|
Le programme et où les voir ...
Introduction
L'Ibis chauve est
une espèce en danger critique à l'état sauvage, mais il existe 1500 oiseaux en
captivité, dont 700 sont enregistrés dans le cadre du projet européen EEP
(Hancock et al., 1992; Böhm, 1999). Il était donc logique d'envisager une
réintroduction dans un biotope favorable, même si toutes les tentatives avaient
échoué jusqu'ici (Thaler et al. 1992, Pegoraro et Thaler, 1994, Mendelssohn 1994,
Kotrschal 2001), les expériences s'achevant par la mort ou la disparition des
individus concernés (Mendelssohn, 1994; Böhm, 1999). Les raisons de ces échecs
semblent liées à l'inexpérience des oiseaux lâchés. En effet, étant une
espèce sociable, les Ibis chauves font leur apprentissage grâce à des individus
plus expérimentés (Kotrschal, 1999). Néenmoins, un projet pilote mené par le zoo
d'Innsbruck (Autriche) au début des années 80, avec des jeunes élevés par des
humains, avait obtenu des résultats prometteurs (Thaler et al., 1992).
La Consejería de Medio Ambiente de la Junta de Andalucía (= la division environnement
de la région andalouse), en partenariat avec le parc zoologique de Jerez de la
Frontera, qui une bonne maîtrise de l'élevage en captivité de l'espèce, ont lancé
au cours de l'automne 2002 le " Proyecto Eremita", dont l'objet est de mettre
en place une méthodologie pour relâcher à court terme des oiseaux captifs. La
Estación Biológica de Doñana apporte son aide technique sur
des aspects scientifiques du projet.
Le choix du site
 |
La côte près de Barbate en Andalousie possède des falaises favorables à la reproduction de l'Ibis chauve
Source : www.zoobotanicojerez.com |
Lors de la première phase du projet (mars 2003 - mai 2004), l'étude d'un lieu de réintroduction favorable a été réalisée.
L'objectif était de définir la disponibilité en proies, la faune présente et les prédateurs potentiels. La surface nécessaire du terrain de chasse a été évaluée en hectares, et des lieux de nidification potentiels (falaises) ont été repérés.
Les facteurs négatifs comme la chasse, le dérangement humain, la présence de lignes électriques, l'utilisation de pesticides ou les travaux publics prévus ont été listés.
Durant cette première année du projet, les biologistes ont visité des colonies d'ibis au Maroc pour mieux appréhender la biologie de l'espèce en liberté.
La durée de cette première phase a été de 14 mois, comprenant les études sur le terrain et la publication d'un rapport : "Caracterización ecológica del área propuesta para la liberación del ibis eremita en la comarca de La Janda" de Manuel Ángel Dueñas López et José Manuel López Vázquez (mai 2004).
Le site de La Janda (province de Cadix) semblait réunir les conditions favorables, justifiant l'élaboration d'une étude spécifique (Estudio de Caracterización Ecológica del Área Propuesta para la liberación de
Ibis eremita en la Comarca de la Janda) présentée en juillet 2003 à Innsbruck en Autriche, au cours du "Northern Bald Ibis Conservation and Reintroduction Workshop" (Boehm et al, 2003).
Un groupe d'experts (grupo internacional de expertos en el Ibis Eremita, ou IAGNBI), soutenu par l'Estación Biológica de Doñana, a été mis en place pour effectuer le contrôle et suivi des opérations au cours des cinq ans prévus pour le projet.
EL Retin
| Situation du site de réintroduction de l'Ibis chauve à Barbate; trait vert, limite du camp militaire d'El Retin; 2- emplacement de la volière; 3- accès |
 |
La Janda est une zone côtière riche en pâtures et en falaises favorables à l'alimentation et à la reproduction de l'espèce.
La côte andalouse autour de Zahara de los Atunes est l'une des plus sauvages et des plus intactes du sud de l'Espagne. Le secteur entre Barbate and Zahara est en effet une zone militaire, donc sans activité touristique. La nature y est proche de son état au 8ème siècle quand les Maures ont débarqué à Barbate et ont créé avec les Umayyades la province islamique d'Al-Andalus.
L'équipe du projet a choisi en particulier le camp de manuvres militaires d'El Retín, propriété du Ministère de la Défense Espagnole, d'une surface de 5 560 ha. Le soutien de l'armée a en outre été obtenu.
El Retin se situe sur la commune de Barbate, le long de la côte atlantique.
La Sierra del Retín est située à une altitude comprise entre 9 et 316 m. Sur les sommets s'étend une végétation basse ; sur les pentes s'étend un maquis, tandis qu'au pied des zones de relief s'étirent de vastes pâtures. Cette zone est d'un accès limité du fait des activités militaires.
Le protocole de réintroduction
Le protocole de réintroduction a été établi d'après le "Veterinary Protocol in the Reintroduction of Northern Bald Ibis (Geronticus eremita)", Kirkwood, J & Quevedo M.A.; International Workshop, Strategy for the rehabilitation of the Northern Bald Ibis, 1999.
La majorité des oiseaux proviennent du zoo de Jerez, où ils ont été suivis par des vétérinaires depuis 1990, d'où leur excellent état sanitaire. Les oiseaux venant d'autres zoos ont subit une quarantaine et des contrôles. En cas de détection de symptômes de maladies, les oiseaux étaient automatiquement transférés dans la clinique du parc pour analyses. Et des autopsies étaient pratiquées sur les oiseaux morts.
Le choix des oiseaux et la méthodologie
Le zoo de Jerez, qui a une grande expérience de l'espèce depuis 12 ans, possédait 50 adultes (en avril 2004); ils formaient une structure sociale stable et bien définie, ce qui est important pour éviter les risques de consanguinité.
La méthode des lâchers a été mise au point à Innsbruck (Autriche) en juillet 2003. L'Estación Biológica de Doñana de Seville (CSIC) a apporté son soutien scientifique.
Le protocole des premières années (2004, 2005 et 2006) a consisté en l'élevage de petits par des parents adoptifs., des volontaires "camouflés" grossièrement en ibis, ceci dans le but de diminuer l'accoutumance humaine par rapport à la méthode autrichienne d'élevage à la main (Thaler et al. 1992, Pegoraro & Thaler 1994, Kotrschal 2001).
L'autre moitié des petits a été élevée avec des poussins de Hérons gardeboeufs (Bubulcus ibis), afin d'analyser le rôle de "guide " que pourrait jouer cette espèce très fréquente dans le secteur.
Ce protocole a été progressivement modifié, comme la mise en présence de jeunes élevés à la main avec des oiseaux de l'année. En 2004, deux oiseaux élevés par leurs parents naturels ont été intégrés au groupe durant la période d'élevage en volière, afin d'éviter le phénomène de dispersion des immatures.
En 2005, cette méthode a finalement été reconduite suite aux résultats positifs obtenus 2004, mais cette fois-ci en intégrant davantage de jeunes élevés par leurs parents et venus d'autres zoos (Innsbruck, Amersfoort, Chester).
Les détails de la méthode d'élevage avec des Hérons gardeboeufs
Voir le cycle d'élevage des Ibis chauves.
Tous les parents ont été marqués par des bagues métalliques couleurs pour être identifiables à distance. Des ufs ont été sélectionnés pour former la population qui a été relâchée. Ils ont été transférés dans des incubateurs pendant 27 à 28 jours, au cours desquels le développement des embryons a été contrôlé par ovoscopie.
Une fois que les oeufs ont éclos, ils ont été placés dans différentes couveuses (par groupe de 2 à 3 petits issus du même nid) et divisés en deux groupes, appelés A (11 petits) et B (10 petits placés avec huit poussins d'Hérons gardeboeufs). Les petits hérons ont été prélevés dans une colonie de Coria del Rio à Séville, avec l'autorisation du Ministère de l'Environnement.
Ces deux groupes ont été élevés à la main dans des conditions contrôlées dans des installations du zoo de Jerez jusqu'à l'âge de 20-30 jours. Ensuite, ils ont été placés dans une volière à Barbate, avec des jeunes oiseaux issus des zoos d'Innsbruck (Autriche), Amersfoort (Pays-Bas) et Chester; ils ont pu suivre les modes de vie des Hérons gardeboeufs, leurs "parents adoptifs".
Le régime alimentaire d'élevage était constitué de morceaux de poulet sans peau, mais avec les os, et de morceaux de coeur de veau riche en vitamines. La nourriture était stockée dans des réfrigérateurs, à Zahara de los Atunes, où elle était aussi préparée. Le réapprovisionnement était effectué toutes les semaines.
Selon le stade de croissance de l'oiseau, des souris et des vers de farine (Tenebrio molitor) ont été ajoutés. Durant la période d'élevage, des proies vivantes (des criquets notamment) étaient ajoutées, pour favoriser l'apprentissage des techniques de chasse.
La volière
La volière a été montée selon une orientation nord-ouest pour limiter l'exposition aux vents fréquents de la région, ainsi qu'à la canicule de l'été.
Elle était divisée en trois parties :
- Une partie centrale, de 18 m de large et de 6 m de haut, pouvant être subdivisée en deux parties égales par une grille amovible. Elle était adossée à un mur de 4 m de haut, contre lequel était placé un reposoir.
Sur le sol ont été placé deux bassins de 2 m de diamètre et de 30 cm de profondeur, pour boire et se baigner. Un grillage de 5 cm x 5 cm a été installé.
- Des espaces latéraux, à gauche et à droite du volume central, de 14 m de long et de 6 m de haut. Là aussi une plate-forme de repos a été placée, de même que des bassins.
- Un patio : la structure créée par la partie centrale et les deux ailes latérales forme un U qui laisse un espace fermé par un simple grillage dans lequel sont disposés de l'eau, et parfois de la nourriture. Cet espace pouvait servir à la capture des oiseaux. Une clôture électrique était disposée pour éloigner les prédateurs.
Le choix de l'emplacement le plus favorable pour l'installation de la volière a constitué une étape fondamentale. Le site devait réunir les caractéristiques suivantes : facilité de construction, accès contrôlable, sécurité et facilités logistiques.
Les critères retenus pour installer la volière dans le camp d'El Retín ont été :
- une zone à l'accès sévèrement réglementé
- une zone non dangereuse pour les oiseaux (tirs de l'armée)
- une zone à l'abri des vents dominants
- une zone à l'abri d'une chaleur excessive
- une zone sans accès possible aux prédateurs
- une orientation de la volière sud-ouest, ouest ou nord-ouest
- une proximité de voies d'accès sans entrave militaire
- la proximité d'eau et de falaises
- l'absence de projets de parcs d'éoliennes dans la zone
Le lieu d'implantation est situé à proximité de la source du torrent del Caño Dorado, en eau tout au long de l'année grâce à des résurgences souterraines. Une prairie humide existe toute l'année, permettant la croissance d'Iris pseudoacorus.
La volière a été placée dans une ancienne carrière (dont l'activité a cessé dans les années 40), d'où la présence de voies d'accès (dont une ancienne voie ferrée), de terrasses artificielles et l'absence de végétation.
La voie d'accès permet de rejoindre la route reliant Barbate et Zahara de los Atunes, et la voie ferrée conduit au Cortijo (=ferme) del Novillero.
Les premiers oiseaux ont été lâchés dans la zone à la mi-2004.
Où voir les Ibis chauves dans la zone
?
Un groupe d'oiseaux libres (22 à 24 oiseaux) s'est donc établi dans la base militaire d'El Retin, mais est souvent très difficile de les repérer. La plupart du temps, les observateurs (en particulier Stephen Daly, qui organise des séjours ornithologiques dans la zone, voir le site web www.andalucianguides.com) savent toutefois quels sont les meilleurs points pour les observer, en vol ou se nourrissant.
Les oiseaux andalous devraient se reproduire en 2007, car en effet tout se passe parfaitement !
|
|
 |