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Deuxième partie de l'interview
6- Quels sont les échanges de populations entre les vautours caussenards et ceux des autres régions d'Europe et d'Afrique ? A quelle distance maximale a été retrouvé un oiseau né dans les Grands Causses?
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Vautour fauve (Gyps fulvus)
Photo : Hervé Vrhont |
Les échanges sont permanents avec les populations françaises des Pyrénées, des Préalpes et au delà, en Espagne, au Portugal, voire en Italie et en Croatie.
D'une manière générale toutes ces populations sont en relation avec des mouvements saisonniers, principalement du fait des oiseaux immatures, non reproducteurs.
La plupart des données nous proviennent d'Espagne et certains franchissent le détroit de Gibraltar. Deux oiseaux ont d'ailleurs été contactés au Sénégal et récemment, un autre a été observé en Gambie, ce qui fait quelques milliers de kilomètres !
A l'opposé, un jeune vautour a atteint la Lettonie et un autre encore a fait un aller-retour en Grèce, soit près de 4000 km. Ces données ne sont possibles que grâce au baguage, qui permet d'identifier les oiseaux grâce à une lunette.
7- Qu'a donné en nombre de couples le dernier recensement de la population de vautours (fauve, moine et percnoptère) dans les Grands Causses ?
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Vautour moine (Aegypius monachus) immature
Photo : Dave Trotter |
La saison de reproduction 2007 est loin d'être terminée, mais en ce moment même, nous avons localisé 180 couples nicheurs de vautours fauves, avec 130 poussins, 17 couples de moines, avec 15 poussins et 2 couples de percnoptères, dont un seul est en incubation.
D'ici la fin de l'été les chiffres vont évoluer, car il y a tout de même pas mal de casse avant et après l'envol.
8- La réintroduction du Vautour moine dans les Grands Causses a-t-elle été facilitée par la présence des Vautours fauves ?
Indiscutablement, les fauves ont permis aux moines de se fixer plus vite sur leur nouveau territoire. En réalité, les bons résultats de cette opération ne sont obtenus que depuis très peu de temps. Les oiseaux ont acquis une expérience certaine en matière de reproduction et les échecs en période d'incubation sont désormais beaucoup plus rares, ce qui est bon signe. On est aujourd'hui sur la bonne voie en matière de constitution d'un noyau reproducteur, mais tout n'est pas gagné et de nouveaux défis nous attendent.
9- Pouvez-vous nous en dire plus sur l'arrivée de vautours espagnols dans les Grands Causses suite aux mesures de fermeture des décharges en Espagne en 2006 ?
Sincèrement, nous n'avons pas vraiment constaté de changement dans la colonie. Mis à part des groupes d'immatures non bagués qui semblaient en retrait sur certains charniers, il est très difficile d'estimer si un afflux de vautours a bien eu lieu à ce moment là. La colonie caussenarde est forte d'environ 700 vautours. Mais ce chiffre fluctue avec des départs d'oiseaux immatures, mais sans doute aussi des arrivées, que nous ne sommes pas encore en mesure de quantifier.
A lire : Les
vautours d'Europe menacés par une décision européenne.
10- Le réchauffement climatique a-t-il un impact sur les Vautours fauves caussenards, français et au-delà ?
Je n'en ai pas la moindre idée ! Si les changements climatiques annoncés se confirment, les perturbations concerneront en priorité les éleveurs et les pratiques d'élevage localement. Et ç'est très dur a évalué. Quoi qu'il en soit, les vautours resteront toujours dépendants des pratiques agro-pastorales. Et ce n'est pas demain que l'on verra des zèbres sur le Larzac !
11- L'équipe de suivi des vautours fauves des Cévennes travaille-t-elle avec l'équipe qui suit la colonie de la réserve de Gamla sur le Golan, et dont nous parlons régulièrement sur Ornithomedia ?
J'ai eu la chance d'aller passer du temps à Gamla il y a plusieurs années. Leurs soucis de conservation sont aux antipodes des nôtres, car ils ont à lutter contre le poison, l'ingestion de débris métalliques et un habitat assez dégradé. Le tout, dans un contexte politique très instable, ce qui ne facilite pas l'harmonisation des mesures de protection entre les divers pays survolés par ces vautours.
D'une manière générale, toutes les équipes travaillant sur les populations de vautours en Europe se connaissent. Nous avons l'occasion de nous rencontrer lors de colloques ou de séminaires de travail et Internet a grandement facilité les échanges. Ces relations sont primordiales, car les vautours se déplacent beaucoup et ne connaissent pas les frontières. Nous nous devons d'accorder nos violons quand c'est possible.
Un de nos articles sur Gamla : Vautours
de Gamla : bilan de la saison 2004.
12- Le Vautour fauve est-il menacé dans de nombreux pays ou régions dans son aire de distribution mondiale?
Le Vautour fauve est encore menacé dans la plupart des pays du bassin méditerranéen. Dans les Balkans et en Grèce continentale, la situation semble désespérée. Le poison sévit partout et les populations de vautours se comptent en quelques poignées de couples.
En Espagne, le poison tue chaque année des milliers de rapaces, dont de nombreux vautours.
La situation dramatique que connaît l'Aragon avec l'interdiction de laisser la moindre carcasse dans la nature, a des répercussions énormes sur le Vautour fauve, mais aussi et surtout, sur le gypaète, le milan royal et le percnoptère.
Si rien ne change très vite et si la situation gangrène les autres provinces, on peut craindre le pire.
En fait, il est consternant de constater que c'est bien en France que les populations de vautours se portent le mieux ! Personne ne l'aurait parié il y a dix ans à peine.
13- Existe-t-il encore des régions du monde où l'on tire sur les vautours en croyant qu'ils sont dangereux pour l'homme ?
Des vautours se font encore tirés en Afrique, Asie et même en Europe, mais je ne pense pas que ce soit par crainte de ces oiseaux. En Afrique, ils sont parfois tués pour être mangés. Le tir pour les trophées existe bien, de même que des trafics d'oiseaux vivants à destination de collectionneurs privés ou de parcs zoologiques. Ces réseaux sont hélas difficiles à démanteler.
14- Dans le passé, le Vautour fauve nichait-il également en Europe (et en France) dans des régions septentrionales, et en plaine ?
Il semblerait qu'il ait pu nicher jusque dans les Vosges et le long du couloir rhénan au Moyen-âge. Des cas de nidification arboricoles sont observés là où les milieux rupestres font défaut et si le Vautour moine est présent (ces derniers se font alors déposséder de leurs nids).
Il est certain en revanche que des vautours fréquentaient les zones de plaines à certaines saisons, dans la Crau (Bouches-du-Rhône) notamment, afin d'y trouver des ressources alimentaires complémentaires, toujours liées à la présence de troupeaux d'ongulés domestiques. Mais c'était il y a fort longtemps et je ne sais pas si l'on reverra ces mouvements réguliers dans le futur. Nos habitats de plaines sont tout de même sérieusement mis à mal.
15- Etes-vous favorable dans tous les cas à la réintroduction d'espèces sauvages disparues d'une région suite aux actions humaines ?
Si il est bien prouvé que l'espèce visée a bel et bien été victime de l'action directe de l'homme, comme le tir ou le poison, alors je pense que l'on ne perd rien à tenter le coup. Bien sur, il faut que les conditions d'accueil soient réunies, c'est à dire que les habitats existent encore, que les ressources trophiques sont bien présentes et que les menaces qui ont causé la disparition soient éliminées.
La communauté naturaliste est parfois divisée sur la question des réintroductions. Le coût de ses opérations est souvent mis en avant en expliquant que l'argent mis dans les réintroductions pourrait être mis sur d'autres actions et que les priorités sont ailleurs. C'est faux, car quand on a un projet de conservation, on fini toujours par trouvé l'argent nécessaire. C'est une question de volonté, mais ça prend parfois du temps.
Quant à savoir ce qui est prioritaire, c'est encore une fois un faux problème. Ce n'est pas parce que l'on travaille au retour de certaines espèces disparues qu'il n'est pas possible de sauver celles qui s'accrochent. C'est d'ailleurs ce qui fait la force de nos structures associatives.
Je suis personnellement très favorable à ce que des pays comme la France s'investissent dans le retour d'autres espèces, comme le Pygargue à queue blanche (Haliaeetus albicilla), l'Erismature à tête blanche (Oxyura leucocephala), la Sarcelle marbrée (Marmaronetta angustirostris), l'Ours brun (Ursus arctos)… Nos aïeux se sont acharnés à faire disparaître des fleurons de notre faune. Il est de notre devoir de réparer ces erreurs, sans toutefois oublier les autres problèmes.
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