Une monographie et un petit guide pratique
La Grue cendrée est l'un des oiseaux qui symbolise le mieux ce formidable
phénomène naturel qu'est la migration. Depuis des millénaires,
elle traverse la grande Europe deux fois l'an, inscrivant dans le ciel le passage
des saisons. Nombreux sont ceux qui savent reconnaître la structure en V
caractéristique de ses vols migratoires.
La monographie La
Grue cendrée, histoire naturelle d'un grand migrateur, publiée
en 2005 aux éditions Sud-ouest, est une invitation à en savoir davantage,
à entrer dans l'intimité de cet oiseau. De ses origines ancrées
dans la nuit des temps à la découverte et l'analyse d'une situation
où la France joue un rôle de plus en plus crucial, toutes les connaissances
sur la biologie et l'écologie de cette espèce mythique sont passées
en revue. Passionnante pour le néophyte, documentée et précise
pour le naturaliste, cette monographie sur la Grue cendrée dévoile
nombre d'observations inédites et de données pour la première
fois mises en perspective.
Publié également en 2005 aux éditions Sud-ouest, le Guide
des oiseaux de nos jardins
permet de découvrir et d'aider à reconnaître les principales
espèces fréquentant les balcons, terrasses et jardins. Il apporte
aussi des indications pour nourrir les oiseaux, favoriser leur présence
et éloigner les plus ennuyeux.
Abstract
In this article, we propose
you the reviews of two different books :
- the very complete and easy-to-read monography La
Grue cendrée, histoire naturelle d'un grand migrateur (Common
Crane, a Natural History of a great migrating bird)
- and the Guide
des oiseaux de nos jardins (Guide of the birds of our gardens),
full of advice to attract birds around your house.
These book have been published in 2005 by Sud-ouest Publishing.
La Grue cendrée : sommaire et deux premiers chapitres
Caractéristiques
Langue : Français.
Éditeur : Sud Ouest (1 avril 2005).
Collection : Nature.
Format : Broché - 54 pages.
ISBN : 2879016142.
Dimensions (en cm) : 13 x 1 x 21.
Prix (Amazon) : 18,91 euros. Commandez
sur Amazon.
Les auteurs
Laurent Couzi, ornithologue
passionné, est le directeur de la Ligue pour la Protection des Oiseaux
en Aquitaine. Il observe les Grues depuis 15 ans et travaille à leur conservation.
Pierre Petit est photographe naturaliste et illustrateur, ornithologue reonnu
comme l'un des spécialistes de la Grue cendrée. Il observe et photographie
cette espèce depuis 40 ans.
Sommaire
Cette monographie de 189
pages est très agréable à lire et est très complète,
comme en témoignent les chapitres de l'ouvrage :
1- Ancêtres et cousines
Origine et caractéristiques de la famille, classification, présentation
et statut des 15 espèces de grues actuelles.
2- Dans l'intimité de la Dame :
approche biologique (étymologie, taxonomie, description, alimentation,
mue, cris et chant), biologie de la reproduction (stratégie, exigences,
danses, élevage des petits), la répartition dans le monde et en
Europe.
3- Le temps du voyage :
Notions importantes (calendrier biologique, vol en formation, identification en
vol, importance des vols, ...), phénologie de la migration (migrations
post et prénuptiales, causes des changements biologiques), routes européennes
(voies de l'Est et de l'Ouest, le sud-ouest de la France).
4- L'hivernage, une danse à deux temps :
Éléments de la biologie de l'hivernage (dortoirs, gagnages), escales
françaises (Lorraine, Champagne, plateau landais, sites gascons) et autres
sites en France, les escales ibériques.
5- Menaces :
Dégradation des habitats de la Grue cendrée (sur les sites de reproduction
et d'hivernage), destructions directes (chasse, collisions et électrocutions),
dérangements.
6- Conservation de la Grue cendrée :
Pourquoi protéger la grue, connaître pour mieux protéger,
conventions et directives, statuts des principaux français et quelques
exemples d'actions.
7- L'Homme et la Grue, du gibier au symbole
Dans le monde, en Europe (il y a très longtemps, trois grues pour une déesse,
grue à la grecque, grue à la romaine, les "guernes" du
Moyen-Age), l'imagerie populaire, dans le ciel et les jardinières.
Glossaire, adresses utiles, bibliographie et index des noms des lieux.
Ancêtres et
cousines
 |
Portraits (planche
réduite) des 15 grues du monde : 1) Grue royale - 2) Grue couronnée
- 3) Grue demoiselle - 4) Grue de Paradis - 5) Grue caronculée - 6) Grue
de Sibérie -7) Grue du Canada - 8) Grue antigone - 9) Grue brolga - 10)
Grue à cou blanc -11) Grue cendrée -12) Grue moine - 13) Grue blanche
- 14) Grue à cou noir - 15) Grue du Japon
Aquarelles : L. Coulzi / La Grue cendrée |
C'est à notre avis
l'un des chapitres les plus instructifs : on y apprend ainsi que les Phorushracidés,
de grands oiseaux prédateurs du continent américain (Dyatryma, Phorushracos,
Titanis, ..) du Tertiaire appartenaient au même ordre que la gracile grue,
les Gruiformes. La famille des grues n'apparaît qu'au début de l'Eocène
(50 millions d'années) en Europe et en Amérique du Nord. Elle diverge
alors d'avec les Aramidés (le Courlan d'Amérique). A l'Éocène,
plusieurs espèces ont été identifiées : Paleogrus
princepes en Italie, Paleogrus hordwelliensis et Geranopsis hastingsiae
au Royaume-Uni. Mais ces espèces se rapprochaient davantage de la sous-famille
des Balearicinés actuelle (Grues couronnées dAfrique) que des Gruidés.
La sous-famille des Gruinés, à laquelle appartient la Grue cendrée,
apparaît à la fin du Miocène 10 à 5 millions d'années).
Au Pléistocène, le genre Grus est bien établi, et
plusieurs fossiles ont été décrits, comme Grus melitensis
à Malte et Grus primigenia (d'une taille imposante) en France. Dans
notre pays, les premiers fossiles de Grues cendrées ne datent que de 45
000 à 30 000 ans, dans l'Ain.
Ce chapitre aborde bien d'autres points, comme les familles proches des Gruidés,
et la classification et la phylogénie des Gruidés. Mais nous avons
particulièrement apprécié la présentation des 15 espèces
de grues avec une planche illustrée et la répartition de toutes
les sous-espèces (comme les trois sous-espèces de la Grue antigone
: G. a. antigone dans le centre-nord de l'Inde, G. a. sharpii dans
la basse vallée du Mékong et G. a. gilii dans le Queensland).
Un tableau présente les effectifs des 14 espèces et leur évolution
: il reste par exemple de 20 000 à 100 000 Grues bolga (Grus rubicunda),
de 200 000 à 240 000 Grues demoiselle (Antropoides virgo) et 300 000 Grues
cendrées avec des chiffres stables, mais seulement 388 Grus blanches (Grus
americana) ou 18 000 Grues de Paradis (A. paradisea), toutes deux en danger et
très vulnérables.
Dans l'intimité
de la Dame
 |
Le panache déployé
de cette grue adulte exprime un certain degré d'excitation et d'agressivité
Source : La Grue cendrée |
Un chapitre très
complet sur la biologie de la Grue. Nous ne pouvons parler de tous les aspects
abordés, de la taxonomie à la reproduction, mais nous avons découvert
certaines informations, comme le fait que la science avait longtemps reconnu deux
sous-espèces de Grues cendrées : Grus grus grus dans l'ouest
de sa répartition, et G. g. lifordii plus petite en Asie orientale.
Cette distinction très fragile n'est pratiquement plus reconnue (del Hoyo
1996).
La Grue, de grande taille, peut très rarement être la proie de grands
rapaces, comme le Pygargue à queue blanche en Scandinavie (et peut-être
sur certains sites d'hivernage dans les Landes ?), ou l'Aigle royal en Espagne.
 |
Insertion de
la trachée dans le sternum chez la Grue cendrée. Dessin : L. Couzi,
d'après Johnsgard
Source : La Grue cendrée |
La richesse des cris et
leur puissance sont le fruit d'un étonnant dispositif : les grues possèdent
une trachée très allongée qui vient s'enrouler à l'intérieur
même du bréchet. Selon les espèces, le degré d'encaissement
de la trachée varie. Les anneaux osseux de celle-ci fusionnent avec le
sternum pour former de fines membranes. La trachée est très longue
et avec le sternum dans lequel elle s'insère, ils forment une caisse de
résonance. Quand l'oiseau chante, les membranes vibrent, ce qui amplifie
les sons, les rendant audibles à plusieurs kilomètres.
La date du retour est conditionné par les photopériodes : la durée
d'ensoleillement augmente, et ce paramètre prime sur la température.
Le choix du site de nidification est variable, des boisements inondés très
denses de Pologne aux steppes d'Asie près de l'eau, parfois jusqu'à
2 200 mètres d'altitude.
La taille du territoire est très variable (jusqu'à 1,2 couples pour
100 ha en Suède), entre les régions mais aussi entre le début
et la fin de l'élevage des jeunes : 12 à 250 ha au début,
et de 68 à 528 à la fin.
La répartition de l'espèce est décrite, et on apprend l'existence
d'un noyau de reproduction isolé sur le plateau tibétain (1000 oiseaux).
Différentes cartes décrivent le déclin passé de l'espèce
en Europe, puis la remontée des effectifs, aussi bien pendant l'hivernage
que pendant la nidification. En France, la disparition de l'espèce en tant
que nicheuse est liée notamment aux assèchements des marais atlantiques
du 17ème siècle, l'enrésinement du plateau landais au 19ème
siècle et les changements des pratiques agricoles. Un couple s'est depuis
installé en Normandie en 1992, un autre en Lorraine en 1995 qui éleva
des jeunes avec succès jusqu'en 1998, et de forts soupçons incitent
à croire à la reproduction d'autres couples sur des sites environnants.