Trois scientifiques ont émis des doutes
| Situation du
Cache River National, dans l'Arkansas, où le Pic à bec d'ivoire
aurait été observé en 2004 |
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L'annonce officielle
de la redécouverte du Pic à bec d'ivoire (Campephilus principalis)
dans l'Arkansas le 27 avril 2005 dans la revue Science (lire nos articles Redécouverte
du Pic à bec d'ivoire aux États-Unis !
et Un pic à
bec d'ivoire dans le Cache River N. W. R.) avait fait l'effet d'une "bombe"
dans la communauté ornithologique mondiale.
Mais trois biologistes (Richard O. Prum de Yale, Mark B. Robbins de l'University
of Kansas et Jerome A. Jackson, zoologiste à la Florida Gulf Coast University)
ont remis en cause la vidéo, utilisée comme preuve principale.
Leur analyse devait être publiée dans en août dans un journal
en ligne selon l'édition du 21 juillet du New York Times. Mais la présentation
par le Cornell Lab of Ornithology d'un enregistrement du tambourinage et du typique
"kent !" de l'espèce les a finalement convaincu.
Abstract
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Three biologists question
evidence used by team of bird experts who made startling claim in April that they
sighted Ivory-billed Woodpecker (Campephilus principalis), a bird presumed to
have vanished from United States more than 60 years ago; if challenge holds up,
it would undermine significant new conservation expenditures in region of swampy
forests of southeast Arkansas; publication of paper questioning discovery, and
rebuttal of some bird experts, are expected.
But the Cornell Lab of Ornithology recently produced a tape of double rap drums and the nasal "kent"
call made in the White River National Wildlife Refuge, south of the Cache River
swamp where a bird was seen and videotaped; it has benn sent to the three scientists, who have decided to withdraw the article
and to accept the record.
Une remise en question de la découverte
Trois scientifiques à priori sérieux
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Pic bec d'ivoire, Singer Tract, Louisiane, 1935
Photo : David Allen
Site : www.ivorybill.org
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Trois biologistes remettent
en cause la preuve utilisée par l'équipe d'ornithologues qui ont
annoncé en avril 2005 la redécouverte du Pic à bec d'ivoire
dans une forêt marécageuse du sud-est de l'Arkansas. Ce pic était
supposé avoir disparu des États-Unis il y a plus de 60 ans.
L'article futur doutant de la découverte a été provisoirement
accepté par un journal en ligne, qui le publierait dans quelques semaines.
Mais on annonce d'ores et déjà qu'il sera fortement critiqué
par l'équipe des découvreurs qui exigera un droit de réponse.
La publication future de l'analyse, accompagnée de sa réfutation,
a été confirmé lors de rencontres et d'échanges d'e-mails
entre deux des auteurs de la critique, Richard O. Prum et Mark B. Robbins, ornithologues
à Yale et à l'université du Kansas, et deux membres de l'équipe
qui a rapporté la découverte du pic.
Le troisième auteur du futur article est Jérôme A. Jackson,
un zoologiste à la Florida Gulf Coast University et auteur du livre ''In
Search of the Ivory-Billed Woodpecker'' publié en 2004.
Mr Jackson a écrit dans un e-mail envoyé dans la semaine du 24 juillet
2005 : "A mon avis, les données présentées jusqu'ici
ne font pas plus que suggérer la possibilité de la présence
d'un Pic à bec d'ivoire. Je n'affirme pas qu'il n'y ait pas de Pic à
bec d'ivoire dans le secteur. J'espère vraiment que des oiseaux existent
encore dans l'Arkansas ou ailleurs, et j'ai d'ailleurs soutenu pendant longtemps
cette idée".
Une vidéo de quatre secondes
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Extrait de la vidéo remise en question montrant un Pic à bec d'ivoire
Cache River National Wildlife Refuge, Arkansas, avril 2004
Vidéo : David Luneau
Source : www.ibwo.org |
Les deux groupes de scientifiques
ont refusé de citer le nom du journal ou de discuter des détails
de la remise en question et de la réponse qui sera donnée avant
publication. Mais ils ont indiqué clairement que la discussion tournera
autour des quatre secondes de la vidéo de qualité médiocre
qui, par hasard, a capturé un oiseau aux ailes blanches et noires s'envolant
rapidement d'un tronc de tupelo en avril 2004, volant au dessus des eaux marécageuses
avant de disparaître dans les arbres 11 battements d'ailes plus tard.
Ce clip constituait seulement l'un des éléments d'un ensemble de
données et de preuves collectées pendant plus d'une année
par des appareils-photos et par des dispositifs d'enregistrements dans placés
dans les vastes forêts marécageuses du Cache River National Wildlife
Refuge.
L'équipe, menée par des scientifiques de la Cornell University et
de Nature Conservancy, avait compilé sept données (dont la vidéo),
comme par exemple des enregistrements d'un tambourinement double typique de l'espèce.
Mais les découvreurs estimaient alors que la vidéo était
suffisamment convaincante pour prouver à elle seule à la communauté
ornithologique l'existence de l'oiseau.
Un Grand Pic ?
Chacun convient que l'oiseau qui apparaît sur la vidéo est un Pic
à bec d'ivoire ou un Grand Pic (Dryocopus pileatus), une espèce
proche plus petite relativement commune. Les deux espèces ont un plumage
blanc et noir; toutefois, le Pic à bec d'ivoire a le bord de fuite arrière
des ailes blanc, tandis qu'il est noir chez le Grand Pic.
L'équipe qui a conduit les recherches ont réalisé de nombreux
tests, y compris en recréant la scène capturée dans la vidéo
en utilisant des modèles des deux espèces de pics. Ils en ont conclu
que l'oiseau filmé ne pourraitêtre qu'un Pic à bec d'ivoire.
Mais les auteurs du nouvel article ne sont pas d'accord avec cette conclusion.
Seule une analyse scientifique prolongée les images (ou de possibles nouvelles
à venir) permettra finalement de déterminer qui a raison. Un responsable
de la Cornell University annonce d'ailleurs qu'une autre étude dans la
région est prévue en novembre.
"Les gens qui sont à l'origine de l'annonce croyaient fermement avoir
vu un Pic à bec d'ivoire" précise Mark B. Robbins dans un entretien;
mais l'affirmation selon laquelle une espèce n'est pas éteinte nécessite
des décennies d'observation pour s'assurer que qu'il ne s'agît pas
d'un individu isolé.
La preuve que le Pic à bec d'ivoire n'est pas éteint est selon le
trio de sceptiques très difficile à fournir. Van Remsen, un expert
de la Louisiana State University qui a participé aux recherches reste lui
confiant : "nous sommes prêts à répondre !".
Des mesures de protection qui pourraient été gelées
L'annonce de la possible découverte avaitété faîte
le 27 avril 2005 dans la version en ligne du journal Science.
L'annonce avait alors fait sensation parmi les protecteurs de la nature, qui ont
vu l'oiseau comme un symbole pour demander de nouvelles mesures de protection
des forêts du Sud-est des États-Unis, d'une grande biodiversité.
Depuis les premières recherches de l'oiseau, 7 300 hectares d'habitat potentiel
du Pic à bec d'ivoire ont été protégés, et
il existe des plans pour conserver et remettre en état 80 000 hectares
supplémentaires au cours des dix années à venir.
Outre le Pic à bec d'ivoire, huit autres espèces considérées
comme menacées ou en danger par le gouvernement américain dépendent
des Big Woods de l'Arkansas pour leur survie, qui restent une priorité
en terme de conservation pour The Nature Conservancy.
Pour John W. Fitzpatrick, le coresponsable des recherches et directeur du laboratoire
d'ornithologie de la Cornell University, "il est normal que des scientifiques
discutent d'une telle découverte, et ce d'autant plus que la vidéo
était d'une qualité très moyenne". Mais il a ajouté
qu'une "analyse approfondie avait été faite pour éliminer
la possibilité que l'oiseau puisse être un Grand Pic". Et il
a précisé qu'une "nouvelle preuve significative" serait
publiée dans les mois à venir. Il a refusé de commenter les
affirmations de ses contradicteurs, afin de ne pas perturber la discussion qui
sera mise en ligne.
Rebondissement : un enregistrement convaincant !
Mais nous avons appris le 2 août sur le site www.worldwitch.com
que le Cornell Lab of Ornithology avait récemment enregistré un
double coup sec sur un tronc accompagné d'un "kent !" nasal typiques
du Pic à bec d'ivoire dans le White River National Wildlife Refuge, au
sud de l'endroit où la vidéo avait été filmée.
Il avait ensuite été envoyé au trio de sceptiques. Ces derniers
ont finalement été convaincus et ont décidé de ne
pas publier leur remise en cause. Pour Richard O. Prum, il s'agît probablement
d'un des deux membres d'un couple appelant son partenaire éloigné.
L'enregsitrement sera rendu public fin août au congrès annuel de
l'American Ornithologist Union.
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