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Sylvain Lefebvre nous parle de son "Jardin Sauvage"

Ce guide naturaliste a filmé pendant cinq ans l'évolution de la faune de son jardin après avoir effectué plusieurs aménagements favorables aux animaux sauvages.

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Sylvain Lefebvre nous parle de son "Jardin Sauvage"

Biologiste de formation, Sylvain Lefebvre est aussi photographe, cinéaste autodidacte et guide naturaliste.

L'avifaune de nombreux jardins est souvent peu variée car ils ne sont pas très accueillants pour les oiseaux : les propriétaires utilisent des produits chimiques (herbicides, insecticides, fongicides et engrais), ils choisissent des plantes peu attractives (elles ne fournissent ni graines, ni fruits ni couvert), ils coupent l'herbe trop régulièrement, ils taillent trop souvent et au mauvais moment les arbres et les arbustes, ils retirent systématiquement les feuilles mortes, ils ne proposent ni nichoir, ni mangeoire ni point d'eau, ni abri à insectes...
Biologiste de formation, photographe, cinéaste autodidacte et guide naturaliste, Sylvain Lefebvre a acheté en 2012 une maison avec un jardin "classique" de 1 200 m² situé près de Rennes (Ille-et-Vilaine) et il a décidé avec sa femme de le transformer en un refuge pour la faune. Il a réalisé pour cela plusieurs aménagements (installation de mangeoires, de nichoirs et d'un "hôtel" à insectes, création d'une mare, plantation d'arbres et d'arbustes...).
Afin de suivre l'évolution de la faune, il a filmé durant cinq ans les animaux (oiseaux, mammifères, reptiles, amphibiens et invertébrés) présents depuis un affût (tente) et il a posé des caméras déclenchées à distance, puis il a rassemblé et sélectionné les images obtenues afin de réaliser un documentaire de 50 minutes intitulé "Jardin sauvage" sorti en DVD en 2018.
Nous l'avons interrogé sur cette aventure "100 % locale", en lui demandant notamment de nous donner des conseils pratiques à appliquer facilement.

Abstract

The avifauna of many gardens is poor because they are not very birds-friendlyanimals: their owners use chemicals (herbicides, insecticides, fungicides and fertilizers), they choose plants that are not attractive (they do not provide seeds, neither fruits nor cover), they cut grass too regularly, they cut trees and shrubs too often and at the wrong time, they systematically remove dead leaves, they propose no nestbox, feeder, water point, nor insect shelter...
Biologist, photographer, self-taught filmmaker and naturalist guide, Sylvain Lefebvre bought in 2012 a house with a "classic" garden of 1,200 m² located near Rennes (Ille-et-Vilaine; Western France) and he decided with his wife to turn it into a "haven" for nature. He made several arrangements (installation of feeders, nestboxes and an hotel for insects, creation of a pond, plantation of trees and shrubs). In order to follow the evolution of the fauna, he filmed during five years the wild animals (birds, mammals, reptiles, amphibians and invertebrates) who were visiting his garden from a lookout (tent) and with camera traps, and he selected some of the obtained videos to create a 50-minute documentary titled "Jardin Sauvage" that was released in 2018. We asked him about this "100% local" adventure, asking him to give us practical advice.

Le DVD "Jardin Sauvage" de Sylvain Lefebvre



Le DVD "Jardin Sauvage" de Sylvain et Marie-Anne Lefebvre.

Le DVD "Jardin Sauvage" de Sylvain et Marie-Anne Lefebvre retrace pendant cinq ans (de 2013 à 2017) la transformation d'un jardin de 1 200 m² situé à quelques kilomètres d'une grande ville (Rennes) en un "havre" pour la nature. Le réalisateur et sa petite famille ont posé des mangeoires, des nichoirs et un hôtel à insectes, ils ont creusé une mare et planté des végétaux attractifs, et ils ont filmé la faune de jour comme de nuit.
Ce documentaire animalier "à huis clos" de 50 minutes, agréable à regarder et instructif, célèbre les plaisirs du jardin et de l'observation des animaux de notre entourage : oiseaux, hérissons, renards, rongeurs, salamandres, grenouilles, abeilles, escargots, papillons... 

  • Réalisation: Sylvain et Marie-Anne Lefebvre
  • Montage et étalonnage: Robin Lefebvre
  • Mixage : Baptiste Chauchat et Damien Pizzimenti
  • Bande originale : Loïc Lannoy
  • Commentaires : Julien Bocher
  • Filmé en haute définition
  • Durée : 50 minutes
  • Disponible en DVD digipack (version française) avec un livret de huit pages pour prolonger l'aventure chez vous
  • Prix : 15 euros hors frais de port
  • Plus d'informations sur www.sylvainlefebvre-photovideo.com.

L'interview de Sylvain Lefebvre

1. Pourquoi avez-vous décidé de réaliser ce documentaire ? 

Sylvain Lefebvre : dans le cadre de mon travail pour le tour-opérateur Terres Oubliées, je voyage régulièrement en Afrique et dans les Amériques pour guider de petits groupes lors de circuits dédiés à l’observation et la photographie animalière. Toutefois, je sais très bien qu’il n’est pas indispensable de partir si loin et de prendre l’avion systématiquement pour apprécier les richesses du monde vivant. Je voulais remettre la notion de biodiversité à la portée de chacun et je tenais à démontrer que le "safari à domicile" était possible. L’achat en 2012 de notre première maison en périphérie de Rennes (Ille-et-Vilaine) m’a permis de passer à l’action en réalisant un film sur ce sujet, dédié au grand public et aux scolaires. 

2. Quelle est selon vous l'originalité de votre documentaire par rapport à d'autres films réalisés sur ce sujet ?



Mésange bleue (Cyanistes caeruleus) se nourrissant de graines en hiver dans le jardin de Sylvain et Marie-Anne Lefebvre.
Source : Sylvain Lefebvre

Sylvain Lefebvre : ce documentaire est un vrai "huis-clos" naturaliste, et l’intégralité des plans a été tournée dans notre jardin de 1 200 m². L’originalité du film réside aussi peut-être dans la durée que j’ai pu y consacrer, avec un tournage étalé sur cinq années, ce qui est impossible pour une société de production classique. Il ne s’agit pas de cinq années de travail en continu, mais d'une sélection de moments-clés dans la vie du jardin, au cours de sa transformation. J’ai aussi souhaité que la notion "d'aventure familiale reproductible" soit mise en avant, en expliquant clairement que chacun d’entre nous peut créer dans son jardin une petite réserve protégée…

3. Votre maison et son jardin ont été achetés en 2012 : avez-vous tout de suite repéré le potentiel de ce terrain ?

Sylvain Lefebvre  : assez rapidement oui. À dire vrai, nous aurions pu acheter la maison sans la visiter tant le coup de cœur pour le jardin était énorme ! Beaucoup d’animaux (oiseaux, amphibiens et insectes) étaient déjà présents à notre arrivée. Nous avons par exemple la chance de posséder un terrain où vit une petite population de Salamandres tachetées (Salamandra salamandra).

4. De quoi est fait l'entourage de votre jardin ? Ne pensez-vous pas que les richesses naturelles de votre jardin soient dues principalement à celle des environs et non pas à vos aménagements ?

Sylvain Lefebvre : nous sommes entourés par un jardin du type "terrain de golf" (avec une pelouse rase de plusieurs centaines de mètres carrés), un champ en agriculture conventionnelle, une route départementale, un maraîcher et des arbres. Beaucoup d’animaux étaient déjà présents mais l’environnement proche ne joue pas forcément en leur faveur : route dangereuse, champ traité, points d’eau très rares, nombreux chats domestiques… L’idée était donc de maintenir et protéger les espèces présentes, mais aussi de favoriser l’arrivée de nouvelles. Les récentes observations de la Couleuvre à collier (Natrix natrixou du Triton alpestre (Ichthyosaura alpestrismontrent clairement que la mare creusée a joué son rôle.

5. Quels sont pour vous les aménagements les plus importants à faire dans un petit jardin urbain pour augmenter sa biodiversité ?

Sylvain Lefebvre : ils sont nombreux, variés et dépendent de chaque terrain. À titre personnel, le premier chantier a été d’arracher les mètres linéaires de bambous qui entouraient le terrain, car ils étaient envahissant et sans aucun intérêt pour l’écosystème. Nous les avons remplacés par des arbustes et des arbres produisant des fruits pour les animaux et pour nous. Le second chantier a été la création d’une mare, qui a été colonisée en quelques semaines par des libellules, des tritons et des grenouilles. Il n'est pas toujours facile de faire un tel aménagement en milieu urbain, mais un simple point d’eau peut suffire (lire Donner de l'eau aux oiseaux toute l'année).
Il ne faut pas non plus entièrement clôturer son jardin pour laisser des voies de passage aux petits animaux comme le hérisson. L’installation de nichoirs et la mise en place d’une mangeoire en hiver sont des gestes classiques qui fonctionnent bien, même sur un balcon en plein centre-ville (lire Comment installer un nichoir (conseils pratiques) ?). Et enfin, semer une prairie fleurie, ou au moins laisser un peu d’espace pour la végétation spontanée, est important : il n'y a pas de mauvaises herbes, vive les orties !

6. Vous avez créé une mare en une journée avec une dizaine de personnes : quelles ont été les difficultés rencontrées ?



L'aspect actuel de la mare creusée dans le jardin de Sylvain et Marie-Anne Lefebvre.
Source : Sylvain Lefebvre

Sylvain Lefebvre : la mare fait environ quatre mètres de long pour 80 cm de profondeur, ce qui en fait déjà un joli modèle pour un jardin ! J’ai effectivement fait le choix d’organiser un chantier durant une journée, en réunissant plusieurs personnes, adultes comme enfants. La difficulté est, comme bien souvent, liée au fait que c'était une première fois : choisir les dimensions, disposer des équipements nécessaires, calculer le budget...
J’ai pour ma part été aidé par des étudiants en BTS "Gestion et Protection de la Nature" et par des adhérents de la fédération "Connaître et Protéger la Nature", un ensemble d'associations accomplissant un travail remarquable pour valoriser la biodiversité de proximité. Cette fédération a notamment publié un cahier technique "Créer une mare" très intéressant pour créer une mare, qui est indispensable pour ceux qui se lancent seuls dans l’aventure !

7. Comment votre mare est-elle alimentée en eau ? Quelles plantes aquatiques avez-vous choisi de planter ?

Sylvain Lefebvre : la mare n’est pas alimentée en eau et son niveau évolue donc au fil des saisons. Il n'y a pas de système d’oxygénation car c’est un bassin naturel qui a été rempli au départ avec de l’eau de pluie, puis de robinet (quand la cuve de récupération d'une capacité de 1 000 litres était vide). Nous avons créé plusieurs paliers de 20 à 80 cm de profondeur, puis nous avons planté différents végétaux aquatiques : Massette à larges feuilles (Typha latifolia), Iris des marais (Iris pseudacorus), Oseille commune (Rumex acetosa), Jonc épars (Juncus effusus), Callitriche des marais (Callitriche palustriset Pourpier des marais (Lythrum portula).

8. Combien d'espèces d'oiseaux (nicheuses ou non) avez-vous déjà observées dans votre jardin ? Quelles sont celles qui ont déjà niché ? Avez-vous constaté une augmentation du nombre d'espèces suite à vos aménagements ?



Une Sittelle torchepot (Sitta europaea) dans un nichoir posé dans le jardin de Sylvain et Marie-Anne Lefebvre.
Source : Sylvain Lefebvre

Sylvain Lefebvre : j’ai identifié une trentaine d’espèces d’oiseaux plus ou moins réguliers. Certains n'ont été observés qu'une fois, comme le Bruant zizi (Emberiza cirlus), tandis que d’autres sont vus quotidiennement comme les Mésanges bleue (Cyanistes caeruleuset charbonnière (Parus major), la Grive musicienne (Turdus philomelos), le Merle noir (Turdus merula), le Troglodyte mignon (Troglodytes troglodytes) et le Rougegorge familier (Erithacus rubecula) qui nichent tous les ans, soit dans nos nichoirs, soit dans les haies ou dans les arbres. Les Chardonnerets élégants (Carduelis carduelis) sont plus nombreux récemment, mais je serais bien incapable de dire si c’est un effet "jardin sauvage" ou pas…

9. Vous avez installé un nichoir avec une caméra : avez-vous choisi une caméra avec fil ? Regardez-vous les images sur un écran de télévision ou un ordinateur ?

Sylvain Lefebvre : il s’agit tout simplement du nichoir caméra avec fil vendu par la Ligue pour la Protection des Oiseaux : rien de délirant dans le coût, cela reste du matériel familial. Le système peut être connecté à un téléviseur ou à un ordinateur et nous alternons les écrans (lire Conseils pour installer une caméra dans un nichoir).

10. Quel équipement vidéo et photo avez-vous utilisé pour le tournage ? Pourquoi ce choix ?

Sylvain Lefebvre : le documentaire est composé d'images réalisées avec différents équipements : un boîtier photo reflex Nikon utilisé en mode vidéo, une caméra au poing Sony, une caméra GoPro, un piège vidéo Bushnell (lire Utiliser les pièges photographiques pour étudier et observer les oiseaux) et une caméra pour nichoir. Je possédais déjà une partie de ce matériel, et je l'ai donc réutilisé. La caméra GoPro a été achetée pour ce tournage car j’appréciais sa facilité d’utilisation, notamment pour les prises de vue à distance, le déclenchement pouvant se faire via un smartphone ! Cette petite caméra m’a aussi permis de réaliser les plans sous l'eau de la mare, pour un coût relativement bas et avec une qualité d’image HD. Le piège vidéo Bushnell m’a permis de réaliser les prises de vue nocturnes du Renard roux (Vulpes vulpes) et des Mulots (Apodemus sylvaticus), mais aussi d’assurer une surveillance et un suivi de certains sujets (écureuil et hérisson), sans pour autant devoir garder tous les plans au montage.

11. Vous avez construit un hôtel à insectes que vous avez appelé "Ti An Nature" : quelles espèces d'insectes l'ont déjà fréquenté ?



Une osmie (Osmia sp.) dans l'hôtel à insectes installé dans le jardin de Sylvain et Marie-Anne Lefebvre.
Source : Sylvain Lefebvre

Sylvain Lefebvre : je ne suis pas très convaincu par son effet "aimant" chez nous, étant donné que le jardin offrait déjà de nombreux habitats pour les insectes. Son plus gros succès a été sans aucun doute pour les abeilles sauvages solitaires comme les osmies (Osmia sp., qui viennent en nombre pondre dans les tubes creux des tiges de bambous. Et comme l’hôtel est près du potager, l’intérêt de tels fagots est évident !

12. Vivez-vous de votre activité de films et documentaires ?

Sylvain Lefebvre : c’est une partie de mes activités, mais pas mon travail principal. L’objectif premier n’est pas de gagner ma vie, mais de me faire plaisir quand j’en ai envie ! Je ne suis pas un professionnel, loin de là, mais plutôt un passionné avec une réelle envie de faire vivre mes films auprès du public et des scolaires, et de faire de mes documentaires des outils pédagogiques pour des enseignants, des associations. C’est une façon de militer, en participant à la vie de certains festivals, en aidant des événements culturels dans leur programmation, en autorisant les enseignants à diffuser le film dans leurs classes et en me déplaçant pour des projections-débat. Les recettes d’un film m'aident à financer le suivant, c’est une trésorerie à part qui permet de m’auto-produire sans contraintes de temps ni de scripts. Pour ce film, un financement participatif et le soutien de l’Espace des Sciences de Rennes m’ont permis de boucler les frais de post-production.

13. Vous avez déjà réalisé un documentaire en deux épisodes sur la forêt tropicale d’Amérique latine : allez-vous repartir à l'étranger pour faire des films ? Quels sont vos projets ?

Sylvain Lefebvre : mon premier film s’intéressait effectivement à la biodiversité et aux acteurs de la conservation du Mexique jusqu’en Amazonie. J’ai aussi coécrit un guide de voyage sur le Costa Rica, que je connais très bien et où je retourne de temps en temps en tant que guide. Je ne prévois pas pour le moment de faire un nouveau film, mon objectif principal cette année étant, vous l’aurez compris, de faire vivre le DVD "Jardin sauvage" pour mettre en marche la révolution des nichoirs et du jardin sauvage !

La bande-annonce du documentaire "Jardin Sauvage" 



La bande-annonce du documentaire "Jardin Sauvage" de Sylvain et Marie-Anne Lefebvre.
Source : Sylvain Lefebvre

Contact

Sylvain Lefebvre - Courriel : exode_tropical@yahoo.fr - Site web : www.sylvainlefebvre-photovideo.com

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