La reproduction
Une première tentative abandonnée
La période de nidification
était déjà entamée lors de la découverte, puisqu'une
première tentative de construction de nid, sur le même site, était
en cours, mais rapidement abandonnée suite au dérangement occasionné
par le passage de promeneurs sur un chemin de randonnée trop proche. Les
oiseaux ont donc rapidement choisi un bosquet plus fourni, composé en grande
majorité de peupliers et de quelques saules.
La nidification
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Transport
des matériaux chez le couple d'Elanions blancs, Plaine de Berthoud (69),
entre le 06/05/2005 et le 26/07/2005
Source : Magalie Dubois |
La construction est très
différente de celle des nids d'Aquitaine, plus plats du fait de leur édification
dans des pins maritimes et non des feuillus. Ce choix des résineux semble
être le fait de la précocité de construction du nid et de
la ponte. En effet, à cette période, les pins sont les seuls à
posséder un feuillage permettant de dissimuler l'aire.
Dans le Rhône, le cantonnement ayant commencé fin avril, le problème
de l'absence de feuillage ne se posait plus.
Le nid du couple rhône-alpin
est alors construit à un mètre environ de la cime d'un peuplier
dans un bosquet, sur l'axe central de l'arbre au niveau d'une solide fourche.
Il s'agit d'un nid en forme de coupe, très chargé en branches, à
environ une dizaine de mètres de hauteur. Heureusement, la disposition
de l'aire a permis l'observation du comportement des adultes et des jeunes à
distance respectable sans dérangement.
Les deux oiseaux ont participé à la construction de l'édifice
bien que le mâle ait semblé beaucoup plus actif que la femelle. Les
brindilles ont été récupérées souvent au même
endroit, et transportées dans le bec ou les serres.
Une fois le nid construit, des matériaux ont été régulièrement
apportés pour le consolider durant toute la période de couvaison
et d'élevage.
La parade nuptiale
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Nombre
d'ccouplements chez le couple d'Elanions blancs, Plaine de Berthoud (69), entre
le 06/05/2005 et le 22/07/2005
Source : Magalie Dubois |
La parade nuptiale s'est
achevée à peu près en même temps que la construction
du nid. Elle a eu lieu sur le site de nidification et a fait l'objet de nombreuses
offrandes du mâle à la femelle. Le nombre de proies apportées
est allé jusqu'à 5 proies d'affilée, la femelle refusant
la 6ème que le mâle, vexé, est allé manger sur un arbre
voisin ! Les données concernant la parade ne sont malheureusement pas très
nombreuses du fait de la découverte tardive du couple. Malgré tout,
j'ai pu noter que les accouplements étaient fréquents, pouvant atteindre
5 en quelques heures. Dès le 10 mai, la femelle se fait plus discrète,
ne sortant plus que pour quelques passages de proies en vol avec le mâle
et quelques accouplements. Le reste du temps, elle est au nid où le mâle
commence à la ravitailler, lui apportant de 1 à 3 proies par jour,
jusqu'à la ponte.
La ponte
La ponte du premier uf semble avoir eu lieu le 14 mai 2005, la femelle n'ayant
quasiment plus quitté le nid à partir de cette date, se faisant
nourrir par le mâle. Cependant, à l'occasion de quelques rares sorties,
des accouplements ont encore lieu.
Très curieusement, il semble que cette ponte soit la première du
couple, alors que ce phénomène commence en février/mars pour
les couples aquitains. Nous entrons alors dans les cas considérés
comme tardifs. La ponte comptera 4 ufs.
L'incubation
L'incubation est assurée en totalité par la femelle, sauf à
l'occasion de rares sorties où elle semble se dégourdir les ailes
et est alors remplacée par le mâle. Le dérangement occasionné
par l'activité agricole a été minime et celui par des visiteurs
curieux réduit au minimum par la mise en place d'une surveillance journalière
durant les 3 mois de nidification.
Le mâle se charge du ravitaillement de la femelle au nid, lui apportant
en moyenne 2,5 proies par jour. Dès la proie apportée, le mâle
retourne se percher sur un arbre très près du nid.
L'éclosion
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Transport
des proies au nid chez le couple d'Elanions blancs, Plaine de Berthoud (69), entre
le 06/05/2005 et le 26/07/2005
Source : Magalie Dubois |
L'éclosion du premier
uf a lieu le 14 juin 2005, soit 31 jours après la ponte, la littérature
donnant une période d'incubation de 25 à 28 jours (GENSBØL
1999), de 29 à 33 jours (MENDELSOHN 1989), et même jusqu'à
35 jours (FERGUSON & CHRISTIE 2001).
Les deux jours précédents,
de nombreux cris de la femelle ont annoncé l'éclosion. Il s'agissait
plus d'un crissement du type " criii-êh " que d'un chant ; ces
cris seront dès lors le signal pour avertir le mâle qu'il est temps
de partir en chasse. Le jour de l'éclosion, le mâle a été
très démonstratif, faisant des orbes au-dessus du nid avant de se
poser et de répondre aux cris de sa compagne. Puis, soudain, la femelle
vint se percher à côté de son partenaire ; ils se mirent tous
les deux à crier. Puis le mâle vint la remplacer sur l'aire. Tout
ébouriffée, la femelle s'accorda un brin de toilette avant de s'envoler.
Vingt minutes plus tard, elle revint prendre sa place sur le nid et n'en bougera
que pour le défendre contre des corvidés toujours en quête
de petits larcins
L'élevage des
jeunes
Dès l'éclosion
et jusqu'après l'envol des jeunes, les deux adultes, surtout la femelle,
n'auront de cesse de crier. Durant les 8 premiers jours, la femelle ne quittera
pas le nid, protégeant les juvéniles des fluctuations climatiques,
surtout des vents assez forts sur la plaine. Les 18 premiers jours, le mâle
apportera directement les proies au nid pour que la femelle les distribue aux
jeunes après les avoir déchiquetés en petits morceaux.
Début juillet,
le mâle intensifie ses chasses, allant jusqu'à apporter 9 proies
en deux heures le 11 juillet. La femelle se fait alors beaucoup plus visible,
les juvéniles étant capables de rester seuls. Elle rejoint le mâle
après chacune de ses chasses pour récupérer les proies en
vol et les apporter aussitôt au nid. La distribution terminée, la
femelle retourne de temps à autre sur son perchoir favori, se posant à
côté de son partenaire et lui donnant un coup de bec pour qu'il retourne
chasser.
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Nourrissage
des juvéniles du couple d'Elanions blancs, Plaine de Berthoud (69), entre
le 06/05/2005 et le 22/07/2005
Source : Magalie Dubois |
Le nombre important de proies
ne pouvait correspondre à la pitance d'un seul petit, même si la
femelle en prélevait parfois une
Il y avait forcément d'autres
jeunes
J'ai donc passé des heures, l'il rivé sur la
longue-vue braquée sur l'aire, et, le 14 juillet, j'ai pu confirmer la
présence d'un deuxième poussin ! Mais c'est seulement le 19 juillet
qu'une troisième tête se montre dans mon champ de vision. Le résultat
est alors exceptionnel, d'autant plus que, le lendemain, toujours l'il sur
ma lunette, il me semble voir une quatrième tête, mais je n'y crois
pas
peut-être est-ce une feuille !
Et pourtant, le 22 juillet,
un quatrième juvénile montre enfin le bout de son bec, déjà
gros pourtant.
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Passage
de proies en vol, Plaine de Berthoud (69), entre le 06/05/2005 et le 22/07/2005
Source : Magalie Dubois |
Pour une première,
c'est une réussite inespérée : 4 jeunes élanions,
en pleine forme et magnifiques, alors que les couples d'Aquitaine qui nichent
depuis 1990 n'ont en moyenne que 2 jeunes à l'envol (GRISSER & BLAKE
2004).
Dès le 13 juillet,
les juvéniles sont emplumés, ce qui semble être le signal
pour la femelle de ne plus distribuer les proies, les laissant au nid telles quelles,
les petits devant se débrouiller seuls. Ce qui est étonnant d'ailleurs,
c'est que les jeunes ne se battent pas entre eux, contrairement à ce que
l'on observe chez les autres rapaces, chacun attendant son tour, ce qui, compte
tenu de l'abondance de proies, permet à chacun de manger à sa faim.
Le nourrissage des jeunes
comptera 5 proies par jour en moyenne, soit environ 200 proies apportées
au nid jusqu'à l'envol (ce chiffre ne comprend pas le nombre de proies
apportées après l'envol).
L'élevage au nid durera 40 jours, alors que la durée habituelle
est de 32 à 38 jours (MENDELSOHN 1989).
L'envol des jeunes
L'envol des jeunes se fera
en plusieurs temps, les deux premiers partant du nid le 24 juillet, le troisième
le 25 juillet et le dernier le 26 juillet. Voler demande de l'habileté
et de la précision dans le geste que seul le temps permet d'acquérir.
Au début, le décollage est hésitant et l'atterrissage hasardeux,
voire acrobatique !
Les petits élanions se jettent littéralement
sur le perchoir ou à côté de l'objectif s'ils ont mal maîtrisé
leur trajectoire finale !
Les 4 juvéniles sont très solidaires, se perchant la plupart du
temps sur le même arbre, voire sur la même branche. Ne sachant chasser
qu'à peu près trois semaines après l'envol (DUCHATEAU, BOUNINE
& DELAGE 2003), les jeunes continuent de se faire ravitailler par les adultes,
le plus souvent au nid, puis, prenant de l'assurance, en allant eux-mêmes
prendre la proie en vol dans les serres de l'adulte. Durant toute cette période
d'élevage au nid et jusqu'à l'émancipation, les jeunes crient
beaucoup, incitant les adultes à chasser pour eux.
L'émancipation
Que deviennent les jeunes
élanions après leur émancipation ? Nous n'avons pas assez
de recul dans le Rhône pour répondre à cette question. Quatre
semaines après l'envol, nos jeunes élanions ont appris à
chasser, faisant du vol en " Saint-Esprit " comme les adultes. Un mois
et demi après leur baptême de l'air, 3 élanions ont été
observés à 7 kilomètres du site de nidification : 2 jeunes
et un adulte. Vont-ils passer l'hiver chez nous ? Cela est possible.
La littérature donne une période de 60 jours durant lesquels les
petits restent avec les adultes si ceux-ci n'entreprennent pas d'autre nidification
et peuvent même aller jusqu'à passer l'hiver en compagnie de leurs
parents (DUCHATEAU in litt.).
A l'âge d'un an, le plumage des juvéniles n'est plus discernable
de celui des adultes (GENSBØL 1999).