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  Les cédraies du Maroc en danger

Un habitat menacé par le surpâturage

Les cédraies du Maroc subsistent notamment autour d'Ifrane, dans la Chaine de l'Atlas
Ifrane et l'Atlas

La cédraie (forêt de Cedrus atlantica) est un écosystème des étages humide et subhumide des montagnes du Rif, mais aussi du Moyen-Atlas et du Haut Atlas oriental au Maroc.
Il s'agît d'un biotope original en Afrique, riche d'une flore et d'une faune uniques.
Mais cet habitat est menacé par un surpâturage chronique qui dévaste le sous-bois, menaçant la regénération de ces forêts.
L’écosystème est ainsi défiguré par une extrême mortalité et certains versants ne montrent que des lambeaux de cédraie, ponctués de vétérans moribonds et de chandelles sur pied. A chaque retour des pluies, les lessivages cataclysmiques induits par un substrat ayant perdu toute porosité infligent d’irrémédiables destructions.
Grand connnaisseur de ce milieu, Michel Tarrier (tarrier@ctv.es) nous propose une présentation des cédraies marocaines et des menaces qui pèsent sur elles.

Abstract

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The cedar forests of Morocco, composed mainly with mixed Cedrus atlantica and oak Quercus rotundifolia are threatened by overgrazing by livestock, particularly sheep, which destroy the understory of the woodlands.
In some parts, the regeneration of the forests is not possible any more, and hectares of forest disappear annualy. And the rains also contribute to the erosion of these mountainous areas, which also contribute to the destruction of the biotop.
Michel Tarrier (tarrier@ctv.es) presents us this original biotop, with all the existing threatens.


Présentation des forêts de Cedrus atlantica

Le Cèdre de l'Atlas ou Cèdre bleu

Cèdre de l'Atlas (Cedrus atlantica)
Cèdre de l'Atlas (Cedrus atlantica)
Photo : Jean Delacre

Le Cèdre de l'Atlas ou Cèdre bleu (Cedrus atlantica) est un arbre endémique au Maroc et à l’Algérie. D'un port susceptible de dépasser 50 à 60 m, avec un diamètre de 2 m, il se différencie du Cèdre du Liban (Cedrus libani) par le fait que la partie supérieure de la ramure est pyramidale et plus érigée, surtout lorsqu'il est jeune, lui procurant un profil très élancé, mais devenant tabulaire avec le grand âge.
Il se distingue en outre par ses branches plus courtes, ascendantes, ainsi que par une écorce qui demeure lisse, luisante et gris clair jusque vers l'âge de 25 ans, pour se fissurer et devenir brun écaillé ensuite. Les cônes sont plus petits (de 5 à 6 cm) avec souvent un petit creux au centre ; d'abord vert jaunâtre, ils deviennent pourpre violacé avec la maturité.
Selon certains paléobotanistes, cet arbre vivait également en Europe à l'état naturel. Sa longévité est exceptionnelle : on signalait au Liban des vétérans de plus de 2000 ans ! Au Maroc, un doyen abattu au début du siècle était évalué à 900 ans. Outre le Cèdre de l’Atlas et le Cèdre du Liban, ce dernier aussi présent en Turquie et en Syrie, il existe d’autres espèces, partout en voie d’extinction plus ou moins prononcée : le Cèdre de Chypre (C. brevifolia), celui de l'Himalaya (C. deodara), qui subsiste aussi en Afghanistan et au Béloutchistan, dont l’origine de la derivatio nominis est en sanskrit indo-aryen devadara qui signifie « arbre des dieux ».
Le Cèdre est un Conifère à large spectre écologique, à préférence calcicole mais qui s’accommode indifféremment de tous types de substrats.
Sa préférence va aux sols plutôt meubles (éboulis, cailloutis) ou développés sur roches fissurées (système racinaire pivotant et puissant) et les substrats les plus favorables sont donc les sols profonds évolués (sols bruns lessivés), les sols sur substrats rocheux fissurés, les éboulis et les dépôts filtrants. Lui sont plutôt défavorables les sols superficiels et ceux argileux (sols asphyxiants) sur conglomérat ou sur dalle rocheuse peu fissurée, ainsi que les marnes et les argiles altérées (sauf si la pluviosité est abondante), les colluvions argileuses et les dépôts compacts peu aérés.

Un écosystème spécifique

Cédraie avec semis de régénération
Cédraie avec semis de régénération
Photo : Jean Delacre

Au sein de la vaste écorégion des forêts humides (Rif centro-occidental, Tingitanie, Moyen Atlas central et oriental, Haut Atlas oriental), le Cèdre de l’Atlas organise, entre 1400 et 2500 m d’altitude, un écosystème forestier vigoureux. Mais dans les cas de futaies exclusives, denses et trop fermées où le sous-bois demeure ombreux, la formation du Cèdre apparaît comme biologiquement monotone et de diversité étroite.
C’est dans les cédraies mixtes, plus ouvertes et les trouées de clairières, en préforêt ou en lisière (causses ou prairies sylvatiques) que se manifeste l’essentiel des riches biocénoses spécifiques à cet écosystème. La cédraie doit donc impliquer une biodiversité mitoyenne pour s’enrichir, comme il en va d’ailleurs de tous les boisements de Conifères qui par eux-mêmes n’engendrent guère d’humus et n’impliquent un réel cortège qu’en association avec des feuillus. Dans ce cas de figure mixte, la cédraie se révèle alors comme l’une des formations écosystémiques insignes du zonobiome méditerranéen.

L’avifaune de la cédraie

Pic de Levaillant (Picus vaillantii) mâle
Le Pic de Levaillant (Picus vaillantii), une espèce endémique affectionnant la cédraie
Photo : Alain Fossé

La cédraie accueille un riche cortège d’oiseaux sédentaires et migrateurs, le Maroc représentant une importante voie de passage entre l’Europe et l’Afrique. Les Passereaux, espèces chanteuses et très liées à la végétation de la forêt, y sont les mieux représentés.
Parmi les nicheurs caractéristiques, on note le Circaète Jean-le-blanc (Circaetus gallicus), l'Aigle botté (Hierraetus pennatus), le Milan noir (Milvus migrans), la Buse féroce (Buteo rufinus), l'Épervier d’Europe (Accipiter nisus), le Faucon hobereau (Falco subbuteo), le Pigeon colombin (Columba oenas), la Huppe fasciée (Upupa epops), le Rollier d’Europe (Coracias garrulus), le Pic de Levaillant (Picus vaillantii), le Pic épeiche d'Afrique du Nord (Dendrocopos major numidus, l'Alouette lulu (Lullula arborea), la Rubiette de Moussier (Phoenicurus moussieri), le Pouillot de Bonelli (Phylloscopus bonelli), le Gobemouche noir de l’Atlas (Ficedula hypoleuca speculigera), la Mésange charbonnière (Parus major excelsus), la Mésange noire de l'Atlas (Parus ater atlas), la Mésange bleue du Maghreb (Parus caeruleus ultramarinus), le Geai des Chênes (Garrulus glandarius whitakeri), le Grand corbeau (Corvus corax), l'Étourneau unicolore (Sturnus unicolor), le Loriot d’Europe (Oriolus oriolus), le Moineau soulcie (Petronia petronia) ou le Pinson des arbres d'Afrique du Nord (Fringilla coelebs spodiogenys).

Pinson des arbres africana (Fringilla coelebs africana)
Pinson des arbres sous-espèce africana (Fringilla coelebs africana), Station de baguage de Jew's Gate, Gibraltar, 9 avril 2004
Photo : Julien Martinez

D'autres habitats jouxtent la cédraie, comme des zones humides (dayas et prairies détrempées du Moyen Atlas tabulaire) qui attirent plusieurs espèces nicheuses : Grèbes huppés (Podiceps cristatus) et à cou noir (Podiceps nigricollis), Foulque à crête (Fulica cristata), Sarcelle marbrée (Marmaronetta angustirostis) et Tadorna casarca (Tadorna ferruginea). Les espèces migratrices (canards, limicoles) sont aussi nombreuses.
Les mouillères du col du Zad sont un bon spot pour observer ces espèces. On peut en particulier y découvrir un spectacle original, le Tadorne casarca nichant occasionnellement dans des trous des Cèdres morts !

Les mammifères de la cédraie

Panthère tachetée (Panthera pardus)
La Panthère tachetée (Panthera pardus) désormais disparue des cédraies du Maroc
Source : Site web de Jean Delacre

La cédraie est le domaine du Renard roux, voire de la Genette, de la Mangouste ichneumon, et très exceptionnellement du Chat ganté.
La Panthère tachetée, ancienne espèce emblématique et grande prédatrice, a disparu, et désormais les Magots de Barbarie n'ont plus de prédateur.
Bien que très méfiante, la panthère était pourtant le plus ubiquiste des félins et habitait au Maroc un grand spectre de biotopes. Elle était encore présente jusque dans les années 50.
Souvent nommée Léopard en Afrique, c’est la même sous-espèce qui en peuplait le continent, alors que six sous-espèces se partagent l’Asie et l’Indonésie. De 1980 à 1986 (Aulagnier &Thévenot, 1986), l’effectif était d’un spécimen dans le Rif oriental, de huit dans le Moyen Atlas et de neuf dans le Haut Atlas central et oriental.

Magot de Barbarie
Le Magot de Barbarie est un habitant typique des cédraies du Maroc
Source : Site web de Jean Delacre

De 1986 à 1996 (F. Cuzin, 1996), les quelques signalements (traces, excréments, magots dévorés, témoignages locaux) ne portaient plus que sur quelques sujets errants et déjà sans viabilité génétique. Les derniers signalements provenaient des gorges du Wabzaza et de celles de l’oued El Abid, vers Bou Tferda. Le déclin final fut l’œuvre discrète de quelques bergers, l’animal pouvant évidemment causer des dégâts non remboursés parmi le bétail. La Panthère vient donc de rejoindre le triste sort du Lion de l’Atlas.
Le Sanglier (Sus scrofa barbarus) est commun, ce qui pose un problème pour l'équilibre du sous-bois.
Le Mouflon à manchettes, autrefois répandu dans toutes les régions montagneuses boisées ou steppiques du Maghreb, a vu son aire se morceler gravement suite à la chasse intensive dont il fut l’objet. Par le biais de quelques mesures conservatoires (Parc naturel d'Ifrane), la cédraie du Haut Atlas oriental protège un effectif de ce splendide et robuste Bovidé aux cornes puissantes et au long pelage soyeux sur le cou et autour des membres antérieurs.
Le Cerf élaphe, ou Cerf de Berbérie, disparu du Maroc au Néolithique, a été récemment réintroduit dans le Parc national du Tazzeka et dans la Réserve naturelle d’Aïn-Leuh où il hante tant les chênaies que la cédraie.


130 000 ha

Répartition actuelle de la Cédraie au Maroc (dont les forêts "mortes")
Carte de la cédraie actuelle

Les cédraies couvrent une partie des montagnes du Rif occidental et central, le Moyen-Atlas, où c’est la figure forestière prééminente après le Chêne vert, ainsi qu’un espace devenu relictuel du Haut-Atlas oriental. Le contingent du Cèdre peuple globalement quelques 130.000 ha, dont 80.000 dans le Moyen Atlas. Signalons pour comparaison que de Cedrus libani, il ne reste en tout et pour tout au Liban que 2200 ha dont 700 dégradés. Il participe partout à plusieurs associations phytosociologiques, notamment avec des Chênes. Au plus haut de l’étage montagnard méditerranéen, il s’associe à une végétation souvent clairsemée de Genévriers thurifères où s’infiltre la flore des pelouses écorchées et des xérophytes en coussinets.

Sources

- Le Maroc, un royaume de biodiversité, aux Éditions Ibis Press, Paris, de Michel Tarrier, illustré par Jean Delacre.

- http://users.skynet.be/jdelacre/textecedraie.htm
- http://homepage.mac.com/jmdelacre/mythes/index.html



  Suite de l'article
 
Présentation des forêts de Cedrus atlantica
L'appel de Michel Tarrier



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