Recherche sur Ornithomedia.com

  Magazine
   Livre recommandé

Prion Birdwatchers' Guide to Morocco (Broché)
de Patrick Bergier (Auteur), Fedora Bergier (Auteur)

Prix : 32,03 €
Commander
sur Amazon

  Les oiseaux de la suberaie de ... ) | Discussion

Discussion


Analyse synchronique : comparaison avec d’autres subéraies

Notre étude confirme l’absence en Ma’amora en tant que nicheurs de nombreuses espèces forestières dont le Pigeon colombin Columba oenas, le Rouge-gorge Erithacus rubecula, le Roitelet à triple bandeau Regulus ignicapilla, la Mésange noire Parus ater, la Sittelle torchepot Sitta europaea et le Gros-bec casse-noyaux Coccothraustes coccothraustes, espèces qui ne se reproduisent au Maroc que dans les forêts humides des montagnes ou de l’extrême Nord-Ouest (THÉVENOT et al., 2003).
Ces espèces sont également absentes d’autres forêts voisines et comparables telles que la subéraie de Zaër au Sud (33°50’N 06°20’W, superficie 28,000 ha) ou celle d’Aïn Felfel au Nord (34°47’N 06°16’W, superficie 12,000 ha).
Mais dans ces forêts se reproduisent quelques espèces absentes de la Ma’amora ; il s’agit du Grimpereau des jardins Certhia brachydactyla (Zaër et Aïn Felfel), du Geai des chênes Garrulus gandarius (Zaër), et probablement aussi du Pouillot ibérique Phylloscopus ibericus (Aïn Felfel).
La présence du Grimpereau des jardins dans la subéraie de Zaër est récente ; il était absent de ce massif jusqu’à la fin des années 1980.

Analyse diachronique : comparaison avec les données antérieures

Francolin à double éperon (Francolinus bicalcaratus aesha)
Francolin à double éperon (Francolinus bicalcaratus aesha), subéraie de Zaër, Maroc, mars 2004
Photo : Chris Batty

La disparition de 11 espèces nicheuses, la plupart de grande valeur patrimoniale signalées au début du XXe siècle dans la Ma’amora, est à souligner (Tableau 4). Parmi celles qui nichaient à l’intérieur de la subéraie, les plus emblématiques sont trois espèces qui étaient représentées en Ma’amora par des sous-espèces endémiques du Maroc: l’Outarde arabe Ardeotis arabs lynesi, la Pintade de Numidie Numida meleagris sabyi, et le Francolin à double éperon Francolinus bicalcaratus aesha.
L’Outarde arabe était commune en 1902 dans toute la forêt, boisements clairs compris (‘fairly common all through the forest’ – MEADE-WALDO 1905) mais avait déjà beaucoup régressé dès 1920 (JOURDAIN, 1921) et a complètement disparu du pays au cours des années 1950 (THÉVENOT et al., 2003).
La Pintade de Numidie, beaucoup plus rare et localisée à l’Est de la forêt, n’a plus été notée après 1920 (JOURDAIN, 1921) et a disparu du Maroc au début des années 1970 (THÉVENOT et al., 2003). Enfin, le Francolin à double éperon a survécu en Ma’amora jusqu’au milieu des années 1960 et s’est maintenu, non loin de là, dans la subéraie de Zaër qui constitue son dernier bastion au Maroc.
L’Ibis chauve, espèce globalement menacée, qui nichait tout près de la Ma’amora dans les falaises du littoral atlantique au Nord de Salé, a été rencontré en grand nombre se nourrissant en lisière et dans les espaces ouverts de la forêt par MEADE-WALDO (1905) mais avait déjà disparu en 1920 (JOURDAIN, 1921).
L’Outarde canepetière qui était abondante au début du XXe siècle dans les clairières et en lisière de la Ma’amora (‘abounded in all open space on the outskirts’ – MEADE-WALDO, 1905) ne s’y rencontre plus depuis la fin des années 1970 et est aujourd’hui en fort déclin dans tout le Maroc (DAWSON & HELLMICH, 1999). Notons que nous avons pu observer le 16 novembre 2005, dans une clairière humide au Nord-Ouest de la Ma’amora, trois Outardes canepetières, probablement en migration.
La présence des grands rapaces (cf. liste dans le tab.3), comme celle du Francolin et de la Pintade montrent que la forêt était alors moins perturbée par l’homme qu’aujourd’hui et qu’elle comportait des grands arbres et des secteurs plus ou moins impénétrables, ce que confirme HARTERT (1925) : “The forest consists mainly of cork-oak… and in places fairly thick bushes and undergrowth”.
Cependant la présence des outardes et du Turnix montre aussi que dès le début du XXe siècle la forêt présentait déjà, au moins localement, un caractère très ouvert : “The timber is continuous, closely dotted about in some parts and forming thickets in others. There are some small open spaces…” (MEADE-WALDO 1905) ; l’existence de clairières et d’étendues basses buissonnantes est aussi attestée par LYNES (1920) : “Open glades, with occasional “maquis” of Cistus and palmetto are frequent”.
Mises à part ces extinctions anciennes, les résultats de nos prospections confrontés aux données bibliographiques disponibles nous permettent de constater une assez grande stabilité qualitative du peuplement ornithologique de la Ma’amora, malgré la dégradation et le fractionnement continu de la forêt. Certes les données antérieures sont pour la plupart purement qualitatives et ne permettent pas une comparaison poussée avec nos données, mais toutes les espèces nicheuses listées au cours du XXe siècle depuis WEADE-WALDO (1905) jusqu’à l’étude sur les Aires Protégées au Maroc (AEFCS, 1996) ont été retrouvées.
La majorité d'entre elles montre une abondance qui ne semble pas avoir beaucoup varié depuis un siècle, en particulier les espèces forestières les plus communes (Pinson des arbres, Mésange bleue et Pic épeiche).
Trois espèces paraissent en déclin, le Milan noir, la Perdrix gambra et le Merle noir à cause de la disparition du sous-bois (pour les deux dernières) et du dérangement (pour les deux premières).
Par contre, six espèces au moins sont en augmentation, probablement en liaison avec l’ouverture croissante de la subéraie (Élanion blanc, Engoulevent à collier roux, Huppe, Alouette lulu, Pie et Chardonneret).

De nouvelles espèces nicheuses

Notre étude a permis de découvrir quelques espèces nouvelles jamais encore signalées dans la Ma’amora.
La Tourterelle turque, qui a récemment colonisé le Maroc et dont l’arrivée dans la région est récente (1989-1990), a profité de l’urbanisation des Oiseaux de la subéraie de la Ma’amora alentours de la forêt pour pénétrer en Ma’amora mais elle n’a pas encore niché dans les peuplements de Chêne-liège.
D’autres espèces, liées aux milieux arborés ouverts ou buissonnants bas (Cochevis de Thékla, Bulbul des jardins, Agrobate roux, Tarier pâtre, Fauvette à lunettes et Linotte mélodieuse) qui étaient présentes depuis longtemps dans la région ont profité de l’ouverture et de la fragmentation croissante de la forêt et se rencontrent aujourd’hui aux lisières et dans certains secteurs de la subéraie.
Plus remarquable dans ce contexte est l’apparition récente en Ma’amora de quatre espèces à tendance forestière, l’Aigle botté, le Petit-duc, le Pic de Levaillant et le Troglodyte mignon. L’arrivée des deux dernières espèces qui sont sédentaires, s’est faite très certainement à partir de massifs forestiers situés plus au Sud (Séhoul et Zaër) en passant par les parcs et jardins de la ville de Rabat qui ont fait office de corridor.
Pour le Pic de Levaillant, il ne s’agit pas de la première tentative de colonisation puisqu’un individu capturé en Mamora en 1936 figure dans les collections de l’Institut Scientifique de Rabat.
Un suivi de ces espèces est donc nécessaire pour confirmer leur reproduction dans la forêt, et suivre leur devenir : maintien et extension ou extinction.

Conclusion

Nos observations montrent que la forêt de Ma’amora abrite une avifaune nicheuse typique des subéraies atlantiques marocaines (THÉVENOT, 1991). Cette avifaune se trouve enrichie de quelques espèces d’oiseaux d’eau dont la présence est liée aux dayas temporaires dispersées dans la forêt. La subéraie constitue également un important lieu d’escale et d’hivernage pour de nombreuses espèces paléarctiques migratrices.
Cependant, les effets de la dégradation et de la fragmentation auxquelles sont soumis les peuplements de Chêneliège, se sont traduits, dès le début du XXe siècle, par la disparition de plusieurs grandes espèces d’un grand intérêt patrimonial (outardes, grands rapaces…).
Aujourd’hui ces effets s’accélèrent, notamment au niveau des secteurs limitrophes des zones d’agriculture intensive du Gharb et des grandes agglomérations urbaines telles que Rabat-Salé et Kénitra, et leur impact se fait sentir avec une intensité croissante sur la biodiversité végétale de la forêt (BENABID 2000) et sur son avifaune nicheuse.
À l’image de l’envahissement de la forêt par des essences végétales nitrophiles et rudérales (BENABID, 2000) nous avons pu constater la présence presque généralisée d’espèces anthropophiles comme le Héron garde-boeufs, de la Tourterelle turque et du Moineau domestique auparavant rares en forêt. Cette évolution se manifeste aussi par l’augmentation d’abondance et la pénétration dans la subéraie d’espèces inféodées aux milieux ouverts (Élanion blanc, Engoulevent à collier roux, Huppe, Alouette lulu, Fauvette à lunettes, Pie et Chardonneret).
Inversement, malgré ce contexte de dégradation et de fragmentation, on peut souligner que toutes les espèces sédentaires caractéristiques des communautés d’oiseaux forestiers (passereaux, pics, et colombidés) se sont maintenues et que deux nouvelles espèces de ce type sont apparues (Pic de Levaillant et Troglodyte mignon).
Les secteurs les plus vastes et les mieux conservés, comme le secteur G, présentent des strates arborées et arbustives bien développées et se caractérisent par une avifaune riche et diversifiée. On y note une abondance remarquable des oiseaux forestiers, en particulier de l’Épervier d’Europe, du Faucon hobereau, de la Chouette hulotte, du Pic épeiche, de la Mésange bleue, de la Mésange charbonnière, de la Grive draine, du Pouillot de Bonelli et du Pinson des arbres. Ces secteurs semblent jouer le rôle de sources de colonisations pour les autres fragments de la subéraie, ce qui reste encore à prouver par une étude détaillée de la dynamique régionale des populations de ces espèces (CHERKAOUI et al., in prep.).
Une telle étude s’avère indispensable si l’on veut comprendre les processus et les facteurs écologiques qui affectent les communautés d’oiseaux de cette subéraie et mettre en place un plan de conservation adéquat de sa biodiversité menacée.

Remerciements

Nous remercions Madame ESSABBANI ASMAE et Messieurs ADEL BOUJAJA et HICHAM NOUIRI pour l’aide qu’ils nous ont apportée au cours des missions de suivi dans la forêt de la Ma’amora. PATRICK BERGIER a bien voulu relire attentivement le manuscrit et lui apporter d’utiles commentaires.

Bibliographie

Voir la bibliographie.


  Suite de l'article
 
Introduction
Site d'étude et méthodologie
Résultats
L'avifaune nicheuse - 1ère partie
L'avifaune nicheuse - 2nde partie

Discussion
  Magazine

   Sommaire
   Livre recommandé

Finding Birds in Southern Morocco
de Dave Gosney

8,04 €

Publicité
  
  
   Livre recommandé

Guide du Routard : Maroc 2004/2005
de Guide du Routard
12,26 €
Commander
sur Amazon

   Newsletter

   Recevez chaque mois
   notre lettre d'infos
   gratuite.
    Inscription
   
Desinscription
        
         

   Livre recommandé

Le guide ornitho : Les 848 espèces d'Europe en 4000 dessins de Grant, Mullarney et al.
26,60 €
Commander
sur Amazon
ORNITHOMEDIA (c) 2000 Tous droits réservés