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Eric Bureau, vétérinaire du Parc des Oiseaux de Villars-les-Dombes, répond à nos questions

Nous l'avons interrogé sur les actions de conservation menées par ce parc ornithologique et sur l'avifaune de la Dombes (Ain).

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Eric Bureau, vétérinaire du Parc des Oiseaux de Villars-les-Dombes, répond à nos questions

Eric Bureau, le vétérinaire du Parc des Oiseaux de Villars-les-Dombes (Ain).
Photographie : Ornithomedia.com

La Dombes est un plateau d'origine morainique situé dans le département de l'Ain. Cette région naturelle est célèbre pour ses étangs (plus de 1 000) créés à partir du Moyen-Âge pour l'élevage des poissons (principalement des carpes, des brochets et des sandres) : près de 15 000 tonnes sont produites par an actuellement. Chaque étang est vidé en automne afin d’être pêché, ce qui attire de nombreux oiseaux piscivores (aigrettes, hérons, cormorans, rapaces). La Dombes constitue une importante zone humide pour les oiseaux (elle est inscrite au réseau Natura 2000). Plus de 130 espèces y nichent, dont plusieurs sont peu communes comme le Grèbe à cou noir, la Nette rousse ou le Crabier chevelu.
En 1963, à l'initiative du professeur Lebreton et du docteur Vaucher, le Conseil général de l'Ain a acquis un domaine de 223 hectares (qui a été étendu progressivement pour atteindre désormais 380 hectares) dans la commune de Villars-les-Dombes composé d'étangs, de prairies humides et de bois. Une partie (35 hectares) a été ouverte au public et forme le Parc des Oiseaux, qui présente dans des volières et à l'air libre une collection de 3 000 oiseaux appartenant à 300 espèces originaires de tous les continents. Ce parc est membre de l'Association Européenne des Zoos et des Aquariums et de l'Association Nationale des Parcs Zoologiques et participe à une quinzaine de programmes européens d'élevage pour la sauvegarde et la réintroduction d'espèces menacées, comme le Pélican frisé (première reproduction réussie en captivité), le Manchot de Humboldt, le Vautour moine ou l'Ara hyacinthe.
Eric Bureau, le vétérinaire du parc, a répondu à nos questions concernant les actions de conservation menées par ce dernier et l'avifaune de la Dombes. Nous remercions Yves Thonnerieux pour nous avoir aidés à illustrer cette interview.

Abstract

The Dombes is a morainic plateau located in the French department of Ain. It is famous for its fish ponds (more than 1,000) created from the Middle Age: around 15 000 tons of fishes (mainly carps, pikes and pikeperchs) are produced annually. In automn, each pond is emptied to be “harvested”, which attracts many fish-eating birds (egrets, herons, cormorants, raptors). The Dombes is indeed an important wetland (it is part of the Natura 2000 network) for aquatic birds, with more than 130 breeding species, some of them being uncommon such as the Black-necked Grebe, the Red-crested Pochard, and the Squacco Heron.
In 1963, on the initiative of the Professor Lebreton and the Dr. Vaucher, the Conseil général de l'Ain bought an area of ​​223 hectares (which was gradually extended to now 380 hectares) in the commune of Villars-les-Dombes, composed of ponds, wet meadows and woods. A part of it (35 hectares) was opened to the public and forms the Parc des Oiseaux, which presents a collection of 3,000 birds belonging to 300 species from all the continents. This park is a member of the European Association of Zoos and Aquariums and the National Association of Zoological Parks and participates in about fifteen European breeding programs for the protection and the reintroduction of endangered bird species, such as the Dalmatian Pelican (first successful breeding in captivity), the Humboldt Penguin, the Black Vulture or the Hyacinth Macaw.
Eric Bureau, veterinarian of the Parc des Oiseaux, answered our questions about the conservation actions taken by the Parc des Oiseaux and about the avifauna of the Dombes. We thank Yves Thonnerieux for his photos.

1. Pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel ? Comment devient-on vétérinaire dans un parc zoologique ?

Situation de Villars-les-Dombes (Ain)

Situation de Villars-les-Dombes (Ain).
Carte : Ornithomedia.com

Eric Bureau : j’ai toujours été passionné par les petites bêtes et par l’ornithologie. J’ai des souvenirs qui remontent à l’âge de cinq ou six ans dans le jardin de la maison de mes parents. Je me suis intéressé aux oiseaux que je pouvais observer dans mon quartier, puis dans un rayon accessible à vélo ! Quand j’ai eu mon permis de conduire, j’ai fait des voyages en Camargue, dans les Alpes et en Espagne… C’est cette passion qui m’a incité à faire des études vétérinaires, avec l’idée que c’était un bon cursus pour travailler dans le domaine des oiseaux (lire Devenir ornithologue ou exercer un métier lié à l'ornithologie).
J’ai créé un centre de soins dans mon école vétérinaire, puis j’ai découvert le Parc des Oiseaux de Villars-les-Dombes (Ain) où j'ai récupéré des oiseaux sauvages blessés. Avant d’y être embauché en CDI (Contrat à Durée Indéterminée), j’ai eu différentes expériences et j'ai signé plusieurs contrats courts pour le parc. Mon métier de vétérinaire me permet entre autres d'être en contact avec des oiseaux du monde entier, de m’impliquer dans la sensibilisation et l’information du public et de participer à des programmes de conservation in situ ou ex situ. Je rencontre aussi des personnalités remarquables impliquées dans la conservation des oiseaux.

2. Les parcs zoologiques jouent-ils globalement un rôle utile pour la conservation des oiseaux sauvages ?

Eric Bureau : oui, sans aucun doute. En tant que conservatoire d’espèces, nous travaillons en réseau et nous échangeons beaucoup de données scientifiques zootechniques. Nous gérons des populations captives en nous coordonnant au niveau européen, voire mondial pour certaines espèces comme l'Ara canindé (Ara glaucogularis) (lire À la recherche de l'Ara canindé dans les savanes de Bolivie) et le Garrulaxe de Courtois (Garrulax courtoisi). Cela nous a permis de monter des programmes de réintroductions ou de renforcer des populations dans la nature (quand le milieu le permet). En outre, de nombreux parcs soutiennent financièrement et techniquement des programmes de conservations directement sur le terrain. Notre rôle est aussi important pour sensibiliser les visiteurs aux enjeux de la conservation. Quand nous arrivons à créer une émotion et un intérêt pour les oiseaux, le public est plus réceptif : on ne protège que ce que l’on aime et que ce que l’on connaît.

3. En quoi le Parc des Oiseaux est-il différent des nombreux autres parcs ornithologiques d'Europe ?

Limites du Parc des Oiseaux et de la réserve départementale de la Dombes (Ain)

Limites (en bleu) du Parc des Oiseaux et de la réserve départementale de la Dombes (Ain).
Carte : Ornithomedia.com d'après Eric Bureau

Eric Bureau : la Dombes est une région d’importance majeure pour l’avifaune, en particulier aquatique. Le parc, d’une superficie de 35 hectares, a été créé dans les années 1960 dans la continuité de la mise en place d’une réserve départementale (qui couvre aujourd’hui 340 hectares), d’où une véritable cohérence et une légitimité de l'ensemble. Le parc possède environ 3 000 oiseaux de 300 espèces, ce qui constitue l’une des plus importantes collections du monde. Une autre caractéristique marquante est qu'il est très végétalisé, et les oiseaux sauvages (hérons, aigrettes, canards, passereaux...) y sont omniprésents :  ils nichent spontanément dans la partie ouverte au public, parfois même davantage que dans la zone en réserve. La possibilité d'observer à la fois des espèces typiques de la Dombes et d'autres venant de différentes régions du monde est assez surprenante.
  
4. Des oiseaux sauvages continuent-ils à être capturés pour alimenter les collections des parcs ?

Eric Bureau : non, c’est maintenant très encadré (et c’est tant mieux). Les parcs ont beaucoup évolué depuis 30 ans : on ne prélève plus d’individus dans la nature et on essaie de faire se reproduire les oiseaux que nous hébergeons. On s’efforce aussi de gérer des populations génétiquement viables dans le long terme, y compris des espèces encore très communes dans la nature.
 
5. La reproduction d'une espèce en captivité est-elle toujours un indice de bien-être ?

Ibis rouges (Eudocimus ruber)

Les Ibis rouges (Eudocimus ruber) se reproduisent dans le Parc des Oiseaux de Villars-les-Dombes (Ain), où ils forment une colonie dans une volière.
Photographie : Ornithomedia.com

Eric Bureau : non, pas forcément, mais le bien-être y contribue. Des indices peuvent par contre annoncer un mal-être, comme des comportements particuliers ("marqueurs"), des maladies opportunistes ou des indices sanguins. Le bien-être est l'une de nos préoccupations majeures : il repose sur les conditions d’hébergement, sur les choix d’associations d’espèces dans une même volière, sur l’alimentation, sur le sentiment de sécurité… Dans certaines de nos volières, des oiseaux nichent et élèvent leurs jeunes à moins d’un mètre des visiteurs, ce qui constitue pour moi le reflet d’une certaine sérénité.
 
6. Êtes-vous pour ou contre les spectacles de rapaces qui sont de plus en plus fréquents dans les parcs d'attractions ?

Eric Bureau : je n'y suis pas opposé si cela est bien fait et si les oiseaux ne sont pas contraints. C’est un moyen privilégié pour capter l’attention du public, par exemple pour lever des préjugés sur les rapaces. J’ai en effet déjà vu des gens qui ne voulaient pas pénétrer dans la volière des vautours par peur de se faire attaquer ! Notre spectacle des oiseaux en vol du parc présente très peu de rapaces mais illustre plutôt la diversité du monde aviaire. C’est un moment privilégié de toute visite, qui nous ramène à l’émotion : quand je vois (et cela arrive souvent) des visiteurs avec la larme à l’œil à la fin du spectacle, je me dis qu’une partie de notre mission est accomplie.
 
7. Vous avez été les premiers (en 1981) à faire se reproduire en captivité le Pélican frisé : pourquoi cela n'avait-il pas été réussi auparavant ? Des oiseaux nés en captivité dans le parc ont-ils été réintroduits dans la nature ?

Pélican frisé (Pelecanus crispus)

Pélican frisé (Pelecanus crispus) dans le Parc des Oiseaux de Villars-les-Dombes (Ain) en juin 2018.
Photographie : Ornithomedia.com

Eric Bureau : oui, c’était une belle réussite, avec certainement un peu de chance. À l’époque, les parcs gardaient les Pélicans frisés (Pelecanus crispus) dans des abris pendant l’hiver par peur des effets du gel, alors qu’ils ne craignent pas le froid. Ils quittent en effet tard l’Asie centrale pour migrer et ils reviennent tôt, quand il peut encore geler. Dans le parc, on avait décidé de les laisser dehors toute l’année avec un système de pompe dans l’étang pour que l’eau ne gèle pas complètement, et une île avait été aménagée pour favoriser la reproduction. Et cela a marché : la population captive globale est passée de quelques dizaines d’individus à plus de 560 actuellement, et elle est viable sur le long terme.
Nous avons beaucoup travaillé sur un projet de réintroduction de l’espèce en Croatie, qui aurait permis de créer un nouveau site de nidification dans les Balkans et de faciliter les brassages génétiques entre les colonies encore existantes. Malheureusement cela n’a pas dépassé le stade du projet, malgré le soutien du gouvernement croate : en effet, une partie des habitants ne souhaitait pas le retour de ces grands piscivores (ce que je peux comprendre), et sans le soutien des populations, ce type de projet est souvent voué à l’échec.
 
8. Vous participez au programme de conservation du Gypaète barbu coordonné par la Vulture Conservation Foundation (VCF) : quels sont vos objectifs ?

Eric Bureau : nous soutenons financièrement la VCF qui fait un travail remarquable et qui a acquis une expertise à mon sens assez exceptionnelle. En outre, on nous a confié un couple de Gypaètes barbus (Gypaetus barbatus) nés en captivité. Notre mâle est encore jeune, mais nous attendons avec impatience une reproduction. La VCF décidera du sort des jeunes, dont certains seront relâchés dans la nature et d’autres gardés pour former de nouveaux couples reproducteurs. Actuellement, environ deux tiers des jeunes nés en captivité sont réintroduits dans la nature (lire Etienne Marlé et la réintroduction du Gypaète barbu dans les Alpes).
 
9. En 2017, un Vautour moine et des Outardes canepetières sont nés dans le parc, ce qui est assez rare : sont-ils destinés à rester captifs ?

Eric Bureau : dans le passé, deux Vautours moines (Aegypius monachus) nés dans le parc ont été réintroduits dans les Grands Causses (massif Central). La population actuelle de l'espèce en captivité est assez faible. La femelle née l’année dernière a été placée dans une volière avec d’autres jeunes, et elle y restera le temps de se choisir un partenaire; ce sont leurs descendants qui seront intégrés dans des programmes de réintroduction ou qui resteront en captivité.
Les Outardes canepetières (Tetrax tetrax) qui ont donné naissance à des poussins dans le parc ne sont pas migratrices et ne pourront donc pas participer à des programmes de renforcement de la population en France. En outre, la population en captivité de cette espèce est très faible, et le but est de l’augmenter. 

10. Vous proposez une volière avec des Colibris falle-vert : les colibris sont-ils très difficiles à faire se reproduire en captivité ?

Colibri falle-vert (Eulampis holosericeus)

Colibri falle-vert (Eulampis holosericeus) dans une volière du Parc des Oiseaux de Villars-les-Dombes (Ain).
Photographie : Parc des Oiseaux

Eric Bureau : les colibris font partie des oiseaux difficiles à faire se reproduire en captivité car ils sont petits et fragiles, leur régime alimentaire est bien particulier, et ils sont surtout très territoriaux (lire Les colibris, des oiseaux étonnants). Nous avons travaillé avec des spécialistes pour la conception de notre bâtiment dédié. La reproduction des colibris est un vrai objectif pour nous : dans cette optique, nous venons de recevoir de jeunes Arianes de Lesson (Amazilia amazilia) nées dans un parc allemand.
 
11. Du 20 octobre au 4 novembre 2018, vous proposerez un thème sur la migration d'automne, avec une conférence sur l'impact du réchauffement sur la migration et un jeu pour les jeunes : souhaitez-vous mettre de plus en plus l'accent sur la sensibilisation du public ?

Eric Bureau : oui, et ce printemps, nous avons proposé trois conférences et des animations sur les oiseaux africains. Nous parlerons des vautours à la fin du mois d’août, puis des migrations en octobre-novembre. L’information des visiteurs est essentielle pour nous, mais notre objectif n’est pas de les culpabiliser, seulement de les sensibiliser. Ils pourront ensuite aller plus loin si ils le souhaitent. Nous travaillons également sur l’utilisation des nouvelles technologies pour élargir notre offre, en particulier à destination des scolaires.

12. Des oiseaux du parc se sont-ils déjà échappés de captivité ? Cela constitue-t-il un risque potentiel ?

Eric Bureau : c’est arrivé de façon exceptionnelle et nous sommes très attentifs pour empêcher que cela n'arrive. Généralement, si un oiseau quitte une volière, il a tendance à vouloir y retourner car elle représente une certaine sécurité pour lui : il est donc assez facile à capturer. J’ai le souvenir d’un Pélican blanc (Pelecanus onocrotalus) du spectacle volant qui s’était perdu suite à un coup de vent : nous l’avons retrouvé en Isère (à 80 km) après trois jours de vadrouille. Quand il nous a vus, il nous a rejoints immédiatement, et il était je le pense effrayé (et affamé). Ceci étant, l’histoire nous a montré quel impact négatif sur la biodiversité pouvaient avoir des espèces devenues invasives, et c’est donc un risque qu’il ne faut surtout pas négliger.
   
13. Le Parc des Oiseaux a-t-il été touché par l'épidémie de grippe aviaire de 2005-2006 ?

Eric Bureau : d’un point de vue épidémiologique, le virus n’a pas circulé dans le parc (lire Grippe aviaire : deux spécialistes du Cirad nous en disent plus) car nous avions mis en place des mesures de biosécurité strictes (confinement des oiseaux, compartimentation du parc en sous-unités épidémiologiques) et une gestion appropriée des flux (hommes, oiseaux, matériel..). Certains individus ont été replacés dans leur volière ou dans leur enclos assez tardivement, ce qui a eu pour conséquence l’absence de reproduction. La réouverture au public a également été très tardive, ce qui a eu un fort impact sur la fréquentation.

14. Les particuliers peuvent-ils vous apporter des oiseaux blessés ?

Eric Bureau : non car nous nous ne sommes pas un centre de soins de la faune sauvage (lire Oiseau blessé ou oisillon tombé du nid : que faire ?). C’est parfois difficile à faire comprendre, mais légalement, cela nous obligerait à créer des structures supplémentaires séparées physiquement de celles du parc.
 
15. Donnez-vous parfois de jeunes oiseaux exotiques nés "en surnombre" à des particuliers passionnés ?

Eric Bureau : cela nous arrive ponctuellement de faire des échanges ou des prêts avec des éleveurs privés. J’ai eu la chance de rencontrer de vrais passionnés, très pointus et qui ont acquis une expérience assez impressionnante, mais les échanges se font principalement avec les autres parcs.

16. Le parc est le principal bastion de la Cigogne blanche dans la région Auvergne-Rhône-Alpes : pouvez-vous nous rappeler l'histoire de la présence de cette espèce dans le parc ? Combien de couples nichent-ils désormais ?

Cigognes blanches (Ciconia ciconia)

Cigognes blanches (Ciconia ciconia) dans le Parc des Oiseaux de Villars-les-Dombes (Ain) en juin 2018.
Photographie : Ornithomedia.com

Eric Bureau : l’histoire est belle. En 1978, un mâle sauvage de Cigogne blanche (Ciconia ciconia) s’est apparié avec une femelle blessée inapte au vol qui avait été placée dans un enclos. Un nid a été construit au sol et quatre jeunes ont été élevés. Parallèlement, la présence de cigognes dans le parc a favorisé le stationnement d’individus sauvages et la construction d’autres nids. La colonie s’est progressivement étoffée. En 2018, nous avons recensé 58 nids dans les limites du parc, sans compter ceux qui ont été construits ailleurs en Dombes.
 
17. En 1963, le Département de l'Ain avait acquis 233 hectares pour créer une réserve naturelle sur 220 hectares et le Parc des Oiseaux sur le complément : quelles sont les espèces nicheuses remarquables dans la partie fermée au public et comment peut-on les observer ?

Eric Bureau : pour l’instant, la réserve départementale de la Dombes (340 hectares, dont 140 d’étangs) n’est ouverte que très ponctuellement au public, dans le cadre de visites guidées (NDLR : Gladys Andrey nous signale qu'on on peut toutefois observer les oiseaux depuis la départementale, en face du parking du parc : voir des photos). Plus de 220 espèces y ont déjà été observées. Grâce à ses grandes roselières, on y trouve la majorité des passereaux paludicoles de la Dombes, mais aussi des ardéidés et des anatidés. L’avifaune n’est pas exceptionnelle, mais on y trouve une très grande diversité d’oiseaux nicheurs. La réserve constitue également un site d’hivernage majeur pour la région Auvergne Rhône-Alpes.

Vue de la réserve départementale de la Dombes (Ain)

Vue de la réserve départementale de la Dombes (Ain) (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Yves Thonnerieux
Vue de la réserve départementale de la Dombes (Ain)

Vue de la réserve départementale de la Dombes (Ain) (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Yves Thonnerieux


18. Il y a plusieurs colonies sauvages d'ardéidés (hérons et aigrettes) dans le parc, installées notamment dans les arbres le long des rives de l'étang principal : quels sont les derniers effectifs recensés ?

Colonie d'Aigrettes garzettes (Egretta garzetta)

Colonie (sauvage) d'Aigrettes garzettes (Egretta garzetta) dans le Parc des Oiseaux de Villars-les-Dombes (Ain) en juin 2018.
Photographie : Ornithomedia.com

Eric Bureau : la reproduction a été très impressionnante cette année, avec 240 nids comptés, un chiffre sûrement sous-estimé en raison des installations tardives. Cinq espèces se reproduisent, dont le Crabier chevelu (Ardeola ralloides) (au moins six nids notés). Il faut aussi signaler la nidification régulière du Blongios nain (Ixobrychus minutus) dans les roselières.

19. Quelles espèces de canards sauvages nichent dans le parc et avec quels effectifs ? Le Fuligule nyroca (sauvage) niche-t-il dans le Parc des Oiseaux et dans la Dombes ?

Eric Bureau : dans le parc, nous notons chaque année la nidification du Canard colvert (Anas platyrhynchos), du Fuligule milouin (Aythya ferina), de la Nette rousse (Netta rufina) et du Tadorne de Belon (Tadorna tadorna), et moins régulièrement du Fuligule morillon (Aythya fuligula) et du Canard chipeau (Anas strepera) : au total, une vingtaine de couples sauvages (hors Canards colverts) nichent dans le parc, soit bien davantage que la moyenne des autres étangs de la Dombes, et leur succès de reproduction est bon.
Le Fuligule nyroca (Aythya nyroca), n’a jamais niché dans le parc, mais l'espèce est régulière en hiver. Dans la Dombes, le seul site de reproduction connu de ce canard se situe à une quinzaine kilomètres du parc, dans la propriété de la Fondation Pierre Verots.

20. Durant la période de la chasse, le parc accueille des milliers de canards : joue-t-il un rôle important de refuge ? Ces oiseaux sont-ils surtout rassemblés dans la partie fermée ou sont-ils aussi visibles dans la partie grand public ?

Eric Bureau : le parc est fermé en hiver, mais dès l’ouverture de la chasse, nous notons un afflux massif de canards jusqu’au mois de février. Certaines années, nous avons pu compter plus 10 000 anatidés dans le parc et dans la réserve, ce qui représente pour certaines espèces une proportion importante de leur population nicheuse et hivernante en Dombes. Ce rôle de protection est partagé avec les quatre autres réserves de la Dombes.

Rassemblement d'anatidés en hiver

Rassemblement d'anatidés (canards et cygnes) en hiver dans la réserve départementale de la Dombes (Ain) (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Yves Thonnerieux
Rassemblement d'anatidés en hiver

Rassemblement d'anatidés en hiver dans la réserve départementale de la Dombes (Ain) (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Yves Thonnerieux


21. Quels sont selon vous les étangs les plus intéressants des Dombes pour observer les oiseaux durant la période de nidification, les passages et en hiver ?

Mouettes rieuses (Chroicocephalus ridibundus)

Dortoir de Mouettes rieuses (Chroicocephalus ridibundus) en hiver dans la réserve départementale de la Dombes (Ain) (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Yves Thonnerieux

Eric Bureau : cela dépend vraiment des années et des cycles d’entretien des étangs (mise en eau et vidage). Les réserves de la Dombes sont souvent très intéressantes, mais il est difficile de proposer un classement, étant donné leur typologie très changeante. En dehors de la réserve départementale, j’aime bien visiter l’étang du Grand Birieux et les plans d’eau situés autour de Saint-Paul-de-Varax.

22. Un couple de Cygnes chanteurs niche en Dombes depuis 2012 : a-t-il aussi niché en 2017 et en 2018 ? Dans quels secteurs a-t-on une chance de les observer ?

Eric Bureau : en effet, un couple niche dans la Dombes orientale depuis quelques années (lire La remarquable progression européenne du Cygne chanteur), mais le secret du site exact est bien gardé…

23. Comment peut-on expliquer l'absence du Butor étoilé en tant qu'espèce nicheuse en Dombes ? Le ragondin est-il le seul responsable ?

Eric Bureau : non, mais il y a probablement contribué. La Dombes a essentiellement perdu ses grandes roselières suite à une exploitation plus rationnelle des étangs et à l’impact des Ragondins (Myocastor coypus), et le Butor étoilé (Botaurus stellaris) a décliné.
 
24. L'avifaune de la Dombes est-elle globalement en voie d'appauvrissement ?

Eric Bureau : cela fait un peu "ancien combattant" mais oui, c’était mieux avant. En dehors de la disparition de certaines espèces nicheuses (Barge à queue noire, Butor étoilé…), c’est surtout l’appauvrissement global qui m’attriste. Les populations de canards de surface s’effondrent, sans parler de l’avifaune paludicole ou prairiale. Ceci étant, il y a encore de très belles observations à faire et de nouvelles espèces nicheuses sont visibles ; comme la Spatule blanche (Platalea leucorodia), le Fuligule nyroca ou le Cygne chanteur. 

Contact

Le site web du Parc des Oiseaux de Villars-les-Dombes (Ain) : www.parcdesoiseaux.com

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