Le cerveau des colibris et le virus H5N1
Une partie du cerveau des colibris les aiderait à voler sur place
 |
Comment le Colibri
à gorge rubis (Archilocus colibris) peut-il voler sur place ?
Photo : Sylvain Gosselin |
Des scientifiques de l'Université d'Alberta (Canada) ont identifié une partie du cerveau minuscule des colibris qui pourrait être responsable de leur capacité à voler sur place.
Doug Wong-Wylie, chercheur-professeur de la chaire "Behavioural and Systems Neuroscience and psychology" de l'université, précise : "ceci est passionnant : dès que nous avons examiné le cerveau de ces cerveaux, il était évident qu'il y avait quelque chose d'unique par rapport à celui des autres espèces".
Wong-Wylie et Andrew Iwaniuk, également du Department of Psychology de la Faculté des Sciences, ont comparé les cerveaux de 28 espèces d'oiseaux issus des collections du National Museum of Natural History, du Field Museum of Natural History, et du Louisiana State University Museum of Natural Science à ceux de colibris.
Cette dernière famille est bien connue pour la vitesse de leurs battements d'ailes et leur capacité à voler sur place et en arrière avec plus de précision qu'un hélicoptère. Il est important que le colibri reste stable et précis pendant qu'il butine les fleurs, ceci malgré ses 75 battements d'ailes par seconde et les éléments perturbateurs comme les rafales de vent qui pourraient les emporter.
De nombreuses études avaient déjà été menées sur l'anatomie des colibris (comme leur cur de grande taille, leur fort métabolisme et l'aérodynamisme de leurs ailes), mais jusqu'à présent rien n'avait été fait concernant leurs spécialisations neuronales.
Iwaniuk rappelle que si ce type de travail n'avait jamais été conduit jusqu'alors, c'est que ces oiseaux sont difficiles à attraper, à étudier du fait d eleur petite taille, et sont plutôt rares.
Les scientifiques ont découvert qu'un noyau spécifique, qui détecte les mouvements (lire Le
cerveau et l'intelligence des oiseaux), est deux à cinq fois plus grand par rapport à la taille de son cerveau (qui est plus petit que l'extrémité d'un doigt !) chez le colibri que chez les autres espèces.
Ce noyau aiderait le colibri à rester en vol stationnaire. Il doit avoir une excellente réponse motrice alors qu'il est à l'arrêt sur 90 % du temps : ce noyau spécifique est probablement responsable de cette performance.
Cette recherche a été publiée en ligne dans "The Journal of Comparative Neurology" et sortira sur papier en janvier 2007.
Certaines espèces seraient plus sensibles au virus H5N1
Des chercheurs de l'Université de Géorgie (États-Unis) ont découvert que le Canard carolin (Aix sponsa) et la Mouette atricille (Larus atricilla) étaient particulièrement sensibles à la forme la plus pathogène (H5N1) du virus de la grippe aviaire (lire notre article sur La
grippe aviaire), et étaient très susceptibles de le
transmettre.
Leur étude, publiée en novembre 2006 dans le journal "Emerging Infectious Diseases", démontre qu'il existe en effet de fortes différences de sensibilité au virus selon les espèces d'oiseaux vivant en Amérique du Nord.
David Stallknecht, maître de conférences à l'UGA College of Veterinary Medicine et coauteur de l'étude, explique que prédire quelles espèces avaient la plus forte probabilité d'être infectées par la forme H5N1 du virus était très important pour détecter rapidement la maladie avant son arrivée sur le continent américain.
Il précise : "si vous cherchez la présence du virus H5N1 parmi les oiseaux sauvages, il est plus efficace d'examiner en priorité les cadavres des Canards carolins sachant qu'ils semblent être extrêmement sensibles, comme c'est également le cas des Mouettes atricilles. Il est aussi très intéressant de noter que certaines espèces considérées habituellement comme des réservoirs à grippe, comme le Canard colvert, ont une durée et une ampleur de capacité de transmission virale relativement faibles. C'est une bonne nouvelle, car cela signifie que le virus H5N1 aura des difficultés à se répandre de manière naturelle en Amérique du Nord à partir d'oiseaux sauvages".
Travaillant sous des conditions contrôlées dans un laboratoire de biosécurité de l'USDA Agricultural Research Service's Southeast Poultry Research Laboratory, les chercheurs ont déterminé comment une grande partie du virus était stockée dans les fèces et dans le système respiratoire de plusieurs espèces d'oiseaux sauvages. Le travail a été conjointement subventionné par l'United States Poultry and Egg Association, la Morris Animal Foundation et l'USDA.
Justin Brown, principal auteur et étudiant en doctorat, explique : "nous avons choisi des oiseaux qui, du fait de leur comportement ou de leur habitat, sont les plus susceptibles de transmettre ou d'apporter le virus en Amérique du Nord".
 |
Le Canard pilet (Anas acuta) faisait partie des espècs étudiées dans cette étude
Photo : Joël Bruzière / www.eyesonsky.com |
Les espèces étudiées étaient le Canard colvert, souvent infecté par des souches faiblement pathogènes en Amérique et dans le Nord de l'Eurasie, le Canard pilet (Anas acuta) et la Sarcelle à ailes bleues (Anas discors), qui migrent sur de longues distances entre les continents, le Canard à tête rouge, une espèce plongeuse, et le Canard carolin, qui niche dans le nord et le sud des États-Unis.
La Mouette atricille est un oiseau côtier commun nichant sur les côtes atlantique jusqu'au Golfe du Mexique.
Stallknecht explique que dans le cas de souches faiblement pathogènes, la plupart des virus est stockée dans les fèces. Le virus se répand alors quand les autres oiseaux boivent de l'eau contaminée.
L'étude a démontré que dans le cas de la souche extrêmement pathogène H5N1, les oiseaux expulsent la plupart des virus par voie respiratoire.
Le chercheur précise qu'avec cette découverte, les scientifiques pourront détecter plus efficacement le virus dans le bec et la gorge des oiseaux vivants. Le fait de savoir sur quelles espèces concentrer les recherches est plus rapide et plus efficace.
Dans une étude publiée en décembre 2006 dans le journal "Avian Diseases", les chercheurs ont quantifié combien de temps le virus persistait dans l'eau : ils ont ainsi trouvé que la souche H5N1 ne persistait pas aussi longtemps que les formes faiblement pathogènes (dans certains cas le temps de persistence était réduit de plus de 70%); ceci pourrait diminuer le risque de transmission, et cela soutient l'idée que ces souches auraient des difficultés à s'établir en Amérique du nord.
Pour Stallknecht, ces conclusions sont encourageantes mais il manque encore les résultats d'une étude en cours concernant la quantité minimum de virus nécessaire pour infecter un oiseau.
Les chercheurs recevront une allocation de trois années totalisant $2,6 millions des Centers for Disease Control and Prevention. Cette somme sera utilisée pour un projet ambitieux à propos des possibilités de contacts entre l'homme et les virus de la grippe aviaire.
Dans la première phase de ce projet, les chercheurs examineront la prédominance, la persistence et la distribution des virus dans différents environnements. Dans la phase suivante, ils travailleront avec les Départements de Santé Publique pour déterminer les groupes de personnes, qui, en fonction de leurs occupations ou de leurs loisirs, ont les plus forts risques de rentrer en contact avec le virus. Les chercheurs évalueront aussi la capacité des virus faiblement pathogènes à infecter les autres mammifères.
Et Stallknecht de conclure : "beaucoup de ces risques potentiels ne sont pas encore très bien compris ni même définis, mais il est pourtant possible qu'ils puissent être efficacement contrôlés avec des mesures préventives simples".
Réagissez à cet article
sur notre forum Environnement ou
par e-mail à david.bismuth@ornithomedia.com.