Deuxième partie de l'interview
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Ibis sacré (Threskiornis aethiopicus), Le Croisic (Loire-Atlantique), septembre 2005
Photo : Alain Fossé / www.digimages.info |
6- Pensez-vous que le Ministère de l'Environnement ait réellement subi des pressions pour signer l'arrêté d'éradication dans la Loire-Atlantique et le Morbihan : pensez-vous pouvoir la rencontrer ?
Bertrand Déléon : Ce serait une explication car il n'y a rien de logique dans cette affaire. Les associations vivent de subventions et parfois certaines auraient besoin d'un responsable à des maux de notre société pour démontrer leur action et justifier des financements... L'ibis est un coupable idéal de la diminution des espèces. Et puis, nous voyons bien qu'il y a des appels du pied dans ce rapport de 2005, vis-à-vis de lobbies, que nous tairons par souci d'objectivité en cette période électorale. Il y a par ailleurs une cause évidente qui n'est pas mentionnée, la pression immobilière continue inexorablement de réduire les espaces naturels et les zones humides.
Comme vous l'avez dit, la préfecture du Morbihan ayant fait remonter nos revendications au Ministère, il est possible que nous soyons contacté. Si nous sommes invités, nous répondrons bien évidemment positivement.
7-
Le Préfet du Morbihan serait revenu sur l'arrêté d'éradication : mais comment en a-t-il le pouvoir, le ministère ayant signé l'arrêté?
Bertrand Déléon : Les arrêtés sont pris par les préfectures. Le Morbihan ayant d'abord répondu positivement à la décision du ministère de l'environnement a finalement demandé un délai supplémentaire. A savoir que le Ministère de l'Environnement lui-même avait déjà fait volte-face pour finalement prendre la décision de l'éradication totale.
Cette décision est plus radicale encore que la stratégie 3, sommairement recommandée dans le rapport de l'INRA et de l'ONCFS et définie plus haut.
8- Qu'en pense le Préfet de Loire-Atlantique ?
Bertrand Déléon : Nous n'avons aucun contact avec le Préfet de Loire-Atlantique. Force est de constater que tout ceci se fait dans le plus grand secret.
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- Comment le sous-Préfet du Morbihan considère-t-il votre démarche de protéger l'ibis ?
Bertrand Déléon :Il s'est montré à notre écoute. Cette entrevue a été fructueuse car il en est ressorti des avancées notables quant aux demandes de notre collectif :
La Préfecture du Morbihan ne prend pas l'arrêté d'éradication ; Nous avons la confirmation préfectorale que l'application d'un tel arrêté s'avère extrêmement difficile et n'est pas sans conséquence sur l'environnement et les autres espèces ;
M. le Sous-Préfet a pris en compte le manque d'étude approfondie pour prendre une décision d'éradication et le nécessaire respect de la Convention de Berne ;
Nous avons la garantie que l'ensemble de nos positions sera transmis au Ministère de l'Environnement.
10- La convention de Berne protège-t-elle vraiment une espèce dans une zone où elle a été introduite non volontairement ?
Bertrand Déléon :Toutes les espèces de Threskiornithidae sont protégées par la convention de Berne (annexe II) qui fait de l'ibis un oiseau d'Europe. Certains parleront d'oiseau exogène ou envahissant. Or, rien n'est démontré à ce sujet et ce n'est de toute
façon pas la convention de Berne qui va dans ce sens pour l'ibis. Une convention est un instrument juridique international qui prévaut sur tout autre texte de loi émis par les états.
11- l'bis sacré joue-t-il selon vous une rôle positif dans l'écosystème où il évolue ?
Bertrand Déléon : On estime qu'un pour cent des espèces introduites peuvent devenir invasives, d'autres études montrent qu'une espèce introduite sur mille est une menace pour la biodiversité. En général, il s'agit de petits organismes. Des témoignages de
cohabitation de l'ibis avec d'autres espèces ne manquent pas et on le constate ici. L'observation de l'ibis sacré a mis en évidence son comportement nécrophage, nettoyeur de nos milieux aquatiques et naturels. Ce rôle est plutôt positif.
Maintenant, attendons un vrai bilan sur l'impact de l'ibis sur nos côtes atlantiques pour se prononcer sur un quelconque rôle négatif. L'absence de rôle positif ne constituerait pas une présence néfaste pour autant, même si nous savons que l'impact nul n'existe pas.
12- Pensez-vous développer l'argumentaire "touristique" pour promouvoir la présence de l'Ibis sacré sur les côtes de l'Atlantique ?
Bertrand Déléon :Nous ne souhaitons pas tromper l'opinion. L'argumentaire touristique est déjà développé dans de très nombreux ouvrages et dépliants. D'ailleurs, des associations comme Bretagne Vivante (SEPNB) ou la LPO le présentent régulièrement comme l'un de nos plus beaux oiseaux dans leurs brochures à l'attention du public.
13- Les habitants du Morbihan sont-ils "attachés" à "leurs" ibis ?
Bertrand Déléon : Ils sont très attachés à leurs ibis, au vu des nombreuses marques de témoignages et de soutiens que nous recevons. Mais, plus encore, cet oiseau charme bien au-delà de nos limites administratives.
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Ibis sacré (Threskiornis aethiopicus) juvénile dans une colonie d'Aigrettes garzettes (Egretta garzetta) Le Pouligen, septembre 2004
Photo : Alain Fossé / www.digimages.info |
14- Pourquoi dîtes-vous que l'application d'un tel arrêté s'avèrera "extrêmement difficile" et qu'elle aura des "conséquence sur l'environnement et les autres espèces" ?
Bertrand Déléon :Il suffit d'observer les conséquences de "l'extermination partielle clandestine" du printemps 2006 : dispersion des colonies d'ibis, dérangement des oiseaux en période nuptiale ou de pré-nidification, entraînant par le même biais une menace sur la reproduction des espèces protégées, décomposition de cadavres d'ibis non ramassés entraînant des problèmes sanitaires et des risques de contaminations bactériennes …
Non avares de contradictions, les auteurs du rapport sur lequel s'appuie le préfet de Loire-Atlantique mettent en évidence les dangers d'une intervention prématurée et l'impossibilité de mettre en oeuvre "une solution radicale" :
d'ailleurs, il s'agissait bien dans ce compte-rendu d'adopter d'abord la troisième stratégie consistant à "réguler les impacts en limitant l'espèce sur quelques sites déterminés avec ou sans augmentation des connaissances scientifiques".
Un certain nombre d'inconvénients majeurs, aux conséquences irrémédiables, étaient déjà notifiés par des spécialistes dans l'étude : " le problème des modalité d'enlèvement des cadavres d'ibis tirés dans les colonies d'oiseaux protégés" ; "les actions sur les adultes au sein des colonies semblent a priori délicates dans la plupart des cas, du fait de la présence d'espèces protégées sensibles à proximité"; " la difficulté de ne pas effrayer tous les oiseaux ".
15- Avez-vous des soutiens de la part d'associations de protection de la nature?
Bertrand Déléon : Oui, l'association internationale One Voice nous a fait part de son soutien, mais nous avons essentiellement des membres d'associations de protection des animaux ou de préservation de la faune et de la flore, notamment parmi les associations de protection des oiseaux compromis dans la décision d'éradication de l'espèce.
16- Avez-vous des soutiens de la part de biologistes ?
Bertrand Déléon : Une proportion importante de biologistes nous soutient et de professions scientifiques comme des physiciens.
17- Existe-t-il des alternatives possibles, par exemple capturer le maximum d'oiseaux pour les réintroduire dans des pays d'où l'espèce a disparu, comme en Egypte ?
Bertrand Déléon : Encore faut-il démontrer l'utilité d'une quelconque intervention ! Le rapport de 2005 rappelle ces alternatives et proposait d'autres voies intermédiaires ou complémentaires à l'extermination telles le parcage, la stérilisation ou encore le transfert en son milieu d'origine, les bords du Nil, où il a déjà été éradiqué !
Drôle de gestion tout de même dont le vocabulaire choquant n'est pas sans rappeler les charters pour nos ibis sans-papier, l'univers concentrationnaire, jusqu'à la solution finale comme ultime recours.
18- Une élimination au "cas par cas" serait-elle envisageable ?
Bertrand Déléon : Si une intervention s'avérait nécessaire, il faudrait procéder méthodiquement et le "cas par cas" n'impute pas forcément un génocide planifié.
19- Est-il encore vraiment temps de faire quelque chose pour sauver l'ibis sacré en France ?
Bertrand Déléon : Bien sûr ! Signer la pétition car nous craignons bientôt d'avoir plus de messages de soutien que de signatures.
Nous préférons un arrangement plutôt que d'envoyer l'affaire en justice afin d'éviter un procès coûteux dans lequel nous avons toutefois toutes les chances de gagner.
Enfin, la question qui se pose actuellement concerne les associations écologistes et de protection de la nature : sont-elles prêtes à collaborer sans aucune vergogne à un tel massacre ?
Au contraire, seront-elles motivées à travailler avec le Collectif pour la Protection de l'Ibis de Bretagne ?
C'est ensemble que nous ferons annuler au plus vite la décision infondée d'éliminer tout ou partie de la population d'ibis habitant les territoires dans lesquels nous vivons.
La première menace sur les milieux naturels et leur biodiversité reste l'homme.
Contact
Collectif pour la Protection de l'Ibis de Bretagne : ibisdebretagne@orange.fr.