le Mercantour (Alpes maritimes) à partir de la population des gorges du Verdon,
évolution commencée en 2005 dans les Ecrins (Hautes-Alpes) à partir de la population des Diois-Baronnies. Quelques curées rassemblant jusqu'à 40 individus en 2006 ont été vues, comprenant quelques Vautours moines (Aegypius monachus) venus des Baronnies.
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Tendance analogue entre le nord du Massif Central et l'Auvergne.
- Fort développement des échanges entre les populations de l'Espagne et des
Alpes occidentales, qui ont débuté depuis quelques années entre les Causses, les Pyrénées et l'Espagne. On note globalement un flux vers le Nord à partir de la seconde
moitié du printemps, puis reflux vers le Sud en automne. - Certains visiteurs
s'installent; ainsi, des vautours nés dans les Causses,
les Pyrénées et l'Espagne se sont reproduits dans les Alpes françaises.
- Développement modeste des échanges entre les populations des Alpes
françaises et celles d'Italie et des Balkans. Quelques mouvements ont été notés entre les oiseaux balkaniques
et ceux du Massif Central, des Pyrénées et d'Espagne. Ainsi, au moins un oiseau né
en Croatie s'est installé au sein de la population du Diois et des Baronnies.
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Une partie des 54 Vautours fauves (Gyps fulvus) vus au-dessus de Baulmes (Canton de Vaud), Suisse, le 29/05/2005.
Ils sont arrivés vers 16h10 en deux groupes successifs de 41 puis de 13, ils ont profité d'une ascendance devant les Aiguilles de Baulmes, avant de disparaître derrière ces mêmes Aiguilles en direction du Nord à 16h28.
Photo : P.-A. Ravussin |
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Augmentation spectaculaire des brèves incursions de groupes au nord des
Alpes, avec des destinations privilégiées: la région du Jura, la Belgique,
les Pays-Bas et, plus récemment, l'Allemagne, avec des groupes atteignant 17
oiseaux en 2002 aux Pays-Bas.
Plus récemment, en 2005, 54 oiseaux ont été notés en Suisse, et 10-15 en Allemagne.
En 2006, 50 oiseaux ont été notés en Bourgogne, et 71 en Allemagne.
En 2007, 97 oiseaux ont été comptés en Belgique, 61 aux
Pays-Bas, et 30 en Allemagne.
- Des individus
isolés provenant de France ont atteint la Pologne, la Lettonie, la Suède et la Finlande.
D'autres, venus de Croatie, sont arrivés jusqu'en Israël, en Crimée (Ukraine), en Russie (au nord de Kazan), dans les
Pyrénées, et à Gibraltar.
Lectures de bagues et reprises à distance des populations
Le pic des observations est constaté en mai, avec très peu de données en dehors de la période comprise entre les mois de mars et d'octobre.
Aux Pays-Bas,
les 275 observations sont toutes concentrées de mai à août.
En mai: 2,4% (du total), en juin: 84,3%, en juillet: 11,5%, en août: 1,7%.
Moyenne des effectifs en mai: 1, en juin: 9.3, en
juillet: 15, et en août: 1.
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