La Présidente de CAP 21 répond à nos questions
Dans le cadre
des prochaines élections présidentielles françaises de 2007,
Ornithomedia.com a décidé d'envoyer aux différents candidats
une série de questions concernant leur position sur la protection des oiseaux
et de leurs habitats.
Après Philippe
de Villiers, Corinne Lepage, Présidente de Cap 21 (www.cap21.net),
répond à nos questions.
Remarque : l'équipe de campagne de François Bayrou, candidat de l'U.D.F., nous informe que depuis le ralliement de la prsidente de Cap 21 à ce dernier au début de l'année 2007, ses positions sur l'environnement sont représentatives du projet centriste.
Abstract
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Ornithomedia.com
has decided to send to the different candidates for the 2007 French Presidential
elections several questions to know their positions about the protection of
birds and their habitats.
After Philippe de Villiers (read his interview),
Corinne Lepage, President of Cap 21 (www.cap21.net),
a green party, answers our questions.
In the beginning of 2007, C. Lepage has joigned the team of François Bayrou (candidate of the U.D.F. party) ,
and so her positions concerning the environment questions are representative of the ones of the U.D.F. candidate.
L'interview
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Corinne Lepage,
Présidente de Cap21 le 12 novembre 2006 avant de participer à l'émission
Ripostes sur France 5
Photo : Sylvie Combal / Blog
de C. Lepage |
1- En France, la chasse
est un sujet délicat. Etes-vous favorable au respect des dates européennes
fixées ?
Corinne Lepage: Oui bien sûr, ces dates tiennent compte de la biologie
des espèces et doivent être respectées.
2- 2- Que pensez-vous des chasses "traditionnelles" (chasse à
l'ortolan, à la tenderie, à la glue, de nuit, ...) : souhaitez-vous
leur suppression, même quand elles peuvent menacer certaines espèces
?
Corinne Lepage : Le Bruant ortolan est une espèce protégée,
aucune dérogation ou laxisme dans l'application de la loi ne saurait être
toléré. La tenderie et la glue ne sont pas sélectives et
doivent être supprimées. Le problème de la chasse à
la hutte la nuit est plus complexe à traiter et devra faire l'objet d'une
évaluation de son impact sur les espèces et d'une large discussion
entre tous les acteurs concernés.
3- La France est l'un des rares pays d'Europe où le plomb est encore
utilisé pour la chasse, la directive européenne sur le sujet n'étant
pas ou pratiquement pas appliquée : souhaitez-vous une interdiction rapide
et effective de son utilisation ?
Corinne Lepage : Oui et je m'engage à l'interdire dès
la première année de mon mandat.
4- Seriez-vous favorable à la désignation de nouvelles espèces
protégées (donc non " chassables "), la France étant
l'un des pays d'Europe où le nombre d'oiseaux non protégés
est le plus élevé ?
Corinne Lepage : La France est sans nul doute un des pays où
le nombre d'espèces d'oiseaux chassables est le plus élevé.
En fonction des expertises scientifiques sur la vulnérabilité des
espèces à l'échelle du Paléarctique occidental, il
conviendra de revoir le décret fixant la liste des espèces protégées.
Il n'est pas acceptable que l'on continue à chasser des espèces
en mauvais état de conservation.
Celles-ci doivent être placées sur la liste des espèces protégées
en France au moins pour une période moratoire de cinq ans, avec un protocole
d'étude précis permettant de réévaluer l'évolution
du statut pendant cette période de cinq ans. Un peu plus d'une vingtaine
d'espèces pourrait être concernée comme le Canard chipeau,
la Sarcelle d'été, le Fuligule milouinan, le Courlis cendré,
etc
5- Au niveau européen, la France s'est engagée dans le programme
Natura 2000 pour désigner et protéger la protection de zones naturelles
d'intérêt communautaire : êtes-vous favorable à ce programme,
et à une accélération de sa mise en application (la France
a déjà pris du retard par rapport à ses voisins européens)
?
Corinne Lepage : Je suis bien évidemment favorable à
rattraper le retard pris dans l'application de la directive Natura 2000. L'Etat
a très mal géré son application, lui a consacré trop
peu de moyens. Il faut faire preuve de beaucoup de pédagogie pour montrer
combien la contractualisation peut avoir des effets bénéfiques pour
la reconquête de certains territoires ruraux et soutenir financièrement
certaines activités comme l'élevage dès lors qu'elles sont
utiles et compatibles avec les objectifs de conservation.
6- Souhaitez-vous la création de nouvelles zones protégées
(réserves, parcs nationaux) en France métropolitaine et d'Outre-Mer
? En particulier, souhaitez-vous la création rapide de zones protégées
sur de vastes portions de forêts tropicales en Guyane ?
Corinne Lepage : Oui, alors que la France possède un patrimoine
naturel exceptionnel, elle ne compte que 7 parcs nationaux représentant
1% du territoire. Des pays comme l'Italie ou la Suède ont mis en place
de telles protections sur 5 à 8 % de leur territoire. Je pense que les
Parcs sont facteur de développement local et permettent de mettre en place
un tourisme durable bénéfique au territoire.
Pour le cas de la Guyane, la création du Parc National doit prévoir
l'interdiction de l'orpaillage et respecter le droit des Amérindiens.
7- Souhaitez-vous une modification profonde de la Politique Agricole Commune,
avec par exemple la suppression de la prime européenne à l'irrigation,
qui est la cause de l'assèchement de nombreuses prairies humides ?
Corinne Lepage : L'agriculture durable recouvre trois grands objectifs
: l'efficience économique, la qualité de l'environnement et la responsabilité
sociale. Pour être économiquement efficiente, l'agriculture doit
répondre à l'augmentation de la demande alimentaire mondiale au
meilleur coût, tout en réagissant à l'évolution des
préférences alimentaires et aux changements structurels au sein
du secteur agroalimentaire et de l'économie en général. Parallèlement,
les agriculteurs doivent améliorer leurs performances environnementales
pour répondre aux préoccupations écologiques. Enfin, ces
objectifs doivent être atteints par des moyens socialement acceptables,
c'est-à-dire en améliorant les niveaux d'instruction et de compétence
des exploitants, en tenant compte du bien-être des animaux et en veillant
à ce que le travail de la terre assure un niveau de revenus acceptable.
Afin de répondre
aux objectifs d'une agriculture de qualité, je propose avec CAP 21 :
1 : un moratoire sur les OGM complété de l'organisation d'une expertise
publique indépendante sur les effets pour la santé et l'environnement
de la mise sur le marché des OGM
2: une réorientation des productions agricoles sur-consommatrices d'eau
3. Le soutien à l'agriculture biologique par des incitations fiscales
4. La réorientation des cultures traditionnelles vers des systèmes
de production intégrée par la diffusion d'un cahier des charges
officiel et la formation de la profession agricole dans l'objectif de réduire
drastiquement l'emploi de pesticides
5. La taxation des produits agricoles importés " hors saison ",
issus de circuits longs de distribution
6. Faire cesser les aides à l'exportation vers les pays émergents
qui anéantissement les producteurs locaux
7. Favoriser l'implantation de jeunes agriculteurs sur des projets de production
locale limitant les transports
8. Régionaliser les aides de la PAC pour une répartition plus juste
sur l'ensemble du territoire
9. Redéfinir le régime d'aides appliqué en France pour favoriser
les élevages à l'herbe, le maraîchage, les systèmes
de culture présentant le meilleur écobilan
10. Alimenter un fonds d'aide à la qualité de l'eau par des taxes
prélevées sur les nitrates et pesticides
8- De nombreuses espèces
autrefois communes (Alouette des champs, Outarde canepetière, Pies-grièches,
..) disparaissent des campagnes suite à des pratiques agricoles intensives
ou défavorables : quelles mesures prendriez-vous pour endiguer ce déclin
?
Corinne Lepage : Je pense qu'une partie de la réponse se trouve
dans les propositions que j'ai faites dans la question précédente.
J'encouragerai par ailleurs la contractualisation entre les conservatoires naturels
régionaux et les agriculteurs ou communes pour la gestion des espaces remarquables
(prairies alluviales, anciens vergers, savarts, pelouses calcicoles, tourbières).
Les replantations de haies seront encouragées.
9- Souhaitez-vous une application stricte du principe "pollueur-payeur",
y compris pour une certaine agriculture responsable d'une grande partie de la
pollution des eaux et des sols ?
Corinne Lepage : Cela fait partie des propositions centrales de CAP
21. Il n'est pas normal de voir des communes investir des millions d'euros pour
traiter les pesticides dans les eaux de leurs captages.
10- Que pensez-vous de la loi littorale ? Devrait-elle être assouplie
ou renforcée ?
Corinne Lepage : Si la loi littoral a contribué à rationaliser
l'aménagement du littoral en contribuant à limiter l'urbanisation
et en valorisant les sentiers côtiers, sa mise en application n'apparaît
pas aisée face aux intérêts immédiats des collectivités
locales et aux amendements qui se succèdent pour en alléger les
contraintes.
La densité humaine
sur le littoral augmente à un rythme plus élevé que dans
le reste du pays atteignant 272 hab/km2 contre 108 pour la moyenne nationale selon
les indications de l'OCDE dans son rapport sur l'environnement en France : une
tendance appelée à se confirmer d'après la DATAR qui prévoit
une augmentation de population sur le littoral de l'ordre de 3 400 000 habitants
d'ici 2030. Les tentatives de bétonner le littoral n'ont jamais été
aussi nombreuses.
Depuis 20 ans la loi
littoral a contribué à la protection des espaces littoraux tout
en permettant le développement touristique et économique des territoires
concernés. Je souligne par ailleurs l'action du Conservatoire du Littoral
qui permet aujourd'hui de maîtriser environ 12 % du linéaire côtier
un résultat intéressant mais insuffisant par rapport aux enjeux.
Des garanties doivent être apportées pour assurer un rythme régulier
d'investissements dans l'objectif de doubler à moyen terme le patrimoine
protégé.
Plus que jamais, cette
loi doit être préservée, renforcée, appliquée
avec rigueur, sans complaisance afin de protéger une façade maritime
exceptionnelle en Europe.
11- Que pensez-vous
du retour du loup ? Etes-vous favorable à une élimination de certains
individus à la demande des populations locales ? Et que pensez-vous du
programme de réintroduction de l'ours dans les Pyrénées ?
Corinne Lepage : Je pense que le loup ne doit pas être le bouc-émissaire
d'une crise plus profonde que traverse le pastoralisme en France et je ne suis
pas favorable au prélèvement d'individus. Il faut que les pertes
de cheptel soient compensées, que tous les moyens de protection soient
mis en uvre et financés par l'Etat. Il faut renouer le dialogue entre
les éleveurs, les communes, les associations et l'Etat pour essayer de
trouver les actions qui préservent la stratégie nationale en faveur
de la biodiversité et les intérêts économiques des
éleveurs.
En ce qui concerne le
programme de réintroduction des ours, j'estime qu'il s'avère indispensable
au maintien de l'espèce dans les hautes vallées pyrénéennes
et répond aux engagements internationaux de la France en matière
de conservation de la biodiversité.
Je suis persuadée que la cohabitation entre l'Homme et l'Ours est possible
et favorable au développement socioéconomique des territoires concernés.
Je réaffirme
mon attachement au maintien d'un pastoralisme vivant en estive et aux mesures
qui doivent l'accompagner : gardiennage, emploi de bergers, reconstruction de
cabanes, réhabilitation du " Montagne des Pyrénées "
comme chien de protection.
Il n'y aura de développement
durable du territoire pyrénéen qu'en conciliant l'ensemble de ses
composantes. L'ours occupe à ce titre une place emblématique et
précieuse.
12- Que pensez-vous
du fameux Protocole de Kyoto, que le gouvernement français a signé
mais qu'il ne respecte pas (les émissions ont augmenté au lieu de
diminuer), préférant concentrer ses efforts sur la dénonciation
de la non-signature de plusieurs autres pays ?
Corinne Lepage : Il est grand temps de regarder la réalité
en face. Plan canicule, plan sécheresse réclamé par la profession
agricole, c'est notre monde qui a changé et nous payons notre irresponsabilité
collective.
Ce n'est pas une raison pour continuer. D'une part, un plan d'adaptation au changement
climatique est une urgence et il commence avec l'agriculture : définition
des cultures compatibles avec la sécheresse croissante, encouragement des
méthodes économes en eau et en intrants à commencer par le
bio, suppression de toute prime à l'irrigation, etc
D'autre part, il faut arrêter de croire que l'État peut et doit compenser
les conséquences des transformations énergétiques et climatiques.
C'est impossible.
Le temps est venu de comprendre que les choix du passé sont révolus
et insoutenables.
À chacun de s'adapter et à l'État de dire la vérité
et d'orienter les choix des acteurs économiques vers un développement
effectivement durable. Je propose en autres la mise en place d'une politique ambitieuse
de réduction de nos émissions de GES à minima de 20 % en
5 ans, un moratoire sur les autoroutes et le report des crédits affectés
sur des projets de transports collectifs et de frets non-émetteurs de CO2,
l'interdiction de tout projet public ou bénéficiant d'un financement
public augmentant les émissions de gaz à effet de serre, l'intégration
du coût CO2 dans les produits et services mis sur le marché, la mise
en place d'une fiscalité favorisant l'émergence des Nouvelles Technologies
Environnementales, le lancement d'un programme de recherche pour sortir de l'économie
du carbone ou encore la mise en place d'un programme de rénovation et de
construction de bâtiments positifs
13- Que pensez-vous de la politique actuelle de la France concernant la
protection des espèces animales et de leurs habitats naturels ?
Corinne Lepage : La responsabilité de la France qui est présente
sur deux continents et dans trois océans est énorme tant sur ses
propres territoires que dans le cadre de son action européenne et internationale.
Malgré Rio ou Johannesbourg, les évolutions restent très
lentes et les tendances globalement défavorables : la France est ainsi
classée parmi les dix pays au monde qui comptent le plus d'espèces
menacées.
Qui plus est la France
accumule un retard important en matière de conformité à la
législation européenne sur l'environnement. Bien que sanctionnée
à plusieurs reprises par plusieurs arrêts de la Cour européenne
de justice, la France fait évoluer sa législation très lentement,
à l'image de la désignation des sites pour protéger les oiseaux
sauvages qui accuse un retard supérieur à 20 ans. Le discours de
la commission est sans ambiguïté, estimant que '
la France nuit
aux efforts déployés pour préserver la faune et la flore
d'Europe et sape les actions en faveur d'une meilleure gestion des risques pour
l'environnement et la santé humaine'.
Que dire encore de l'abattage
légalisé de loups en France, de l'orpaillage clandestin en Guyane
aux conséquences écologiques et sanitaires dramatiques ou de la
régression des zones humides ?
Parmi mes propositions
je propose de :
1. Interdire des importations de produits portant atteinte à la biodiversité.
2. Interdire l'exploitation minière
3. Soutenir l'éco-tourisme dans les territoires d'outre-mer
4. Reconnaître les associations comme acteurs majeurs de la conservation
de la nature
5 Exiger une éthique sur les risques liés à la biotechnologie
et sur les brevets du vivant et instaurer les principes de la bioéthique
dans le Droit Public international
6. Intégrer la biodiversité dans toutes les politiques en supprimant
tous les effets pervers, engager la contribution de tous les ministres, et assurer
la prise en compte de la biodiversité dans les instances de décision
et de débat
7 Prendre en compte la protection de la nature ordinaire et le maintien des corridors
biologiques dans l'aménagement du territoire
8. Réformer les politiques sectorielles avec une politique agricole rénovée,
une politique de gestion forestière durable, une politique de la pêche
et de la mer préservant davantage les ressources
14- Les organismes
de recherche en zoologie comme le Muséum d'Histoire Naturelle, le Conservatoire
du Littoral, et d'autres instances publiques d'étude et de protection de
la nature manquent cruellement de moyens par rapport aux établissements
comparables de pays comparables : quelle serait votre politique dans ce domaine
précis ?
Corinne Lepage : Il faut se donner les moyens de l'expertise environnementale
et sanitaire, former des zoologistes, des botanistes, des toxicologues, des épidémiologistes.
C'est toute la place de la recherche publique fondamentale qui est posée
face aux grands défis écologiques. Je pense qu'un débat citoyen
devrait être engagé sur le sujet.
15- Personnellement, vous êtes vous déjà intéressé ou avez-vous déjà observé
les oiseaux dans la nature ?
Corinne Lepage : Habitant Paris, je n'en ai pas beaucoup l'occasion. Cela
m'est plus facile quand je pars en vacances dans le Gard. Par ailleurs, un certain
nombre de responsables et militants de CAP 21 ont une fibre naturaliste et militent
au sein d'associations de protection de la nature comme la LPO. Je pense en particulier
au porte-parole de CAP 21.
Merci, Madame Corinne
Lepage, d'avoir répondu à nos questions.
Contact
Pour découvrir directement le programme de Cap 21, vous pouvez visiter
le site web www.cap21.net.
Corinne Lepage tient aussi un blog de campagne : http://presidentielle-corinne-lepage.over-blog.com/.
A lire
L'interview de Philippe
de Villiers, Président du Mouvement pour la France.
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