Deux chroniques ornithos
Jean-Yves Barnagaud
(jybarn@wanadoo.fr)
avait observé deux Faucons pèlerins (Falco peregrinus) en mars 2004 sur
la cathédrale de Chartres (Eure-et-Loir, France) (lire L'hivernage
des Faucons pèlerins sur la Cathédrale de Chartres). En octobre,
il a eu l'occasion de revoir un des deux rapaces. Il nous raconte ses "retrouvailles".
Jean-Yves nous rappelle dans une autre chronique qu'on peut fort bien observer
de nombreuses espèces tout en restant en ville.
Abstract
Jean-Yves Barnagaud (jybarn@wanadoo.fr)
have watched in October 2004 one Peregrine Falcons (Falco peregrinus) on
the Cathedral of Chartres (Eure-et-Loir, France), more than six months after he
discovered two birds in March 2004 wintering on the cathedral.
In an other short story, Jean-Yves reminds us that we can watch a lot of birds
in urban areas if we keep our eyes open.
Le retour du pélerin
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Faucon pèlerin
(Falco peregrinus), cathédrale de Chartres, octobre 2004
Dessin :Jean-Yves Barnagaud |
C'est l'histoire d'un retour.
Un de ces retours qu'on attend avec impatience sans trop savoir s'il aura lieu
un jour.
Il était parti un soir de mars, discrètement, sans que personne,
même les Pigeons qui le côtoyaient chaque jour, ne s'en aperçoive.
Personne ne savait par où il était parti, ni où il était
allé...
Plusieurs mois ont passé. Le printemps, ses Hirondelles, ses Rougequeues...
L'été, avec son cortège de migrateurs précoces qui
déferlaient déjà dans le ciel chartrain. Septembre, les premiers
Vanneaux volant au dessus des tours de la cathédrale. De passage, seulement:
depuis mi-août et le départ des derniers Martinets, les deux clochers
étaient bien vides. Seuls quelques Choucas et Pigeons restaient, locataires
permanents incapables d'imaginer qu'il puisse exister d'autres lieux que cette
église et la ville qui l'entoure.
Et Octobre, aussi, est arrivé: les feuilles qui jaunissent et tombent déjà,
le thermomètre qui tarde à baisser, une légère brume
dans les vallées le matin.
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Faucon pèlerin
(Falco peregrinus), cathédrale de Chartres, octobre 2004
Dessin :Jean-Yves Barnagaud |
Et une nuit, un grand oiseau
élancé s'est dirigé vers le clocher Sud de la cathédrale
et s'y est posé. Curieux pèlerin aux ailes gris-ardoise, au masque
noir, qui inquiète les Pigeons d'en dessous. Faucon mythique qui a redonné
vie aux vieilles pierres de cette flèche romane.
Voilà, le Faucon pèlerin est revenu. Il regarde passer les voitures
et les passants, perché à quatre-vingt dix mètres du sol.
Il sait que personne ne l'a vu. Personne?
"Il n'y a pas d'oiseaux en ville"
Dans la série des proverbes ornithologiques, on trouve cette litanie, inlassablement
répétée à l'observateur débutant: "ça
sert à rien de chercher là, on est trop près de la ville".
Cette maxime n'est finalement guère plus qu'une extension d'une autre vérité
absolue dont on a déjà parlé: "il n'y a pas d'oiseaux
en ville".
Ben quoi? S'il n'y a pas d'oiseaux en ville, il n'y a aucune raison pour en trouver
aux abords immédiats des agglomérations. Démonstration.
Choisissons un jour d'octobre complètement foireux: brouillard opaque,
air saturé d'humidité, température entre le froid et le chaud,
et pas de vent pour faire changer tout ça.
Allons faire un tour près de la rocade qui délimite une petite agglomération
de quatre vingt dix mille habitants. Choisissons, tant qu'à faire, une
zone de champs et de buissons coincée entre cette rocade, une autoroute,
un hôpital, un camp militaire en démolition et la ville.
Bref, l'endroit et le moment types où il n'y a rien à voir. Maintenant,
observons un peu;
Dès l'arrivée sur la zone, une soixantaine d'Oies cendrées
passe en formation, surveillant du coin de l'oeil un match de foot disputé
sur le stade du quartier. Ouais, bon, ça vaut pas, elles étaient
en vol.
Un peu plus loin, juste à côté de l'hôpital, une zone
de buissons sert d'isolant sonore contre la rocade toute proche. Quelques Mésanges
fouinent dans les Prunelliers, accompagnées par des Pouillots véloces
plutôt nerveux, pressés de partir vers le Sud. Près de la
route, un Rougegorge lance quelques notes, sous l'oeil du Merle noir. Et alors,
c'est des broutilles, tout ça...
Quelques buissons plus loin, un sifflement strident retentit. Une Grive mauvis
décolle, bientôt suivie par deux autres, puis trois, puis dix, vingt...
Une véritable nuée de Grives se déplace d'arbuste en arbuste,
avant de se lancer vers les champs labourés en direction du Sud. Elles
sont si nombreuses qu'on en oublierait les rares Grives litornes qui se cachent
dans la troupe... Ou leurs cousines musiciennes, plus discrètes quoique
nombreuses. Oui, d'accord, il y a des Grives, mais ça veut rien dire, ça...
Retour près du petit lotissement qui marque le début de la ville.
Devant, une étendue de champs et de jachères s'étend jusqu'à
la rocade, deux cent mètres plus loin. Quelques Alouettes, de nombreux
Pipits farlouses passent sans cesse. Cinq Traquets motteux s'attardent encore
sur des chaumes. On avance dans l'herbe d'une jachère, levant au passage
un Cochevis. Soudain, une forme brune s'élance d'un fossé, monte
dans le ciel en quelques cercles, redescend puis s'éloigne rapidement vers
la ville: le Hibou des marais n'a guère apprécié que ce rigolo
à jumelles qui arpente les champs depuis deux heures lui rende une petite
visite imprévue.
Résumons: un Hibou, quelques centaines de Grives, des Pouillots, Alouettes,
Traquets, un vol d'Oies... Mouais, ça servait effectivement à rien
de chercher aussi près de la ville, on n'y voit jamais rien. CQFD
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