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Sébastien Provost : devenir un guide ornithologue indépendant

Après avoir été chargé d’études et animateur pendant 16 ans, ce passionné d’oiseaux a lancé en 2018 "Birding Mont-Saint-Michel", une structure spécialisée dans les sorties guidées en Normandie et en Bretagne.

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Sébastien Provost : devenir un guide ornithologue indépendant

Sébastien Provost devant le Mont-Saint-Michel (Manche).
Photographie : Birding Mont-Saint-Michel

Le tourisme ornithologique est en croissance dans plusieurs pays car une proportion grandissante de la population recherche des activités simples, reposantes et instructives, et a pris conscience de la nécessité de connaître la nature pour mieux la protéger. Les oiseaux peuvent constituer des atouts pour attirer les visiteurs et ainsi valoriser des territoires ruraux ou naturels. Désireux de profiter de cette tendance et de "voler de ses propres ailes", après avoir été chargé d’études et animateur pendant 16 ans au sein du Groupe Ornithologique Normand (GONm), mais aussi de faire bénéficier le grand public de son expérience dans l’observation et l’identification des oiseaux, Sébastien Provost a lancé en 2018 "Birding Mont-Saint-Michel", une structure spécialisée dans les sorties guidées en Normandie et en Bretagne, et en particulier dans la célèbre baie du Mont-Saint-Michel, située dans les départements français de la Manche et de l’Ille-et-Vilaine.
Cette expérience pouvant intéresser des lecteurs désireux eux aussi peut-être de devenir indépendants un jour, nous avons interrogé Sébastien sur sa décision, sur ses objectifs, ses projets et sur le démarrage récent de son activité.

Abstract

Birdwatching is developing in several countries as a growing part of the population is looking for simple, relaxing and informative activities and has become aware of the need to better know nature in order to protect it. Birds can become assets to attract visitors in rural or natural areas. In order to take advantage of this trend and to become independent after having worked for 16 years for the Groupe Ornithologique Normand (GONm) association, but also to share his knowledge of birds with the public, Sébastien Provost launched in 2018 "Birding Mont-Saint-Michel", a structure offering guided tours in Normandy and Brittany, and in particular in the famous bay of Mont-Saint-Michel, which extends over the French departments of Manche and Ille-et-Vilaine. As his experience could inspire many readers who would wish to become independent, we asked him about his decision, his objectives, his projects and the beginning of his activity.

1. Après avoir été chargé d’études et animateur pendant 16 ans au Groupe Ornithologique Normand (GONm), pourquoi avez-vous décidé de lancer Birding Mont-Saint-Michel ?  

Sébastien Provost

Sébastien Provost, fondateur de Birding Mont-Saint-Michel.
Source : Birding Mont-Saint-Michel

Sébastien Provost : en 2017, j’ai fait une pause pour m’occuper de mes enfants, qui ont désormais respectivement trois ans et demi et deux ans. Ces quelques mois passés en famille m’ont fait réfléchir sur la suite à donner à mon avenir, l’envie d’un nouveau départ et plus symboliquement de "voler de mes propres ailes" après de nombreuses années passées comme salarié. Le GONm a accepté ma demande de rupture conventionnelle, je me suis ensuite inscrit à Pôle emploi début 2018 et j’en ai profité pour effectuer plusieurs formations (bureautique, création d’entreprise, anglais, ateliers divers…). C’est à partir du printemps 2018 que j’ai commencé à travailler sur le projet de "Birding Mont-Saint-Michel" : ce nom m’est venu naturellement, pour m’adresser à un large public (francophone et anglophone) et marquer un lien fort entre la Normandie et la Bretagne. La commune du Mont-Saint-Michel (Manche) a ainsi accepté que j’utilise son nom. J’ai choisi dans un premier temps de m’orienter vers le tourisme ornithologique plutôt que de devenir consultant en environnement indépendant (lire Devenir ornithologue ou exercer un métier lié à l'ornithologie). J’ai toujours évolué entre les domaines scientifiques et pédagogiques, et je pense aujourd’hui que le métier de guide ornithologue est un bon compromis : il est porteur tout en restant en phase avec mes convictions. J’ai choisi le statut d’auto-entrepreneur pour débuter mon activité.

2. Pensez-vous que le marché du tourisme nature et en particulier ornithologique soit suffisant en France pour pouvoir en vivre ?

Sébastien Provost : je pense que l’on peut vivre de l’activité de guide ornithologue pour peu que l’on pratique ce métier avec conviction, de manière originale (en diversifiant son champ d’action) et en menant une bonne communication. L’intérêt du public pour la nature et les oiseaux est réel, il faut l’exploiter en utilisant de bons vecteurs d’actions et de communication (site web, thèmes et sujets, mise en place de partenariats…) et dans ce domaine, il reste bien des choses à faire. Les exemples du parc ornithologique du Marquenterre (Somme) ou de la réserve ornithologique du Teich (Gironde), qui accueillent de nombreux visiteurs, sont intéressants car ils montrent que le public aime les oiseaux et que le tourisme ornithologique ne demande qu’à être développé dans d’autres régions. Enfin, je n’exclus pas la possibilité d’effectuer quelques expertises ornithologiques si des occasions se présentaient.

3. N'avez-vous pas peur de la concurrence d'associations ou d'autres compagnies spécialisées ?

Sébastien Provost : pour éviter de rentrer dans une forme de concurrence, je pense qu’il faut se distinguer en proposant des choses différentes. Je ne suis pas en concurrence avec les associations, bien au contraire car dès l’été 2018, j’ai proposé au GONm, à la Ligue pour la Protection des Oiseaux de Normandie et à Bretagne-Vivante de signer un partenariat autour de la communication de nos différentes activités ornithologiques. Cela a été bien reçu : pour la première sortie de l’année 2019, que j’ai encadrée en baie du Mont-Saint-Michel (lire Où observer les oiseaux dans la baie du Mont-Saint-Michel ?), j’ai eu ainsi la chance de guider un public varié (grand public et membres de différentes associations). Concernant les compagnies spécialisées dans le voyage nature, je m’intéresse à ce qu’elles proposent et nous ne sommes pas en opposition car mon champ d’action est régional, tandis que le leur est souvent national, voire international. En outre, je n’ai pas le statut d’agence de voyages et je reste prestataire et guide ornithologue, même dans le cadre des séjours que je propose (les repas et les hébergements ne sont pas inclus dans les forfaits).

4. Les amateurs des pays voisins constituent-ils pour vous une clientèle potentielle importante ? Ne peuvent-ils pas voir les mêmes espèces dans leurs pays ? 

Fauvette pitchou (Sylvia undata)

Fauvette pitchou (Sylvia undata) nicheuse sur les falaises de Carolles (Manche).
Photographie : Sébastien Provost

Sébastien Provost : l’avenir nous le dira. L’avifaune de Normandie et de Bretagne comprend plusieurs espèces régulières absentes ou rares chez nos voisins britanniques, belges et néerlandais, comme le Milan noir (Milvus migrans), le Gravelot à collier interrompu (Charadrius alexandrinus), les Pics noir (Dryocopus martius) et mar (Dendrocopos medius), le Tichodrome échelette (Tichodroma muraria) (certains hivers), la Cisticole des joncs (Cisticola juncidis), l’Hypolaïs polyglotte (Hippolais polyglotta), la Fauvette pitchou (Sylvia undata), le Roitelet triple-bandeau (Regulus ignicapillus), le Bruant zizi (Emberiza cirlus) ou le Bruant lapon (Calcarius lapponicus). Il ne faut pas oublier des raretés comme le Phragmite aquatique (Acrocephalus paludicola) et plusieurs limicoles et passereaux occasionnels.

5. Menez-vous en parallèle d'autres activités pour générer du chiffre d'affaires ?

Sébastien Provost : je me consacre pour l’heure à temps plein à mon activité de guide ornithologue (sorties, communication et partenariats). Je ferai un bilan financier en milieu et en fin d’année 2019 pour en tirer les conséquences et définir si je dois diversifier ou non mes sources de revenus.

6. Vous êtes-vous fixé des objectifs commerciaux à atteindre au bout d'une certaine période ? 

Sébastien Provost : j’ai établi un prévisionnel sur l’année 2019 à partir des activités pré-programmées dans l’agenda de Birding Mont Saint-Michel, et sans compter les demandes externes. J’espère atteindre au moins la moitié de mes objectifs cette année.

7. Pour vos sorties, vous utilisez un minibus (van) aménagé que vous appelez "Birding Bus" : en quoi ce véhicule est-il original et bien adapté ? Les autres compagnies spécialisées n'utilisent-elles pas le même type de véhicules ?

Le Birding Bus

Le "Birding Bus" dans la baie du Mont-Saint-Michel (Manche/Ille-et-Vilaine).
Photographie : Sébastien Provost

Sébastien Provost : c’est un minibus de neuf places de 145 CV bi-turbo, avec deux portes arrière latérales, un grand coffre et un hayon. Ce modèle récent se prête bien au transport de naturalistes, en termes de confort, de nombre de places offertes et de capacité de rangement, avec même la possibilité d’observer sur la banquette à l’arrière et à l’abri (voir la vidéo en fin d'article). L’autre avantage est écologique car nous n’utilisons qu'un seul véhicule pour un groupe de six à huit personnes, et enfin, ce véhicule assure une vraie cohésion dans le groupe et est source de convivialités. Peu d’associations ou de compagnies qui proposent des animations ou séjours naturalistes proposent ce type de véhicules pour guider les groupes, et ce sont au mieux des locations. Le plus souvent, il n’y a pas de prise en charge des déplacements, ce qui rend les expéditions plus compliquées lorsque plusieurs voitures se suivent. Un mini-bus personnalisé est un vrai plus pour les clients.

8. Vous proposez des dizaines de sorties sur le terrain : n'est-ce pas trop prenant, voire même fatigant, de passer autant de temps à guider des groupes ? Vous réservez-vous des périodes sans observation ? 

Sébastien Provost : en 2019, je proposerai 24 thématiques d’animations et séjours différents. J’ai diversifié mon offre tout au long de l’année, mais je sais que certaines activités ne se feront pas, par manque d’inscrits ou à cause d'imprévus météorologiques. Les périodes sans sorties seront régulières et me permettront de me consacrer à la communication, à l’administratif, à l’écriture et au terrain.

9. Quelles sont les principales demandes et attentes des amateurs qui s'inscrivent à vos sorties ?

Sébastien Provost : les premiers résultats montrent que les amateurs recherchent surtout un moment de calme et de découverte de beaux espaces naturels. Les gens curieux de nature aiment qu’on les surprenne. Mes partenariats avec les offices du tourisme me permettront de bien cibler les attentes du public !

10. Votre capacité à repérer les oiseaux est reconnue, et vous avez déjà découvert à plusieurs reprises des oiseaux rares sur le littoral normand : pensez-vous avoir un "don" particulier ou est-ce juste le résultat des nombreuses heures passées sur le terrain ?

Pouillot brun (<em>Phylloscopus fuscatus</em>)

Pouillot brun (Phylloscopus fuscatus) sur les falaises de Carolles (Manche) en novembre 2018.
Photographie : Sébastien Provost

Sébastien Provost : je n’ai bien sûr aucun don ! J’ai effectivement passé des milliers d’heures sur le terrain, et c’est toujours ce qui me motive le plus dans mon activité de guide ornithologue, en plus de la pédagogie et de la sensibilisation. Après de longues années de pratique, on rentre dans une forme d’intimité avec le monde des oiseaux, grâce à une connaissance fine de leurs comportements, de leurs plumages, de leurs cris et de leurs chants. Une bonne maîtrise des critères d’identification des oiseaux communs est essentielle pour ensuite pouvoir repérer des espèces plus rares, mais il faut aussi compter sur le facteur chance. Les voyages à l’étranger m’ont aussi aidé à me perfectionner dans certains domaines, et j’ai une passion particulière pour les cris des passereaux !

11. Vous proposez des sorties dans la baie du Mont-Saint-Michel, sur l'île d'Ouessant, dans les archipels des Sept-Îles et de Chausey, sur le cap de Carteret, dans les forêts de la Manche ou autour du lac du Der : comment avez-vous choisi des destinations ? Avez-vous d'autres projets ?

Sébastien Provost : j’ai choisi avant tout des sites naturels prestigieux et reconnus pour leurs qualités paysagères, faunistiques et floristiques. Dans un rayon de moins de 300 kilomètres autour de la baie du Mont-Saint-Michel, on peut partir à la rencontre des Craves à bec rouge (Pyrrhocorax pyrrhocorax) et des migrateurs rares de l’île d’Ouessant (Finistère), des Fous de Bassan (Morus bassanus) et des Macareux moines (Fratercula arctica) de l’archipel des Sept-Îles (Côtes-d’Armor), des Pingouins tordas (Alca torda) et des Guillemots de Troïl (Uria aalge) du cap Fréhel (Côtes-d’Armor), des Bruants lapons et des différents rapaces hivernants de la baie du Mont-Saint-Michel, du Grand Corbeau (Corvus corax) dans le Cotentin (Manche) ou des Bernaches nonnettes (Branta leucopsis) en baie des Veys (Manche) (lire La baie des Veys, une zone humide méconnue). Une seule destination nous mènera plus loin, autour du Lac du Der (Marne et Haute-Marne) (lire Où observer les oiseaux remarquables du lac du Der-Chantecoq en hiver ?) pour y découvrir les rassemblements spectaculaires de Grues cendrées (Grus grus) et des autres oiseaux aquatiques, pendant le festival de Montier-en-Der, que nous visiterons aussi. En fonction des retours et des demandes, d’autres destinations pourront être programmées à l’avenir, comme la baie de Somme, l’estuaire de la Seine (Seine-Maritime), la Grande Brière (Loire-Atlantique) ou le marais de Guérande (Loire-Atlantique).

12. Vous proposez au printemps 2019 une sortie dans l'archipel des îles Chausey (Manche), seul site français de nidification du Harle huppé : pourquoi cet archipel est-il si peu connu des observateurs français ? Des oiseaux rares y sont-ils vus chaque année ? 

Harle huppé (Mergus serrator) mâle

Harle huppé (Mergus serrator) mâle dans les îles Chausey (Manche).
Photographie : Sébastien Provost

Sébastien Provost : le Harle huppé (Mergus serrator) se reproduit effectivement chaque année dans l’archipel, c’est aussi un site remarquable pour la nidification du Cormoran huppé (Phalacrocorax aristotelis), du Grand Cormoran (P. carbo), du Goéland marin (Larus marinus) et de l’Huîtrier-pie (Haematopus ostralegus). Seule la grande île est accessible pour les visiteurs, et elle est particulièrement riche en habitats naturels (bocage, lande, dune, prairie et rochers). Comme d’autres îles du Ponant, elle constitue parfois un point de chute pour des migrateurs rares et occasionnels. Peu d’observateurs y séjournent au printemps et en automne, privilégiant les îles bretonnes d’Ouessant (Finistère), de Sein (Finistère) ou d’Hoëdic (Morbihan), peut-être plus faciles à prospecter et où les observateurs sont plus nombreux. Ponctuellement, l’île Chausey est riche en passereaux migrateurs : j’ai par exemple eu le plaisir d’y observer le Traquet du désert (Oenanthe deserti), le Robin à flancs roux (Tarsiger cyanurus), le Roselin githagine (Bucanetes githagineus) et jusqu’à six Pouillots à grands sourcils (Phylloscopus inornatus) le même jour. D’autres raretés ont été signalées par d’autres observateurs, comme le Pipit à dos olive (Anthus hodgsoni) et le Roselin cramoisi (Carpodacus erythrinus).

13. Quel est votre meilleur souvenir d'observation sur le littoral normand ?

Sébastien Provost : je n’ai pas réellement de meilleur souvenir, car ils sont tous différents et riches en émotions. Je pense par exemple à une observation ancienne d’un jeune Faucon kobez (Falco vespertinus) chassant des libellules avec des Faucons hobereaux (Falco subbuteo), celle de deux Bécasseaux de Baird (Calidris bairdii) sur une station de lagunage, la présence d’une Glaréole à collier (Glareola pratincola) dans un grand herbu, la rencontre avec une Talève sultane (Porphyrio porphyrio) en bordure de la roselière de Genêts, les découvertes d’un Robin à flancs roux dans le bocage de l’île de Chausey et d’un Pouillot de Pallas (Phylloscopus proregulus) évoluant avec des Roitelets huppés (Regulus regulus) dans les arbres de la face nord du Mont-Saint-Michel, ou enfin le spectacle d’un Cassenoix moucheté (Nucifraga caryocatactes) posé sur le toit de la Cabane Vauban à Carolles. Il y a aussi des moments mémorables avec des espèces moins rares, comme un Grand Labbe (Stercorarius skua) approché à quelques mètres et se nourrissant d’un agneau mort, un Pouillot véloce (Phylloscopus collybita) se mettant en boule et s’endormant à quelques mètres de moi, ou un Phragmite aquatique se posant quelques dizaines de secondes sur mon nez (!) après l’avoir bagué.

14. Les 21 et 22 février 2019, vous proposerez un séjour ayant pour thème les hivernants des espaces littoraux de la baie du Mont-Saint-Michel : que peut-on observer à cette période ? !

Barges à queue noire (Limosa limosa)

Barges à queue noire (Limosa limosa) hivernant dans la baie du Mont-Saint-Michel (Manche/Ille-et-Vilaine).
Photographie : Sébastien Provost

Sébastien Provost : la baie est un site d’importance internationale pour l’hivernage des limicoles, et nous observerons plusieurs espèces comme les Barges à queue noire (Limosa limosa) et rousse (L. lapponica), le Bécasseau maubèche (Calidris canutus) ou le Pluvier argenté (Pluvialis squatarola). Nous prospecterons aussi des marais côtiers qui sont riches en migrateurs dès cette période de l’année, comme l’Oie cendrée (Anser anser), le Canard pilet (Anas acuta) ou le Pipit spioncelle (Anthus spinoletta), ainsi que des herbus de la baie, où nous chercherons les derniers hivernants comme la Bernache cravant (Branta bernicla) et le Bruant lapon (lire Observer les oiseaux en hiver dans les herbus de la baie du Mont-Saint-Michel). Nous profiterons enfin du spectacle des grandes marées (marnage de plus de treize mètres). Tout cela promet un séjour riche en découvertes.

15. Vous observez les oiseaux depuis une vingtaine d'années sur le littoral normand : avez-vous constaté une évolution de l'avifaune et des habitats ?

Sébastien Provost : c’est un laps de temps relativement court, mais j’ai quand-même constaté plusieurs choses dans la baie du Mont-Saint-Michel, comme la diminution du nombre de Mouettes rieuses (Chroicocephalus ridibundus) et de Bécasseaux variables (Calidris alpina) hivernants, la raréfaction du Bruant des neiges ou la progression spectaculaire du Héron garde-bœufs (Bulbucus ibis). Au niveau des habitats, l’érosion littorale s’est fortement accentuée sur certains massifs dunaires, j’ai vu s’homogénéiser des prés-salés, qui sont maintenant souvent couverts de Chiendents maritimes (Elymus athericus) (une conséquence des pollutions agricoles), et globalement, les polders se sont "vidés" de leurs oiseaux au fil du temps.

16. Quelle(s) espèce(s) d'oiseaux aimeriez-vous particulièrement observer en Normandie ? Et en France ?

Archipel des îles Chausey (Manche)

Vue de l'archipel des îles Chausey (Manche).
Photographie : Sébastien Provost

Sébastien Provost : je serais heureux de voir s’installer l’ibis falcinelle (Plegadis falcinellus) dans les colonies locales d’Ardéidés. Je rêve aussi de voir un jour un Harfang des neiges (Bubo scandiacus) sur le littoral de la baie du Mont-Saint-Michel, ou encore le mythique Faucon gerfaut (Falco rusticolus). Sur les îles Chausey enfin, pourquoi pas un Martinet ramoneur (Chaetura pelagica) ou un Pipit farlousane (Anthus rubescens) ?

17. Vous photographiez aussi les oiseaux : quel équipement utilisez-vous et pourquoi ce choix ?

Sébastien Provost : je photographie les oiseaux de manière assez épisodique, surtout lorsque l’observation sort de l’ordinaire. J’utilise un objectif Canon 300/F4, couplé avec un multiplicateur 1,4 x et un boîtier Canon léger, ce qui me permet de l’avoir presque toujours sur le terrain et d’immortaliser beaucoup d’observations (sans prétention photographique). Je fais plus rarement de la digiscopie avec ma longue-vue Swaroski et un Canon PowerShot S95, mais je l’ai toujours à portée de main.

18. Vous proposerez en 2019 des sorties "Birding Sensations" de deux heures associant observation, relaxation et méditation : ce thème vous sert-il à toucher un public un peu différent des observateurs classiques ?

Sébastien Provost : oui, c’est aussi pour aborder différemment le monde des oiseaux, vivre en pleine conscience l’instant présent, dans de beaux sites naturels où les sens peuvent être mis à contribution. Cette activité se déroule aux instants les plus forts de la journée, le matin ou le soir. C’est une façon de mieux s’imprégner du chant des oiseaux tout en travaillant sur son physique et son souffle.

19. Vous proposerez en juillet 2019 plusieurs sorties en mer pour voir les mammifères marins : quelles espèces peut-on voir ? Les Grands Dauphins sont-ils visibles aussi depuis le Mont-Saint-Michel ?

Sébastien Provost : le Grand Dauphin (Tursiops truncatus) est régulier dans les eaux de la baie du Mont-Saint-Michel, où l’on croise aussi, mais moins fréquemment, des Marsouins communs (Phocoena phocoena). Le Grand Dauphin est rarement vu à marée haute dans l’estuaire en fond de baie près du Mont-Saint-Michel. Il ne dépasse généralement pas le sud des falaises de Carolles et fréquente davantage la partie maritime entre Cancale et Granville. Des sorties en mer seront organisées en juillet 2019 depuis Cancale (Ille-et-Vilaine), en collaboration avec l’association Al Lark, spécialiste des mammifères marins.

20. Votre activité a été lancée depuis quelques mois : votre premier bilan est-il positif et encourageant ?

Sébastien Provost : fin 2018, j’ai travaillé sur la mise en route du site internet Birding-msm.com et sur la communication auprès des offices du tourisme et de la presse locale. Depuis, le site web et ma page Facebook fonctionnent bien. Les activités de tourisme ornithologique ont débuté au début du mois de janvier 2019, il est encore un peu tôt pour faire un bilan mais je suis optimiste, les retours sont pour le moment encourageants et les inscriptions devraient progresser avec l’arrivée du printemps…

Une vidéo de présentation du "Birding Bus"

Pour transporter ses clients, Sébastien Provost utilise un minibus appelé "Birding Bus". Voici ci-dessous une vidéo de présentation.



Vidéo de présentation du "Birding Bus".
Source : Birding Mont-Saint-Michel

Contact

Sébastien Provost - Birding Mont-Saint-Michel (animations et séjours ornithologiques en Normandie et Bretagne) - Courriel :  contact@birding-msm.com - Téléphone : 06 23 57 45 88 - Site web : https://birding-msm.com - Page Facebook  : https://www.facebook.com/sebastien.provost.guide.ornithologue

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Sources

  • Sébastien Provost (2018). Birding Mont-Saint-Michel, animations et séjours ornithologiques en baie du Mont-Saint-Michel, Normandie et Bretagne. www.birding-msm.com et https://www.facebook.com/sebastien.provost.guide.ornithologue
  • GONm (2017). Actu février 2017. Numéro : 27. www.gonm.org
  • S. Provost (2000, 2001 et de 2010 à 2015). Bilans annuels des observations d’oiseaux en baie du Mont-Saint-Michel. ZPS baie du Mont-Saint-Michel. GONm-Bretagne Vivante
  • S. Provost  (2014). Avifaune de la roselière de Genêts (1971-2013). Bilans des observations et données de baguage au sein d’un espace remarquable. Le Cormoran. GONm. Volume : 18. Numéro :77. Pages : 43-59.  
  • S. Provost (2013). Afflux de Bruants lapons en baie du Mont-Saint-Michel en 2010-2011. Ornithos. Volume : 20. Numéro : 3. Pages : 186-187
  • S. Provost (2008). Observation de onze nouveaux taxons en Normandie entre 1999 et 2008. Le Cormoran. Volume: 16. Numéro : 68. Pages : 63-70.
  • Y. Février, R. Jamault et S. Provost (2005). Points chauds : la baie du Mont-Saint-Michel (Ille-et-Vilaine et Manche). Ornithos. Volume : 12. Numéro : 4. Pages : 206-215
  • A. Mauxion et S. Provost (2005). Observer les oiseaux de la baie du Mont-Saint-Michel. Editions du Petit Démon.
  • M. Beaufils (2001). Réflexions sur l’avifaune de la baie du Mont-Saint-Michel entre 1979 et 1999. Enquête sur un site complexe. GONm et Bretagne Vivante

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