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Expédition "Makay 2017" : les deux ornithologues nous en disent plus

Anne-Sophie Lafuite et Vincent Romera nous dressent un premier bilan de cette expédition qui s'est déroulée du 22 juillet au 2 septembre 2017 dans le massif du Makay (Madagascar).

| En cours de soumission au comité de lecture

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Expédition "Makay 2017" : les deux ornithologues nous en disent plus

Anne-Sophie Lafuite et Vincent Romera, les deux ornithologues de l'expédition "Makay 2017".
Source : Naturevolution

Du fait de son isolement ancien, le taux d'endémisme de la faune de Madagascar est l'un des plus élevés du monde : plus de 100 espèces d'oiseaux sur près de 300, et 53 % des nicheurs, sont uniques au monde. Malheureusement, en raison de la forte dégradation et destruction des habitats naturels, un pourcentage important de l'avifaune malgache est menacé. Il reste toutefois des territoires encore préservés, grâce à leur classement en parc ou en réserve ou du fait de leur difficulté d'accès : c'est le cas du massif de grès jaunes du Makay, situé dans le centre-ouest de l’île et s'étendant sur près de 150 km de long et 50 km de large. Une forte et ancienne érosion a entaillé cette zone de hauts plateaux, créant de profonds canyons où s'est développée une forêt tropicale humide rappelant celle de l'est de l'île. Une riche biodiversité encore mal connue s'y est développée, à l'abri des pressions humaines.
Du 22 juillet au 2 septembre 2017, sous l'égide de l'association NatureEvolution, des étudiants français de la Société des Jeunes Aventuriers et des chercheurs malgaches ont poursuivi l’inventaire de la faune et la flore initié en 2010 et en 2011. Six semaines ont été dédiées à l’étude de la faune, et notamment des oiseaux.
Ornithomedia.com a soutenu cette expédition en fournissant du matériel. Les deux ornithologues de l'équipe, Anne-Sophie Lafuite et Vincent Romera, ont répondu à nos questions. Nous remercions Vincent Romera (visitez sa galerie Flickr) de nous avoir aidés à illustrer cet interview.

Abstract

Because of its ancient isolation, the endemism rate of the fauna of Madagascar is one of the highest in the world: more than 100 of the nearly 300 bird species (and 53% of the breeders) are unique. Unfortunately, due to the severe degradation and destruction of natural habitats, a significant percentage of the Malagasy birdlife is threatened. There are however still preserved territories, thanks to their protection status or because of their inaccessibility: this is the case of the sandstone massif of Makay, located in the central-western part of the island extending over nearly 150 km long and 50 km wide. A strong and ancient erosion has created deep canyons covered with a rich tropical rainforest. A varied and still poorly known biodiversity has developed there, sheltered from human pressures.
On the 22nd of July to the 2nd of September 2017, under the auspices of the NatureEvolution association, French students of the Société des Jeunes Aventuriers and Malagasy biologists have continued during six weeks the inventory of the flora and the fauna initiated in 2010 and 2011.
Ornithomedia.com supported this expedition by providing equipment. The two ornithologists of the expedition, Anne-Sophie Lafuite and Vincent Romera, answered our questions. We thank Vincent Romera (visit his gallery) for their photos.

L'interview d'Anne-Sophie Lafuite et de Vincent Romera

Situation du massif du Makay (Madagascar)

Situation du massif du Makay (Madagascar).
Carte : Ornithomedia.com

1. Quelles ont été les principales difficultés rencontrées lors de l'inventaire ornithologique de l'expédition "Makay 2017" ?

Anne-Sophie Lafuite et Vincent Romera :
lors de cette expédition, les principales difficultés étaient liées à l'accessibilité aux différentes zones boisées que nous voulions explorer. Le Makay est en effet un massif de grès ruiniforme particulièrement accidenté, et il est assez difficile d'y évoluer.
Il a fallu également concilier une logistique lourde et des travaux des différentes équipes de scientifiques, mais aussi organiser la cohabitation des différentes disciplines sur le terrain afin d’atténuer les biais liés au dérangement de la faune locale. Nous avons, dans la mesure du possible, effectué nos transects (= lignes le long desquelles sont inventoriées toutes les espèces contactées) avant le passage des autres équipes.

2. Certaines compagnies spécialisées organisent des "treks" dans le massif du Makay : est-il régulièrement traversé par des touristes et/ou des habitants ?

Anne-Sophie Lafuite et Vincent Romera : non, le tourisme est pour le moment très limité dans le Makay. Actuellement, l'association Naturevolution estime que le nombre de touristes est de l'ordre de 700 par an, ce qui est relativement faible au regard de la surface du massif (150 km x 50 km). Les secteurs fréquentés sont restreints car la zone est assez hostile et difficile d'accès. Il est aussi important de préciser que l'un des objectifs de Naturevolution est de gérer au mieux ce tourisme et de mettre en place une charte de bonne conduite à destination des tour-opérateurs. La fréquentation des habitants est assez faible, les villages étant implantés autour du massif et les villageois n'y pénétrant que rarement : en effet, sans être totalement "fady" (= interdit ou tabou), le Makay est "craint" par les locaux. Les zones les plus fréquentées se trouvent sur le pourtour et au niveau des points de pénétration, le long des vallées principales (de Menapanda et de Makay par exemple), mais l’expédition de 2017 s'est aventurée beaucoup plus profondément dans le massif.

3. Les "objectifs" de l'expédition "Makay 2017" ont-ils été globalement atteints sur le plan ornithologique ?

Anne-Sophie Lafuite et Vincent Romera : par rapport à la mission scientifique de 2010-2011, nous avons pu observer 21 espèces d'oiseaux supplémentaires, ce qui est un bon résultat. Nous n'en attendions pas autant ! Nous pouvons dire que les objectifs ont été atteints sur le plan ornithologique, mais aussi dans de nombreuses autres disciplines.

4. Pour la première fois, l'exploration scientifique du massif s'est faite durant la saison sèche : quelles ont été les principales conséquences sur la composition de l'avifaune et sur le comportement des oiseaux ?

Drongo malgache (Dicrurus forficatus)

Drongo malgache (Dicrurus forficatus), massif du Makay (Madagascar).
Photographie : Vincent Romera / Naturevolution

Anne-Sophie Lafuite et Vincent Romera : nous avons pu contacter davantage d'espèces durant la saison sèche que lors de l'expédition précédente qui s'était déroulée durant la saison des pluies : c'est  surprenant car nous étions en dehors de la saison de reproduction de la très grande majorité des espèces, qui étaient donc plus discrètes. Il serait intéressant d’effectuer une comparaison plus approfondie entre les communautés d’oiseaux présentes lors des différentes saisons, notamment pour déterminer l'importance de l'arrivée d'espèces hivernantes, un argument supplémentaire en faveur de la conservation du massif.
Pour plusieurs espèces, la fin de notre expédition (en septembre 2017) correspondait toutefois avec le début de leur saison de reproduction : nous avons ainsi pu observer plusieurs rapaces parader ou adopter des comportements territoriaux, comme le Gymnogène de Madagascar (Polyboroides radiatus), le Crécerelle malgache (Falco newtoni), l'Alcin des chauves-souris (Macheiramphus alcinus) ou l'Autour de Henst (Accipiter henstii). Un accouplement en vol de Martinets malgaches (Apus balstoni) a aussi été noté. Pour d'autres espèces, les chants ont constitué les seuls indices de reproduction, aucun transport de matériaux ou accouplement n'ayant été noté.
Au niveau comportemental, nous avons observé à plusieurs reprises des groupes ("flocks") mixtes d’espèces se nourrissant ensemble (lire Les rondes d'oiseaux). Ces groupes d'insectivores, plus ou moins importants et de composition variable, étaient généralement très actifs et mobiles. Le Drongo malgache (Dicrurus forficatus), la Petite Éroesse (Neomixis tenella), les Bulbuls malgache (Hypsipetes madagascariensis) et tetraka (Berniera madagascariensis) et la Newtonie commune (Newtonia brunneicauda) étaient presque systématiquement présents. Le cas des Bulbuls de Madagascar est assez intéressant : ils se joignaient souvent à ces groupes dans les zones plus pauvres en fruits, tandis que dans les vallées où les baies étaient plus abondantes, ils formaient d’importantes troupes monospécifiques composées de plusieurs dizaines d’individus.

5. Différentes méthodes de comptage (transects avec identification à vue et au chant, repasse et points d’écoute) des oiseaux ont été utilisées : certaines se sont-elles révélées mieux adaptées et donc plus efficaces que d'autres ?

Point d'observation

Point d'observation dans le massif du Makay (Madagascar).
Photographie : Vincent Romera / Naturevolution

Anne-Sophie Lafuite et Vincent Romera : après avoir essayé différentes méthodes d'inventaire, nous nous sommes rapidement rendu compte que la repasse n'était pas appropriée et que les espèces réagissaient peu (lire La repasse et les oiseaux : utilisation, avantages, risques et conseils). Cette technique n'a d'ailleurs ensuite été utilisée que pour confirmer la présence de certaines espèces, lorsque cela était nécessaire.
La méthode la plus largement mise en oeuvre était celle des transects. Les habitats parcourus étaient principalement des forêts-galeries assez encaissées, et pour pouvoir les prospecter efficacement, les inventaires linéaires nous sont apparus comme étant les plus adaptés.
Plus occasionnellement, des points d'écoute et des séances d'observation depuis des points élevés (pour les rapaces) ont été utilisés. Dans le canyon aux palmiers, le dernier prospecté, ce sont les points d'écoute qui ont primé : en effet, les fonds étaient très humides et jonchés de grandes palmes, et se déplacer faisait beaucoup de bruit. S'arrêter pour écouter les espèces présentes était plus efficace. 

6. Des captures avec des filets japonais ont complété les inventaires visuels et sonores : quelles ont été les espèces les plus capturées ? Avez-vous eu des surprises ?

Anne-Sophie Lafuite et Vincent Romera : nous avons effectivement installé des filets japonais près de plusieurs camps, l'objectif principal étant de capturer des Bulbuls tetrakas (Berneria madagascariensis) pour réaliser des prélèvements sanguins dans le cadre du programme de recherche de notre collaborateur malgache Eric Marcel Temba. Globalement, le taux de capture a été très faible et cette méthode n'a pas été très concluante. Les espèces les plus souvent collectées ont été le Bulbul de Madagascar (Hypsipetes madagascariensis) et le Martin-pêcheur malgache (Corythornis madagascariensis). Nous avons également capturé la Huppe de Madagascar (Upupa marginata) et le Vanga écorcheur (Vanga curvirostris) : ce dernier, de la taille d'un merle mais plus robuste, est très vif et possède un bec puissant à l’extrémité recourbée et acérée : un véritable bonheur lors du démaillage !

7. Avez-vous finalement distribué dans le village de Kalomboro un questionnaire sur les oiseaux du secteur pour établir une liste préliminaire d’espèces ? Si oui, avez-vous appris des choses ?

Coua huppé (Coua cristata)

Coua huppé (Coua cristata), massif du Makay (Madagascar).
Photographie : Vincent Romera / Naturevolution

Anne-Sophie Lafuite et Vincent Romera : nous disposions déjà d’une liste préliminaire issue des inventaires de l'expédition de 2010-2011. L'objectif de ces questionnaires était plutôt de savoir quelles espèces d'oiseaux étaient chassées dans la région. Au travers de différents constats et d'échanges avec les habitants locaux, nous pouvons affirmer que les Couas huppé (Coua cristata), géant (C. gigas) et de Coquerel (C coquereli), l'Ibis huppé (Lophotibis cristata) et plusieurs rapaces, dont le Gymnogène de Madagascar, sont chassés aux abords du Makay voire même dans le massif le long des grandes vallées. Les rapaces sont notamment accusés de décimer les poules dans les villages, alors que les autres espèces sont consommées.

8. L'inventaire des rapaces était l'une des priorités de l'expédition Makay 2017 : quels ont été les principaux résultats obtenus (diversité, densité...) ?

Anne-Sophie Lafuite et Vincent Romera : nous avons recensé dix espèces de rapaces potentiellement nicheuses dans le Makay. Sur l'île de Madagascar, 14 rapaces sont considérés comme nicheurs, ce qui fait du Makay un site d'importance nationale pour la conservation des rapaces, avec plus de 70 % des espèces reproductrices présentes. Sur les pourtours du massif et à plusieurs dizaines de kilomètres à la ronde, les habitats ont été très fortement dégradés et sont dominés par des savanes sèches : le Makay, avec ses forêts encore préservées et ses nombreuses falaises, pourrait donc constituer une "zone refuge" offrant des habitats potentiellement favorables aux oiseaux de proie. Une évaluation des densités de population et des sites de nidification de plusieurs espèces régulièrement observées durant l’expédition est en cours.

9. Plusieurs couples d’Autours de Henst ont été localisés durant l'expédition : existe-t-il donc une population isolée de ce rapace dans le massif, ce qui compléterait l’aire de répartition connue de l’espèce ?

Autour de Henst (Accipiter henstii)

Autour de Henst (Accipiter henstii), massif du Makay (Madagascar).
Photographie : Vincent Romera / Naturevolution

Anne-Sophie Lafuite et Vincent Romera : le cas de l'Autour de Henst est très intéressant car il figure notamment sur la Liste Rouge de l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) en tant qu’espèce "vulnérable". Nous avons localisé deux couples nicheurs à proximité de deux des camps de l'expédition. Ce rapace d'une taille assez importante ayant un comportement erratique, il n'est pas possible d'affirmer que la population du Makay est isolée, des échanges avec d'autres noyaux ne pouvant être exclus. En revanche nous pouvons effectivement dire que ces nouvelles données permettent de compléter l'aire de répartition de l'espèce, le site de nidification connu le plus proche étant situé à 100 km plus au sud. Il faut toutefois se rappeler que la pression d'observation est assez faible à Madagascar et que par conséquent de nombreux endroits n'ont pas ou très peu été prospectés...

10. Un couple d'Alcins des chauves-souris a été trouvé durant l'expédition : en quoi est-ce particulièrement remarquable ?

Anne-Sophie Lafuite et Vincent Romera : cette donnée est remarquable puisqu'à Madagascar l'espèce est mal connue et est considérée comme étant rare et très localisée. Elle figure d’ailleurs sur la liste rouge de l’UICN. La découverte de ce couple est d'autant plus importante que le Peregrine Fund (qui a financé en partie le volet ornithologique de l’expédition) a lancé un programme de conservation de cette espèce à Madagascar. De futures collaborations sont envisagées afin de déterminer l’importance du massif pour ce rapace.

11. Pourquoi le Gymnogène de Madagascar est-il emblématique du massif ? Avez-vous estimé la population nicheuse ?

Gymnogène de Madagascar (Polyboroides radiatus)

Gymnogène de Madagascar (Polyboroides radiatus), massif du Makay (Madagascar).
Photographie : Vincent Romera /Naturevolution

Anne-Sophie Lafuite et Vincent Romera : le gymnogène a été observé près de tous les camps et à de nombreuses reprises. Ce grand rapace, à la silhouette et aux couleurs singulières, nicherait majoritairement dans des arbres : or, dans le Makay, nous avons constaté qu'il fréquentait également les falaises. Nous avons repéré sur des parois rocheuses de nombreuses aires de très grande taille attribuées dans la plupart des cas à cette espèce (cantonnement de couples et parades observés). L'espèce a parfois été contactée en petits groupes, comme le 2 août 2017 où cinq adultes s'élevaient dans la même ascendance thermique au-dessus du camp de Mahasoa. Au final, ce sont onze couples et/ou territoires qui ont été recensés dans les zones prospectées.

12. Avez-vous observé le Faucon à ventre rayé (Falco zoniventris) et le Busard de Madagascar (Circus macrosceles) ?

Anne-Sophie Lafuite et Vincent Romera : à notre grand regret nous n'avons pas observé ces deux rapaces, malgré une attention particulière à leur égard. Cependant, ils pourraient être présents ailleurs dans le massif ou à ses abords. Le périmètre de la future Aire Protégée du Makay englobe notamment une forêt tropicale sèche dans le sud-ouest du massif, un type d'habitat qui pourrait accueillir le Faucon à ventre rayé.

13. L'Ibis huppé a-t-il été observé durant l'expédition ? Si oui, avez-vous identifié la sous-espèce (L. cristata cristata ou L. cristata urshi) ?

Canyon dans le massif du Makay

Canyon dans le massif du Makay (Madagascar).
Photographie : Vincent Romera / Naturevolution

Anne-Sophie Lafuite et Vincent Romera : oui, c'est d'ailleurs l'une des espèces phares du massif du Makay. Elle figure également sur la Liste Rouge de l’UICN et est considérée comme étant "quasi-menacée". Ce petit ibis forestier a été observé dans tous les secteurs prospectés lors de l'expédition, et il fréquente en particulier les petits canyons encaissés et boisés. Il s'agit ici de la sous-espèce urshi, présente dans la partie sud-ouest du pays.

14. Deux des espèces endémiques de la région, le Bulbul d'Appert (Xanthomixis apperti) et la Mésite variée (Mesitornis variegata), ont-elles été vues durant l'expédition ?

Anne-Sophie Lafuite et Vincent Romera : le Bulbul d'Appert est en réalité endémique des forêts tropicales sèches de Zombitse et Vohibasia, au-delà de la rivière Mangoky qui sépare les massifs du Makay et de l'Isalo, 100 km plus au sud. Suite à la récente découverte de populations isolées, cette espèce pourrait être présente 100 à 150 km au sud-ouest du massif, mais pour le moment, aucune observation n'a été faite au nord de la Mangoky. Les forêts les plus favorables, situées sur la  bordure sud-ouest du Makay, n'ont pas été prospectées cette année.
La Mésite variée n'a pas été contactée non plus, et d'après les guides ornithologiques et la documentation, le Makay serait situé en dehors de son aire de répartition.

15. Le Coua à tête rousse (Coua ruficeps) est-il présent dans le massif ?

Anne-Sophie Lafuite et Vincent Romera : cette espèce n'a pas été observée lors des inventaires 2010-2011 et nous ne l'avons pas vue cette année non plus. Il semblerait qu'elle soit absente des zones prospectées. Il s'agit aussi d'un oiseau plutôt inféodé aux forêts tropicales sèches de l'Ouest. Mais la mission de 2017 ayant principalement pour but d'inventorier les forêts-galeries, elle pourrait être présente ailleurs dans le massif.

16. Dans une interview publiée en août 2017 sur le site web de Naturevolution, vous avez précisé qu'une demi-douzaine d’espèces qui n’étaient pas encore connues dans le Makay ou  dont l’aire de répartition n’incluait pas le massif, ont été observées : de quelles espèces s'agit-il ?

Monticole des forêts (Monticola sharpei bensoni)

Monticole des forêts (Monticola sharpei bensoni), massif du Makay (Madagascar).
Photographie : Vincent Romera / Naturevolution

Anne-Sophie Lafuite et Vincent Romera : en effet, nous avons observé cinq espèces (hors rapaces) dont la présence dans la région était inconnue. Il s'agit du Founingo bleu (Alectroenas madagascariensis), originaire des forêts tropicales pluvieuses de l'Est, de l'Asity de Schlegel (Philepitta schlegeli), que l'on trouve plutôt au nord-ouest et le long de la côte occidentale, du Monticole des forêts (Monticola sharpei bensoni), considéré comme étant absent ou non connu dans la région du Makay, du Tylas à tête noire (Tylas eduardi), principalement présent dans l'Est et dans quelques localités de la côte occidentale, et de la Caille arlequin (Coturnix delegorguei).

17. Dans cette même interview, vous avez précisé qu'une espèce strictement inféodée aux forêts tropicales humides pluvieuses (comme celles que l'on trouve près de Majunga) avait été découverte durant l'expédition : de quelle espèce s'agit-il ?

Anne-Sophie Lafuite et Vincent Romera : nous faisions allusion à l’Asity de Schlegel, dont l’aire de répartition est normalement limitée au nord-ouest de l’île (région de Majunga), et qui figure également sur la Liste Rouge de l’UICN.

18. Quelles espèces d'oiseaux aquatiques remarquables ont été observées ? La Sarcelle de Bernier (Anas bernieri) a-t-elle été observée ? Avez-vous eu des surprises ?

Anne-Sophie Lafuite et Vincent Romera : aucune espèce aquatique remarquable n'a été observée. Les cours d'eau sont a priori trop rapides pour la Sarcelle de Bernier, qui fréquente plutôt des eaux calmes et si possible saumâtres. Elle est en revanche présente dans la partie aval de la rivière Mangoky.

19- Votre dessinatrice Aurélie Calmet a-t-elle réalisé des croquis d'oiseaux ?

Anne-Sophie Lafuite et Vincent Romera : Aurélie a eu l’occasion de réaliser quelques croquis d’oiseaux, notamment de l’Autour de Henst en fin de journée, dans un canyon étroit (visitez son blog). Vincent Romera a également réalisé de nombreuses photographies d’oiseaux (visitez sa galerie Flickr).

20- Quel guide (livre) ornithologique conseilleriez-vous pour partir à Madagascar ?

Anne-Sophie Lafuite et Vincent Romera : nous avions emporté plusieurs guides ornithologiques. Le plus récent d’entre eux, le "Birds of Madagascar and the Indian Ocean Islands" de F. Hawkins, R. Safford et A. Skerrett, nous a semblé le plus complet au niveau des cartes de répartition et des informations, même si certaines planches d’illustrations prêtaient parfois à confusion. Les différentes éditions se sont donc révélées assez complémentaires.

21. Avez-vous constaté une évolution de la situation des habitats du massif entre 2010 et 2017 ? Les menaces se sont-elles aggravées ?

Vallée de Beora

Vue du massif du Makay (Madagascar) près de la vallée de Beora.
Photographie : Vincent Romera / Naturevolution

Anne-Sophie Lafuite et Vincent Romera : d'après les retours que nous avons pu obtenir et les rapports établis en 2010-2011, il semblerait que dans la forêt de Menapanda (le site de l'expédition de 2010-2011), au sud du massif, les premières actions de conservation portent leurs fruits. Cette zone boisée, qui était auparavant en assez mauvais état de conservation, a effectivement tendance à évoluer vers une forêt secondaire dense assez intéressante. Il est difficile de se prononcer plus largement, le massif étant très vaste et seule une partie ayant été parcourue, mais globalement, il semblerait que les habitats soient dans un état relativement stable. Toutefois, nous avons pu localiser au cours de l'expédition de 2017 plusieurs zones récemment brûlées dans les vallées les plus accessibles du Makay, et le parc national d'Isalo, le plus proche du Makay, a été touché par des incendies : la menace est donc bien réelle, les feux de brousse étant un problème récurrent dans tout le pays, d’où l’importance des actions de l’association Naturevolution afin de limiter leur impact sur les dernières forêts préservées du massif (vous pouvez soutenir ces actions).

22. Où en est le projet de création d'une aire protégée dans le massif ?

Anne-Sophie Lafuite et Vincent Romera : le statut de Nouvelle Aire Protégée du Makay était jusqu'à maintenant temporaire, mais suite à l'expédition de 2017, un dossier a de nouveau été déposé auprès des institutions afin d'obtenir le classement définitif du site, ainsi que la délimitation stricte de son périmètre. Naturevolution et Naturevolution Madagascar ont également l'intention de demander le classement du Makay au titre de Réserve de la Biosphère, un statut délivré par l'UNESCO. Nous sommes plutôt optimistes, et d'après nous, le massif mérite bien ce titre !

Deux documentaires sur l'expédition dans le massif du Makay

Le film "Madagascar, expédition en terre Makay", tourné pendant l'expédition de 2017 et produit par la société "Les Gens Bien" et  la chaîne Arte, sera projeté à l'Université Pierre et Marie Curie (5ème arrondissement, Paris) le 12 décembre 2017. L'entrée est gratuite et vous êtes cordialement invités. Vous pouvez vous inscrire à l'évènement sur Facebook. Si vous ne pouvez pas venir, sachez que le film sera diffusé sur Arte et Ushuaia TV dans le courant de l'année 2018.
Un documentaire avait été réalisé durant l'expédition de 2010-2011, voici ci-dessous sa bande-annonce.



Bande-annonce du documentaire "Makay, les aventuriers du monde perdu", présentant l'expédition de 2010-2011.
Source : Naturevolution

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