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Les causes de sa disparition
Les recherches de James Tanner dans les années 60
Depuis 1950, les
observations de Pics impériaux ont seulement été réalisées
dans deux états mexicains, celui de Chihuahua et celui de Durango, cette
dernière région étant encore 1962 selon J. Tanner la plus
favorable. En 1954, W. L. Rhein avait trouvé des Pics impériaux
à environ 100 kilomètres au sud de la ville de Durango, et deux
ans après il y a retrouvé un oiseau.
A la mi-Juin 1962, J. Tanner et son fils sont allés à La Guacamayita,
un grand camp forestier à environ 80 kilomètres au sud de Durango.
Plusieurs indiens leur ont dit qu'ils connaissaient l'espèce, mais qu'elle
avait disparu depuis au moins cinq ans. Il y avait plusieurs plusieurs nouvelles
petites fermes installées dans la forêt vierge de pins autour du
camp.
Un deuxième voyage, à l'ouest de San Miguel de los Cruces, à
environ 130 kilomètres au nord-ouest de la ville de Durango, a aussi été
un échec pour Tanner.
En juin 1962, ayant entendu que des Pics impériaux avaient été
vus
dans la partie nord de la Sierra de los Huicholes, James s'est rendu dans un camp
connu sous le nom de Los Charcos, à environ 130 kilomètres au sud
de Durango, et a loué un guide et des chevaux. Il a traversé pendant
deux jours une vieille pinède quasiment intacte, et a finalement trouvé
deux arbres avec de vieilles cavités creusées par des Pics impériaux.
Son guide lui a précisé qu'il y a quatre ans, l'espèce était
encore commune dans le secteur.
L'enquête de J.M. Lammertink
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Le Pic à
bec pâle (Phloeoceastes guatemalensis) peut être confondu avec le
Pic impérial
Photo : Fernado Urbina |
Le besoin impérieux
de recherches systématiques sur ce pic a été soulevé
par Collar et al en 1992; il semblait alors raisonnable de penser qu'un petit
nombre d'oiseaux avaient pu survivre dans la forêt primaire subsistant dans
les zones inaccessibles de la Sierra Madre occidentale.
Le Mexican Mountain Forest - Imperial Woodpecker Project avait ainsi eu pour objet
entre novembre 1994 et octobre 1995 de repérer tous les secteurs favorables
et d'interroger les personnes suceptibles d'apporter des informations utiles.
Les interviews suivaient une méthodologie précise (présentation
de plusieurs dessins de pics, questionnement sur la voix, le vol et l'habitat
notamment) afin d'éliminer toutes les données fantaisistes ou résultant
d'une confusion avec d'autres espèces.
La recherche a été limitée aux vieilles forêts de la
Sierra Madre occidentale, sélectionnées après une analyse
des cartes topographiques, des photos aériennes, après des entretiens
avec des forestiers et la lecture de la littérature disponible.
Les explorations ont été réalisées en véhicule,
à pied et à cheval. La voix supposée du pic a été
imitée par petite trompette. Mais aucun Pic impérial n'a été
observé dans les vieilles forêts.
Il y a 14 données acceptées de Pic impérial entre 1965 et
1990. Ces données excluent les observations concernant clairement le Pic
à bec pâle (Campephilius guatemalensis) ou peu précises. La
plupart des données acceptées sont le fait de personnes ayant connu
le Pic impérial. Ces personnes avaient identifié correctement le
dessin de l'oiseau et avaient donné une description précise de l'espèce.
La date de l'observation était comparée à celle des autres
données pour la même région. La situation de l'habitat et
l'impression de fiabilité avaient aussi été prises en compte.
Il y a sept données convaincantes de Pic impérial après 1965,
dont
deux dans les années 90. Dans le centre de l'état de Durango, des
indices probables de troncs travaillés ont été trouvés
pendant l'hiver 1994-95. Il est possible que deux pics solitaires aient été
présents au moins jusqu'en 1993 et 1995 dans les deux derniers principaux
fragments de forêt mâture de la sierra Madre occidentale (dont un
a été coupé depuis ...) : ils sont séparés
l'un de l'autre par une distance de 730 kilomètres. Les derniers pics auraient
ainsi été obligés de se déplacer au-dessus de vastes
zones peu favorables pour chercher leur nourriture. Il est ainsi peu probable
qu'il subsiste d'autres oiseaux isolés dans la Sierra Madre Occidentale,
et encore moins dans la ceinture volcanique.
L'expédition menée en 2003 par Birdlife International a depuis lors
confirmé cette disparition.
La chasse
Pour James Tanner, la chasse a été la cause première de la
disparition du Pic impérial. Tous les habitants de la région le
chassaient. De vastes pinèdes inexploitées existaient encore dans
les années 50, mais sans trace de pics. Par contre, les forestiers et fermiers
armés étaient nombreux.
Le Pic impérial était tué pour être mangé et
pour ses propriétés médicinales supposées. Lumholtz,
qui a voyagé dans le territoire des Indiens Tarahumar dans la Sierra Madre
de Chihuahua entre 1890 et 1900 a écrit (1902) que ce pic était
"au bord de l'extinction car les indiens considèrent les oisillons
comme une telle délicatesse qu'ils n'hésitent pas à abattre
de grands arbres pour atteindre les nids. Le Mexicains les tirent parce que leur
plumage est sensé être bon pour la santé". Selon C. W.
Pennington, les Tarahumara cherchent également le pic parce que ses plumes
ont de la valeur : elles sont brûlées à petit feu et les vapeurs
sont inhalées comme stimulants pour les femmes enceintes.
Bennett et Zingg (1935) ont étudié les indiens Tarahumara dans la
région de Samochique (état de Chihuahua), et ont constaté
que le Pic impérial avait été exterminé dans cette
région car ses plumes étaient utilisées "comme boules-quiès
pour empêcher l'air d'entrer dans la tête, ce qui était censé
être la cause de tous les maux et douleurs céphaliques".
W. L. Rhein a écrit en 1955 : "deux personnes à Durango m'ont
parlé d'une croyance locale selon laquelle le bec d'un Pic impérial
supprimerait la maladie du corps des malades".
Pour les personnes interviewées par J.M.
Lammertink en 1995, le vandalisme était la motivation principale
de la chasse du pic. Il constituait en effet une cible spectaculaire et facile.
La médecine locale arrivait en second. On parle même de l'utilisation
du bec comme outil pour enlever les grains de maïs dans les oreilles, tandis
que tête servait d'amulette pour augmenter ses chances amoureuses. Une femme
d'Otaez a rapporté que le bec du pic réduit en poudre était
utilisé comme médicament contre les attaques névrotiques.
Une pression humaine de plus en plus forte
La pression de chasse a augmenté avec l'arrivée massive d'habitants
dans la Sierra Madre occidentale : les gens se sont réfugiés dans
la région suite à la révolution mexicaine (1910-1917) (comm.
pers. de M. Guerrero).
Après la révolution, le gouvernement a distribué des terres
(ejidos) à une population toujours croissante. Dans les années 50,
les activités humaines ont augmenté fortement. En outre, les fusils
calibre 22 se sont répandus à cette époque. En outre, la
zone était historiquement habitée par les Indiens de Tarahumara,
Tepehuanes et Huichol qui chassaient aussi les pics pour leur chair.
Pour 55 % des personnes interrogées par Lammertink, la chasse est responsable
de la disparition de l'espèce; mais peu de gens avient conscience qu'elles
tuaient une espèce rare et endémique. Un exemple tragique de cette
tuerie est illustrée dans les environs de Los Altares dans le centre de
l'état de Durango : M. Juventino Herrera, originaire de ce village, a rapporté
qu'en 1948 tous les mâles avaient été tués pour les
plumes rouges de leur huppe, ne laissant qu'une femelle appelant constamment dans
la forêt pendant encore quatre ou cinq années ...
L'activité forestière
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| Surfaces des
forêts restantes en 1995 dans la Sierra Madre |
Pour Tanner en 1962, les activités
forestières au Mexique ne constituaient pas la menace principale : les
coupes étaient sous la surveillance directe du gouvernement fédéral
et étaient très sélectives. En outre, les secteurs coupés
contenaient toujours beaucoup de grands arbres pouvant servir de sources de nourriture.
Il estimait toutefois qu'il était nécessaire de conserver des réserves
forestières.
Mais les forêts préférées du Pic impérial des
plateaux étaient facilement accessibles par l'industrie forestière.
Actuellement, dans toute la Sierra Madre, il ne reste que 22 km² de forêt
primaire, alors qu'il faut 26 km² par couple. 549 km² supplémentaires
moins attrayants subsistent. Dans les 369 km² de forêt sèche
encore existants, les pins sont trop petits. Des corridors forestiers couvrant
une totalité de 176 km² subsistent dans les canyons, mais leur surface
est seulement de 1 ou 2 km² par vallée.
99.4 % de la forêt originelle de la forêts de la Sierra Madre ont
été coupés ou défrichés, surtout pour la pâte
à papier. Plusieurs habitants de la sierra
Madre ont décrit comment le pic avait soudainement disparu dès 1940
après les coupes. Mais il restait pourtant encore de grandes portions sauvages
quand le pic s'est éteint.
Le mode de vie grégaire
Le comportement grégaire du pic, se déplaçant en groupes,
a pu contribuer à la disparition de l'espèce, une surface minimum
de 98 km² étant nécessaire pour un groupe (au lieu de 26 pour
un couple) : le tir de certains oiseaux aurait ainsi destabilisé la structure
sociale.
Conclusion
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Les dernières
forêts de pins ici près de Chihuahua, doivent être conservées
Source : www.desertmuseum.org |
Tout ce qui reste du Pic impérial
aujourd'hui, ce sont les 120 peaux détenues dans les collections des musées
dans le monde (Collar et al 1992). Il n'y a aucune photo d'oiseau vivant, ni d'enregistrements
sonores.
Nelson (1898) restera la source principale d'informations sur la biologie de l'espèce,
et les habitants locaux qui ont connu le Pic impérial meurent peu à
peu.
Des efforts sont faits pour conserver le dernier vestige de forêt de plateau,
El Carricito près de Bolaffos à Jalisco. Bolafios est également
la localité probable où les spécimens-types du Pic impérial
ont été rassemblés (Nelson 1898 et Collar et al 1992). Si
cette zone est efficacement protégée, les générations
futures pourront au moins voir le genre de forêt dans laquelle le Pic impérial
a vécu.
Sites web à visiter
- Das Naturhistoriches Museum Wien, l'un des musées possèdant une
dépouille de Pic impérial : www.nhm-wien.ac.at.
- Le site web d'éducation à l'environnement mexicain Redescolar,
avec un beau diorama présentant un couple de Pics impériaux : redescolar.ilce.edu.mx.
- Un site très complet sur l'environnement de la Sierra Madre : www.desertmuseum.org.
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par e-mail à david.bismuth@ornithomedia.com.
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