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  Les oiseaux de la suberaie de Ma'amora (Maroc)

Date de mise en ligne : 04/07/07

Situation de la forêt de Ma'amora
Situation de la forêt de Ma'amora
La forêt de la Ma’amora, la plus vaste subéraie (forêt de chênes-lièges) du Maroc, est sans aucun doute un des écosystèmes les plus étudiés du pays. Sur le plan ornithologique, elle a été prospectée dès le début du XXe siècle
Sa flore et sa végétation sont bien connues.
Son grand intérêt biologique lui a valu d’être identifiée comme Site d’Intérêt Biologique et Écologique (SIBE) par l’étude sur les Aires Protégées au Maroc (AEFCS, 1996) qui propose de réaliser une zone protégée de 5 000 ha de subé raie. Sur la base des données disponibles au début des années 1990, l’étude donne une liste de 69 espèces d’oiseaux qui nichent ou ont niché dans les limites de la forêt de la Ma’amora.
Mais la subéraie de la Ma’amora a subi depuis longtemps une régression continue. En effet, sa superficie n’a cessé de s’amenuiser depuis le début du vingtième siècle, passant d'environ 300 000 ha en 1920 à 134 000 ha au début des années 1980, dont la moitié constituée de plantations artificielles.
La mise en place, dès le début des années 1920, d'un réseau de pistes forestières et de tranchées pare-feu, qui ont morcelé le paysage forestier, un pâturage important par 173000 ovins et 52000 bovins, et un développement continu et non organisé de la fréquentation touristique qui atteint le niveau de 30 000 visiteurs et plus de 3 000 véhicules par semaine ont entraîné une dégradation du milieu naturel.
L’objectif de cet article préliminaire est de présenter une mise au point de l’état actuel de l’avifaune de la subéraie de la Ma’amora.
Cette étude a été réalisée par S.I. CHERKAOUI(1), M. DAKKI(3), S. SELMI(4), H. RGUIBI IDRISSI (2,3) et M. THÉVENOT (5), et été publiée dans le 1er numéro de l'année 2007 de la revue Alauda, la Revue internationale d’Ornithologie de la Société d’Études Ornithologiques de France (www.mnhn.fr/assoc/seof/).
Nous remercions Imad Cherkaoui pour nous aidé à illustrer cet article.


(1) U.F.R. "Biodiversité et Aquaculture", Univ. Mohammed V, Faculté des Sciences, Dépt. de Biologie, Rabat- Agdal, Maroc (imad_cherkaoui@yahoo.fr).
(2) Univ. Chouaib Doukkali, Faculté des Sciences, Dépt. de Biologie, Laboratoire. “Biodiversité. Valorisation des ressources Naturelles”, El Jadida, Maroc.
(3) Centre d'Etude des Migrations d'Oiseaux, Institut Scientifique, Charia Ibn Battota, BP 703, 10116 Rabat- Agdal, Maroc.
(4) Dépt. des Sciences de la Vie et de la terre, Faculté des Sciences de Gabés, Zrig 6072, Gabès, Tunisie.
(5) Biogéographie et Ecologie des Vertébrés, E.P.H.E. Univ. Montpellier 2, case 94, Pl. E. Bataillon, 34095 Montpellier Cedex 05, France (michelthevenot@wanadoo.fr).


Abstract

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Birds of Cork Oak forest of Ma’amora (Morocco): Phenology, status of breeding species and evolution since the beginning of the 20th century by S.I. CHERKAOUI, M. DAKKI, S. SELMI, H. RGUIBI IDRISSI and M. THÉVENOT.
The avifauna of the highly fragmented Cork Oak forest of Ma’amora in Morocco was studied from October 2004 to December 2005 with special attention to breeding species.
A total of 132 bird species were recorded out of 150 known to occur in the entire for-est system. The main phenological groups are formed by resident species (n=47) which are present all the year and use the forest to breed and/or to feed, and passage migrants (n=47) that only use the forest as a stopover during their spring and autumn migrations. The regular avifauna also includes breeding migrants (n=29) and winter visitors (n=24). 46 species have been recorded breeding in the cork oak forest, 31 of these are resident and 18 are breeding migrants.
Their status and its evolution since the beginning of the 20th century are discussed thanks to the analysis of available bibliography. In addition to woodland species, some water birds were also found breeding on the temporary lakes dotted around the forest.
During the early part of the 20th century, 11 high biodiversity value species dis appeared as breeding species as a result of forest degradation and fragmentation combined with high human disturbances. These threats are still present on and dramatically increasing. They have allowed sev eral open-landscape species to breed in the forest. But our preliminary results suggest that the majority of forest birds are still not much affected and remain well distributed in the largest patches of forest.


Introduction

Un milieu bien étudié

La forêt de la Ma’amora, la plus vaste subéraie du Maroc, est sans aucun doute l'un des écosystèmes les plus étudiés du pays.
Sur le plan ornithologique, elle a été prospectée dès le début du XXe siècle par MEADE-WALDO (1903 et 1905) puis par LYNES (1920), JOURDAIN (1921), HARTERT (1925), CHAVIGNY (1926) et BÉDÉ (1926) ; elle a ensuite été visitée par BANNERMAN & PRIESTLEY (1952), BANNERMAN & BANNERMAN (1953), SMITH (1965), DEETJEN (1967) et HEINZE 16 Alauda 75 (1), 2007 (1979). Les populations de Mésanges bleue et charbonnière ont fait l’objet d’un suivi approfon di (BAOUAB, 1983 et 1993, BAOUAB et al. 1986).
Dans sa synthèse sur l’avifaune des subéraies du Maroc, THÉVENOT (1991) donne une liste de qua rante espèces nidificatrices établie à partir d’une cinquantaine de points d’écoute réalisés en 1977.
La Ma’amora a aussi fait l’objet de très nombreux mémoires de 3e cycle (Universités, Institut Agronomique et Vétérinaire INAV, École Nationale Forestière d’Ingénieur ENFI…) et de nombreuses publications scientifiques dans toutes les disciplines.
Plusieurs groupes zoologiques ont été étudiés, surtout les insectes (cf. entre-autres : DE LÉPINEY, 1927 ; BERNARD, 1945 ; HERARD, 1979 ; FRAVAL et al., 1980 ; MAHARI, 1992 ; FRAVAL, 1986 ; EL HAMMOUMI, 1988 ; VILLEMANT & FRAVAL, 1993 ; EL ANTRY, 1999 ; RACHDI & HADDAN, 1999 ; VILLEMANT & ANDREI-RUIZ, 1999; LUMARET et al., 2005) et la faune du Chêne-liège a fait l’objet d’un ouvrage de synthèse où la Ma’amora occupe une très large part (VILLEMANT & FRAVAL, 1991). Sa flore et sa végétation sont bien connues (EMBERGER, 1928 ; METRO & SAUVAGE, 1955 ; SAUVAGE, 1961 ; BENABID & FENNANE, 1994 ; ELBADRI & ABADIE, 2000; AAFI et al., 2005 ; ABOUROUH et al., 2005).
Des travaux sont aussi disponibles sur des sujets de foresterie (BOUDY, 1958; LEPOUTRE, 1965; ARTIGUES & LEPOUTRE, 1966-1967 et 1968-1969; BENABID & DAHMANI, 1991) et de pastoralisme (FAY & ZITAN, 1979; MONTOYA OLIVER, 1986 ; NAGGAR, 1995).
Son grand intérêt biologique lui a valu d’être identifiée comme Site d’Intérêt Biologique et Écologique (SIBE) par l’étude sur les Aires Protégées au Maroc (AEFCS, 1996) qui propose de réaliser une zone protégée de 5 000 ha de subé raie. Sur la base des données disponibles au début des années 1990, l’étude donne une liste de 69 espèces d’oiseaux qui nichent ou ont niché dans les limites de la forêt de la Ma’amora.

De nombreuses menaces

Mais la subéraie de la Ma’amora a subi depuis longtemps une régression continue. En effet, sa superficie n’a cessé de s’amenuiser depuis le début du vingtième siècle. EMBERGER (1928) avait estimé à environ 300,000 ha la superficie passée de cette forêt. Elle ne couvrait plus que 134,000 ha au début des années 1920 lors des premiers aménagements forestiers qui ont fixé et délimité le domaine forestier domanial et découpé la forêt en cantons et parcelles (BOUDY, 1958).
Dès le début des années 1980, la subéraie avait perdu plus de la moitié de sa superficie et ne s’étendait plus que sur 60,000 ha cont re 74 000 pour les plantations artificielles réali sées par l’administration forestière après défri chement des parcelles de Chênes-lièges les plus dégradées (AAFI et al., 2005); ces reboisements d’eucalyptus (Eucalyptus camaldulensis et E. gomphocephala principalement), de pins (Pinus pinaster et Pinus halepensis) et d’acacias (Acacia mollissima) constituent aujourd’hui une grande partie du domaine forestier de la Ma’amora (BENABID, 2000).
La régression de la superficie des peuplements naturels de Chêne-liège s’est accompagnée d’une dégradation désastreuse des peuplements subsistants, conséquence de facteurs biotiques et abiotiques et d’une forte action anthropique.
L’action d’insectes ravageurs (FRAVAL & VILLEMANT, 1997) et de champignons parasites (EL BADRI & ABADIE, 2000) est aggravée par l’aridification des conditions climatiques locales, déjà extrêmes pour le Chêne-liège.
Le mode d’exploitation forestier traditionnel est la futaie sur souche avec récolte périodique du liège et coupe à blanc tous les 72 ans pour régénérer la forêt par recépage en l’absence de régénération naturelle (LEPOUTRE, 1965). En effet, l’impact des populations humaines riveraines (pâturage, ébranchage, charbonnage, gaulage et ramassage des glands…) est très important et en constante augmentation.

Déperissement des chênes-lièges
Déperissement des Chênes-lièges, forêt de la Ma'amora (Maroc)
Photo : Imad Cherkaoui

Un important cheptel, estimé à 173 000 ovins et 52 000 bovins, pâture en forêt (NAGGAR, 1995). Phénomène plus récent, la proximité de deux grandes villes (Rabat-Salé et Kénitra) a entraîné un développement continu et non organisé de la fréquentation touristique qui atteint le niveau de 30 000 visiteurs et plus de 3 000 véhicules par semaine (HAMMOUDI, 2002). La subéraie, aujourd’hui très dégradée, montre des structures très anthropisées avec dépérissement des arbres, disparition du sous-bois et absence de toute régénération (BENABID, 2000).
La mise en place, dès le début des années 1920, du réseau de pistes forestières et de tranchées pare-feu (aujourd’hui en partie goudron nées) et du réseau des routes nationales entre Rabat, Kénitra, Fès et Meknès, puis au début des années 1990 des tronçons autoroutiers reliant Rabat à Tanger et Rabat à Fès, a aussi été effectuée au détriment de plusieurs milliers d’hectares de subéraie. Il a morcelé le paysage forestier qui ne forme plus un bloc homogène mais est constituée d’un ensemble de fragments de peuplements naturels de Chêne-liège, plus ou moins étendus, très découpés et isolés les uns des autres dans une matrice de peuplements forestiers artificiels et de paysages agricole et urbain.
Les conséquences de cette dégradation et de cette fragmentation sur la faune et en particulier les oiseaux, restent inconnues. C’est pourquoi nous avons entrepris une étude de la dynamique régionale des peuplements d’oiseaux et des variations de leur richesse spécifique en fonction de la fragmentation (CHERKAOUI et al., in prep.).
L’objectif de cet article préliminaire est de présenter une mise au point de l’état actuel de l’avifaune de la subéraie de la Ma’amora. Nous décrirons d’abord la composition phénologique de l’ensemble du peuplement et préciserons par la suite le statut et la distribution des différentes espèces nicheuses en discutant les évolutions qui se sont produites grâce aux données antérieures disponibles.


  Suite de l'article
 
Introduction
Site d'étude et méthodologie
Résultats
L'avifaune nicheuse - 1ère partie
L'avifaune nicheuse - 2nde partie

Discussion

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