Le Proyecto Eremita
| Situation de Barbate, en Andalousie, non loin du site où des Ibis chauves ont été relâchés |
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L'Ibis chauve (Geronticus eremita) est l'une des espèces les plus rares du Paléarctique; il était autrefois présent quasiment tout autour de la Méditerranée, et est aujourd'hui localisé dans deux secteurs distincts, au Maroc (100 couples) et en Syrie (deux couples). Une population semi-captive existe aussi en Turquie.
Un programme de réintroduction (le 'Proyecto Eremita'), soutenu par l'Estación Biológica de Doñana (CSIC) et l'International Northern Bald Ibis Group (IAGNBI), est actuellement en cours en Andalousie, près de Barbate : un groupe d'oiseaux a été relâché à la mi-2004 dans une base militaire situé sur l'une des portions de côte les plus sauvages et des plus intactes du sud de l'Espagne.
Dans cet article, nous vous proposons une présentation de l'espèce, de son statut, et du programme andalou.
Nos sources ont été : le site du zoo de Jerez de la Frontera (www.zoobotanicojerez.com), l'étude "Caracterización ecológica del área propuesta para la
liberación de Ibis Eremita en la Comarca de la Janda"
de Manuel Ángel Dueñas López, et l'International Northern Bald Ibis Geronticus eremita
Action Plan rédigé en 2005 par la SEO pour l'UNEP (United Nations Environment Programme).
Nous remercions
Stephen Daly (www.andalucianguides.com) et le zoo de Jerez de la Frontera (www.zoobotanicojerez.com) pour nous avoir transmis de nombreuses photos.
Abstract
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Northern Bald Ibis (Geronticus eremita) globally number less than 400 birds in the wild (100 pairs in Morocco, 2 pairs in Syria, and a semi-captive population in Eastern Turkey), although there are over two thousand birds in Zoos and private collections worldwide.
A re-introduction programme for the Northern Bald Ibis (Proyecto Eremita) near Barbate, Andalucia (Spain) supported by the Estación Biológica de Doñana (CSIC) and the International Northern Bald Ibis Group (IAGNBI) has been engaged since 2002; a flock of 24 Ibis has been established on a military land since mid-2004.
In this article, we propose you a presentation of the species, its status and a description of the project.
We thank Stephen Daly (www.andalucianguides.com) and the Jerez de la Frontera's zoo (www.zoobotanicojerez.com) for the photos.
L'Ibis chauve (Geronticus eremita)
Description
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Plumages de l'Ibis chauve : 1- jeune, 2- immature, 3- poussin, 4- adulte
Source : Cramp et Simmons, 1977 |
Identification :
Longueur : 70-80 cm.
Envergure : 125-135 cm.
Poids : de 1 à 1,5 kg.
Grand ibis sombre au corps allongé et robuste, au cou assez long.
Le plumage de l'adulte présente des reflets verts et pourpres.
La tête et la gorge des adultes sont nus et de couleur rouge intense.
Les jambes sont courtes, brun-rouge.
Les plumes de la nuque sont allongées. Les juvénile ont la peau de la tête et du cou grisâtre, et n'acquièrent que vers deux ans les longues plumes sur la tête et le cou.
Taxonomie
La famille des Threskiornithidae, à laquelle appartient l'Ibis chauve, se divise en deux sous-familles distinctes : celle des Threkiornithinae, qui regroupe les ibis au bec long et recourbé, et celle des Plataleinae qui comprend les spatules au bec aplati. Ces deux familles sont très proches, et des cas d'hybridation sont connus, ce qui fait que certains auteurs réfutent cette division (Matéu & del Hoyo, 1992).
Le genre Geronticus comprend deux espèces : l'Ibis chauve (Geronticus eremita) circumméditerranéen, et l'Ibis chauve méridional (Geronticus calvus) présent dans le sud de l'Afrique du Sud. En dépit de la distance séparant ces espèces, les convergences écologiques sont importantes ; ils nichent tous deux dans des falaises et sur des rochers, leur cycle de reproduction est identique (Hancock et al., 1992), et leur alimentation les distingue des autres ibis (Manry, 1982; Pegoraro, 1996). Néenmoins, leur séparation spécifique est ancienne (Matéu & del Hoyo, 1992).
Biologie
L'espèce niche en colonies. Les nids et les dortoirs sont situés dans les falaises, souvent près de cours d'eau ou le long de la mer.
Les couples sont saisonniers. Les oeufs sont pondus de mars à avril, l'incubation dure de 24 à 28 jours. Les oiseaux s'envolent après 40-50 jours. Les deux parents élèvent les petits.
La population orientale (Syrie, Turquie) était migratrice. Les oiseaux quittaient les colonies à la fin du mois de juin et en juillet, et étaient de retour en février.
Certains jeunes utilisent les nids jusqu'en août au Maroc, voire jusqu'en novembre en Turquie. Au Maroc, les oiseaux vont vers le sud à la recherche de zones d'alimentation. Habituellement, les groupes sont constitués d'adultes, mais parfois les jeunes se regroupent aussi.
La grande majorité des espèces de la famille effectuent des mouvements post-nuptiaux, parfois importants. Les oiseaux du Maroc effectuent des déplacements irréguliers : de petits groupes, peut-être d'immatures, ont été vus en février dans le désert mauritanien entre 1950 et 1960. S'agissait-il de migrateurs trans-sahariens (Smith 1970), ou bien d'oiseaux effectuant des mouvements erratiques après la période de nidification ?
L'Ibis chauve a une longue durée de vie; les oiseaux élevés en captivité atteignent un âge moyen de 20-25 ans (le plus vieux mâle avait 37 ans, la femelle la plus âgée 30 ans, Boehm 1999). Les oiseaux atteignent leur maturité sexuelle entre 3 et 5 ans.
Productivité : en 1994-2004, le taux de reproduction par couple a varié de 0.6 à 1.6 (EL BEKKAY et al. 2003). La durée d'absence des parents du nid quand les poussins sont jeunes semble être un facteur important dans le succès de la reproduction (BOWDEN et al 2003).
L'Ibis chauve
se nourrit surtout d'invertébrés, d'escargots et de petits vertébrés.
Habitat
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Les configurations de parois des falaises les plus fréquemment choisies pour l'installation des nids d'Ibis chauve
Source : Pegoraro, 1992 |
Par opposition aux autres espèces d'ibis, l'Ibis chauve est un oiseau plutôt terrestre. Il habite les steppes et les plaines arides ou semi-arides avec une végétation éparse, ainsi que les cultures et les pâtures d'altitude dont la végétation ne dépasse pas 15-20 cm de haut.
Il niche dans les falaises en bordure de mer et sur les rebords des falaises à l'intérieur des terres (souvent près d'une rivière) ; il peut utiliser des rebords artificiels. Cependant la taille et la forme des rebords semblent être cruciaux.
Au Maroc, l'espèce est présente dans les zones où les précipitations annuelles sont inférieures à 200 mm, tandis que les colonies installées à plus haute altitude doivent supporter des conditions plus sévères.
L'une des principales exigences de l'espèce est l'existence des ressources alimentaires suffisantes (invertébrés) (Hirsch, 1981).
L'est du Maroc constituait autrefois une zone de nidification idéale, avec une vaste plaine au climat méditerranéen drainée par des cours d'eau permanents. L'existence de vastes zones à asphodèles riches en invertébrés était aussi très favorable.
L'oiseau a aussi été vu dans ce pays se nourrissant dans des zones récemment brûlées (Necklace et Stuart, 1985).
En Syrie, l'habitat est constitué par des steppes désertiques apparemment dépourvues d'eau. Toutefois, les oiseaux turques et marocains ont été vus se nourrissant dans des marais et en bordure de ceux-ci, ainsi que dans des vallées humides.
En dehors de la période de nidification, les ibis peuvent se déplacer à plus de 60 km de la colonie, tandis que lors de l'élevage des jeunes, ils ne s'éloignent pas à plus de 5 km du nid. Il semble que la présence de zones d'alimentation favorables soit plus importante que celle de falaises.
Les modifications culturales peuvent entraîner un abandon rapide des secteurs de nourrissage et des zones de nidification (HIRSCH pers.)
Comme l'Ibis chauve capture avant tout ses proies par sondage, la présence de sols meubles semble être vital (par exemple dans les lits des fleuve, les cultures, le sable, entre les petits arbrisseaux).
Répartition
Ancienne répartition (en rouge) et répartition actuelle (en violet) de l'Ibis chauve; 1- colonies marocaines actuelles, 2- population semi-captive de Birecik (Turquie), 3- colonie syrienne découverte en 2002
Schéma : Ornithomedia.com
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L'Ibis chauve a subi un long déclin d'au moins quatre siècles; l'espèce était en effet alors présente dans le sud de l'Europe, dans une bonne partie de l'Afrique du Nord et du Nord-est, et au Moyen-orient.
Jusqu'aux 16ème et 17ème siècles, l'espèce était distribuée au sud de l'Allemagne (Kelheim, Passau), en Autriche (Salzbourg, Graz), en Suisse, et peut-être dans certains secteurs d'Europe centrale (Pegoraro et Föger, 1995). La chasse et la destruction de l'habitat (Cramp et Simmons, 1977) ont été les facteurs les plus importants expliquant ce déclin.
L'espèce était également répandue à travers pratiquement toute l'Afrique du nord et le Moyen-Orient (du Maroc à Algérie, Turquie, Syrie, Iraq ?), pour finalement être localisée actuellement au Maroc, à la Turquie et à la Syrie.
Les oiseaux du Moyen-Orient migraient principalement en Ethiopie et au sud de l'Arabie, ce qui a pu constituer l'un des facteurs de leur déclin (Matéu & Del Hoyo, 1992).
Les colonies turques hivernaient au Nord-est de l'Afrique (Siegfried 1972), principalement dans la région de Massawa et d'Asmara, l'est du Soudan et le secteur d'Addis Ababa. L'absence de données sur le trajet suggère que l'espèce migrait à travers le désert, pratiquement sans faire de haltes.
L'Ibis chauve est considéré comme accidentel en Espagne, en Irak, en Israël, en Egypte, aux Açores et aux îles du Cap vert. En Espagne, une donnée a été obtenue dans le parc national de Doñana (Valverde, 1959). Depuis l'extinction de l'espèce à l'état sauvage en Turquie en 1989, les observations dans la zone ont été rares.
Entre 1990 et 1991, 24 oiseaux en quatre groupes ont été vus dans une zone de 8 km² près de Taif (1200 m d'altitude) au sud-ouest de l'Arabie Saoudite (Schulz et Schulz, 1991; Schulz, 1992), mais depuis aucun oiseau n'a été vu; néenmoins, l'espèce pourrait se reproduire au Yémen, un groupe de 14 oiseaux comprenant deux jeunes ayant été vu en 1985 à Tihamah (Vuosalo-Tavakoli, 1992).
Historique des populations occidentales et orientales
Les populations d'Afrique du Nord et du moyen-Orient ont subit un déclin impressionnant, notamment depuis le début du 20ème siècle.
- Population orientale: d'anciennes données parlent de milliers d'oiseaux (au dix-neuvième siècle, DANFORD 1880, KUMMERLOEVE 1962); 3000 oiseaux à Birecik (Turquie) en 1930, puis moins de 400 en 1982, 5 couples en 1986, 7 en 1987 et 1 en 1989 (Akcakaya 1990). La colonie sauvage turque a disparu en 1992 (Akcakaya et al. 1992). Les oiseaux encore présents en Turquie aujourd'hui sont semi-captifs (mais ils constituent toutefois une ressource génétique très importante pour d'éventuelles réintroductions futures).
Les causes principales du déclin ont été l'usage de pesticides (DDT) et le dérangement humain.
La chasse n'a pas été déterminante en Turquie, mais cela été le cas en Syrie.
L'ibis était considéré comme éteint dans ce dernier pays dès 1910 (Cramp et Simmons, 1977), jusqu'à qu'une colonie comprenant 7 adultes (trois couples, avec trois jeunes) soit découverte en avril 2002 (Bowden et al., 2002). Cette donnée soulève l'espoir que l'espèce soit toujours présente dans le centre du pays, comme semblent le confirmer les récits de nomades et de chasseurs.
- Population occidentale : il existait de nombreuses colonies au Maroc et en Algérie, qui ont connu un sévère déclin au début du 20ème siècle. La dernière colonie algérienne a disparu à la fin des années 80.
Au Maroc, on dénombrait 38 colonies en 1940, 15 en 1975 et 3 en 1989. Les raisons principales de ce déclin ont été les dérangements humains, la chasse et l'usage de pesticides.
Toutefois, la population du parc national du Souss Massa est stable et augmente depuis 1999 (420 oiseaux en 2004). Mais les colonies sont dispersées et souvent petites (entre trois et 40 couples). Certaines sont irrégulières, la reproduction n'ayant pas lieu lors des années arides (Cramp et Simmons, 1977).
Présent parfois au voisinage de l'homme, l'Ibis chauve est souvent devenu très farouche en raison de la chasse et des dérangements.
Mesures de protection
L'Ibis chauve est considéré comme étant en danger critique du fait de sa faible aire de distribution et ses effectifs très réduits. L'augmentation de la population marocaine est très récente, et est principalement due aux actions de conservation et de gestion. Le déclin est par contre spectaculaire en Syrie au cours des 20 dernières années.
Les menaces principales pour l'espèce sont constituées par une combinaison de facteurs, dont la destruction des steppes et l'intensification des pratiques agricoles.
Aujourd'hui, de nouvelles menaces sont apparues, comme les dérangements humains près des colonies et l'urbanisation côtière incontrôlée au Maroc.
En Syrie, les défis sont encore plus grands, et il est peut-être déjà trop tard. La chasse est la menace principale qui pèse sur la petite population, de même que l'utilisation des zones agricoles et de nourrissage. Il est aussi important de déterminer où ces oiseaux hivernent pour réduire les menaces potentielles sur place. En Turquie, il est nécessaire de bien gérer le stock génétique.
La priorité numéro un est d'assurer la protection de la population marocaine, qui apparaît dans deux sites. Le Parc National du Souss-Massa a ainsi été désigné pour protéger les secteurs de nidification et d'alimentation.
Afin d'augmenter la taille et le nombre de colonies d'ibis au Maroc, mais aussi en Syrie et en Turquie, il convient :
· de maintenir l'agriculture et l'élevage, tout en stoppant les processus de désertification (empêcher la collecte de bois en fournissant des sources d'énergie alternatives)
- d'interdire la chasse
- de contrôler la construction de bâtiments illégaux dans ou à proximité de sites de nidification et de nourrissage
· de réduire les risques d'intoxication
Des progrès considérables ont été faits ces dernières années dans la méthodologie des techniques de réintroduction. Mais la première priorité reste de protéger les populations sauvages connues.