Le projet du Four Seasons
Le
projet
Carte
de la région du Mont Hartman
Carte : Ornithomedia.com |
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Un projet immobilier menace
l'un des derniers refuges de la Colombe de Grenade.
Birdlife International a en effet annoncé que le gouvernement de l'île
avait décidé de vendre tout le territoire de la Mount Hartman Protected
Area pour permettre la construction d'un hôtel Four Seasons et d'un golf;
et il est vrai que le site est magnifique : boisé, avec de superbes vues
sur le mer ..
Cette zone, appelée aussi le "Dove Sanctuary", accueille 22%
de la population nicheuse de la colombe.
Le projet, porté par le Four Seasons Hotels and Resorts group, prévoit
la construction d'un établissement de 150 chambres, 300 villes de luxe,
un golf, une marina et un centre de conférence.
Jules Howard, de Birdlife, nous précise que le site couvrira 60 hectares
: il s'agît d'une ancienne plantation couverte désormais d'une forêt
décidue à épineux, à sous-bois ouvert, très
favorable à la Colombe de Grenade. La végétation s'est bien
remise du passage de l'ouragan Ivan. La canopée y atteint aujourd'hui 5
à 10 m de haut.
En visitant le site de la société Grenada Communications (www.grenadabroadcast.com),
on peut lire ceci :
"Les golfeurs n'ont pas été oubliés; à seulement
15 min de Port-Louis, Tom Mackenzie, qui avait auparavant dessiné et réalisé
sept golfs de compétition, a juste commencé à imaginer un
nouveau 18 trous autour d'un futur Four Seasons sur le Mount Hartman. Il sera
réservé à sa clientèle, et constituera l'un des meilleurs
golfs des Caraïbes. Ce projet est inclus dans le "Port
Louis project", qui devra agir comme un catalyseur pour faire la ville de
la ville de Saint-George (NDLR : la capitale de Grenade) le 'Gustavia' (NDLR :
un centre touristique de luxe dans les Antilles néerlandaises) du sud des
Caraïbes".
La Mount Hartman Protected
Area
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Le Colibri
huppé (Orthorhyncus cristatus) est présent dans le sanctuaire du
Mont Hartman
Photo : Cédric Derouet |
Ce sanctuaire avait été
créé il y a 10 ans, afin de compenser la destruction d'autres zones
en voie d'aménagement. En 2006, un centre pour visiteurs avait été
ouvert pour faire découvrir les richesses naturelles de la zone aux touristes
et aux populations locales. En outre, de nombreux sentiers permettent une bonne
découverte du milieu.
Cette zone protégée, bordée par la Woburn Bay, protège
une forêt sèche (buissons épineux, cactées) et une
savane autrefois pâturée.
D'anciennes ruines de plantations dominent une côte superbe, bordée
de falaises, de plages et de mangroves.
Le Mont Hartman a été identifié par BirdLife International
comme étant une Zone Importante pour la Conservation des Oiseaux (Important
Bird Area), avec la présence de la Colombe de Grenade et onze autres espèces
menacées de Grenade et des Antilles, comme le Colibri huppé (Orthorhyncus
cristatus) et le Tyran bavard (Myiarchus nugator).
Où voir la Colombe dans le secteur ?
Un
bon spot à Colombes de Grenade
Carte : Ornithomedia.com, d'après M. Gawn |
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Mark Gawn a visité
la zone en mai 1999. Il a publié les informations suivantes dans un rapport
sur Grenade:
"Le meilleur endroit pour voir la colombe est la Réserve du Mont Hartman,
près de Grande Anse. Depuis l'Aéroport International, il faut prendre
la seule route; au deuxième rond-point (à côté d'un
vieux moulin transformé en un restaurant spécialisé dans
le poulet), prendre la route sur votre droite. Suivre cette route sur environ
200 mètres jusqu'à ce que vous voyez un panneau "Beate's Meats"
sur votre droite. Prendre le chemin de terre. Bientôt, vous sentirez les
effluves délicates d'une porcherie sur votre gauche ... A proximité,
vous trouverez un grand panneau délabré avec un dessin de colombe.
Il y avait de nombreux colombidés dans le coin : Colombes à queue
noire (Columbina passerina), Tourterelles oreillardes (Zenaida auriculata) et
Pigeons à cou rouge (Columba squamosa), tous peut-être attirés
par la nourriture offerte par la porcherie.
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Les collines
buissonneuses sont le domaine de la Colombe de Grenade (Leptotila wellsi) dans
le secteur du Mont Hartman
Photo : B. Rusk |
La Colombe de Grenade vit
dans les buissons épineux derrière celle-ci. Il y a d'ailleurs des
panneaux avec son dessin le long d'un grillage. Après une progression pénible
pendant une heure, j'ai entendu mais je n'ai pas vu une seule colombe. Heureusement,
son "oooh ahh" est facile a repérer.
Je suis ensuite retourné sur la mauvaise route, qui continue le long de
la limite des collines. 500 mètres après la porcherie, elle tourne
vers la gauche avant de former une fourche.
Prendre le chemin de gauche. La route passe dans une vallée, les versants
étant recouverts de buissons. J'ai entendu ici deux tourterelles. J'ai
pu voir un des deux oiseaux en remontant la pente sur 100 m se nourrissant.
Ma visite en mai, juste à la fin de la saison sèche, a sûrement
aidé à repérer l'espèce. Toutefois, d'autres observateurs
qui sont venus pendant la saison des pluies ont vu davantage d'oiseaux (Martin
Frost, com. pers.). Le problème de la saison humide est la présence
de nombreuses feuilles, qui rendent l'oiseau presque invisible. Une bonne technique,
selon Ro Wauer, est de rester tranquillement assis pendant une heure près
d'un oiseau qui chante. J'ai passé deux matinées sur le site, arrivant
juste après 6 heures du matin. Le premier jour, je n'ai entendu qu'un oiseau,
appelant plusieurs fois autour de 7h30, puis devenant silencieux. Le second jour,
j'ai entendu les deux oiseaux autour de 7h30, mais ils continuaient de chanteur
quand je suis parti vers 8h30. Je n'ai entendu aucun oiseau en fin de journée
le premier jour".
Une surprise totale
Cette décision représente une volte-face totale de la part du gouvernement
de Grenade concernant sa politique de protection de l'environnement. En mars 2006,
le sénateur Ann David Antoine, Ministre de la Santé, de la Sécurité
Sociale, de l'Environnement et des Affaires Ecclésiastiques, avait affirmé
devant les participants du Global Island Partnership "notre région
reconnaît l'importance de la conservation de la nature et nous devons agir
de façon responsable pour protéger la biodiversité unique
de notre île".
La réaction de Birdlife
Pour Margaret Atwood et Graeme Gibson, directeurs honoraires du BirdLife's Rare
Bird Club, "la décision de compromettre la survie du symbole de l'île
pour permettre à des touristes d'avoir une belle vue est terriblement ironique".
David Wege, du Caribbean Programme à BirdLife International, "outre
la destruction de son habitat, la population de colombes du Mont Hartman, la plus
importante de l'île, va souffrir de dérangements et de l'implantation
de plantes exotiques, ce qui pourra mener à l'extinction de l'espèce
[..]. Le gouvernement méprise complètement la protection de la nature".
La réponse du gouvernement
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Vue générale
du Mount Hartman Sanctuary
Photo : B. Rusk |
Pour le gouvernement, la
motivation a été essentiellement économique, pour encourager
les investissements étrangers et développer l'emploi local. Outre
les bénéfices immédiats, les autorités comptent sur
des effets indirects sur les opérateurs touristiques locaux. Pourtant,
ailleurs aux Caraïbes, un choix différent, plus durable, a été
testé avec succès.
Nous sommes allés sur le site du gouvernement de Grenade (http://tourism.gov.gd),
où a été publié le communiqué suivant :
"Mercredi 20 décembre 2006, St. George's: le gouvernement de Grenade
aimerait remercier les associations de conservation comme Bird Life International
pour son intérêt pour la faune de Grenade, mais nous voudrions réfuter
les allégations selon lesquelles le projet touristique menacerait l'habitat
de la Colombe de Grenade. Le gouvernement, par le biais des ministres du tourisme
et de l'environnement, a toujours mené une politique de tourisme durable
et continuera dans cette voie.
Le Ministère du Tourisme estime que la protection de nos ressources naturelles
est importante pour notre environnement et notre tourisme. Selon la Ministre du
Tourisme Brenda Hood,
le développement du Mont Hartman profitera non seulement à notre
économie, mais aussi à la gestion de nos parcs nationaux. La ministre
a noté que le gouvernement et les aménageurs mettront à disposition
des ressources pour maintenir la zone protégée. Elle rappelle que
les nombreuses collines, vallées, rivières de l'île constituent
un avantage unique pour différencier l'île de ses concurrents".
Sources
- Birdllife International : www.birdlife.org
- IUCN Red List evaluators Phil Benstead (BirdLife International), David Capper
(BirdLife International), David Wege (BirdLife International)
- BirdLife International (2006) - Species
factsheet: Leptotila wellsi.
- Birding the Americas, de Marck Gawn : www3.ns.sympatico.ca/maybank/main.htm
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