|
Présentation d'une étude d'Emmanuelle Martin
| Zones
côtières étudiées par Emmanuelle Martin |
 |
Fréquentation touristique
et protection de la nature ne font pas toujours bon ménage sur le littoral
français. Certaines espèces nicheuses, comme les gravelots, supportent
par exemple assez mal l'afflux de touristes pendant la saison de nidification,
et de nombreux couples abandonnent leur nid du fait des dérangements.
Emmanuelle Martin
s'est penchée sur ce problème au cours de son stage de BTSA Gestion
et Protection de la Nature réalisé en 2003 au sein du Groupe Ornithologique
Normand. Ce stage avait pour but d'évaluer l'état de la nidification
du Gravelot à collier interrompu (Charadrius alexandrinus) sur les plages
du Calvados. En effet, cette espèce niche sur un milieu particulier fragile
qui compose le haut de plage : la laisse de mer. Emmanuelle a donc dû cerner
les enjeux spatiaux, qualitatifs et économiques liés à ce
milieu afin de pouvoir imaginer des perspectives d'aménagement du littoral,
et de développement d'un tourisme côtier responsable et respectueux
de cet écosystème rare et fragile à valeur environnementale
élevée. Nous vous proposons dans cet article des extraits de son
étude disponible sur son site perso.wanadoo.fr/emmanuellemartin.
Abstract
Tourism can be very negative for Plovers (Charadrius sp.) nesting on beaches.
Emmanuelle Martin has studied some solutions to promote
a sustainable tourism on French coasts of Calvados (Normandy, France) to allow
of birds and plants to be preserved without preventing people to come and enjoy
beaches. We propose you some extracts of her study can be download on her website
perso.wanadoo.fr/emmanuellemartin.
Introduction
Le Groupe Ornithologique Normand (GONm)
Le GONm est une association loi 1901 à but non lucratif pour la connaissance
et la sauvegarde des oiseaux et de leurs milieux. Elle regroupe des personnes
désirant apporter leur contribution à l'étude et à
la protection de l'avifaune en Haute et Basse-Normandie.
Comptant environ 1200 adhérents répartis sur les cinq départements
normands, c'est l'une des associations les plus importantes de protection de l'environnement
de la région.
Le GONm gère un réseau de 30 réserves ornithologiques qui
lui a permis de sauver des espèces de milieux menacés. Ces actions
montrent que l'association s'engage de façon positive pour la sauvegarde
du
patrimoine naturel normand.
Le GONm réalise ses propres enquêtes, rassemble, analyse et publie
les observations faites en Normandie, recherchant constamment à mieux connaître
les oiseaux de la région. Les résultats de ces études
paraissent dans " le Cormoran ", revue ornithologique diffusée
auprès des abonnés et échangée avec de nombreuses
revues françaises et étrangères d'ornithologie.
L'association accueille de nombreux stagiaires. Par ailleurs, le GONm mène
à l'égard du public des actions d'information et d'éducation
: sorties d'initiation, animations sur les réserves, expositions, stages.
Site web : http://gonm.free.fr.
La laisse de haute mer
 |
Succession des
végétations sur une plage, de la mer vers le haut de la dune
Schéma : Emmanuelle Martin |
Sur les hauts de plage, à
la limite du flot, un milieu très original ourle les terres émergées
: la laisse de haute-mer. Constituée de cadavres d'animaux et de végétaux
poussés par le flot des plus fortes marées et laissés en
haut de plage, cette "laisse de mort" est aussi une "laisse de
vie" active.
La première originalité de ce milieu est due à sa localisation,
à la limite entre deux mondes, entre la mer et les terres émergées.
Elle est due aussi à sa géométrie (étroit ruban de
plusieurs milliers de kilomètres de long mais de quelques décimètres
de large seulement) et à son fonctionnement (milieu émergé
qui dépend de la mer).
La seconde originalité est que, contrairement à la plupart des habitats
terrestres définis avec comme clef d'entrée la végétation,
la laisse de haute mer est un milieu qui se définit en tant que tel, qu'il
soit colonisé par la
végétation ou non : les réseaux trophiques dépendant
des épaves et non pas de la production primaire végétale.
Plantes de la laisse
 |
Cakile maritime
(Cakile maritima)
Photo : Emmanuelle Martin |
Dans le Calvados, on retrouve
deux types de plantes à fleurs sur la laisse:
- Les végétaux annuels qui passent l'hiver sous forme de graines
(Arroche des sables, Soude maritime, Cakile maritime) : ces plantes échappent
aux conditions défavorables de l'hiver et ne subissent donc pas les immersions
dues aux tempêtes hivernales. Elles se développent après les
grandes marées de printemps et disparaissent après les grandes marées
d'automne.
- Les végétaux qui subsistent pendant l'hiver grâce à
leurs racines et à une rosette de feuilles basales (Betterave maritime,
Chou marin).
Sur les galets, la végétation est peu abondante et la plante la
plus remarquable est le chou marin. C'est une plante rare et protégée
au niveau national. Sur le sable, la végétation moins soumise à
la déshydratation que sur les galets, se développe plus et les espèces
végétales y sont nombreuses.
La laisse de mer et la formation des dunes
La laisse de mer joue un rôle important dans la formation et la régénération
des dunes. En effet, la présence en haut de plage de déchets organiques
laissés par la mer favorise l'installation de plantes halo-nitrophiles
capables
de piéger le sable et de réduire la vitesse des vents. Elle participe
ainsi à l'édification des dunes embryonnaires.
Sur une plage en bon état de conservation on retrouve ainsi les trois habitats
spécifiques au front maritime de la dune bordière :
· Groupements d'annuelles halonitrophiles
· Dune embryonnaire, végétation annuelle du haut de plage
· Dune blanche et vive, domaine des oyats (Ammophila arenaria) qui forment
généralement une frange plus large et parfois assez élevée.
C'est la zone de construction de la dune à proprement parler. L'oyat résistant
à une sédimentation annuelle de l'ordre de 80 à 100 cm favorise
l'engraissement de la dune.
Supprimer la laisse de mer revient à long terme à supprimer le phénomène
d'engraissement des plages et la reconstitution du milieu dunaire. Le phénomène
naturel d'engraissement-démaigrissement est rompu. Conserver
la laisse de mer peut donc permettre à long terme la reconstitution naturelle
des dunes.
Les animaux de la laisse
Les algues échouées sont à la source des chaînes alimentaires
: l'essentiel de la biomasse, aux dépens de laquelle se développent
les réseaux trophiques, vient de la décomposition des matières
échouées. Les animaux détritivores qui les consomment sont
nombreux, le plus connu est la puce de mer ou talitre (Talitrus sp.).
Beaucoup d'autres détritivores sont présents : des diptères
Ils sont eux-mêmes la proie d'autres espèces : carabes, cicindelles,
araignées
mais aussi d'oiseaux ou de mammifères.
Nombreux sont les oiseaux qui se nourrissent de cette manne de proies : il suffit
de longer la laisse de mer pour faire envoler des corneilles, des goélands,
des mouettes
qui se nourrissent des cadavres de coquillages ou de poissons
apportés par les tempêtes ou, plus rarement
de cadavres de
mammifères marins. De nombreux passereaux sont là à la recherche
d'insectes, de crustacés qui abondent entre les algues, sur les plantes,
dans le sable : Bergeronnette grise (Motacilla alba), Verdier d'Europe (Carduelis
chloris), Pipit farlouse (Anthus praetensis), Alouette des champs (Alauda arvensis),
mais aussi Etourneau sansonnet (Sturnus vulgaris) sont régulièrement
présents sur la laisse de haute mer pour s'y nourrir.
Milieu riche en nourriture, la laisse attire en hiver des espèces qui se
réfugient sur le littoral car le gel y est rare et les insectes toujours
présents et accessibles ; de même lors des coups de froid intense
de janvier ou février, encore plus d'oiseaux s'y retrouvent et la laisse
est alors le domaine provisoire des grives et des merles.
Enfin la laisse de mer est, de fin juillet à mai, régulièrement
explorée par de nombreux petits échassiers : gravelots, bécasseaux,
Tournepierre à collier (Arenaria interpres),
c'est aussi une halte
appréciée de la Barge rousse (Limosa lapponica) et du Courlis corlieu
(Numenius phaeopus) en avril et mai.
|
|
 |