Un milieu riche mais très fragilisé
| Situation de
l'estuaire de la Seine |
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L'estuaire de la Seine,
près du Havre, est surtout connu pour sa pollution, ses zones industrielles
et ses installations portuaires. Un projet d'accueil des plus grands porte-conteneurs,
appelé Port 2000, est d'ailleurs inauguré à la fin mars 2006,
fragilisant encore un peu plus cet environnement déjà dégradé,
et ce même si de couteuses compensations environnementales ont été
mises en oeuvre.
Mais malgré
les travaux et les dégradations du milieu, l'estuaire constitue encore
un site exceptionnel pour les oiseaux, grâce à sa situation
géographique sur la grande voie de migration ouest-européenne, à
la richesse et à la diversité des milieux (roselières, prairies
humides, marais intérieur, tourbière, bois humide, milieux dunaires,
...) et à la taille du site (le marais du Hode sur la rive nord de la Seine
constitue par exemple la deuxième plus grande roselière de France).
Abstract
The estuary of the Seine
River, near the town of Le Havre, West of France, is a rich wetland with huge
reedbeds and still large mudflats and wet grasslands. But what was once a real
paradise, particularly for Waders and wintering ducks, is today threatened by
works that habe been engaged to increase the capacity of the harbour of Le Havre.
The last of these works is "Port 2000", and it has just been achieved
in March 2006.
But despite the loss of very important habitats and despite the pollution due
to the industrial activities, the estuary is still attractive for birders, and
we present you the best spots.
Importance écologique de l'estuaire de la Seine
Des milieux variés
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Vue
aérienne des vasières de l'estuaire de la Seine
Source : Port
du Havre |
Long de 160 kilomètres,
l'estuaire de la Seine est une zone humide très importante. Il constitue
une coupure naturelle majeure entre des zones fortement aménagées
et industrialisées, et il présente une mosaïque d'habitats
naturels remarquables et de superficie significative.
Le plus important de ces écosystèmes estuariens est la vasière,
qui assure des fonctions essentielles pour le bon fonctionnement biologique (elle
filtre, piège et transforme une grande partie des éléments
polluants provenant du bassin de la Seine, et elle foisonne de petits invertébrés
indispensables pour les oiseaux et les jeunes poissons).
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L'estuaire
de la Seine possède parmi les plus grandes roselières de France
Source : Cybernat
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L'estuaire possède
aussi la deuxième plus grande roselière de France après la
Camargue. Son extension vers le nord (vers les prairies humides) est limitée
par le pâturage et la fauche, tandis qu'au sud (vers les vasières),
la salinité de l'eau la stoppe dans sa colonisation.
Si son intérêt biologique est incontestable, son extension s'opère
au détriment des autres milieux et favorise le développement de
formes banales de végétation (taillis et bosquet).
Les prairies humides du marais du Hode, du marais Vernier et de la basse Vallée
de la Risle, sont inondées périodiquement. Elles sont légèrement
salées et constituent une zone humide tout à fait remarquable tant
par sa végétation que par sa superficie qui en font une zone d'intérêt
international pour certains oiseaux migrateurs, tandis que des nicheurs menacés
(le Râle des genêts en particulier) y sont présents.
L'estuaire présente aussi des centaines de mares (naturelles ou artificielles)
qui ont une importance stratégique pour de nombreux animaux, malgré
l'activité de chasse.
L'embouchure de la Seine comprend enfin le seul ensemble dunaire de la région
Haute-Normandie, avec des espèces rares pour la région, et il est
bordé d'un bel ensemble de falaises avec quelques vestiges de forêts
de ravin.
Une zone riche en
oiseaux
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Des
centaines de Spatules blanches (Platalea leucorodia) transitent chaque année
par l'estuaire de la Seine
Photo : Joël Bruezière / www.eyesonsky.com |
L'estuaire
de la Seine constitue une zone humide d'importance internationale, étant
située sur l'une des principales voies migratrices de l'Ouest européen,
entre les zones de nidification de l'Europe du Nord-Ouest et les zones d'hivernage
du Sud et de l'Afrique.
Chaque année, on estime qu'entre 80 000 et 120 000 oiseaux d'eau y font
halte pour se ravitailler et se reposer.
Outre les migrateurs, l'embouchure est très importante pour l'hivernage
et la nidification de plusieurs espèces.
Plus de 250 espèces différentes d'oiseaux ont
été observées, dont 101 nicheuses.
L'estuaire est considéré comme étant d'importance nationale
pour différentes espèces nicheuses, dont le Butor étoilé
(Botaurus stellaris), le Tadorne de Belon (Tadorna tadorna), le Râle des
genêts (Crex crex), le Chevalier gambette (Tringa totanus), l'Avocette élégante
(Recurvirostra avosetta), la Gorgebleue à miroir (Luscinia svecica) et
la Mésange à moustaches (Panurus biarmicus).
Des dizaines de milliers de limicoles et d'échassiers y font une halte
en automne et au printemps, dont des dizaines de Spatules blanches (Platalea leucorodia),
tandis que les roselières accueillent en automne des centaines de fauvettes
aquatiques, dont le très menacé Phragmite aquatique (Acrocephalus
paludicola).
En hiver, l'estuaire joue un rôle d'accueil très important pour le
Canard pilet (Anas acuta), le Canard souchet (Anas clypeata), l'Huîtrier-pie
(Haematopus ostralegus), le Bécasseau variable (Calidris alpina), le Courlis
cendré (Numenius arquata) ou le Hibou des marais (Asio flammeus). Les bassins
sont alors le domaine de centaines de grèbes, et parfois de plongeons et
de harles, tandis que la Linotte à bec jaune (Carduelis flavirostris) et
le Bruant des neiges (Plectrophenax nivalis) sont souvent présents.
L'estuaire
occupe également une fonction également essentielle au niveau ichtyologique,
avec l'existence d'importantes nurseries de poissons.
Des plantes rares en France y sont aussi présentes (Angelica archangelica,
Schrankia humidalis,...).
Zones
protégées dans l'estuaire de la Seine : vert clair, réserve
naturelle, orange, réserve maritime de chasse
Schéma : Ornithomedia.com |
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Pour
toutes ces raisons, plusieurs zones protégées y ont été
successivement créées :
- en
juillet 1973, deux réserves de chasse
- en 1997, fut instaurée la réserve naturelle de l'estuaire de Seine,
qui couvre plus de 8 000 ha
Protéger
le Râle des genêts (Crex crex)
Les
prairies de l'estuaire constituent un site de reproduction pour de nombreux oiseaux
comme l'Echasse blanche (Himantopus himantopus), la Cigogne blanche (Ciconia ciconia),
et surtout le Râle des genêts (Crex crex), une espèce menacée
d'extinction.
Sans attendre l'approbation du plan de gestion de la Réserve Naturelle
de l'estuaire de Seine en cours de réalisation, la Maison de l'Estuaire,
qui gère la réserve naturelle, a proposé dès le printemps
2000 aux exploitants du marais de mettre en place des mesures de gestion favorable
à la reproduction du râle des genêts. En
1999, seulement deux couples de râles des genêts nicheurs avaient
été dénombrés, alors qu'en 1996 on en comptait encore
12 à 15 couples.
Trois types de gestion ont été proposés aux exploitants en
début de saison d'herbe :
- la fauche centrifuge, où la coupe de l'herbe se fait du centre vers la
périphérie de la parcelle, pour permettre aux jeunes oiseaux non
volant de fuir vers la périphérie avant le passage de la barre de
coupe ;
- la constitution de bandes refuges non fauchées, sur 5 % minimum de la
surface de la parcelle;
- enfin une fauche retardée au 1er juillet;
Des compensations financières ont été accordées, variant
en fonction de ces divers engagements. Et les agriculteurs ont pleinement joué
le jeu puisqu'une première série de cinquante contrats, couvrant
560 hectares, a pu être passée avec la Maison de l'Estuaire.
Les résultats
sont d'ores et déà appréciables, puisque
de 10 à 14 couples sont présents actuellement (source : www.usa76.fr).