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Les observations
La zone d'étude
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Fig.
2- Ariane à ventre roux (Amazilia castaneiventris) capturé. Son
plumage est conforme avec celui des femelles présentes dans la collection
de l'ICN : les plumes de sa gorge ne sont pas complètement vertes, d'où
un aspect "sâle", et le ventre est roux-châtain pâle
Photo : Oswaldo Courtois |
En étudiant les rapports
des sites où ont été collectées des A. castaneiventris
dans le passé, nous décidons de chercher ce colibri dans la région
de Soatá (département de Boyacá), où le plus grand
nombre de spécimens avaient été collectés (Borrero
et Oliveraies 1953) et déposés dans la collection de l'Instituto
de Ciencias Naturales de la Universidad Nacional de Bogotá.
Cette région a été classée comme étant un secteur
clef pour la conservation de plusieurs oiseaux néotropicaux menacés
(Wege et Long 1995).
Nous avons mené une recherche entre les 4 et 11 avril 2004 dans la Cabecera
a la Costa, à une altitude de 1837 m (6° 20'N, 72° 41 'W), avec
la collaboration active des communautés locales.
Dans le secteur d'étude, il est connu sous le nom de quinchas, un mot indien.
Habitat et données
L'habitat où ont été réalisées les observations
des colibris est une forêt sèche de colline (Holdridge 1982). Dans
un secteur de 6000 m², nous avons observé plusieurs A. castaneiventris,
dont deux ont été photographiées, et une capturée
avec un réseau de filets (Figs.1,2).
Dans cette région, il existe trois formations végétales principales.
La première est une ripisylve composée de guadua (Angustifolia guadua,
Poaceae), de dividivi (Caesalpinia pinnata, Caesalpinaceae) et de nacedero ou
yátago (Trichanthera gigantea, Acanthaceae) qui sert au reboisement des
vallées de la commune de Soatá. Durant nos observations, les colibris
fréquentaient surtout C. pinnata et T. gigantea. On a vu les oiseaux se
nourrissant, surtout dans T. gigantea (Fig. 3), pour chercher ensuite la fraîcheur
du feuillage de Guadua angustifolia.
La seconde formation est constituée des cultures proches des habitations
: maïs (Zea mays), tabac (Nicotiana tabacum), haricot (Phaseolus vulgaris)
et plantes d'ornement (notamment Abutilon spp.), par ordre d'importance. Nous
avons observé A. castaniventris cherchant du nectar notamment dans les
panicules jaunes de N. tabacum et d'Abutilon spp. L'observation était facile
étant donné la hauteur des plantes (50 cm à 1 m), le plumage
des oiseaux ne se confondons pas avec le feuillage comme c'est le cas quand il
se trouve dans T. gigantea. Toutefois, dans cet habitat, l'espèce est davantage
exposée à la prédation des Crécerelles d'Amérique
(Falco sparverius) et des chasseurs de la région.
La troisième formation végétale est une mosaïque d'arbres
de quatre à sept mètres de hauteur dominée par Acacia farnesiana,
C. pinnata, jabón (Sapindus saponaria) et par le palmier seje (Oenocarpus
bataua), utilisé pour la production artisanale. Dans cette zone, des plantes
à fleurs étaient semées pour les abeilles des ruches : Melicoccus
bijugatus, T. gigantea, goyave (Psidium guajaba), Abutilon spp. et libertad (Bryophyllum
pinnatum). C'est parmi ces plantes que nous avons noté la plus grande activité
de A. castaneiventris. Un individu aimait notamment les fleurs en cloche de B.
pinnatum, qui possèdent du nectar pendant une grande partie de l'année.
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Fig.
3- Ariane à ventre roux (Amazilia castaneiventris) sur des fleurs de nacedero
(Trichanthera gigantea), la plante la plus fréquentée durant nos
observations
Photo : Oswaldo Courtois |
Dans ce dernier habitat, nous
avons noté un colibri poursuivant une Ani à bec lisse (Crotophaga
ani), et un comportement territorial vis à vis d'une Ariane à ventre
gris (Amazilia tzacatl); Nous avons aussi observé un individu avec du matériel
(lichen ou graminée) dans le bec. Cet dernier individu était accompagné
par un autre oiseau quand il s'est dirigé vers un palmier seje ; les deux
colibris sont ensuite partis vers une haie de T. gigantea où nous les avons
perdus de vue.
Ces observations suggèrent que l'espèce était en période
de reproduction. Nous avions d'ailleurs noté que parmi les exemplaires
collectionnés par Oliverares entre décembre et janvier, plusieurs
avaient les organes reproducteurs développés (exemplaires présents
dans la collection de l'ICN).
Lors de nos observations, A. castaneiventris se nourrissait principalement de
nectar de fleurs de T. gigantea et de B. pinnatum, utilisées par les habitants
de la région pour la production de miel. Les habitants ont toujours produit
du miel, et la population de A. castaneiventris dépend étroitement
de la présence des fleurs de M. bijugatus, T. gigantea, N. tabacum et Abutilon
spp.
Dans le secteur où sont présentes des colonies sauvages de l'abeille
locale appelée abeja (Melipononae), on trouve aussi des ruches pour Apis
mellifera. Il faut souligner que la Cabecera a la Costa est la zone la mieux conservée
du secteur d'étude; Le déboisement y est limité le long de
la voie de chemin de fer. Par contre, près des cultures, l'érosion
est importante, et nous n'y avons pas vu de colibri.
Activité apicole et conservation
Apparemment, l'activité apicole a contribué à la conservation
de cette population découverte en 1953. Borrero et Oliveraies (1953) mentionnent
l'association de A. castaneiventris avec les fleurs de T. gigantea et d'Erythrina
sp. (non confirmée dans ce cas pendant nos observations).
Toutefois, le futur de l'espèce dans cette région est loin d'être
assurée. Le déversement des eaux usées dans les cours d'eau
de la zone peut affecter l'ariane qui dépend étroitement de l'eau
en été.
Un autre problème sérieux est la chasse de cette espèce par
les habitants, pour qui la chair est "douce et fondante". Cette activité
est courante chez les jeunes qui n'ont pas d'autre activités économiques
et sociales.
Nous recommandons la mise en place d'un programme de sensibilisation à
la protection de l'environnement en utilisant ce colibri comme espèce symbole.
Au cours de nos conversations avec les habitants locaux, nous avons constaté
un intérêt marqué pour la conservation de l'espèce
et nous avons obtenu un compromis pour limiter les prélèvements.
Il serait utile de favoriser une activité apicole durable, et de l'étendre
aux régions voisines pour augmenter l'habitat favorable à A. castaneiventris.
Nous espérons que de telles mesures puissent permettre le maintien de la
population de A. castaneiventris sur la commune de Soatá.
Remerciements
Nous remercions la municipalité de Soatá et les habitants de Cabecera
a la Costa, en particulier Eli Sepúlveda et Eli Fernando.
Nous saluons le soutien financier du Neotropical Bird Club, de BP Conservation
et de la Fondation Proaves.
Merci aussi au Grupo de Ornitología de la Universidad Distrital "Francisco
José de Caldas", en particulier à Jorge Morales et à
José Cely Fajardo.
Nous saluons enfin F. Gary Stiles pour pour nous avoir permis d'étudier
les colections de l'ICN.
Bibliographie
- BORRERO, J. I. & A. OLIVARES. 1953. Avifauna de la región de Soatá,
Departamento de Boyacá, Colombia. Caldasia 7: 51-81.
- COLLAR, N.J., L. P. GONZAGA, N. KRABBE, A. MADROÑO-NIETO,
L. G. NARANJO, T. A. PARKER, III & D. C. WEGE. 1992. Threatened Birds of the
Americas: the ICBP/IUCN Red Data Book. International Council for Bird Preservation,
Cambridge, UK.
- HOLDRIDGE,L.R 1982. Ecología basada en zonas de vida, segunda edición.
Insituto Interamericano de Cooperacion para la agricultura IICA, San Jose ,Costa
Rica.
- LÓPEZ-LANÚS B. 2002. Amazilia castaneiventris. Págs. 254-256
en: Renjifo,L.M., A.M. Franco-Maya, J.D.
- Amaya-Espinel, G. H. Kattan y B. López-Lanús (eds.). 2002. Libro
rojo de aves de Colombia. Instituto de Investigación de Recursos Biológicos
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(EDS.). 2002. Libro rojo de aves de Colombia. Serie libros rojos de especies amenazadas
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- STATTERSFIELD, A.J., M. J. CROSBY, A. J. LONG & D. C. Wege. 1998. Endemic
bird areas of the world: priorities for biodiversity conservation. Conservation
Series No. 7, Bird- Life International, Cambridge, UK.
- WEGE, D. C. & A.J. LONG. 1995. Key areas for threatened birds in the neotropics.
Conservation Series No. 5, BirdLife International, Cambridge, UK.
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