Interview du président de la Ligue ROC
Ornithomedia.com
donne la parole au célèbre astrophysicien Hubert Reeves, qui intervient
notamment ici au titre de président de la Ligue
ROC.
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Invité
: Hubert Reeves - Astrophysicien, B.S. Université de Montréal, 1953,
MSc McGill University, 1955 - PhD, Cornell University, Ithaca N.Y., 1960 - Conseiller
scientifique à la NASA Institute for Space Studies, New York, 1960-1964
- Directeur de Recherches au Centre National de la Recherche Scientifique, Paris,
1965 - Professeur Associé au Département de Physique de l'Université
de Montréal - Président de la Ligue ROC pour la Préservation
de la faune sauvage - Sujets de recherches au Service d'Astrophysique de Saclay. |
L'interview
1- Pourquoi et comment
êtes-vous passé de l'astronomie à la présidence du
ROC ?
Hubert Reeves : Je
suis resté astrophysicien. L'enquête que j'ai menée plusieurs
années de suite pour écrire "Mal de Terre" m'a convaincu
que la situation est alarmante et la volonté d'agir s'est peu à
peu imposée à moi sans qu'aucune décision soit prise. Et
puis, à la mort de Théodore Monod, l'équipe dirigeante de
l'association m'a proposé le poste de président et les adhérents
m'ont élu. Je ne suis pas hostile à toute chasse. Moi qui voyage
beaucoup de par le monde, je la conçois fort bien en certains pays comme
moyen de subsistance de certaines populations, et ailleurs comme méthode
de régulation s'il en est besoin. La chasse de loisir n'a pas cette légitimité.
J'ai donc demandé à ce que l'association soit celle de non-chasseurs
soucieux de la préservation de la faune sauvage. Cela me permet de m'inscrire
dans un mouvement de défense de la biodiversité, en introduisant
la notion de respect du vivant, ...jusqu'à l'homme qu'il ne faut pas oublier.
La vie a une longue histoire. C'est un héritage venu des étoiles,
qu'il faut soigner et non gaspiller ou détruire. L'astronomie et l'écologie
se rejoignent.
2- Pourquoi le sujet
de la chasse vous touche-t-il particulièrement ?
Hubert Reeves : Dans
un poème que j'ai écrit "Terre, planète bleue, il y
a une phrase qui décrit une attitude de chasseur que je n'admets pas: "Terre,
planète bleue, où un chevreuil agonise dans un buisson, blessé
par un chasseur qui ne l'a pas recherché". La compassion est une aptitude
qu'il faut cultiver
3- Pourquoi avez-vous
choisi le ROC, et non pas une association canadienne ? Il y-a-il plus de "boulot"
en France sur le sujet de la chasse?
Hubert Reeves : Je
vis davantage en France qu'au Québec et je n'aurais pas eu l'idée
de m'investir ainsi au Québec. Depuis quatre ans que je suis impliqué,
j'apprécie beaucoup l'équipe de la Ligue ROC, et son directeur.
Si les circonstances, presque le hasard ont fait que je suis dans cette ligue,
je ne le regrette pas. Au contraire. Nous avons des membres même au Canada...
où les problèmes de chasse sont moindres, c'est vrai.
4- Le ROC occupe-il
tout votre emploi du temps ? Continuez-vous, même à titre privé,
vos recherches en astronomie ?
Hubert Reeves : Mon
temps est partagé entre astronomie, écriture, conférences,
voyages, musique, et bien d'autres choses encore... les journées sont trop
courtes. Heureusement le président que je suis est assisté de deux
vice-présidents : Francis de Frescheville (il vient d'écrire un
texte pour notre publication interne auquel je souscris totalement) et Nelly Boutinot.
Je suis surtout en relations avec celle-ci, quasi quotidiennement. Internet facilite
bien les choses. Nous oeuvrons ensemble pour une même cause et cela est
stimulant. Mais enrichir mes connaissances est un objectif dont je ne me départis
jamais. Et puis j'enseigne toujours à l'université de Montréal
qui ne connaît pas de limite d'âge pour ses professeurs...
5- Comment voyez-vous l'état de la chasse en France : va-t-on vers
une meilleure compréhension entre cahsseurs et non chasseurs ?
Hubert Reeves : La
naissance de l'association remonte à 1976... le mouvement écologiste
ne pouvait supporter la chasse telle qu'elle se pratiquait alors. Il a fallu du
temps pour que les conditions d'exercice de la chasse évoluent un peu mais
d'autres problèmes se sont révélés. Notre objectif
de préservation de la faune sauvage nous oblige à considérer
d'autres dossiers que celui de la chasse. Et les chasseurs voient ainsi qu'ils
ne sont pas les seuls à poser des problèmes... Mais ils pourraient
en poser moins en réformant d'eux-mêmes certaines de leurs pratiques,
cela permettrait que nous nous occupions d'autres dossiers. Ce n'est pas impossible...
6- Une récente
étude a montré que 10% des espèces d'oiseaux dans le monde
étaient au bord de l'extinction : est-ce d'après vous un phénomène
inéluctable ?
Hubert Reeves : Et
il n'y a pas que les oiseaux qui régressent, il y a des espèces
qui disparaissent et nous sommes dans une phase d'extinction qui peut être
majeure et dont on ne sait si elle n'éliminera pas y compris notre espèce.
Rien n'est écrit d'avance. Et il faut avoir un optimisme volontaire.. pour
enrayer ce mécanisme dont les humains sont responsables, dont ils pourraient
être les victimes, et ils peuvent être les sauveurs... s'ils s'y prennent
à temps!
7- Quel est votre
avis personnel sur le réchauffement climatique, et ses impacts sur l'avifaune
?
Hubert Reeves : Le
réchauffement climatique est, comme l'érosion de la biodiversité,
un péril majeur, et dont nous sommes responsables collectivement. Le réchauffement
peut accroître les extinctions d'espèces. C'est dire que nos enfants
et nos petits enfants peuvent avoir des conditions de vie qui soient proches de
la survie...
8- Observez-vous les
oiseaux ? En France ou au Canada ? Quelle est votre espèce préférée
?
Hubert Reeves : J'aime
les oiseaux, depuis mon enfance quand je les observais venir dans les nichoirs
que ma mère disposait dans le jardin. Je les observe en Bourgogne où
j'ai constaté le déclin des hirondelles. Je n'ai guère de
temps à leur consacrer au Canada. Je les aime tous, du troglodyte à
l'aigle et ma préférence varie sans cesse. Chaque espèce
y accède à tour de rôle... Pareil pour les fleurs...
9- Quelles jumelles
utilisez-vous, et pourquoi ce choix ?
Hubert Reeves : Les jumelles m'accompagnent parfois mais j'en ai oublié
la marque.
10- Connaissiez-vous
Ornithomedia.com ? Quelle est votre opinion?
Hubert Reeves : J'avoue que je ne connais pas Ornithomedia.com... Et vous,
connaissez-vous roc.asso.fr
? C'est Nelly qui m'a parlé de vous, de votre site pour populariser
l'ornithologie, et comme c'est une bonne initiative, j'ai volontiers répondu
à vos questions, amicalement et franchement.
Mr Reeves, nous vous
remercions d'avoir bien voulu répondre à nos questions.
Plus d'informations sur : www.hubertreeves.info
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ou par e-mail à david.bismuth@ornithomedia.com.