La Grue cendrée : les chapitres 3 à 7
Le temps du voyage
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Rassemblement
printanier des grues sur un champ de pommes de terre proche du lac d'Hornborga
en Suède
Photo : Sture Travening / La Grue cendrée |
Ce chapitre est consacré
à la migration chez la Grue cendrée. Ce phénomène
finalement assez mal connu est très ancien : on apprend ainsi que les Hersperornis
d'Amérique au Crétacé effectuaient de grands déplacements.
Les auteurs nous retracent l'origine des voies de migration actuelles, qui se
sont formées en grande partie lors de la glaciation Würm. Le retrait
et l'avance des glaces a conditionné les trajets de différentes
espèces, dont la Grue. l'espèce habitait autrefois toute l'Europe,
et la route occidentale d'aujourd'hui refléteraient ces territoires perdus.
La durée d'ensoleillement et les variations des durées des photopériodes
agissent sur les mécanismes hormonaux; mais l'état de l'environnement
et ses transformations modifient également les comportements migratoires.
D'autre part, la part de l'apprentissage est également importante.
Le choix du vol en V, qui permet des économies d'énergie, est expliqué.
Les auteurs abordent ensuite un paragraphe pratique sur l'identification de l'oiseau
en vol et la distinction avec les vols de Cigognes blanches, de Hérons
cendrés, de Grands Cormorans et d'Oies cendrées.
Dans le cadre d'un exposé sur les migrations post et prénuptiales
sont abordées les changements constatées dans les dates : on a en
effet constaté que les oiseaux rejoignaient plus tôt les lieux de
nidification du nord de l'Europe : mais pourquoi ? Une raréfaction de l'alimentation
sur les sites d'hivernage, avec par exemple une diminution des cultures de maïs
dans les Landes et une recherche de nouveaux terrains de gagnage de plus en plus
loin des dortoirs ? Une augmentation des dérangements sur ceux-ci ? Le
réchauffement climatique, avec par exemple une remontée des sites
d'hivernage d'Afrique du Nord et d'Espagne vers le sud-ouest de la France et la
Champagne ?
Le modèle de Berthold est appliqué au cas de la grue ; Berthold
met en avant des tendances de modification du comportement migratoire. Chez certaines
espèces : réduction de la période d'activité migratoire,
changement de directions de migration, réduction de la distance entre les
quartiers d'hivernage et les sites de reproduction, une augmentation du retard
dans les départs en automne et un retour plus précoce au printemps.
Les routes de l'Est et de l'ouest sont enfin présentées, avec un
accent particulier sur la route du sud-ouest de la France.
L'hivernage, une danse
à deux temps
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Une vaste étendue
de molinies inondée en hiver, à Captieux (dans les Landes), vestiges
de la "Grande lande" d'autrefois
Source : La Grue cendrée |
Le phénomène
du départ en hivernage chez la grue est assez complexe : après avoir
quitté les îles allemandes de la Mer du Nord qui servent de lieu
de rassemblement, les départs sont échelonnés entre début
octobre et parfois jusqu'au début de décembre, quelques oiseaux
hivernant sur place. On observe les mêmes départs sur les sites français,
avec bien sûr un décalage. Mais les auteurs relèvent un phénomène
très intéressant, celui d'un décalage important sur un faible
gradient latitudinal. Les grues exploiteraient un réseau de sites suivant
différents facteurs (disponibilité alimentaire, état de chaque
oiseau,
). D'après les résultats de travaux sur des oiseaux
équipés d'émetteurs, les couples accompagnés des jeunes
de l'année préfèrent l'hivernage sur des sites traditionnels
méridionaux de surface réduite mais peu fréquentés.
L'hivernage dans des sites nordiques, où les nuits peuvent être très
froides est possible car les oiseaux peuvent gratter une couche de neige fine
du moment qu'il existe des endroits où elles peuvent passer la nuit les
pieds dans l'eau et des zones d'alimentation.
L'emploi du temps quotidien sur un site d'hivernage landais est pris en exemple
: on découvre ainsi que 58% du temps est consacré à l'alimentation,
et seulement 4 % au repos !
Les paragraphes sur les sites d'hivernages français (Lorraine, Champagne,
Landes, Gironde) sont remarquables, avec de nombreuses photos. Les sites landais
et gascons (Camp du poteau, réserve d'Arzujanx, réserve de chasse
de Saint-Martin-de-Seignanx, site de Le Muret-Ychoux et réserve naturelle
de l'étang de Cousseau) sont décrits en détail : biotope,
historique, gestion et populations de grues hivernantes pour chacun d'entre eux.
L'évocation de l 'évolution des Landes est bouleversante, quand
on découvre que jusqu'en 1799 s'étendaient des landes rases inondées
en hiver parcourues par des moutons ; des saules et des bouleaux indiquaient l'emplacement
des très nombreuses lagunes qui parsemaient le paysage. Les boisements
de Pins maritimes et de chênes étaient regroupés, avec quelques
cultures, près des points d'eau. Mais dès le début des années
1800, le dessèchement de certaines parcelles communales a été
entrepris grâce au creusement de fossés qui remplaçaient les
cours d'eau naturels. De 1800 à 1915, les boisements de pins se sont étendus,
atteignant leur maximum entre 1916 et 1936. La Grue cendrée nichait dans
la région, Félix Arnaudin (1844-1921) parlant de grues nicheuses
dans le marais de Laboueyre (commune de Sabres) dans de gros buissons au milieu
de l'eau., rappelant les biotopes scandinaves.
Les principales étapes ibériques (lagune de Gallocanta, dehesas
d'Extrémadure, lac de la Sotonera), superbement illustrées, sont
présentées.
Les menaces
Les disparitions de tourbières
dans le nord de l'Europe, la diminution des cultures de maïs dans le sites
d'hivernage français (qui en soit est une bonne chose d'un point de vue
de la diminution de la consommation d'eau) sont évoquées. La nécessité
de multiplier les centres d'accueil hivernaux pour éviter une fragilisation
de l'espèce et limiter la pression sur les cultures constituent pour les
auteurs une nécessité.
La chasse, encore pratiquée en France jusqu'au milieu du 20ème siècle,
n'est plus un problème en Europe de l'Ouest, par contre elle est encore
pratiquée quand les oiseaux traversent l'Afghanistan et le Pakistan, ainsi
qu'en Égypte et au Soudan. Les collectionneurs d'ufs auraient aussi
un effet désastreux sur la population turque.
L'électrocution est un autre problème, même si des solutions
émergent, comme des dispositifs destinés à matérialiser
les câbles lorsque les conditions météo altèrent la
perception des oiseaux (spirales, rubans) , hélas souvent insuffisants.
Le développement de l'éolien constitue aussi une nouvelle menace,
notamment près des secteurs à forte concentration hivernale (ex
:exemple, près de la Sotonera en Espagne).
Les perturbations humaines, parfois même de la part des personnes venant
admirer les grues, peut poser un problème lors d'hivers rigoureux, quand
les oiseaux ont besoin de prendre des forces.
Conservation de la
Grue cendrée
Un chapitre pour évoquer
les mesures de conservation et les initiatives prises (par exemple, la ferme aux
grues près du lac du Der en Champagne, les textes et conventions nationales
et internationales, concernant la Grue et les sites importants de migration et
d'hivernage.
L'Homme et la Grue
: entre symbole et gibier
Une partie très intéressante,
évoquant la place de la grue dans l'imaginaire des différentes civilisations,
des indiens d'Amérique aux peuples d'Asie, en passant par les civilisations
celtique, romaine et grecque. Les exemples sont très nombreux, comme celle
qui faisait des grues les accompagnatrices de Déméter, la déesse
des grains.
Les curieuses croyances populaires en Europe du Moyen-Age (en France, les grues
y étaient alors appelées guernes, et on les mangeait, en témoigne
un extrait d'une recette de Taillevent du 17ème siècle) jusqu'au
18ème siècle sont énumérées.
Conclusion
Une monographie complète,
riche en informations très peu connues, pour tous publics. A lire après
une journée d'observation automnale au lac du Der !
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