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  Description d'une nouvelle espèce | Habitat, écologie et statut


Habitat, écologie et statut

Habitat

Cordillera central : bosquets de bambous
Vue de la Cordillera central : au premier plan, bosquets de bambous Chusquea
Source : Fundacion CIPAV
Le Mérulaxe de Stiles est dépendant des forêts montagnardes d'altitude moyenne (entre 1 420 et 2 130 m) nommées "forêts humides pré-montagnardes" (Holdridge 1967) ou "forêts sub-andines" (Cuatrecasas 1958). Ces forêts connaissent des températures moyennes douces pendant toute l'année (17.0 à 22.0°C).
Elles subissent des périodes "sèches" au début et au milieu de l'année (Wie 1995); les précipitations annuelles varient régionalement de 2 500 à 4 500 millimètres. Ces forêts de mi-altitude sont caractérisées par une diversité exceptionnelle d'arbres et d'épiphytes. Les familles d'arbres les plus représentées sont les Lauracées, les Moracées, les Clusiacées, et les Myristicacées. Bien qu'il n'y ait aucun genre, les palmiers Dyctiocarium lamarckianum, Weinia spp., et Geonoma spp., ainsi que les fougères arborescentes (Cyatheacées) sont des composants floristiques caractéristiques dans certains secteurs.
Les arbustes Mélastomatacées et Rubiacées et les épiphytes vasculaires (particulièrement les Aracées) sont abondants en sous-bois. Les Broméliacées terrestres sont localement communes, et le bambou Chusquea est localement abondant sur les crêtes, dans les zones dégradées, les clairières, et les lisières. A Antioquia, la canopées atteint 6 à 7 m sur les crêtes, 15 à 17 m sur les versants, et 22 à 24 m dans les vallées, avec des arbres émergents à 30-32 m (Cuervo et al. 2001). A Risaralda, la canopée atteint 21 m en moyenne, avec des arbres à 45 m (Renjifo 1999, 2001).

Un oiseau dépendant de milieux peu dégradés

Scytalopus stilesi est probablement une espèce commune sur toute son aire connue. A Represa Miraflores et Antioquia, il était abondant dans le sous-bois sur une parcelle de 6 ha (identifiée comme S. femoralis in Cuadros 1988). Sur une année d'étude, son abondance relative des secteurs continus de forêt à Risaralda était de 0,47 individu par comptage (arrêts de 15minutes). En outre, pendant une étude de 200 jours à Antioquia, S. stilesi a été noté presque quotidiennement dans 14 localités.
Le Mérulaxe de Stiles dépend étroitement de la forêt, apparaissant dans des forêts continues (> 1 000 ha), des fragments de forêt mâtures (2.8 à 500 ha), des grandes forêts secondaires, des forêts-galeries, et en lisière le long des routes. En revanche, en dépit de recherches intenses, nous n'avons pas noté l'espèce dans d'autres habitats, comme les plantations de pins, d'eucalyptus ou de café, les formations secondaires et les habitats ouverts. Toutefois, un individu a semblé tenir un territoire dans une rangée d'arbres sans sous-bois (Caycedo comm. pers.).
Bien que S. stilesi vive la plupart du temps dans le sous-bois, il a également être trouvé dans des clairières et dans des habitats forestiers variés. Nous n'avons pas noté d'effet de la hauteur de la canopée, de la pente, de l'altitude (entre 1 860 et 2 065 m), de la densité du sous-bois (ANOVAs, P > 0.05, n = 8 emplacements) sur son abondance sur les points de comptage.

La répartition de la nouvelle espèce recouvre en partie celles de S. atratus confusus, S. latrans latrans, et S. spillmanni. Elle coexiste avec S.confusus dans six localités à Anorí et à Amalfi (Antioquia) entre 1 420 et 1 735 m ; avec S. latrans à Vía Parque Angelópolis (Antioquia) entre 1 950 et 2 050 m ; et avec S. spillmanni dans le Flora Sanctuary (Risaralda) entre 2 040 et 2 110 m. Dans d'autres localités, S. stilesi était le seul représentant du genre Scytalopus. Quand S. stilesi était noté avec d'autres Scytalopus, il occupait un habitat bien déterminé. Par exemple, S. confusus était présent en lisière, dans de jeunes clairières, sur des pentes raides le long des cours d'eau, dans les bosquets où le bambou Chusquea était dominant, et dans la forêt secondaire voisine, tandis que S. stilesi était présent dans des secteurs moins dégradés, comme le sous-bois des forêts primaires.


Un oiseau discret

Comme les autres Scytalopus, S. stilesi est plus facile à entendre qu'à voir ; l'espèce se nourrit furtivement près du sol, dans la végétation. Le contenu de l'estomac contenait toujours de petits fragments d'arthropodes, mais aucune matière végétale.
La nidification et la reproduction pourraient avoir lieu pendant le premier semestre, comme la plupart des passereaux du nord de la Cordillera central (Cuadros 1988, Cuervo et autres 2001). Les mâles ICN 34569 et 34609 adultes étaient en cours de reproduction le 5 janvier et le 14 février. Les femelles ICN 34610 (14 février), 34615 (17 février), et 34505 (20 février) étaient aussi en plein processus de reproduction, comme l'a démontré le stade de leurs gonades (par exemple le plus grand ovule du dernier oiseau mesurait 2,7 millimètres). Les deux dernières femelles montraient aussi des plaques incubatrices, un indice d'une couvaison acive.
On a observé un adulte nourrir un jeune volant le 20 juillet 1985 à Represa Miraflores (Cuadros 1988) et en août 2002 à Otún-Quimbaya (G. Londoño comm.. pers.) et un mâle nouvellement volant (ICN 34584) a été collecté en juin 2002. Bien que les chants et les appels soient entendus toute l'année, une certaine variation d'activité vocale a été constatée par Cuadros (1988), qui a observé un pic d'activité d'août à décembre à Represa Miraflores.

Protection

Les forêts humides subtropicales pré-montagnardes de la Cordillera central ont été largement déboisées et ont été réduites en fragments depuis la période précolombienne, particulièrement au cours des 19ème et 20ème siècles (Santa 1993, Eer et van Wyngaarden 2000). La Cordillera central est actuellement la chaîne andine la plus déboisée de Colombie; pour la plupart, ses paysages de moyenne altitude sont dominés par des villages, des pâturages, des plantations de café et d'autres cultures, et une grande partie des forêts restantes sont fragmentées (Eer 1998).
Pour évaluer le statut de S. stilesi selon les critères de l'International
Union for Conservation of Nature (IUCN), nous avons suivi la méthode développée par Renjifo et al. (2002). Un Système d'Information Géographique (SIG) a été utilisé pour modeliser la distribution des espèces sur la base de quatre couches géographiques : une carte générale des écosystèmes de Colombie (1 : 1500000 ; Eer 1998), une carte des écosystèmes de la région andine de Colombie en 2000 (1 : 1000000; Eer 2004), un modèle numérique d'altitude (90 x 90 m; Shule Radar Topography Mission, 2000), et les coordonnées géographiques des localités.

Figure 6 : habitat de S. stilesi
- vert clair : anciennes forêts pré-montagnardes aujourd'hui déboisées (obtenues avec un S.I.G.)
- vert foncé : vestiges actuels de forêt
Figure 6

Nous avons généré une carte de distribution potentielle pour l'espèce en se basant sur ces couches, en utilisant la continuité d'habitat et le relief pour déterminer les limites de distribution (fig. 6). La première étape a été de délimiter un polygone convexe minimum qui incluait toutes les localités connues pour accueillir l'espèce. Ce polygone a été prolongé pour inclure les zones continues des forêt où S. stilesi avait été noté, jusqu'à ce qu'une discontinuité nette de l'habitat soit mise en avant (zone de forêt sèche au-dessus ou au-dessous de l'aire connue) soit mise en avant.
En partant de ce nouveau polygone, nous avons mesuré la surface de présence effective et celle de la présence potentielle en se basant sur les données de l'UICN, 2001). En conclusion, nous avons mesuré l'ampleur de la perte d'habitat correspondant à la surface des anciennes forêts favorables remplacées par des cultures. Nous avons estimé la taille de population sur la base de la surface de l'habitat favorable pour réaliser des comparaisons avec chacun des seuils de l'UCN pour délimiter les niveaux de menace (IUCN 2001; Fig. 6)


Non menacée actuellement mais ...

Nous avons estimé que le Mérulaxe de Stiles a perdu 63% de son habitat originel. Cette perte d'habitat a eu lieu sur plusieurs siècles, et nous pensons qu'il est peu probable que 30% de l'habitat restant soit détruit dans les 10 années à venir. D'ailleurs, l'espèce n'est sujette à aucune pression connue. Pour ces raisons, S. stilesi n'est pas qualifié de menacé selon le critère A de l'IUCN En outre, son aire d'apparition couvre 38 800 km2 et son aire de présence 4 030 km2 ; elles dépassent donc le critère B qui considère comme menacée une espècedont l'aire d'apparition couvre 20 000 km² ou bien l'aire de présence effective 2 000 km². En outre, l'espèce a des densités de population élevées; par exemple, deux couples occupaient des territoires permanents dans un fragment de forêt de 2,8 ha, ce qui laisse supposer une densité de 140 adultes par kilomètre carré.
A Risaralda, l'espèce a été trouvée dans trois fragments de forêtd'une surface comprise entre 6,2 et 7,3 ha. En supposant qu'il n'y avait q'un couple par boisement, cela correspondrait à 30 adultes par kilomètre carré.
Ces évaluations ne doivent pas être considérées comme exactes, mais elles sont utiles pour évaluer la taille globale de la population. Les effectifs théoriques calculés sont élevés pour des oiseaux néo-tropicaux (Cresswell et al. 1999, Robinson et al. 2000), mais les petits insectivores ont souvent des densités de population fortes;
par exemple, Hylophylax naevioides a une densité de 40 adultes par kilomètre carré dans les plaines du Panamá (Willis 1974). Si nous multiplions ces évaluations pour S. stilesi par la surface de l'habitat favorable (c.-à-d. 4 030 km2), la population excède le seuil des 10 000 adultes (critère C de l'IUCN). En conséquence, même si seulement 10% de l'habitat favorable étaient occupés, l'espèce se serait pas qualifiée de menacée.
En outre, S. stilesi n'est pas considérée comme menacée selon le critère D (= population de moins de 1 000 adultes, ou aire très restreinte inférieure à 20 km2, ou présence dans moins de 5 localités). En conclusion, en dépit de sa petite aire de distribution et de la destruction significative d'une partie de son habitat, le Mérulaxe de Stiles n'est pas qualifiié d'espèce menacée selon les critères de l'IUCN. Toutefois, l'espèce approche le seuil du critère B, et la perte et la fragmentation de son habitat sont susceptibles de se poursuivre. Par conséquent, S. stilesi est susceptible d'être menacé à l'avenir, et devrait déjà être considéré comme tel. D'autre part, l'espèce a clairement une aire restreinte et devrait bénéficier d'une protection de son habitat.

Plusieurs populations de S. stilesi vivent dans des secteurs protégés comme l'Otún-Quimbaya Fauna and Flora Sanctuary, le Ucumarí Regional Park, et Campoalegre Municipal Park à Risaralda; et Vía Parque Angelópolis, La Forzosa, et La Serrana Nature Reserves à Antioquia. Cependant, certaines des plus fortes populations se trouvent dans des forêts non protégées comme à Anorí et à Amalfi (Antioquia), où beaucoup d'autres espèces rares sont présentes (par exemple Lipaugus weberi, Bangsia melanochlamys, et Hypopyrrhus pyrohypogaster).
La concentration de toutes ces espèces rares, aux aires de répartition réduites et à l'abitat menacé nécessite une protection sérieuse.

D'autres larges vestiges de forêt, particulièrement sur le versant oriental de la ils sont susceptibles d'héberger des populations de S. stilesi. La description de plusieurs espèces nouvelles pour la science dans la Cordillera central au cours de ces dernières années (par exemple Doliornis remseni, Cercomacra parkeri, Lipaugus weberi, Scytalopus stilesi) met en avant la nécessité de travaux supplémentaires dans cette région.

Bibliographie

Si vous désirez obtenir la bibliographie de cette étude, vous pouvez nous contacter
par e-mail à david.bismuth@ornithomedia.com.

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Découverte du Mérulaxe de Stiles (Scytalopus stilesi)
Description
Chant et cris
Distribution géographique
Affinités interspécifiques
Habitat, écologie et statut





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