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  Les cédraies du Maroc en danger | L'appel de Michel Tarrier

L'appel de Michel Tarrier


Michel Tarrier, alarmé par la disparition et la dégradation des dernières cédraies d'Afrique du Nord, souhaite alerter les autorités marocaines et l'opinion publique. Nous relayons sur Ornithomedia.com son message.

Sauvez le dernier écran vert entre la Sahara et l'Europe

Versant mort
Cédraie entièrement morte sur un versant
Photo : Michel Tarrier

Devant l’anéantissement du dernier écran vert entre le Sahara et l’Europe, nous aimerions sensibiliser le public et les autorités dans l’espoir que des dispositions soient prise pour la sauvegarde du plus somptueux des arbres du monde méditerranéen.
La situation de la cédraie marocaine est désastreuse. Notre souhait est de réveiller les consciences, que les décideurs mandatés pour veiller à la bonne gouvernance de ces régions parviennent au plus vite à inverser les tendances, à trouver une solution consensuelle autre que celle se satisfaisant de la gestion des préjudices. Ils disposent des moyens légaux et budgétaires adéquates, de conseillers nationaux et internationaux suffisamment éclairés qui doivent se mettre au travail pour en finir une fois pour toutes avec ce laisser-aller ordinaire, aux conséquences incommensurables.
Aujourd’hui, la finitude de l’abus d’usage de cet écosystème et de bien d’autres saute aux yeux et condamne irrémédiablement l’avenir. Quand les ressources devenues non renouvelables sont ainsi taries, ce qui est pris n’est plus à prendre.

Un surpâturage

Cèdres morts
Cèdres morts
Photo : Jean Delacre

La charge pastorale des écosystème maghrébins, et particulièrement de la cédraie marocaine, est jusqu’à dix fois supérieure à celle officiellement conseillée, a fortiori dans les figures dites de protection que sont les parcs, les réserves et les aires protégées. Pour ces derniers espaces, on peut d’ailleurs se demander de quoi sont-ils protégés, et compte tenu de la disparité entre la théorie et la pratique, entre les textes et la réalité du terrain, en conclure pathétiquement à des concepts schizophréniques induisant des formalités cosmétiques.
La forêt en'est pluspluristratifiée, elle est dénaturée par un sol partout et systématiquement tondu, dénudé, scalpé, écorché, étrépé, squelettique. L’écosystème est défiguré par une extrême mortalité et certains versants ne montrent que des lambeaux de cédraie, ponctués de vétérans moribonds et de chandelles sur pied. Les griffes d’une désertification accélérée se traduisent par des pans qui se sont dégarnis en moins d’une décennie.

Cédraie avec sous-bois surpâturé
Cédraie avec sous-bois surpâturé
Photo : Michel Tarrier

A chaque retour des pluies, les lessivages cataclysmiques induits par un substrat ayant perdu toute porosité infligent d’irrémédiables destructions. Le parcours forestier de troupeaux sédentarisés grève ainsi lourdement les dernières forêts en place, et souvent même leurs lambeaux vestigiaux. La dent du bétail élimine par broutage les jeunes semis, les rejets, les basses branches et même le feuillage quand en période de disette les ramées ou les cimes sont coupées par les bergers. Mais le piétinement du même bétail, dont l’effet peut sembler à prime à bord négligeable, peut avoir aussi de terribles conséquences sur la compaction du sol par les jeux du tassement, de la solifluxion, de l’écrasement des plantes non appétibles.
Tels sont les ravages de ce pastoralisme intempestif. Il engendre un écocide lent, une extinction massive des plantes et de la faune. Il condamne le formidable château d’eau national que constituait ce Moyen Atlas forestier humide, ainsi que toutes les ressources naturelles sans exception. Il menace la vie locale, son économie, les nobles traditions d’une société berbère séculaire, et exacerbe ainsi l’exode vers les grandes villes et l’étranger.
Enfin, il coupe l’herbe sous le pied (!), non seulement aux moutons de demain, mais aussi aux écotouristes que l’on désirait tant.

Quelques questions

- Où est passée la biodiversité des 130.000 ha de cédraie marocaine, enveloppe de forêt monospécifique désormais vidée de sa flore et de sa faune, y compris lorsque le cèdre n’est pas dépérissant ? Où sont les 700 espèces botaniques, dont 60 endémiques, les 37 espèces de mammifères, la plupart des 142 espèces d’oiseaux, les 33 espèces de reptiles et d’amphibiens recensés, les centaines de papillons et les milliers d’invertébrés dans les 53.000 ha du Parc national d’Ifrane, où partout le sol est celui d’un terrain de football ? Même l’écrevisse à pied rouge de l’oued Tizguite, devenu cloaque, vit ses dernières heures.
- Le Maroc peut-il ainsi anéantir ses beaux restes en les livrant sans réserve aux saccages des moutons et des chèvres ?
- L’oviculture exponentielle a-t-elle sa place dans un fragile écosystème, organisé par une essence à valeur patrimoniale ?
- Est-il raisonnable que le bien de tous, et notamment des générations futures, soit victime d’une mainmise des producteurs de viande ovine (qui remplacent de plus en plus les éleveurs traditionnels) et donc détourné au profit de quelques-uns ?
- Le Maroc peut-il se soustraire aux exigences légitimes du développement durable et de la préservation de la biodiversité ?
- L’enjeu pastoral ne doit-il pas prendre en compte la pérennité des paysages naturels ?
- Les droits usagers et le souci démocratique doivent-ils être au service de l’éradication des ressources ? Faut-il placer l’intérêt économique à très court terme au-delà du souci de préservation du capital naturel ? La fin justifie t’elle les moyens ?
- Une réelle volonté de débattre ne peut-elle se manifester entre les gestionnaires de la forêt et ces citadins privilégiés que sont les représentants de la filière ovine, gros propriétaires des troupeaux destructeurs, avec d’éventuelles compensations à la réduction du nombre de têtes ?
- Aucune instance experte n’est-elle apte à proposer des solutions économiques alternatives aux simples bergers, aux petits propriétaires de cheptel caprin dont les dégâts sont démesurés pour un bien modeste profit, voire à ces familles défavorisées et en charge de la garde des troupeaux surnuméraires incriminés ?

Semis naturel de cèdres
Semis naturel de cèdres
Photo : Jean Delacre

- Les bailleurs de fonds doivent-ils continuer à dilapider de faramineux budgets en soutenant des programmes de reboisements et de régénérations illusoires, dont les périmètres en défens sont toujours et trop rapidement livrés à la dent des ovins et des caprins, donc à la faillite ?
- Faut-il poursuivre les coupes rases du sous-bois de chênaie verte pour exposer le sol à l’érosion hydrique et produire ainsi « une désertification locale sans qu’il y ait diminution dans les volumes des précipitations annuelles » (Benabid, 2000) (le niveau de pluviosité des montagnes ifranaises atteignent 1200 mm sur les sommets !)
- Faut-il continuer à se gargariser des statistiques amphigouriques de forêts abiotiques et fossilisées, de carcasses vidées de leurs biocénoses, au substrat scalpé, à la flore tondue et piétinée, à la faune évincée, agrémentées des chiffres aléatoires de reboisements en sursis ? En un mot, faut-il surenchérir avec des effets d’annonce et des communications redondantes afin d’occulter, par un batelage médiatique, une vérité qui est celle de la politique de la terre brûlée ? Ou convient-il d’utiliser au mieux cette énergie du désespoir en prenant à témoins les citoyens pour un effort collectif, un respect de fer des normes légitimes de préservation, un meilleur discernement garant d’avenir ?

La nécessité de prendre des mesures urgentes

La sauvegarde de la forêt de cèdres, comme de l’essentiel des écosystèmes marocains et de leurs sites, passe obligatoirement par une politique volontariste d’allègement et de régulation de la charge du cheptel, actuellement en complète inadéquation avec les ressources disponibles.

Pousse de Cèdre de l'Atlas
Quel est l'avenir de cette pousse de Cèdre de l'Atlas ?
Photo : Jean Delacre

Faute d’un tel contrôle de la pression pastorale devenue intolérable et de propositions de solutions alternatives, tout programme conservatoire serait vain. Pour ce qui concerne les sites les plus atteints, et notamment ceux de la cédraie, un répit radical doit être adopté par la promulgation in extremis de réserves biologiques, intouchables et sans limitation de durée.
Quant aux coûteuses plantations de jeunes et fragiles semis, si le piétinement et la dent du cheptel ne sont pas éloignés à très long terme, ils ne correspondent qu’à des ersatz de reboisements, à des programmes pour le prestige, parce que sans la moindre chance de transformation. Quand la forêt est libérée des pressions tant de l’élevage que des manies de la foresterie, les semis naturels et « gratuits » sont les garants d’une parfaite régénération.
C’est maintenant et tout de suite que les pouvoirs publics concernés doivent s’interroger et agir dans la foulée.

Contact

Si vous souhaitez aider Michel Tarrier dans son programme de sensibilisation du public et dans son action, si vous désirez en savoir plus sur les cédraies, vous pouvez le contacter par e-mail (tarrier@ctv.es) et visitez les sites web suivants :
- Le site de la Maison de l’Écologie et des Écosystèmes du Maroc :
http://users.skynet.be/jdelacre/textecedraie.htm
- Une galerie de photos édifiantes sur la destruction de la cédraie : http://homepage.mac.com/jmdelacre/cedres/
- Un forum de participation sur le thème : http://fr.groups.yahoo.com/group/Alerte-nature-maroc/
- Vous pouvez également écouter l'une des interviewes de Jean Delacre accordée sur Medi 1, première radio marocaine :
http://www.medi1.com/infos/magazine.php



Réagissez à cet article sur notre forum Environnement ou
par e-mail à david.bismuth@ornithomedia.com.


  Suite de l'article
 
Présentation des forêts de Cedrus atlantica
L'appel de Michel Tarrier



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