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La Réintroduction de l'Erismature à tête blanche en Corse |
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Dans la Réserve naturelle de l'étang de Biguglia
| Situation de la Réserve naturelle de l'étang de Biguglia en Corse |
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L'Erismature à tête blanche (Oxyura leucocephala) est un petit canard plongeur original, avec une longue queue relevée au repos. Mais c'est surtout une espèce "vulnérable" dans le monde et en "danger" en Europe, protégée, entre autre, par l'annexe I de la Directive Oiseaux.
En France, elle était uniquement présente, jusqu'en 1966, sur l'étang de Biguglia en Haute-Corse. La chasse et le braconnage sont à l'origine de la disparition de sa population.
Un projet de réintroduction sur la réserve naturelle de l'étang de Biguglia, site Ramsar, aux à priori conditions favorables, a été initié dès 1993 : mais les résultats semblent décevants ...
Le directeur de la
Réserve Naturelle de l'Étang de Biguglia nous décrit l'historique de ce projet.
Nous remercions Dani L. Huertas (site web : www.daniscoping.com) pour nous avoir fourni ses photos prises en Andalousie, et Georges Petit pour son cliché d'un biotope favorable sur l'étang de Biguglia.
Abstract
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The White-headed Duck (Oxyura leucocephala) is a rare diving duck, classified as "in danger" in Eurppe, and "vulnerable" in the World. There are two main populations in the World : a migrating one from Bulgaria to Central Asia, and a resident one in Western Mediterranean countries (mainly in Spain).
In France, the White-headed Duck was only present in Corsica until 1966, on the Biguglia Lagoon. The population was small and disappeared following excessive hunting.
A reintroduction project has been initiated since 1993 on the Biguglia lagoon, but
until now the results seem to be disappointing.
The director of the reserve describes us this project.
La réintroduction de l'Erismature à tête blanche
L'Erismature à tête blanche (Oxyura leucocephala)
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Erismature à tête blanche (Oxyura leucocephala) mâle adulte en plumage nuptial
Photo : Dani L. Huertas / www.daniscoping.com |
Identification :
Longueur : 43-48 cm.
Envergure : 62-70 cm.
Canard plongeur à la queue raide souvent relevée.
Mâle en plumage nuptial : tête blanche, ave une calotte noire de taille variable, bec bleu vif renflé à la base, dos châtain.
Mâle en plumage internuptial : plus terne. Le bleu du bec disparaît.
Femelle et immature : plumage brun-chamois, bec sombre, non renflé, tête rayée de sombre.
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Erismature à tête blanche (Oxyura leucocephala) femelle
Photo : Dani L. Huertas / www.daniscoping.com |
Biologie :
Sédentaire en Europe de l'Ouest. Plonge souvent. Vole rarement. Parade nuptiale spectaculaire.
Habitat :
Etangs peu profonds, dégagés, entourés d'une végétation dense.
En hiver, fréquente les lagunes côtières et les réservoirs dégagés.
Répartition :
Rare, présent localement en Espagne, Afriéque du Nord, et de la Bulgarie à l'Asie Centrale. Cette espèce est représentée dans le monde par deux populations : une à tendance migratrice et relativement importante, à l'est, de la Bulgarie à l'Asie centrale, une autre à tendance sédentaire, limitée et confinée à la Méditerranée occidentale.
Statut :
L'Erismature à tête blanche est une espèce "vulnérable" dans le monde et en "danger" en Europe, protégée, entre autre, par l'annexe I de la Directive Oiseaux. Occasionnelle en France, Belgique et Suisse.
L'étang de Biguglia
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L'étang de Biguglia possède des biotopes favorables à lE'rismature à tête blanche (Oxyura leucocephala)
Photo : Georges Petit |
L'étang (ou lagune) de Biguglia, situé non loin de Bastia, est le plus grand de l'île, avec une surface 1 450 hectares (11 kilomètres de long).
Il est séparé de la Méditerranée par un étroit lido dont la largeur n'excède pas le kilomètre.
Ses rives sont constituées par une mosaïque de vasières, de prés salés, de prairies pâturées et de roselières, tandis que des herbiers aquatiques couvrent de vastes surfaces.
Plus de
250 espèces d'oiseaux y ont été observées. Quatre espèces constituent l'essentiel des hivernants : la Foulque macroule (Fulica atra), le Fuligule morillon (Aythya fuligula), le Fuligule milouin (A. ferina) et le Grand Cormoran (Phalacrocorax carbo).
Les
roselières attirent en hiver des milliers de Bruants des roseaux (Emeberiza schoeniclus), et le site est important à la mauvaise saison pour la Rémiz penduline (Remiz pendulinus) et la Lusciniole à moustaches (Acrocephalus melanopogon).
Les vasières du nord de l'étang sont très fréquentées par limicoles.
Au printemps (avril-mai), des espèces orientales comme le Faucon kobez (Falco vespertinus) ou la Guifette leucoptère (Chlidonias leucopterus) sont régulières.
Le site est inscrit sur la liste des zones humides d'importance intemationale au titre de la Convention de Ramsar, à l'inventaire des zones de protection spéciale au titre de la Directive européenne relative à la conservation des oiseaux sauvages, et il a été classé en Réserve naturelle.
Disparue en 1966 en France
En France, l'Erismature à tête blanche était uniquement présente, jusqu'en 1966, sur l'étang de Biguglia en Haute-Corse. La chasse et le braconnage sont à l'origine de la disparition de sa population de taille modeste.
Actuellement, seule l'Espagne abrite de manière pérenne cette érismature, avec plus de 1 000 individus, grâce à la mise en application d'un plan de conservation strict de l'espèce et de ses habitats et d'un renforcement de population à partir d'un élevage (Parc national de Donana).
La menace de l'Erismature rousse
Le danger demeure toutefois, tant que la plupart des mesures recommandées par le Plan d'Action européen n'auront pas été prises, comme le contrôle des Erismatures rousses (Oxyura jamaicensis) (NDLR : une espèce américaine qui s'est installée à l'état sauvage en Europe à partir d'oiseaux captifs échappés en Grande-Bretagne) dans les parcs animaliers, et surtout l'éradication de la population britannique de près de 5 000 individus.
La France, située dans une position "charnière", entre la Grande-Bretagne et l'Espagne a une responsabilité importante, pour empêcher l'expansion géographique de l'Erismature rousse, qui menace la première, de compétition écologique et génétique. Les hybridations déjà constatées en Espagne pourraient conduire à terme à la disparition de l'espèce protégée, par "dilution génétique". Aussi, des tirs sélectifs ont-ils été opérés en France, par des spécialistes formés dans ce but et ont permis d'éliminer un nombre plus que significatif d'oiseaux, notamment sur le lac de Grand-Lieu en Loire-Atlantique, non loin de Nantes et de l'embouchure de la Loire.
L'Espagne, détentrice du seul centre d'élevage de la race méditerranéenne, a exigé de la France et aussi de l'Italie où un projet de réintroduction est aussi enclenché, l'adoption de mesures de contrôle visant à l'élimination de cette espèce indésirable, en échange de sa participation au programme de réintroduction de l'Erismature à tête blanche sur la réserve naturelle de l'étang de Biguglia, site Ramsar, sur laquelle un projet de faisabilité a été réalisé en 1993.
Un projet initial revu
Compte tenu des facteurs écologiques et biologiques conformes aux exigences connues de l'espèce, la réintroduction de l'Erismature sur la réserve naturelle de l'étang de Biguglia a fait l'objet d'une demande LIFE-nature 97-1. En accordant ce projet, l'Union européenne a ainsi considéré que les conditions étaient réunies pour une réintroduction dans de bonnes conditions. Un cahier des charges a été établi et un comité de pilotage a été mis en place et s'est réuni pour la première fois en mai 1999.
La réintroduction devait s'appuyer sur une structure d'élevage à installer in situ.
Le montage retenu et définitif du projet consistait en l'achat d'une propriété en bordure d'étang. Sur cette propriété se dresse un bâti existant devant être rénové et devenir la maison de la réserve naturelle. Les installations d'élevage, les volière d'acclimatation, ainsi que le logement du gardien étaient prévus sur le site et justifiaient la participation de la commission européenne.
Ce projet s'est heurté à plusieurs difficultés :
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les fortes réticences de l'administration, la D.D.E. (Direction départementale de l'Equipement), pour l'octroi d'un certificat d'urbanisme sur le site, car non inclus dans la réserve, mais soumis aux contraintes de la loi littoral
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Le revirement de la Commission Européenne donnant dans un premier temps son accord pour l'acquisition de la propriété, puis demandant au Département de la Haute-Corse, gestionnaire de la réserve, de ne pas s'engager dans ce projet en l'absence de garantie d'obtention des canards
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le prix de vente de la propriété exorbitant car surestimé
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les difficultés d'obtention des anatidés de la part des partenaires espagnols qui avaient subi des échecs répétitifs dans leur élevage en 1999, 2000 et 2001. Les Italiens ont connu de semblables difficultés avec leurs centres d'élevage dans le Piémont à Racconiggi et dans les Pouilles, où le premier lâcher in situ a été un échec.
Un premier lâcher en 2001
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Erismature à tête blanche (Oxyura leucocephala) mâle adulte en plumage nuptial
Photo : Dani L. Huertas / www.daniscoping.com |
En définitive, le projet dans sa première version, avec l'installation d'une lourde infrastructure d'élevage ne se justifiait plus et a été abandonné, pour revenir aux recommandations du projet de faisabilité, à savoir de procéder à des lâchers-test annuels successifs de 15 à 30 individus. Le lâcher initialement prévu en 1999 n'a pu être fait. Ce n'est qu'en mai 2001, que seuls cinq érismatures, tous des mâles, fortement imprégnés de l'homme et élevés en captivité, on été lâchés, après une période passée de 18 jours dans une volière d'acclimatation in situ, suivant les recommandations de nos collègues ibériques.
Malgré une relative bonne adaptation et une bonne capacité à exploiter les ressources alimentaires, le dernier individu disparaissait au second semestre 2002. Les pêcheurs professionnels reconnaissaient qu'un des individus s'était noyé dans un filet de pêche (retour de bague).
Des oiseaux orientaux
Malgré les difficultés rencontrées avec la conception du projet, le gestionnaire a décidé de maintenir l'objectif de réintroduction. Cette volonté est justifiée, tant par les conditions initiales ayant motivé le projet, que par les résultats non négatifs du lâcher-test.
Le 17 septembre 2002, il a été décidé par le comité de gestion de consulter le C.N.P.N. sur l'opportunité de recourir à des individus de souche orientale (il existe de nombreuses structures d'élevage en Europe).
Il s'agit de la seule possibilité qui s'offre à la Corse pour poursuivre le projet de réintroduction.
Une étude génétique initiée en Espagne vient de se terminer. Elle permettra de répondre aux interrogations qui peuvent se poser, quant à des différences génétiques entre les deux races pouvant statuer sur la viabilité du projet sous cette forme.
Nos interlocuteurs italiens ont insisté sur l'utilité de bien afficher l'objectif à long terme qui est de conquérir tous les sites favorables à l'installation de l'espèce en Corse. Ce choix, déjà connu dans l'étude de faisabilité de 1993, concerne la succession de zones humides en inter-relation de la côte orientale de l'île, où les plans d'eau sont d'une capacité suffisante, végétalisés et dotés d'une forme de protection.
En outre, il est convenu de mettre en place un réseau de suivi Corse-Sardaigne-Baléares.
Contact
Réserve Naturelle de l'Étang de Biguglia
- Résidence les Eucalyptus
- Lido de la Marana
- 20290 BORGO.
Réagissez à cet article par e-mail à david.bismuth@ornithomedia.com ou sur notre forum Voyages.
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