Un chasseur et prédateur redoutable
Un taux de réussite impressionnant
 |
Elanion
blanc (Elanus caeruleus) patrouillant dans la plaine de Berthoud (69), 2005
Dessin : Alain Rufer |
Les Elanions blancs sont
des chasseurs redoutables et d'une efficacité à faire pâlir
l'Aigle royal (Aquila chrysaetos) !
Relativement aux quantités chassées par chacun, le mâle, reconnaissable
à sa taille un peu plus petite, a un taux de réussite de capture
de 76% et la femelle de 71%, le mâle ayant assuré à lui seul
84% du ravitaillement. Cette forte différence est liée bien évidemment
aux tâches dévolues à chacun des deux oiseaux : la femelle
assurant la couvaison et l'élevage, le mâle s'occupant de la chasse,
bien que parfois la femelle en ait assuré une partie sur la fin de l'élevage,
les poussins étant de plus en plus affamés.
100% de micro-mammifères
 |
Elanion
blanc (Elanus caeruleus), plaine de Berthoud (69), 2005
Dessin : Alain Rufer |
Le régime alimentaire
de l'Elanion blanc sur la plaine de Berthoud est composé à 100%
de micro-mammifères (une étude prochaine sur les pelotes de réjection
nous donnera plus d'informations sur la diversité spécifique des
proies capturées). Sur 225 actions de chasse observées et menées
de bout en bout, 169 ont été couronnées de succès.
La répartition
de ces 169 proies capturées en majorité par le mâle, mais
aussi par la femelle, s'établit ainsi : 63,3% ont été apportées
au nid pour nourrir la femelle durant la couvaison et les juvéniles par
la suite ; et les 36,7% restantes ont été mangées par les
adultes hors du nid.
J'ai tout de même
eu l'occasion de voir le mâle, un soir, perché sur un peuplier, tenter
de capturer les gros insectes qui tournaient autour de lui. Vu son comportement,
je pense qu'il essayait de se débarrasser de ces gêneurs plutôt
que de prévoir son dîner. Il n'a d'ailleurs pas quitté son
perchoir, tentant de les saisir avec le bec. Il paraissait très agacé
!
Plongeon direct du perchoir
 |
Elanion
blanc (Elanus caeruleus) posté, Plaine de Berthoud (69), 2005
Dessin : Dominique Tissier. |
Comment obtenir un tel pourcentage
de réussite ? Différentes méthodes de chasse sont utilisées
par l'Elanion blanc, dont deux plus particulièrement;
La première,
qui représente seulement 4,5% des chasses observées, est le plongeon
direct du perchoir. Très fidèle à certains perchoirs, l'élanion
y passe une grande partie de sa journée, observant et surveillant son territoire,
faisant sa toilette très régulièrement. Soudain, il repère
une proie au sol et, par des mouvements de tête similaires à ceux
que font les chouettes, il suit sa proie du regard. Il évalue ses chances.
S'il estime que le jeu en vaut la chandelle, il plonge brutalement au sol, se
laissant tomber, ailes relevées, freinant au dernier moment en ouvrant
sa queue, saisissant sa proie en un éclair. Sa technique n'est pas infaillible.
Il obtient de bons résultats lorsqu'il est face au soleil.
Son ombre portée est alors loin derrière lui et la future victime
ne le voit pas arriver ou bien trop tard !
Le Saint-Esprit
 |
Elanion
blanc (Elanus caeruleus) faisant le "Saint-Esprit", plaine de Berthoud
(69), 2005
Photo : Rémi Rufer / www.alula-ornitho.com |
Ce positionnement face au
soleil est également utile lorsqu'il utilise la deuxième technique
de chasse, qui représente à elle seule 95,5% des chasses observées.
Permettant un champ d'action beaucoup plus large car il n'y a pas de poste fixe,
cette méthode, bien que présentant quelques paramètres différents,
ressemble à celle du Faucon crécerelle (Falco tinnunculus) : le
vol en Saint-Esprit. Une fois la proie repérée en vol, l'élanion
se positionne en Saint-Esprit, fixant sa proie du regard. Sa position dans les
airs par rapport à celle du crécerelle, est plus horizontale, les
ailes plus souples et les battements plus lents allant même jusqu'à
cesser quelques secondes (ailes relevées), la queue lui servant de stabilisateur.
C'est là que sa prodigieuse efficacité entre en jeu. Il peut, d'un
coup d'un seul, et de plusieurs mètres de haut, fondre sur sa proie, relevant
les ailes, se laissant tomber. A seulement quelques mètres du sol, il détend
ses serres, ouvrant la queue avant de toucher terre pour ne pas s'écraser
au sol et se saisit de sa proie.
 |
Elanion
blanc (Elanus caeruleus) faisant le "Saint-Esprit", plaine de Berthoud
(69), 2005
Photo : Rémi Rufer / www.alula-ornitho.com |
Une variante de cette méthode
est également employée lorsque la hauteur est trop importante pour
une descente directe. L'élanion va alors faire des paliers, ajustant sa
position à chaque descente, reprenant le Saint-Esprit. A bonne distance
du sol, et s'il n'a pas perdu sa proie, il la capturera de la même façon
que précédemment.
Quoiqu'il en soit et quelle
que soit la manière, la fin est la même pour le campagnol, un coup
de bec fatal derrière la nuque l'achèvera rapidement. Et là
encore, l'élanion va adopter l'attitude d'un autre rapace : celle de l'Aigle
royal. Encore au sol, achevant sa proie, il ouvre les ailes de façon à
camoufler ce qu'il fait. Il l'emportera ensuite, maintenue dans ses serres, sur
un perchoir où il la mangera, se débarrassant d'une partie des poils
avant de la déchiqueter, ou il l'apportera au nid.
Le vol
 |
Elanion
blanc (Elanus caeruleus) en vol battu direct, plaine de Berthoud (69), 2005
Photo : Rémi Rufer / www.alula-ornitho.com |
Différentes formes
de vol sont pratiquées par les élanions, chacune correspondant à
une action précise.
- Le vol en Saint-Esprit
est exclusivement réservé à la chasse comme nous avons pu
le voir.
- Le vol battu direct correspond le plus souvent à un changement de poste
d'observation, aller du point A au point B ou bien foncer sur un éventuel
intrus.
- Le vol plané
à basse altitude, ressemblant à celui d'un busard, permet un survol
du territoire et le repérage de proies avant le positionnement en Saint-Esprit.
- Le vol plané
circulaire, commun à de nombreux rapaces plus gros que l'élanion
comme le Vautour fauve (Gyps fulvus) et à d'autres grands oiseaux, lui
permet, grâce aux ascendances thermiques, de prendre de la hauteur sans
perte d'énergie. Il peut ainsi monter à 250 mètres, voire
plus.
- Les orbes, petits
vols circulaires à faible altitude, sont un moyen efficace de marquage
visuel de territoire.
- Le houspillage est
fait de piqués frénétiques, ressemblant à une avalanche
de piqués de Faucon pèlerin (Falco peregrinus), l'élanion
ne reprenant de la hauteur que pour mieux retomber sur sa victime. Le cas s'est
produit avec des buses ou bien des milans que l'élanion ne supporte pas,
même s'ils passent très loin du nid. Malgré leur taille imposante,
ils ont toujours reculé devant l'agressivité de ce petit rapace
blanc qui n'aime visiblement pas les visiteurs sur son territoire !
- Le vol le plus spectaculaire
est sans doute le passage de proie en vol. Le mâle n'arrêtant pas
son vol, tenant une proie dans les serres, est rejoint par la femelle qui se positionne
alors sous lui, se retourne, saisit le butin dans ses serres, se redresse et part
plus loin. Magnifique !