Une retour remarquable de la vie
| Situation du centre géographique des marais de Mésopotamie |
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Avec plus de 9 000 km2 de zones humides permanentes, les marais irakiens représentaient dans les années 70 l’une des plus vastes zones humides du monde.
Au moment de la chute du régime irakien en 2003 entraînée par l'intervention anglo-américaine, ces marais – avec leur riche biodiversité et leur héritage culturel unique – ne couvraient plus que 760 km2.
Mais depuis, on assiste à une augmentation rapide du niveau de l’eau et un retour spectaculaire de la végétation et de la faune.
De nouvelles photographies satellites et une analyse préliminaire du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) ont permis de constater ce taux de rétablissement véritablement phénoménal des marais.
Dans cet article, nous vous proposons une balade illustrée dans cette région, grâce au site de l'Eden Again
Project qui nous a communiqué de nombreux clichés.
Lire aussi nos articles La
fin des jardins de l'Eden et Le
projet Eden Again.
Abstract
Following the Anglo-American military intervention, rapid and significant changes have been occurring in the Iraqi Marshlands, particularly since May 2003. After over a decade of desiccation and decline, between 30-50% of the original marshland area had been inundated by spring 2005.
This re-flooding process continues unabated.
The Bush administration two years ago proposed spending $100 million to restore the marshes. The money was axed by Congress. But the $4 million from the U.S. Agency for International Development is enough to determine which marshes can feasibly be brought back to life.
Because of new dams in Turkey and elsewhere upriver, there is only enough water now to restore perhaps half the roughly 8 000 square miles of original marsh. And not all of the flooded areas have come back to life.
Thanks to the Iraq
Foundation and its related web site Eden Again we propose you to make a point about the evolution of the situation of the different parts of the marshes since 2003, with photos and maps.
See our map of the reflooded areas in December 2005.
Une volonté locale soutenue internationalement
Voir notre carte de la situation des marais irakiens en décembre 2005
Une impulsion américaine
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Le retour de l'eau permet une croissance rapide des roseaux dans les anciennes zones asséchées
Source : Eden Again |
Dans le but de restaurer les marais, l'administration Bush avait proposé en 2003 de consacrer $100 millions au projet de restauration des anciens marais de Mésopotamie, pratiquement entièrement asséchés par l'ancien régime de Saddam Hussein désireux d'anéantir l'opposition chiite qui y trouvait refuge.
Mais cette somme a ensuite a été réduite par le Congrès.
Toutefois, les sommes allouées à l'U.S. Agency for International Development ont été suffisantes pour déterminer quels marais pouvaient être remis en eau.
Outre les actions initiées par le gouvernement fédéral, plusieurs associations et fondations américaines ont soutenu la restauration. C'est en particulier le cas de l'Iraq Foundation avec son projet Eden Again (lire Le
projet Eden Again).
Des interventions locales
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Peu après l'intervention anglo-américaine, les populations locales ont créé des brèches dans les digues construites par l'ancien régime (photo prise en octobre 2003)
Source : Eden Again |
En 2005, environ 40 % des marais étaient à nouveau en eau, grâce notamment aux populations locales qui ont ouvert les portes des écluses ou créer des brèches dans les digues construites par l'ancien régime.
Mais la vie n'est pas revenue partout; d'ailleurs, des scientifiques de l'université de Bassora, financés par l'Agency for International Development, étudient des méthodes pour favoriser les cultures traditionnelles dans les zones qui ne pourront pas être restaurées. Toutefois, la situation générale s'est nettement améliorée.
Une zone d'importance internationale pour les oiseaux
Dans le site web www.newsday.com, Najah Hussein, un professeur de l'université de Bassorah (ou Bassorah, Basrah), la grande ville du sud du pays, souligne le retour de dizaines de milliers d'oiseaux migrateurs, et constate que les pêcheurs du Shatt al Arab attrapent à nouveau des
aloses.
Les marais de Mésopotamie constituent une zone d'importance internationale pour les oiseaux nicheurs et migrateurs. Des études ornithologiques maintenant assez anciennes ont relevé la présence de 134 espèces d'oiseaux
aux effectifs significatifs au niveau mondial, dont au moins 11 sont globalement
menacées; c'est particulièrement le cas du Pélican frisé (Pelecanus crispus),
du Cormoran pygmée (Phalacrocorax pygmaeus), de la Sarcelle marbrée (Marmaronetta
angustirostris) - avec probablement la plus importante population nicheuse du
monde - et de la sous-espèce endémique du Grèbe castagneux (Tachybaptus ruficollis
iraquensis).
Le Héron goliath (Ardea goliath), l'Ibis sacré (Threskiornis aethiopicus) et l'Anhinga
roux (Anhinga rufa chantrei) se reproduisaient dans les marais, et y nichent peut-être encore ...
Pour plus d'informations sur les oiseaux de ces marais, lire notre article La
fin des jardins de l'Eden.
Téléchargez également le rapport au format pdf de Birdlife : Important Birds Areas in Iraq
(Zones Importantes pour la Conservation des Oiseaux en Irak).
Le rôle du Canada
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Maison collective en roseaux typique de la culture Madan à Hammar City
Source : Eden Again |
Le Canada contribue aussi à la restauration des marais irakiens.
Le centre de recherche sur les terres humides de l'Université de Waterloo, le seul centre de recherche universitaire axé sur les terres humides au Canada, met à profit les connaissances scientifiques de ses spécialistes pour soutenir la remise en eau des marais. L'un des buts est de favoriser le retour des Madan (les Arabes des marais) et de rétablir leurs modes de vie traditionnels et leur culture.
Par ailleurs, le centre s'emploie à mieux faire comprendre l'aspect scientifique des zones humides au sein d'établissements spécialisés en Irak
L'Agence canadienne de développement international (ACDI) finance ce projet à hauteur de 3 millions de dollars. Des programmes d'études supérieures et de formation professionnelle pour les Irakiens seront soutenus, et des sites de démonstration de la restauration des terres humides seront mis en place, en collaboration avec plusieurs établissements irakiens.
La fonction du P.N.U.E.
Le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) suit de près la restauration des marais irakiens, par le biais notamment d'une analyse de photos satellites.
Un projet a été lancé en 2004 par le PNUE, avec l’appui de la coopération japonaise, pour aider l’Irak à restaurer son environnement et à fournir de l’eau potable aux quelques 100 000 personnes habitant dans ou près des marais.
Il a été fait appel pour cela à des écotechnologies, comme la réhabilitation des lits de roseaux et autres écosystèmes des marais qui remplissent la fonction de filtres à eau naturels.
À signaler aussi la création d’un réseau internet d’information sur les marais et l’organisation d’activités de formation technique.
L'IMOS
Situation des marais irakiens (vert) en août 2003
Carte : Ornithomedia.com, d'après NASA et IMOS |
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Le système IMOS est un élément clé du projet du PNUE car il permet de surveiller la superficie et la distribution des parties remises en eau ainsi que les progrès de la couverture végétale dans ces secteurs. L' Iraqi Marshlands Observation System (IMOS) a pour objectif de surveiller l'étendue et la répartition du retour de l'au et d'étudier les changements constatés dans la couverture végétale, dans le but d'aider les responsables dans le programme de restauration.
La surveillance systématique et les rapports fournis toutes les deux semaines contribuent à l’élaboration d’une riche base de données sur l’Irak. Ces informations sont cruciales pour toute prise de décision éclairée dans la gestion des marais
Situation des marais irakiens (vert) en août 2005
Carte : Ornithomedia.com, d'après NASA et IMOS |
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L'IMOS est une constituante du "Support for Environmental Management of the Iraqi Marshlands" du PNUE, un programme supervisé par l'International Environmental Technology Centre (DTIE/IETC) et financé par le Japon.
Les images satellites sont fournies par le Rapid Response System de la NASA.
Pour plus d'informations sur l'IMOS, voir le site web http://imos.grid.unep.ch.
Assurer l'avenir
Il est nécessaire que l'Irak adhère à un traité environnemental régional et établisse un quote-part minimum d'eau nécessaire pour que la restauration des marais soit durable.
En effet, la gestion des eaux des fleuves Tigre et Euphrate, qui traversent la Turquie, la Syrie et l'Irak, est un vrai problème où se mèlent intérêts économiques et stratégiques. La construction de nombreux barrages en Turquie, où ces deux fleuves prennent leur source, constitue une menace sérieuse sur l'avenir écologique du sud irakien.