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Patrick Fichter nous parle de son livre "Oiseaux migrateurs, secrets de grands voyages"

Ce passionné de photographie et d'ornithologie a répondu à nos questions sur son ouvrage paru en septembre 2016.

| Validé par le comité de lecture

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Patrick Fichter nous parle de son livre "Oiseaux migrateurs, secrets de grands voyages"

Les Hirondelles rustiques (Hirundo rustica) sont le symbole du retour du printemps.
Photographie : Patrick Fichter

La migration des oiseaux est un comportement finalement encore assez mal connu, malgré les nombreuses études menées sur ce sujet. Beaucoup de questions restent encore sans réponse définitive : quelle est son origine ? Comment les itinéraires sont-ils choisis ?  Comment les jeunes et les adultes s'orientent-ils ? Qu'est-ce qui déclenche le départ ? Pourquoi certaines espèces ne migrent-elles pas ? ...
Mais pour le simple observateur comme pour l'ornithologue expérimenté, ce phénomène est avant tout une source d'émotions et d'étonnement : en effet, comment ne pas s'émerveiller devant la performance de passereaux de quelques dizaines de grammes capables de parcourir plusieurs milliers de kilomètres ? Ou comment rester insensible devant le spectacle automnal de milliers de grues ou d'oies s'arrêtant dans quelques sites privilégiés ?
Plusieurs ouvrages ont déjà été publiés sur la migration, plus ou moins complets : les Éditions Sud-ouest viennent (septembre 2016) d'en publier un nouveau intitulé "Oiseaux migrateurs, secrets de grands voyages". Rédigé et illustré par Patrick Fichter, il aborde de façon simple, en 144 pages, le phénomène de la migration. Cet auteur a répondu à nos questions.

Abstract

Bird migration is finally a still poorly-known behavior, despite many studies conducted on this subject. Many questions remain without definitive answers: what is the origin of the migration? How are the flyways chosen? How young and adults find their way? What triggers the start of the migration? Why do some species migrate and others not? ...
But for the basic birder, this phenomenon is above all a great source of emotions and surprises: in fact, how not to be fascinated by the performance of Passerines able to fly thousands of kilometers? Or how to remain insensitive to the autumnal spectacle of the arrival of thousands of cranes and geese? Many books have been published about migration, more or less complete and more or less complex: the book "Oiseaux migrateurs, secrets de grands voyages", has been published in September 2016. Written and illustrated by Patrick Fichter, it explains, in 144 pages, the phenomenon of the bird migration. This author has answered our questions.

Présentation du livre "Oiseaux migrateurs, secrets de grands voyages"

Livre "Oiseaux migrateurs, secrets de grands voyages"

La couverture du livre "Oiseaux migrateurs, secrets de grands voyages" de Patrick Fichter

Le livre "Oiseaux migrateurs, secrets de grands voyages" a été publié en septembre 2016 par les Éditions Sud-ouest. Son auteur est Patrick Fichter, un passionné d'ornithologie et de photographie. Dans un style personnel riche en souvenirs, il tente de présenter de façon accessible le phénomène de la migration.
Les thèmes abordés sont nombreux : l'origine des migrations, l'historique des études, la mue prémigratoire, les invasions ou irruptions (lire Comment expliquer les invasions de Jaseurs boréaux (et d'autres espèces nordiques) ?), les migrations "de fuite" face aux rigueurs de l'hiver, les causes de la migration, les adaptations physiques et physiologiques, l'utilisation des éléments (vents, conditions météorologiques) pour voyager, la migration de jour et de nuit, solitaire ou groupée, les étapes et le choix des itinéraires et l'orientation (lire L'orientation chez les oiseaux).
Des exemples de sites de suivi de la migration sont présentés, comme la baie de l'Aiguillon en Vendée (lire Suivre la migration des oiseaux depuis la pointe de l'Aiguillon). Le livre se termine par un almanach, avec quelques oiseaux à observer mois après mois, et une mise en perspective : de quoi demain sera-t-il fait pour les migrateurs ?
Ce livre est richement illustré par les photographies de l'auteur.

  • Format : relié
  • Poids : 1230 grammes
  • Dimensions : 26 cm x 30 cm
  • Date de parution : 10/09/2016
  • Prix : 24,90 euros.

L'interview de Patrick Fichter

1. Pourquoi avoir rédigé un nouveau livre sur la migration des oiseaux ? Quelles sont selon vous les particularités de votre livre par rapport à d’autres traitant du même sujet ?

Patrick Fichter : ce sujet me fascine et me passionne depuis mon enfance. Les ouvrages (NDLR : en langue française) ayant abordé ce sujet ne sont pas si nombreux que cela finalement, avec seulement cinq ou six ouvrages spécifiques en près de 70 ans. Et il était tentant d’actualiser les informations. Une conversation, sur le bord d’un chemin, avec le directeur de collection des Éditions Sud-ouest a suffi à faire d’une idée encore vague un projet. La particularité de mon livre consiste, à mes yeux, à rendre accessible au plus grand nombre ce phénomène, en proposant, dans toute la mesure du possible, une lecture aisée et plaisante.

2. Les informations sur ce sujet sont nombreuses : cette synthèse a-t-elle été difficile à écrire ? Comment présenter les choses de façon simple sans les simplifier à l’excès ?

Chevalier gambette (Tringa totanus)

Chevalier gambette (Tringa totanus).
Photographie : Patrick Fichter

Patrick Fichter : assez difficile, en effet, compte tenu de ce qui précède. Je lui ai consacré deux ans. On ne peut simplifier à l’excès des réalités scientifiques, car l’on doit à ses lecteurs l’exactitude des informations. Comment ? En travaillant beaucoup, et en puisant dans mes propres observations en plus de la recherche documentaire.

3. Quel équipement photo utilisez-vous ? Quelles sont les raisons de votre choix ?

Patrick Fichter : mon boîtier est un Nikon D4, combiné avec un objectif 300 mm/2.8 de la même marque, auquel j’associe, le plus souvent le doubleur de focale de la dernière génération. Ce choix a été difficile car je suis passé au plein format après avoir utilisé avec bonheur un Nikon D300 S à petit capteur qui me donnait une focale utile de 900 mm. Mais je désirais davantage de finesse dans les images, une plus grande capacité à saisir les vols, et une cadence de prise de vue plus importante. Plusieurs professionnels m’ont guidé dans mon choix. Et puis, depuis bien longtemps, j’ai toujours été fidèle à Nikon, sans n'être jamais déçu.

4. Quels conseils pratiques pourriez-vous donner pour photographier les oiseaux en vol ?

Patrick Fichter : si, d’aventure, je me risquais à donner quelques conseils, je dirais, bien entendu, que, autant que faire se peut, il faut bien s’équiper. Mais l’essentiel est ailleurs. Le plus important consiste à bien connaître les oiseaux, leurs comportements et leurs rituels, ce qui permet d’anticiper leurs réactions. Ainsi, chez les sarcelles, on observe ce que j’appelle la dernière posture avant l’envol : lorsqu’elle l’adopte, il faut garder l’œil collé au viseur et être prêt à déclencher. La connaissance des lieux compte aussi pour beaucoup : elle permet de savoir où sera probablement tel oiseau, et de choisir ses heures de sortie en fonction de la saison et de la lumière. Évidemment, il faut être patient, attentif, concentré, ne pas se laisser distraire par de vains bavardages et prendre tout le temps nécessaire. Mes visites durent souvent plus de six heures, parfois le double. Enfin, il faut avoir l’œil et les réflexes vifs.

5. Où avez-vous pris la plupart de vos photos ?

Spatules blanches (Platalea leucorodia)

Les Spatules blanches (Platalea leucorodia) passent l'hiver en Afrique de l'Ouest, mais un nombre croissant d'entre elles stationne le long des côtes atlantiques.
Photographie : Patrick Fichter

Patrick Fichter : dans la réserve ornithologique du Teich en Gironde (lire Observer les oiseaux dans la réserve ornithologique du Teich) qui, au fil des ans, est devenue quasiment ma résidence secondaire, et une seconde famille. Je pourrais appeler quasiment chaque arbuste par son prénom. Je m’y rends environ 50 fois par an, soit près de 300 heures d'observation. Plus de 320 espèces, nicheuses ou non, peuvent y être observées, assez souvent de près, et le responsable ornithologique est un ami.

6. Quels sont vos sites d’observation préférés ?

Patrick Fichter : de toute évidence là où les oiseaux sont nombreux et proches. Je n’ai pas l’âme voyageuse, mais je vais souvent tenter ma chance dans les Landes, en Dordogne, dans les marais encore sauvages proches de chez moi et dans le Haut-Médoc, près de l’estuaire de la Gironde (lire Laurent Couzi et les oiseaux de l’estuaire de la Gironde).

7. Votre livre est émaillé de plusieurs évocations de vos observations : par exemple, vous débutez la première partie par la description d’un vol de grues un 7 mars un jour de marché. Était-il important de personnaliser un sujet abordé de nombreuses fois ?

Patrick Fichter : pour moi, oui. Ce vol magnifique était vraiment somptueux. Et puis, comme vous avez pu le lire, j’ai souvent essayé de prendre mon lecteur "par la main". C’était, dans mon esprit, un partage d’émotions.

8. Quand on vous parle de migration, quel est le plus beau souvenir qui vous vient à l’esprit ?

Vanneau huppé (Vanellus vanellus)

Le Vanneau huppé (Vanellus vanellus) est un exemple de migration "de fuite" : de nombreux oiseaux quittent l'Europe du Nord et centrale lors des vagues de froid.
Photographie : Patrick Fichter

Patrick Fichter : il s'agit probablement de l’hiver 1954. J’avais seulement cinq ans, mais mon père m'avait déjà guidé dans les marais ou sur les plages voisines (et encore très sauvages) de la maison familiale. Je sais, maintenant, que pour beaucoup, cet hiver fut bien rude et pénible, et c’est d’ailleurs celui au cours duquel l’Abbé Pierre a lancé son célèbre appel. Les choses me sont alors apparues telles qu’un enfant peut les percevoir :  de grands vols de Vanneaux huppés (Vanellus vanellus) survolaient ma maison, et des Bécassines des marais (Gallinago gallinago), des Grives mauvis (Turdus illiacus) et d’innombrables autres passereaux se posaient dans les petits jardins voisins.

9. Vous citez notamment dans votre livre une anecdote intéressante : vous avez observé une Grande Aigrette (Ardea alba) attraper un Étourneau sansonnet (Sturnus vulgaris), puis deux Goélands leucophées (Larus michahellis) sont venus lui dérober cette proie, qui a finalement pu s’échapper. Auriez-vous une autre anecdote originale non présentée dans votre livre à nous présenter ?

Patrick Fichter : je me souviens, notamment, du comportement d’une Bergeronnette printanière (Motacilla flava) lors d’un récent printemps : j'étais à genoux dans un marais, tentant d’approcher un Petit Gravelot (Charadrius dubius), lorsqu’elle est venue se poser sur une fleur d’iris à environ cinq mètres de moi. C’est elle qui m’avait finalement approché, et c’est certainement la meilleure technique d’approche (si j’ose dire) pour qui pratique la billebaude (lire Faire un affût pour pratiquer la photographie animalière). Je suis resté immobile quelques instants, n’osant pas bouger mon matériel. L’oiseau s’est installé, et avec des mouvements lents, j’ai pu commencer la prise de vue. Enfin, cette bergeronnette s’est mise à chanter et est restée sur son iris pendant dix bonnes minutes. Je n’ai pas bougé aussi longtemps qu’elle n’a pas repris son vol. C’est un heureux souvenir qui me reste en mémoire.

10. Observez-vous depuis longtemps les oiseaux ? Est-il important d’observer longtemps avant de photographier les oiseaux ?

Combattant varié (Philomachus pugnax)

Le Combattant varié (Philomachus pugnax) niche en Europe du Nord, et on peut parfois voir des mâles en plumage nuptial lors de leur passage prénuptial.
Photographie : Patrick Fichter

Patrick Fichter : cela fait maintenant plus de 60 ans ! D’une manière générale, je pense que tout photographe animalier devrait se contraindre à consacrer du temps à l’observation préalablement à toute séance d’affût ou d’approche. Beaucoup le font, bien heureusement. Et c’est très fréquemment la condition du succès. Cette façon de faire permet également de limiter au strict minimum le dérangement, un principe à appliquer rigoureusement.

11. Dans quelques cas, vous utilisez des noms "non officiels" d’oiseaux : par exemple, vous parlez de Canard à tête rouge pour parler du Canard siffleur (Anas penelope) : était-ce un choix ? De même, était-ce un choix de ne pas indiquer les noms latins des espèces ?

Patrick Fichter : il m’a semblé utile et agréable pour le lecteur d’évoquer certaines appellations locales qui ont un écho assez fort chez les uns ou les autres en fonction de leur région d’appartenance. En ce qui concerne les noms scientifiques, ils semblent peu connus du grand public, et leur usage aurait risqué, sans doute, d’alourdir le texte, ce qui aurait été contraire à mon objectif fondamental. Selon moi, leur usage est surtout utile pour les spécialistes, par exemple pour indiquer à quelle sous-espèce appartient tel ou tel oiseau, le nom français n'étant alors pas toujours suffisant. C'est le cas par exemple pour la sous-espèce islandaise islandica de la Barge à queue noire (Limosa limosa).

12. Pour évoquer le Canard chipeau (Anas strepera), vous indiquez qu’il appartient à ces "anatidés baptisés canards de la Volga" : pourriez-vous nous en dire plus sur cette appellation particulière et son origine ?

Patrick Fichter : la migration "de mue" a été observée pour la première fois en Russie en 1937. Des groupes d’anatidés composés d'espèces différentes ont alors fait l’objet d’observations à l’embouchure de la Volga, où ils se rassemblent pour effectuer la mue de leurs rémiges qui ont la particularité de tomber simultanément, les empêchant provisoirement de voler. Cette appellation provient donc de ce site de mue.

13. Vous évoquez les "petits colverts de froid" que vous aviez observés en 1971 dans des marais de Vendée, plus fins et aux couleurs plus pures que les autres : avez-vous pu rassembler des éléments scientifiques confirmant cette "impression" ?

Patrick Fichter : malheureusement non. La littérature, notamment cynégétique, mentionnait alors couramment cette "race", certainement originelle. On n’en parle plus guère depuis. Il faut rappeler que 1971 a marqué le début d’une vaste campagne d’élevage et de repeuplement conduite par les chasseurs et que ceci a progressivement conduit à un certain "abâtardissement" de l'espèce Anas platyrhynchos en France. A l’époque, j’avais pu observer ces Canards colverts indiscutablement plus fins et élancés.

Sarcelle d'hiver (Anas crecca)

La Sarcelle d'hiver (Anas crecca), qui hiverne régulièrement en France, nous quitte généralement à la fin du mois de mars.
Photographie : Patrick Fichter

14. Vous indiquez que le miroir alaire des canards leur sert notamment à ne pas s’entrechoquer lors des vols nocturnes : c’est une hypothèse assez peu connue et peu développée, a-t-elle pu être vérifiée ?

Patrick Fichter : ce n’est pas une hypothèse, mais une certitude qui a été souvent mentionnée dans les différentes sources d’information sur le sujet.

15. Parmi les causes de l’activité migratoire des oiseaux, vous évoquez un lien avec la taille des glandes sexuelles : pouvez-vous nous en dire plus sur cette hypothèse ?

Patrick Fichter : tout le monde est unanime pour dire que la cause fondamentale des migrations se trouve dans la raréfaction de la ressource alimentaire. Cependant, pour que l’impulsion de départ ait lieu, il faut un déclencheur. On l’a trouvé dans l’augmentation de la photopériode, c'est-à-dire, de la durée d’éclairement. À partir de cette base assez générale, de multiples recherches ont permis d’établir que l’intensité de l’impulsion migratoire variait sensiblement avec la croissance des glandes sexuelles. Elle serait maximale lorsqu’elles sont en phase de croissance, par exemple au moment de la migration prénuptiale, ou de décroissance, après la période de reproduction. L’impulsion est nulle pendant les phases de stabilité. La migration dépend donc en partie de questions hormonales.

16. Est-ce la première fois que vous travaillez sur un livre ornithologique ? Avez-vous d’autres projets ?

Patrick Fichter : j'ai publié en 2013 un livre intitulé "Portraits d'oiseaux", réalisé avec mon ami Roland Ripoll. En ce moment, je travaille sur un autre aspect fondamental dans le cycle vital d’un oiseau : la reproduction, un phénomène en définitive beaucoup plus varié et complexe que l'on ne croit. Ce n’est évidemment pour l’instant qu’un projet. Mais j’espère bien réussir à convaincre mon éditeur.

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