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  L'extinction du Pic impérial | Biologie et distribution originelle

Biologie et distribution originelle

Couple de Pics impériaux (Campephilus imperialis)
Couple de Pics impériaux (Campephilus imperialis) naturalisés
Source : redescolar.ilce.edu.mx
Avec une longueur de 60 cm, le Pic impérial était le plus grand du monde, devant le Pic à bec d'ivoire (Campephilus principalis) auquel il ressemblait beaucoup.

Une voix de trompette

La voix de cette espèce a été décrite par Nelson (1898) comme étant "nasale, faisant penser à une petite trompette" et Lumholtz (1902) a également évoqué un "son plaintif de trompette". A. Allen, de la Cornell University, a écrit que l'oiseau émettait un son proche de celui du Pic à bec d'ivoire.

Un régime alimentaire peu connu

Son régime alimentaire était peu connu; il se nourrissait sur les pins morts. W. L. Rhein, d'Harrisburg en Pennsylvanie, a ainsi observé dans les années 50 une femelle retirant de grands morceaux d'écorce de pin, et il a également vu un ou plusieurs oiseaux travailler sur des troncs tombés. R. H. Baker, de l'université de l'Etat du Michigan, a appris de la part de chasseurs mexicains que les pics détachaient de grands morceaux d'écorces des pins morts pour trouver de grandes larves. Lumholtz (1902) a même écrit que ces oiseaux pouvaient s'alimenter sur un arbre mort jusqu'à le faire tomber.
Son proche "cousin" le Pic à bec d'ivoire trouve la majeure partie de sa nourriture en frappant l'écorce des arbres affaiblis pour trouver les insectes cachés entre l'écorce et le cœur; le Pic impérial s'alimentait dans une certaine mesure de cette manière, mais diffèrait de l'espèce précédente par son attirance pour les arbres morts, pourris.
Il se nourrissait de grandes larves blanches (gusanos ou misficuis),
vraisemblablement des larves de coléoptère. Cinq témoins interrogés par J.M. Lammertink et al en 1995 ont décrit comment les Pics impériaux pillaient aussi les réserves de glands du Pic glandivore (Melanerpes formicivorus). Le site de reproduction préféré était un grand pin mort, bien que le Sapin de Douglas (Pseudotsuga sp.) et les chênes (Quercus sp.) étaient aussi parfois choisis.

Nidification

Pic impérial (Campephilus imperialis)
Pic impérial (Campephilus imperialis) femelle retournant au nid
Dessin : Ornithomedia.com, d'après un croquis de Robert M. Mengel
Nelson (1898) a rapporté l'unique donnée de nidification : un nid trouvé en février contenant deux oeufs, et un autre le 1er mars avec des jeunes qui se sont envolés en avril. Salvin et Godman (1895) ont décrit un jeune mâle tué le 18 mai, ce qui supposait une nidification précoce. Des nids avec un à trois jeunes ont été rapportés par sept personnes interviewées lors de l'enquête réalisée par J.M. Lammertink et al en 1995. Le Pic à bec d'ivoire pond lui de un à quatre oeufs (moyenne de 2,9) et le nombre moyen de jeunes volants est de 2,1 (Tanner 1942).
Lumholtz (1902) mentionnait que l'espèce élèvait de un à deux jeunes. Ils restaient probablement avec leurs parents au moins jusqu'à la saison suivante de nidification, et peut-être même plus longtemps : Nelson (1898) et Lumholtz (1962) évoquaient ainsi des groupes de cinq à huit, voire dix oiseaux, sûrement des adultes et des jeunes. Chaque groupe retournait la nuit dans un dortoir (Nelson, 1898 ; K. Simmons, lettre). Il vivait en effet en petits groupes (quatre oiseaux en moyenne, parfois jusqu'à 20 et même 50, ce qui semble à peine croyable). Les groupes de quatre individus correspondaient sûrement aux parents avec leurs deux petits.
Collar et al estimaient que les plus grands groupes seraient des rassemblements fortuits de plusieurs groupes familiaux. Ces regroupements servaient à leur recherche de nourriture, les larves de coléoptère, dont la présence est liée à des évènements aléatoires (feux de forêt, déperissements locaux, …) et est de courte durée. Les larves étaient ainsi repérées plus efficacement par des groupes nomades. Des comportements similaires ont été notés chez le Pic à bec d'ivoire, comme ce groupe de six vu dans une forêt de pins de l'est de Cuba en 1941 (Dennis 1948).

Habitat et distribution originelles

Forêt mixte de pins et de chênes dans la Sierra Madre
Forêt mixte de pins et de chênes dans la Sierra Madre
Source : www.desertmuseum.org
À l'origine, le Pic impérial était présent dans les forêts mixtes de pins et de chênes du nord-ouest du Mexique, dans la Sierra Madre occidentale et dans l'ouest de la ceinture volcanique centrale.
Bien que cette distribution soit située juste au sud des Etats-Unis, LE pays de l'ornithologie, le Pic impérial a été incroyablement ignoré et négligé. Il a été observé pour la dernière fois de manière sûre par W.L Rhein en 1956 (Tanner 1964), puis quelques recherches ont été effectuées pour tenter de le retrouver (Ceballos et Lascurain 1987, Perless 1992, Plimpton 1977, Tanner 1964). En 1996, deux oiseaux auraient été contactés.
Dans la zone de Nahuatzin (état de Michoacán), dans l'ouest de la ceinture volcanique centrale, Nelson (1898) a rapporté que son " aire de distribution était limitée à une bande étroite le long de l'arête centrale principale au-dessus de 2100 m". Mais ce pic vivait surtout dans hauts plateaux de la Sierra Madre occidentale, où les pins les plus grands se développaient grâce au climat plus humide.

La Sierra Madre, une zone importante pour la conservation des oiseaux

La Sierra Madre constitue l'une des éco-régions les plus riches du monde, avec 160 espèces nicheuses dont 28 endémiques. La Coquette du Guerrero (Lophornis brachylopha), le Colibri du Guerrero (Eupherusa poliocerca), le Colibri d'Oaxaca (Eupherusa cyanophrys) et le Geai masqué (Cyanolyca mirabilis) sont ainsi en danger et endémiques. Le Colibri à gorge améthyste (Lampornis amethystinus), l'Anabate rubigineux (Automlus rubigihosus), la Grive roussâtre (Catharus occidentalis) et le Tohi à collier (Pipilo ocai) sont aussi présents (entre autres).

Une population initiale de 8000 oiseaux

- En vert, distribution initiale du Pic impérial dans la Sierra Madre occidentale
- En rouge, surface restante de son habitat en 1995 (0,61 %)
1- emplacement de la réserve forestière d'El Carricito, dernier vestige important de la forêt mixte de pins et de chênes
Distribution initiale du Pic impérial
Au sein de l'ancienne distribution du Pic impérial (Collar et al 1992) et à une altitude de plus de 2000 m, les anciennes forêts mixtes de pins et de chênes couvraient une surface potentielle de 93 560 km² dans la Sierra Madre et 9 860 km² à l'ouest de la ceinture volcanique centrale. L'habitat disponible total était donc de 103 420 km².
Cette espèce n'était pas semble-t-il excessivement rare dans son habitat. En parlant avec des indigènes de la Sierra Madre au sud de Durango, Richard Tanner a constaté en 1955 que presque tous les habitants sauf les plus jeunes adultes connaissaient le "pitoreal." Il y a bien longtemps, dans le centre-ouest de l'état de Chihuahua, un homme a ainsi tué 17 Pics impériaux en quelques mois (Smith, 1908).
Dans le sud de l'état de Durango, Tanner (1964) a estimé que la densité moyenne du Pic impérial était d'un couple pour 26 km². Cette surface est proche de celle constatée pour le territoire de nidification d'un couple de Pics à bec d'ivoire dans le sud des Etats-Unis : 16 km² (Tanner 1942).
Un groupe moyen de sept à huit pics avait besoin de plus de 98 km², soit un carré de 10 km sur 10 km. L'impression d'abondance relatée par les témoins était sûrement liée aux appels constants entre oiseaux et à la sédentarité temporaire des groupes dans des zones où des pins morts intéressants étaient présents.
Avec une densité moyenne d'un pic pour 13 km², les 103 420 km² d'habitat originel pouvaient accueillir une population totale d'environ 8 000 individus, soit 1060 groupes. Dans la Sierra Madre occidentale, le taux d'extinction maximal a été atteint entre 1946 et 1965, où il a pu concerner un maximum de 4 300 individus, soit 576 groupes (60 % des oiseaux ou des groupes présents dans les 93 560 km² d'habitat potentiel de la région).



  Suite de l'article
 
Le constat : l'espèce a aujourd'hui disparu
Biologie et distribution originelle
Les causes de sa disparition



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