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Gironde Estuaire : Fleuve de vie
de Michel Le Collen (Auteur), Michel Petuaud-Letang (Préface), Didier Coquillas (Reviewer)
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  L'estuaire de la Gironde : interview de Laurent Couzi

Date de mise en ligne : 26/06/07

Situation de l'estuaire de la Gironde
Situation de l'estuaire de la Gironde
Le grand estuaire de la Gironde, dans le Sud-ouest de la France, est pratiquement méconnu d'un point de vue ornithologique de la part des observateurs et naturalistes français. C'est pourtant aujourd’hui le mieux conservé des grands estuaires d’Europe en matière de paysages naturels et d’environnement, restant notamment le seul à abriter une population sauvage d’Esturgeons européens.
De vastes marais (comme celui de la Vergne qui s’étend sur plus de 800 hectares, ou la belle roselière de Chenac), des vasières (comme celle de Talmont), des polders (comme celui de Mortagne), des boisements riverains, des îles (comme l'Ile Nouvelle) attirent de nombreux migrateurs et des nicheurs remarquables, comme le Héron pourpré, la Gorgebleue à miroir ...
Afin de faire découvrir l'estuaire au public, un site internet, www.estuaire-gironde.fr, a été développé par le Syndicat Mixte pour le Développement Durable de l’Estuaire de la Gironde (SMIDDEST) dans le cadre d’un partenariat innovant noué pour l’occasion avec les fédérations départementales de chasse de la Gironde et de la Charente-Maritime, la Ligue de Protection des Oiseaux Aquitaine et le Parc Naturel des Landes de Gascogne.
Ce site vous propose de découvrir entre autres les oiseaux de l’estuaire et les 17 plus grands sites de l'estuaire.

Laurent Couzi, Directeur de la LPO Aquitaine, avec la participation de Claude Feigné, responsable de la Maison de la nature du bassin d'Arcachon, qui ont tous deux participé à l'élaboration du site web, répond à nos questions.
Nous remercions Michel Quéral, de l'agence Communimages, pour nous avoir permis d'utiliser d'illustrer cet article.



Abstract

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The estuary of the Gironde river is today one of the best conserved large estuaries in Europe regarding natural habitats remaining, being the last to shelter a wild population of European Sturgeons. It is also a place with a rich history and a famous gastronomy. Excellent natural habitats (reedbeds, marshes, polders, riperine woodlands, ...) is home to interesting breeders (Purple Heron, Bluethroat, ...) and during migrations, thousands of ducks and waders come here to feed and rest in remote and protected areas, despite a certain hunting pressure.
A website (www.estuaire-gironde.fr) has been developed by the Syndicat Mixte pour le Développement Durable de l’Estuaire de la Gironde (SMIDDEST) in a partnership involving hunters and associations to present the estuary (best natural and historic areas to visit, typical species to watch, ..).

Laurent Couzi, president of the LPO association, answers our questions.



L'interview

1- Pouvez-vous nous présenter en quelques mots les grands objectifs du site web www.estuaire-gironde.fr?

L'objectif du programme " Chemins d'oiseaux sur l'estuaire de la Gironde " est de développer un tourisme ornithologique sur ce territoire. Le site internet est la cheville ouvrière de cette action qui a la particularité de réunir un acteur institutionnel maître d'ouvrage : le Syndicat Mixte pour le Développement Durable de l'Estuaire (SMIDDEST) constitué par les régions Aquitaine et Poitou-Charentes et les départements de la Gironde et de Charente-Maritime, les deux fédérations des chasseurs de ces départements, la LPO Aquitaine, et le Parc Naturel Régional des Landes de Gascogne qui intervient comme conseil et animateur du projet.

2- Pourquoi l'estuaire de la Gironde est-il si peu connu des observateurs d'oiseaux?

Gorgebleue à miroir (Luscinia svecica)
La Gorgebleue à miroir (Luscinia svecica), l'une des espèces typiques de l'estuaire de la Gironde
Photo : Michel Quéral
L'estuaire de la Gironde est très connu des ornithos locaux qui y travaillent depuis des années. Sa réputation n'a cependant jamais dépassé les limites régionales en dehors de la roselière de Saint-Serin d'Uzet, un site majeur pour les passereaux paludicoles migrateurs, sur lequel a été organisé pendant des années le stage de formation des bagueurs français. Cette " notoriété bridée " tient sans doute au fait que les espaces protégés qui permettent l'accueil des oiseaux, ne l'ont été que récemment, le reste du territoire étant soumis à une pression de chasse très intense, sur les deux départements et les deux rives de l'estuaire.
Le contexte conflictuel entre chasse et ornithos n'a pas non plus joué dans le sens du développement d'une pratique " grand public " de terrain, à même d'amplifier cette notoriété. Enfin, très peu de résultats d'études ont été publiées sur cet espace. On peut dire que l'estuaire est resté pendant longtemps un "no birdwatcher land".


3- Cet estuaire est selon le site web "le mieux conservé des grands estuaires d’Europe" : vous voulez dire qu'il est dans un meilleur état de conservation que les estuaires du Tage, du Guadalquivir ou d'autres fleuves d'Europe de l'est ? La proximité de Bordeaux n'a donc pas eu d'effet négatif ?

L'estuaire de la Gironde est un espace naturel très riche, même si pour les oiseaux, le facteur chasse en limite encore les potentialités. C'est le seul estuaire d'Europe qui a conservé le cortège complet de ses poissons migrateurs (Saumon, Lamproie marine, Alose vraie, Alose feinte, Bar, Maigre, Anguille,…et bien entendu l'Esturgeon dont c'est le dernier site de reproduction en Europe). Sur le plan botanique, sa richesse est remarquable, avec notamment l'Angélique des estuaires, une plante endémique, dont 70% de la population mondiale se trouve ici.
Ce site a fait l'objet d'essais d'industrialisation qui ont tous échoué dans le passé (port pétrolier, puis port container du Verdon). Seule la pointe d'Ambés, juste en amont de l'estuaire, dispose encore d'un tissu industriel réduit (pétroles et engrais). La centrale nucléaire du Blayais est la seule grosse entreprise installée sur la rive de la Gironde, son impact sur l'environnement par le rejet d'eau chaude est important sur les stades larvaires des poissons ou des autres organismes, mais des efforts sont consentis par EDF pour atténuer ces effets. Le port de Bordeaux, quant à lui, est à 120 Km en amont de l'embouchure, ce qui en fait une contrainte concurrentielle pour le trafic portuaire qui s'est ici spécialisé dans l'exportation de céréales (maïs) et l'importation de bois. Enfin, ses rives ont une faible densité de population, et des activités avant tout tournées vers l'intérieur (vigne).

4- Quelles sont les menaces actuelles qui pèsent sur cet estuaire?

L'un des tracés du projet de "grand contournement" de Bordeaux envisage de lancer un pont à travers l'estuaire, un énième projet de reconversion du port du Verdon pour le doter d'un terminal gazier se fait jour. Ce qui menace surtout le site, finalement c'est l'oubli…

5- Quelles sont les actions de protection menées par le Syndicat Mixte pour le Développement Durable de l’Estuaire de la Gironde (SMIDDEST)?

Le SMIDDEST n'a pas pour vocation la conservation des espaces, celle-ci est assurée par le Conservatoire du Littoral et à défaut par les deux Conseils Généraux. Néanmoins, le SMIDDEST est le moteur de l'aménagement de la future réserve ornithologique des Nouvelles Possessions, pour laquelle il mobilise des fonds européens.

6- Pouvez-vous nous en dire plus sur l'ouverture prochaine au public de l'Ile Nouvelle, un petit joyau de nature au milieu de l'estuaire selon le site web?

L'île Nouvelle
Vue de l'Ile Nouvelle dans l'estuaire de la Gironde
Photo : Michel Quéral
L'île Nouvelle est une propriété du Conservatoire du littoral, ses 265 ha isolés au cœur de l'estuaire sont gérés par le service "espaces naturels" du Conseil Général de la Gironde qui est en train de mettre en place l'ouverture au public. Celle-ci est compliquée par le caractère insulaire du site qui, conjuguée à la puissance des eaux de la Gironde et aux normes de sécurité, impose des lourds travaux pour permettre son accostage en toute sérénité. Dès l'été 2007, il devrait cependant y avoir des visites publiques sur ce site.

7- Contrairement à l'idée reçue, les chasseurs aquitains et les associations de protection de la nature travaillent donc désormais sur des actions communes? Quel a été le déclic qui a permis de débloquer les choses?

Il y a en premier lieu le désir d'un élu local qui voulait sortir le territoire de son marasme social, économique et intellectuel, ce dernier ayant compris que l'on pouvait faire travailler les intelligences des deux "bords" sur des projets précis. Les naturalistes ont fait les premiers pas en montrant "patte blanche", et progressivement un dialogue a pu s'instaurer. Les équipes ont travaillé sur ce programme qui arrange tout le monde finalement : les élus parce qu'il participe au développement du potentiel d'un tourisme acceptable sur le site, les chasseurs parce qu'ils sentent bien qu'il doivent arrêter de se couper des réalités du monde qui les entoure, les ornithos parce qu'ils acquièrent une légitimité auprès des institutions et qu'il peut favoriser la pratique du birdwatching.

8- N'y a-t-il donc plus de problèmes cynégétiques dans cet estuaire?

L'estuaire de la Gironde est soumis à une chasse très intensive dans l'espace, dans le temps et dans la gamme des pratiques. La conséquence en est une sous utilisation chronique des espaces naturels par l'avifaune. Cependant, la chasse est une pratique culturelle très fortement ancrée dans les populations des deux rives de l'estuaire, et il n'est pas question de négliger ou encore moins de "gommer" cet état de fait. Les ornithos qui se sont impliqués dans la conception de ce programme ne sont pas dogmatiques, comme ne le sont pas les "chasseurs" qui ont fait de même en face…
L'idée est d'avancer vers plus de compréhension mutuelle pour travailler ensemble à l'urgence des lieux qui est la conservation des espaces.

9- Quelles sont les espèces les plus "prestigieuses" ou les plus remarquables qui nichent dans l'estuaire?

Héron pourpré (Ardea purpurea)
Plusieurs dizaines de couples de Hérons pourprés (Ardea purpurea nichent dans l'estuaire de la Gironde
Photo : Michel Quéral
Peu d'espèces "prestigieuses" pour l'instant, mais l'évaluation de ce critère est à géométrie variable suivant sur quel plan on se place… la Gorgebleue à miroir blanc est bien présente, comme le Tadorne de Belon. Les colonies de Hérons pourprés (Ardea purpurea) regroupent plusieurs dizaines de couples, l'effectif de la Cigogne blanche (Ciconia nigra)doit approcher la centaine de couples. Les trois busards nichent ici. Prestigieux cela ?

10- Grâce aux différents efforts de protection, avez-vous l'espoir que certaines espèces se mettent à re-nicher dans l'estuaire? Si oui, lesquelles?

On attend pour bientôt la grande Aigrette (Egretta alba) et la Spatule blanche (Platalea leucorodia), ce qui viendrait compléter la guilde des grands échassiers.

11- Pour quelles espèces l'estuaire joue-t-il un rôle important à l'échelle française ou européenne?

Site d'importance national pour l'hivernage de l'Avocette élégante (Avosetta recurvirostra), du Pluvier argenté (Pluvialis squatarola), du Bécasseau variable (Calidris alpina), pour la nidification de la Cigogne blanche, du Héron pourpré, du Héron cendré (Ardea cinerea) , du Milan noir (Milvus migrans), d'importance internationale pour l'escale migratoire des fauvettes paludicoles.

Phragmite des joncs (Acrocephalus schoenobaenus)
Les roselières de l'estuaire de la Gironde constituent une halte importante pour les fauvettes paludicoles, comme le Phragmite des joncs (Acrocephalus schoenobaenus)
Photo : Michel Quéral
12- Par exemple, la Phragmite aquatique est-elle notée régiulièrement à chaque migration ? Peut-être dans la roselière de Chenac présentée sur www.estuaire-gironde.fr?

Le site de la roselière de Saint-Serin d'Uzet est fréquenté par le Phragmite aquatique (Acorcaphalus paludicola), il n'est sans doute pas le seul, mais il y a un défaut de prospection lié à la taille du site et eu faible nombre d'ornithos locaux.

13- Sur www.estuaire-gironde.fr, vou
s avez décidé de "zoomer" sur des espèces plutôt communes ou faciles à voir : était-ce un choix de privilégier le grand public, peut-être au détriment d'observateurs à la recherche d'espèces plus rares?


Ce site est délibérément orienté vers les birdwatcheurs néophytes et les amateurs de nature. L'état actuel de sa fréquentation par les oiseaux ne pouvant justifier pour l'instant l'intérêt des ornithos chevronnés, surtout en regard de la concurrence d'autres sites proches (Pertuis charentais, bassin d'Arcachon). Cependant ces derniers pourraient largement trouver leur compte sur ce site, mais cela requière un effort de prospection encore trop lourd.

14- Comment ont été choisi les sites naturels présentés sur le site web www.estuaire-gironde.fr? Sont-ils représentatifs de tous les différents habitats de l'estuaire ?

Ce sont avant tout des sites accessibles au public, et dans lequel il y a des oiseaux… Cette sélection fait la part belle aux milieux humides, mais tous (en particulier les plus intéressants) ne sont pas cités pour des raisons de contraintes d'accès (espaces de chasse), ou de forte sensibilité au dérangement (colonies d'ardéidés).

15- La Réserve ornithologique de Braud semble être un site exceptionnel, parfaitement organisé, mais complétement inconnu nationalement ! Vous indiquez que des espèces très rares y ont déjà été vues : pouvez-vous nous en citer quelques unes?

Canards dans la réserve naturelle de Braud
Canards dans la réserve naturelle de Braud, l'un des spots ornithologiques de l'estuaire de la Gironde
Photo : Michel Quéral
La réserve de Braud est contiguë à la centrale nucléaire du Blayais où elle occupe d'anciens terrassements issus de la construction de l'usine. Sa valeur ornithologique s'est affaiblie ces dernières années en raison d'un déficit pluviométrique à long terme qui a modifié quelque peu son paysage (boisement). Du coup, les conditions d'observations sont moins satisfaisantes qu'autrefois, mais la Marouette ponctuée (Porzana porzana) (entre autres !) y est notée assez régulièrement.

16- Même question pour le Pôle Nature de Vitrezay, qui semble constituer un exemple réussi de retour à la nature d'un site très artificialisé?

Le Pôle nature de Vitrezay est un site consacré à la pêche, qu'elle soit patrimoniale ou de loisir, mais la présence de plans d'eaux, de roselières, l'interdiction de la chasse et un secteur inaccessible au public ont favorisé la présence d'oiseaux sauvages. C'est maintenant l'un des sites réguliers pour la Rousserolle turdoïde (Arceocephalus arundinaceus) en nidification (3 à 4 couples en 2007) et le Butor étoilé (Botaurus stellaris) y est de plus en plus noté en hiver (comme l'Elanion blanc…).

17- Il y a-t-il d'autres bons spots ornithos non présentés sur www.estuaire-gironde.fr?

Il y a plein de "hot-spots" non mentionnés, pour les raisons indiquées au dessus, et surtout par ce que la côte Médocaine n'a pas été encore prise en compte dans ce projet compte tenu des réticences des chasseurs et des élus locaux de cette rive de l'estuaire.

118- Quels sont selon vous les meilleurs spots de l'estuaire pour l'observation des limicoles?

La conche du Verdon au Verdon-sur-Mer (33) qui n'est pas décrite pour les raisons exposées plus haut, et le polder de Mortagne (17).

19- Quels sont selon vous les meilleurs spots de l'estuaire pour l'observation des marouettes?

Réserve de Braud (33), marais de Prignac-et-Marcamps (33), Ile Nouvelle (33).

20- Pour évoquer une autre "spécialité" de l'estuaire, à savoir l'esturgeon, existent-ils un bon moment et un bon moyen pour l'observer depuis les berges, ou peut-être en bateau?

Impossible d'observer la bête mythique, il faut s'asseoir au bord du fleuve longuement, et imaginer son imposante carcasse qui glisse dans les limons séculaires...

Un beau livre à découvrir

Des oiseaux, des hommes, un miroir
Sortie de l'ouvrage Des oiseaux, des hommes, un miroir
Source :
http://perso.orange.fr/communimages
Communimages vient d'éditer un ouvrage de photographies sur l'estuaire de la Gironde (format 19x26, 160 pages, plus de 200 photos), "Des oiseaux, des hommes, un miroir" mettant en valeur un thème qui lui est cher : les relations triangulaires entre un paysage, les utilisateurs humains qui le façonnent, et les animaux qui choisissent de s'y installer.
Il
est enfin disponible à la vente à un prix de vente de 30 euros (avec une participation aux frais de port de 6 euros).
Il est disponible également en diaporama sur CDrom au prix de 15 euros (sur commande).
Contact : communimages@wanadoo.fr.
Site web : http://perso.orange.fr/communimages.


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