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Bruno Marie et Stéphanie Légeron nous parlent des oiseaux des TAAF

Les auteurs du livre "Escales au bout du monde" ont répondu à nos questions sur l’avifaune des îles Éparses, des archipels de Crozet et de Kerguelen, des îles Saint-Paul et Amsterdam et de la Terre Adélie.

| Validé par le comité de lecture

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Bruno Marie et Stéphanie Légeron nous parlent des oiseaux des TAAF

Bruno Marie et Stéphanie Légeron, les auteurs de l'ouvrage "Escales au bout du monde".

Les Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF) sont composées de la Terre Adélie (continent Antarctique) et de plusieurs îles éparpillées dans l’océan Indien : les archipels de Crozet et de Kerguelen, les îles Saint-Paul et Amsterdam et les îles Éparses (Europa, Glorieuses, Juan de Nova, Bassas da India et Tromelin). Ces territoires ne sont pas peuplés de façon permanente et sont ravitaillés par deux navires, le Marion Dufresne et l’Astrolabe, basés respectivement à La Réunion et à Hobart en Australie.
Protégés par leur isolement et souvent par des conditions climatiques difficiles, les TAAF possèdent une avifaune riche et singulière, en particulier de grandes colonies d’oiseaux marins (manchots, sternes…) et plusieurs taxons endémiques dont l'Albatros d’Amsterdam, le Canard d’Eaton, la Sterne des Kerguelen et le Pétrel des Kerguelen.
De novembre 2012 à juin 2015, Stéphanie Légeron et Bruno Marie ont visité ces terres peu connues et ont rassemblé dans un ouvrage intitulé "Escales au bout du monde" publié en 2016 un grand nombre d’informations historiques, géographiques et naturalistes et de témoignages illustrés par plus de 1 200 photos et 30 cartes détaillées. Nous les avons interrogés sur les richesses ornithologiques de ces "morceaux de France" sauvages et quasiment inviolés.

Abstract

The French Southern and Antarctic Territories (TAAF) are composed of the Adélie Land (Antarctica) and several islands scattered in the Indian Ocean: the archipelagos of Crozet and Kerguelen, Saint-Paul and Amsterdam Islands and the Eparses Islands (Europa , Glorieuses, Juan de Nova, Bassas da India and Tromelin). These territories are not habited permanently and are regularly visited by two vessels, the Marion Dufresne and the Astrolabe, respectively based in La Reunion Island and in Hobart (Australia).
Protected by their isolation and often by difficult climatic conditions, the TAAF have a rich and unique birdlife, particularly large colonies of seabirds (penguins, terns ...) and several endemic species (Amsterdam Albatross, Eaton's Pintail, Kerguelen Tern, Kerguelen Petrel...).
From November 2012 to June 2015, Stephanie Légeron and Bruno Marie visited these little known lands and presented in a book entitled "Escales au bout du monde” published in 2016 lots of historical, geographical and naturalistic data illustrated by more than 1200 photos and 30 detailed maps. We interviewed them about the ornithological richness of these wild and untouched "parts of France”.

Le livre “Escales au bout du monde”

Livre "Escales au bout du monde"

La couverture du livre "Escales au Bout du Monde" de Stéphanie Légeron et Bruno Marie.

Le livre "Escales au Bout du Monde", rédigé par Stéphanie Légeron et Bruno Marie et paru en 2016, est le premier beau livre présentant de façon détaillé les cinq districts des Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF) : les îles Éparses (Europa, Glorieuses, Juan de Nova, Bassas da India et Tromelin) réparties autour de Madagascar, l’archipel de Crozet, les îles Kerguelen, Saint-Paul et Amsterdam situées au sud de l’océan Indien, et la Terre Adélie sur le continent antarctique. Ces territoires sauvages, où la France assure une présence continue (les personnels techniques, scientifiques et militaires sont relayés régulièrement) à travers des bases techniques et scientifiques ou des camps militaires, sont fascinants et très peu connus.
En 448 pages, l’ouvrage "Escales au Bout du Monde", préfacé par Nicolas Hulot, aborde des sujets variés : organisation administrative, histoire, géographie, géologie, faune et flore, activités de recherche, questions halieutiques (pêche), vie à bord des navires ravitailleurs Marion Dufresne et l’Astrolabe et dans les bases scientifiques et militaires…
Toutes ces informations sont illustrées par plus de 1 200 photographies souvent superbes (voir les nombreuses photographies du blog de Bruno Marie), 65 portraits et témoignages et des fiches sur la faune et la flore.
Le lecteur pourra ainsi découvrir des territoires qui ne sont visités que par un très petit nombre de personnes chaque année.
Précisons que ce livre a obtenu le Prix Alexandre de La Roquette (1870) de la Société de Géographie, qui sera remis aux auteurs le 18 novembre 2016 à Paris.

  • Format : relié
  • 448 pages
  • Dimensions : 28 cm x 5 cm x 25 cm
  • Date de parution : janvier 2016
  • Éditeur : Insulae Éditions
  • Prix : 45 euros.

L'interview de Stéphanie Légeron et Bruno Marie

1. La réalisation de ce livre a pris plus de deux années (de novembre 2012 à juin 2015) et votre travail n'a fait l’objet d’aucune rémunération durant ce temps : était-ce donc uniquement par passion que vous avez décidé de le réaliser ?

Situation des TAAF

Situation des Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF).
Carte : Ornithomedia.com

Stéphanie Légeron et Bruno Marie : l'idée de ce projet a été initiée lors des "Assises de la Mer", principal rendez-vous de la communauté maritime française, qui se sont tenues à Saint-Pierre sur l’île de La Réunion en décembre 2011. Quelques mois plus tard, une convention de partenariat était signée avec l’administration des TAAF pour lancer ce projet. Celui-ci devait initialement être bouclé pour décembre 2015 mais le Marion Dufresne ayant subi une importante avarie près de l'île de Crozet (lire Les oiseaux de l'île de la Possession, une île de l'archipel de Crozet) lors de notre première rotation australe (novembre 2012), la rotation a été annulée et reportée d’une année. Nous avons réalisé ce projet de livre, comme l’exposition à l'occasion du soixantième anniversaire des TAAF, par passion et parce qu’une porte nous était grande ouverte pour l’accès à ces territoires où il est très difficile de se rendre (autorisations indispensables et logistique lourde). Les différents partenariats mis en place nous ont permis de rentrer dans nos frais : équipements, matériels, déplacements et investissement en temps.

2. Quel équipement photo avez-vous utilisé ? Quelles sont les raisons de votre choix ?

Stéphanie Légeron et Bruno Marie : nous étions équipés de trois boîtiers Nikon (D800, D7100, D300s) et d'un boîtier Leica M240 et de huit téléobjectifs (AF-S Nikkor 14-24 mm f/2,8 G ED, AF-S DX 18-105 mm f/3,5-5,6 G VR, AF-S Nikkor 17-55 mm f/2,8 G, AF zoom-Nikkor 28-85 mm f/3,5-4,5, AF-S VR Micro-Nikkor 105 mm f/2.8G IF-ED, 1 AF-S Nikkor 80-200 mm f/2,8 G ED-IF, 1 AF-S Nikkor 70-200 mm f/2,8 G ED VR et d'un objectif 300 mm très vite tombé en panne). Nous avons aussi utilisé des trépieds, un flash Nikon SB-800 et de nombreuses batteries.
Il nous fallait pouvoir couvrir tous les sujets sans trop nous encombrer car nous devions parcourir de longues distances à pied, dans des conditions souvent extrêmes, et porter notre équipement de randonneurs du bout du monde (vêtements de rechange, duvet, nourriture…) en plus du matériel photographique.

3- Quel est le territoire présenté dans ce livre qui vous a le plus impressionné ou étonné ?

Euphorbaie et sansouire sur Europa

Euphorbaie et sansouire sur l'île d'Europa.
Photographie : Bruno Marie

Stéphanie Légeron et Bruno Marie : le choix est difficile tant chacune de ces destinations constitue à elle seule un enchantement. Parmi les îles Éparses, Europa est sans hésiter la plus fascinante de par son authenticité, la richesse de sa faune et la variété de ses paysages. Parmi les îles australes, nous avons été particulièrement fascinés par les Kerguelen, où nous avons séjourné un mois. C’est dans cet archipel mythique, composé de la Grande Terre et d’une myriade d’îles, d'îlots et de rochers, que nous avons le plus randonné et suivi des scientifiques en action.

4- Les îles Éparses sont encore plus mystérieuses que les terres australes françaises, déjà peu connues du public : pourquoi ne célèbre-t-on pas davantage leurs richesses naturelles, comme ont su le faire Les Seychelles par exemple ?

Stéphanie Légeron et Bruno Marie : ces îles ne sont en rien comparables aux Seychelles ou aux autres îles habitées de l’océan Indien car ce sont des sanctuaires naturels réservés aux seules études scientifiques. Les TAAF sont dépourvues de population sédentaire, et il est interdit de s’y rendre sans obtenir préalablement l’autorisation de l’administration. Cependant, beaucoup de choses sont réalisées en matière de communication, par exemple au niveau du public scolaire. Et nous espérons que notre livre contribuera à mieux faire connaître ces territoires extraordinaires de l’hémisphère Sud, qui sont pour la recherche scientifique des laboratoires à ciel ouvert comme il en existe peu dans le monde.

5- L’île de Juan de Nova accueille une colonie de plus de 500 000 Sternes fuligineuses (Onychoprion fuscatus) : avez-vous pu observer ce spectacle qui doit être incroyable ?

Stéphanie Légeron et Bruno Marie : nous n’y sommes pas allés à la bonne saison, mais avons pu toutefois observer et photographier quelques Sternes fuligineuses sur l'île.

6- Treize espèces d’oiseaux sont présentes sur l’île de Grande Glorieuse, dont des oiseaux terrestres assez inattendus comme le Bulbul noir (Hypsipetes madagascariensis grotei) ou le Zostérops de Glorieuse (Zosterops madagascariensis gloriosae) : avez-vous pu observer ces oiseaux ?

Stéphanie Légeron et Bruno Marie : non, nous n’avons pas pu malheureusement observer ces oiseaux.

Zostérops de Voeltzkow (Zosterops maderaspatana  voeltzkowi)

Zostérops de Voeltzkow (Zosterops maderaspatana  voeltzkowi) sur l'île d'Europa.
Photographie : Bruno Marie

7- L'île d'Europa est étonnamment variée pour sa petite taille, avec sa mangrove, sa forêt à euphorbes et même des sansouires, et le conservatoire botanique de Mascarin l’a nommée "la plus naturelle des îles Éparses" : avez-vous été surpris par la diversité de ce "petit monde" ? Quelles sont les espèces d'oiseaux que vous avez pu observer ?

Stéphanie Légeron et Bruno Marie : oui, cette île est vraiment hypnotique tant elle est riche et préservée. Malgré sa petite taille (30 km²), c'est la plus grande île des Éparses, et ses paysages sont très variés : forêts d’euphorbes où nichent les Frégates ariel (Fregata ariel) et du Pacifique (Fregata minor), le Fou à pieds rouges (Sula, sula) et le Phaéton à bec jaune d'Europa (Phaethon lepturus europae), steppes arides où se reproduisent les Sternes fuligineuse et caspienne (Hydroprogne caspia), sansouires, lagon intérieur et mangrove, qui constitue une nurserie pour les requins et un havre de paix pour les Aigrettes dimorphes (Egretta dimorpha) et le Zostérops de Voeltzkow (Zosterops maderaspatana  voeltzkowi). Le Corbeau pie (Corvus albus) fréquente plusieurs milieux.

8- L’Aigrette dimorphe niche sur Europa : la forme sombre y est-elle beaucoup plus rare que la forme blanche ?

Stéphanie Légeron et Bruno Marie : nous avons effectivement observé un grand nombre d’Aigrettes dimorphes blanches et un peu moins d'oiseaux de forme sombre.

Poussin de Sterne caspienne (Hydroprogne caspia) dans l'eau

Poussin de Sterne caspienne (Hydroprogne caspia) dans l'eau sur l'île d'Europa.
Photographie : Bruno Marie

9- Sur l’une des photos de votre galerie, on voit un poussin de Sterne caspienne dans l’eau photographié sur Europa : que lui était-il arrivé ?

Stéphanie Légeron et Bruno Marie : ce sont deux poussins en réalité qui prenaient un bain matinal ce jour-là. Il ne leur est rien arrivé de fâcheux. En revanche, nous aurions pu, pour notre part, revenir de cette expédition avec quelques blessures : en effet, l'adulte qui accompagnait ces poussins nous a attaqués à plusieurs reprises avec des piqués vertigineux. Nous nous sommes éloignés et tout est rentré dans l’ordre, et la petite famille est retournée au complet rejoindre son nid douillet situé à même le sable.

10- L’île de Tromelin est surtout connue pour ses oiseaux marins : quelles sont les espèces d'oiseaux que vous avez pu observer ?

Stéphanie Légeron et Bruno Marie : nous n’avons pu observer, n’étant restés que quelques heures, le temps d’une relève en avion Transall, que des Fous à pieds rouges et masqués (Sula dactylatra).

11- Les îles Éparses sont revendiquées par Madagascar et par Maurice (dans le cas de Tromelin) : ces demandes sont-elles toujours d’actualité ?

Stéphanie Légeron et Bruno Marie : oui, ces demandes sont toujours d’actualité et reviennent de manière assez cyclique. Le sujet est délicat et difficile à expliquer et nous ne pouvons nous permettre une réponse claire et concise sur le sujet.

12- Avez-vous pu interroger les militaires et gendarmes qui vivent sur les îles Éparses ? Ont-ils l’impression de jouer un rôle important dans la défense de ces territoires isolés ?

Petit étang dans la cocoteraie au nord-ouest de Grande Glorieuse

Petit étang dans la cocoteraie au nord-ouest de l'île de Grande Glorieuse.
Photographie : Bruno Marie

Stéphanie Légeron et Bruno Marie : leur rôle est primordial car ils assurent la souveraineté de la France sur ces territoires. Leur présence permet également de préserver un environnement et une multitude d’écosystèmes précieux de toutes les dégradations humaines dont ils pourraient faire les frais : pêche illicite, culture sauvage, introduction d’espèces...

13- Est-il possible pour un particulier de visiter les îles Éparses ? Quels conseils pratiques (transport, hébergement, meilleure période de l'année...) pourriez-vous donner ?

Stéphanie Légeron et Bruno Marie : en dehors d’une quinzaine de places destinée aux touristes lors des rotations du navire Marion Dufresne (une en moyenne tous les deux à trois ans dans les îles Éparses), ces îles ne sont pas accessibles. Elles sont réservées aux études scientifiques.

14- Les îles Kerguelen sont vastes, avec près de 7 215 km², et leurs côtes sont très découpées : avez-vous pu explorer l’intérieur de ces îles ? Existe-t-il des sentiers ?

Stéphanie Légeron et Bruno Marie : oui, les îles Kerguelen sont un vaste archipel de près de 300 îles. Nous avons eu la chance de découvrir de nombreux sites mais nous n’avons pu nous rendre au centre de l’archipel car tout est très éloigné à pied. Et les distances souvent difficiles à parcourir (longues distances ou reliefs escarpés, étapes obligatoires, conditions climatiques difficiles, port de matériel et équipement tout autant). Il n’y a aucune route et aucun sentier. Les déplacements se font pour partie par la mer (traversée du golfe du Morbihan en chaland) ou à pied, au mieux sur les indications des cartes géographiques, au pire au GPS.

15- Avez-vous pu interroger des scientifiques étudiant les oiseaux marins des TAAF ? Vous ont-ils parlé des tendances des populations ?

Stéphanie Légeron et Bruno Marie : oui, nous avons pu interroger de nombreux scientifiques, et vous trouverez d’ailleurs nombre de portraits de scientifiques (mais pas que…) dans notre livre. Le nombre d’espèces d’oiseaux marins est si important qu’il est difficile de généraliser, certaines se portant bien, tandis que d’autres sont en diminution...

Colonie de Manchots royaux (Aptenodytes patagonicus)

Colonie de Manchots royaux (Aptenodytes patagonicus) sur le cap Ratmanoff, dans les îles Kerguelen.
Photographie : Bruno Marie

16- Quelles sont les espèces d'oiseaux que vous avez pu observer sur les îles Kerguelen lors de votre visite ? Pouvez-vous nous indiquer quelques bons secteurs pour observer les colonies de manchots ? Savez-vous si elles sont en déclin ?

Stéphanie Légeron et Bruno Marie : nous avons pu observer toutes les espèces d’albatros, le Cormoran des Kerguelen (Leucocarbo verrucosus), les Pétrels des Kerguelen (Lugensa brevirostris) et géant (Macronectes giganteus), le Canard d’Eaton (Anas eatoni), la Sterne des Kerguelen (Sterna virgata), le Manchot royal (Aptenodytes patagonicus), le Manchot papou (Pygoscelis papua), les Gorfous sauteur (Eudyptes chrysocome) et doré ou macaroni (Eudyptes chrysolophus), le Labbe antarctique (Catharacta antarctica lonnbergi), le Goéland de Kerguelen (Larus dominicanus judithae), le Petit Chionis (Chionis minor), trois espèces de prions, l'Océanite de Wilson (Oceanites oceanicus) et le Damier du Cap (Daption capense)…
Le cap Ratmanoff, à l’est de la péninsule Courbet, accueille une immense colonie de Manchots royaux. Le canyon des Sourcils Noirs, situé à l'est de la presqu'île Jeanne d'Arc, est comme son nom l'indique un très bon site pour l’observation et l’étude de l'Albatros à sourcils noirs (Thalassarche melanophris).

17- Vous avez photographié le Canard d’Eaton et la Sterne des Kerguelen sur les îles Kerguelen : ces espèces sont-elles difficiles à trouver ?

Canards d’Eaton (Anas eatoni)

Canards d’Eaton (Anas eatoni) dans les îles Kerguelen.
Photographie : Bruno Marie

Stéphanie Légeron et Bruno Marie : le Canard d’Eaton est assez fréquent (il y en a même sur la base de Port-Aux-Français) mais nous n’avons pas vu de colonies ou de grands groupes d’individus comme en font état certains récits historiques. La Sterne des Kerguelen est plus rare : nous n'en avons vu principalement que lors de haltes sur l’île Haute et sur l’île du Cimetière, dans le golfe du Morbihan.

18- Combien d’espèces d’albatros avez-vous observées sur les îles australes (Kerguelen, Saint-Paul, Amsterdam) ? Quelles sont les plus communes et les plus difficiles à trouver ?  

Stéphanie Légeron et Bruno Marie : nous avons pu observer les Albatros fuligineux(Phoebetria palpebrata), hurleur (Diomedea exulans), à tête grise (Thalassarche chrysostoma) et à sourcils noirs. Nous n’avons malheureusement pas vu d’Albatros d’Amsterdam (Diomedea amsterdamensis) : cette dernière espèce ne niche que sur le plateau des Tourbières, à environ 600 mètres d’altitude, sur l’île d’Amsterdam (lire Une analyse génétique confirme le rang d'espèce de l'Albatros d'Amsterdam), et nous n’avons pu nous rendre sur ce site qui est réservé aux seuls scientifiques. En effet, cet albatros étant en voie d’extinction, toutes les précautions sont prises pour éviter les contacts humains (qui pourraient véhiculer des maladies).

19- Est-il possible pour un particulier de visiter les îles australes (Crozet, Kerguelen, Saint-Paul, Amsterdam) ? Quels conseils pratiques (transport, hébergement, meilleure période de l'année...) pourriez-vous donner ?

Le navire Marion Dufresne devant l'île Saint-Paul

Le navire Marion Dufresne devant l'île Saint-Paul.
Photographie : Bruno Marie

Stéphanie Légeron et Bruno Marie : en dehors des quelques places destinées aux touristes lors des rotations du Marion Dufresne, ces îles ne sont pas accessibles. Elles sont réservées aux seules études scientifiques. Le voyage débute sur l’île de La Réunion et dure environ 27 jours, avec deux jours d’escale à Crozet, puis aux Kerguelen et à Amsterdam. La meilleure période de l’année d’après nous est l’été austral, en novembre ou décembre. Lors des deux rotations du navire des TAAF, les touristes peuvent rencontrer de nombreux scientifiques, dont certains qui resteront l'été dans les îles subantarctiques. Les conditions météorologiques sont également plus clémentes à cette période de l'année : environ 10°C aux Kerguelen et 18°C à Amsterdam.

20- Huit espèces d’oiseaux nichent sur la Terre Adélie : avez-vous toutes pu les observer ? En particulier, les Manchots empereur et Adélie sont-ils difficiles à trouver ?

Bruno Marie : je n’y suis pas resté suffisamment longtemps et pas à la bonne saison. J’ai toutefois pu observer les Manchots empereur (Aptenodytes forsteri) et Adélie (Pygoscelis adeliae), le Labbe antarctique, le Pétrel des neiges (Pagodroma nivea) et le Fulmar antarctique (Fulmarus glacialoides). Toutes ces espèces sont assez faciles à observer près de la base Dumont-d’Urville, située dans l’archipel de Pointe-Géologie (lire Les oiseaux de l'archipel de Pointe-Géologie et de la Terre Adélie). Quand j’y étais, l’archipel était entièrement couvert de glace. En effet, bien que nous étions en été, la banquise n’avait pas dégelé, ce qui explique que je n’ai pu observer beaucoup de Manchots empereurs et Adélie.

21- Est-il possible pour un particulier de visiter la Terre Adélie ? Quels conseils pratiques (transport, hébergement, meilleure période de l'année...) pourriez-vous donner ?

Manchot empereur (Aptenodytes forsteri) et le navire L'Astrolabe

Manchot empereur (Aptenodytes forsteri) et le navire L'Astrolabe en Terre Adélie.
Photographie : Bruno Marie

Bruno Marie : je ne crois pas que cela soit possible. Les places à bord de L’Astrolable sont extrêmement rares et les autorisations difficiles à obtenir, y compris pour les scientifiques ayant pourtant un programme bien défini.

22- Avez-vous noté l'existence de menaces concrètes et réelles (dégradations des habitats, pollution, surpêche, braconnage...) lors de vos visites de tous ces territoires français ? Les oiseaux marins souffrent-ils de la surpêche ? La France se donne-t-elle les moyens de lutter contre la pêche illégale ?

Stéphanie Légeron et Bruno Marie : d'une manière générale, les menaces les plus réelles qui pèsent sur les TAAF sont les espèces introduites (lapins, chats, rats, souris et de nombreux végétaux) qui dégradent fortement l’équilibre naturel de ces territoires. L’administration met en œuvre des mesures très réglementées pour lutter contre l’introduction de nouvelles espèces: dans les îles australes, cela passe par exemple par la décontamination des effets personnels de chaque visiteur avant leur débarquement.

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