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  Grippe aviaire : pourquoi il ne faut ... | Mauvaises et bonnes mesures

Mauvaises et bonnes mesures


Des mesures dangereuses

Colonie de Pélicans frisés (Pelecanus crispus)
Le Pélican frisé (Pelecanus crispus), une espèce globalement menacée, pourrait pâtir de mesures inconsidérées prises pour tenter de contrôler le virus
Photo : Pavel Simeonov / www.branta-tours.com
Les tentatives pour éliminer les oiseaux sauvages dans l'espoir illusoire de contrôler la maladie pourraient avoir un impact très négatif sur la conservation de certaines espèces, et même avoir un effet inverse en provoquant une dispersion des oiseaux vers de nouvelles zones indemnes, et en stressant des oiseaux en bonne santé alors fragilisés.
Deux espèces globalement menacées ont peut être déjà pâti de ces décisions inconsidérées. Le virus a ainsi été récemment isolé sur une, voire deux Bernaches à cou roux (Branta ruficollis) en Grèce. Cela pourrait poser un problème, étant donné que 90% des 88 000 bernaches hivernent sur seulement cinq sites en Roumanie et en Bulgarie.
Plusieurs analyses sur des Pélicans frisés (Pelecanus crispus) potentiellement touchés sont en cours; l'espèce est menacée par l'épidémie car elle niche sur des lagunes côtières et intérieures; en outre, les pays où cet oiseau se reproduit sont touchés par le virus H5N1.
Oie à tête barrée (Anser indicus)
Au cours du printemps 2005, de 5 à 10 % de la population mondiale d'Oies à tête barrée (Anser indicus) aurait péri lors d'une épidémie sur le lac Qinghai en Chine
Photo : Joël Bruezière / www.eyesonsky.com
Mais l'impact du virus peut parfois être très important sur certaines espèces : on a ainsi estimé que 5 à 10 % de la population mondiale d'Oies à tête barrée (Anser indicus) avait péri lors d'une épidémie sur le lac Qinghai en Chine au cours du printemps 2005.

Se concentrer sur les migrateurs, une erreur

Se concentrer sur les migrateurs empêcherait en fait de se concentrer sur des solutions efficaces de contrôle de la propagation du virus. BirdLife International a ainsi exprimé son inquiétude à l'issu de la huitième Convention sur la Conservation des Espèces Migratrices (“COP8”, du 20 au 25 novembre 2005), au cours de laquelle a été proposé un "AvianFlu Early Warning system" pour suivre les mouvements des oiseaux aquatiques.
L'association a estimé que si davantage de données étaient nécessaires, elles devraient prioritairement servir à des fins de conservation et non de santé. C'est la traçabilité des oiseaux d'élevage et non le suivi des migrateurs qui doit être améliorée.

Le cas des foyers russes et chinois

Trajet du Transsibérien
Les foyers de grippe aviaire russes coïncident curieusement avec le trajet du Transsibérien ...
Source : non précisée
F. Lamiot, de la Direction Environnement de la Région Nord-Pas-de-Calais nous a transmis des faits très intéressants qui soulignent le lien entre activités humaines et propagation du virus :
- le cas du Transsibérien (voie ferrée qui relie Béjing en Chine à moscou et Saint-Pétersbourg) qui coincide avec l'alignement est-ouest des cinq premiers foyers russes de grippe aviaire, tandis que les deux suivants localisés au sud de Moscou étaient proches d' une voie ferrée ... Le transport de volailles et les déplacements d'éleveurs seraient donc des facteurs de propagation.
- la pisciculture en Chine centrale utilise des fientes de poules, d'où des lacs souillés qui contaminent les oiseaux migrateurs qui y font halte.

Des études nécessaires

En avril 2006, une réunion d'un groupe de travail comprenant Birdlife International et neuf organisations liées à l'ONU se tiendra pour étudier les causes de la propagation du virus. Des spécialistes mondiaux examineront alors les dernières informations disponibles sur la grippe aviaire.
Lors d'une conférence internationale qui se tiendra en mars 2006 au Brésil, Birdlife International présentera la première étude sur l'impact de la grippe sur la biodiversité.

Bannir les mauvaises pratiques avicoles

Les causes de la dispersion répétée du virus en Asie doivent être recherchées dans les transferts d'oeufs ou de volailles malades, à partir surtout des foyers chinois, russes ou turques, et pas par une dissémination par les oiseaux sauvages.
Les élevages, avec leurs fortes concentrations d'oiseaux dans de petits espaces, sont très favorables au développement d'une épidémie. Et les conditions physiques souvent déplorables des animaux sont propices à la propagation et à la mutation du virus. On note ainsi sur ce point une petite incohérence de mesures de confinement prises parfois de façon inconsidérée (régions non touchées) qui favoriseraient les élevages intensifs eau détriment des petits élevages de qualité.
Les transports licites ou non des volailles seraient très importants dans la dispersion du virus à l'échelle planétaire. Ces échanges sont en effet permanents et concernent des oiseaux vivants ou morts, des poussins destinés à l'élevage, des oeufs prêts à éclore, des plumes mais aussi des déjections et des litières d'élevage qui sont utilisées pour l'alimentation animale et la fumure des terres agricoles.
Il est ainsi de pratique courante en Asie mais aussi en Europe de l'Est d'utiliser des fientes de poulet pour nourrir des poissons dans des bassins d'élevage auxquels ont accès des oiseaux aquatiques sauvages ou de les répandre comme fumier dans les prés où pâturent cygnes et canards. L'apparition du virus dans de nouveaux foyers en Afrique ou en Europe s'explique sans doute de la sorte. C'est le cas au Nigeria, où le virus est apparu d'emblée dans de grands élevages, situés à distance des concentrations d'oiseaux migrateurs, et qui sont régulièrement approvisionnés de manière non contrôlée en œufs provenant de Turquie et en poussins d'élevage provenant de Chine.
Le Nigeria est aujourd'hui la plus grande zone de production industrielle de volailles. L'insuffisance des contrôles vétérinaires dans ces pays est à l'origine de cette épizootie.


Des mesures de bon sens

Tous ces éléments permettent de mieux comprendre la manière dont se propage le virus H5N1 et quels sont les dangers dont il faut se prémunir dans la situation actuelle. Prendre des mesures de confinement des oiseaux domestiques est une mesure justifiée en soi, car il ne faut pas perdre de vue que ce sont actuellement les oiseaux d'élevage qui sont le plus menacés parle virus H5N1. Mais la probabilité que les élevages soient contaminés par des oiseaux sauvages reste certainement faible.
Par contre des mesures très strictes doivent être prises afin que le commerce d'oiseaux d'élevage ou de leurs produits ne constitue pas chez nous, comme en Asie, la porte d'entrée du virus H5N1 sur notre territoire. Certains pays d'Asie, le Japon, la Corée du Sud, Hong-Kong, la Malaisie et la Birmanie ont des mesures strictes de contrôle et n'ont à ce jour pas été infectés par H5N1, alors qu'ils figurent parmi les pays situés en zone à risques.
Le trafic des oiseaux sauvages légal ou illégal doit aussi être très sévèrement réglementé, voire interdit pendant au moins une certaine période. BirdLife International considère ainsi que la convention de Bonn qui interdit le trafic des espèces menacées est un très bon outil.


A lire aussi

Un blog très riche sur le virus H5N1 : http://influenza.h5n1.over-blog.com/


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Les oiseaux migrateurs et la grippe : quelques rappels
Mauvaises et bonnes mesures


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