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BalbuCam : Jean-Marie Salomon et Jérôme Lamour nous en disent plus

Balbucam.fr est le seul site web à diffuser en direct les images de Balbuzards pêcheurs nichant en France : le président de l'association à l'origine de cette initiative et le bénévole ayant mis en place l'installation ont répondu à nos questions.

| Validé par le comité de lecture

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BalbuCam : Jean-Marie Salomon et Jérôme Lamour nous en disent plus

De gauche à droite : Jean-Marie Salomon, Alban Larousse (Dessinateur et ornithologue), Sylvain Guyon (arboriste grimpeur), et Jérôme Lamour.  À l'arrière-plan, le séquoia qui accueille l'aire de Balbuzards pêcheurs (Pandion haliaetus) filmée depuis 2016 par une caméra.
Source : Balbucam.fr

Le Balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus) est un rapace spécialisé dans la capture de poissons dans les eaux douces et salées. Il est facile à identifier avec son plumage blanc, brun et noir, ses ailes coudées et sa technique de pêche en piqué. Sa répartition est cosmopolite : en France, il niche principalement le long des côtes occidentales de la Corse et dans les départements du Loiret, du Loir-et-Cher et du Cher. Le massif forestier d'Orléans (Loiret) constitue son bastion en France continentale. Pour la première fois dans l'hexagone, une caméra a été installée en 2016 à proximité d'une aire construite dans un séquoia dans une forêt privée située près de la Loire et du village de Mardié, et les images sont diffusées en direct sur le site web Balbucam.fr : on découvre ainsi des aspects inattendus de la biologie de ce rapace et l'on découvre des images parfois spectaculaires, amusantes ou touchantes. En outre, ce site web propose une fonctionnalité originale : un système permettant d’analyser et d'identifier les chants d'oiseaux en temps réel.
Dans cet article, Jean-Marie Salomon, le président de l'association MARDIEVAL à l'origine de Balbucam.fr, et Jérôme Lamour, le bénévole qui a mis en place l'installation technique, ont répondu à nos questions.

Abstract

The Osprey (Pandion haliaetus) is a raptor specialized in fishing in rivers, lakes, ponds and along the coasts. It is easy to identify with its white, brown and black plumage, its bent wings and its behaviour. Its distribution is cosmopolitan: in France, it breeds mainly along the western coast of Corsica and in the departments of Loiret, Loir-et-Cher and Cher. The forest of Orleans (Loiret) is its bastion in continental France.
For the first time in France, a camera has been installed in 2016 near a nest in a private forest located near the Loire river and the village of Mardié, and the images are broadcast live on the website Balbucam.fr: We can thus discover unexpected aspects of the biology of this bird of prey and spectacular, amusing or touching images. In addition, Balbucam.fr offers an original feature: a system for analyzing and identifying bird songs in real time.
In this article, Jean-Marie Salomon, the president of the association MARDIEVAL who manages Balbucam.fr, and Jérôme Lamour, the volunteer who set up the technical installation, answered our questions.

L'interview de Jean-Marie Salmon et de Jérôme Lamour

Situation de Mardié (Loiret)

Situation de Mardié (Loiret).
Carte : Ornithomedia.com

1. Comment et pourquoi l'aire de nidification du Grand Bois (Mardié) a-t-elle été choisie ?

Jean-Marie Salomon et Jérôme Lamour : le choix s’imposait, dans la mesure où cette aire avait été installée en 2007 à l’initiative d’animateurs de notre association (également membres d'un groupe ornithologique) dans un domaine privé. Ils ont choisi l’arbre-support, un Séquoia géant situé au cœur du massif boisé, dominant la canopée. Sa partie sommitale étant en forme de berceau après avoir été foudroyée, sa configuration s’avérait particulièrement adaptée à l’installation d’une plateforme de reproduction. A contrario, nous n’aurions jamais pu faire quoi que ce soit dans la forêt domaniale qui est réservée aux institutions autoproclamées "seules compétentes".

2. La caméra a été installée en 2016 : ce projet a-t-il mis longtemps à aboutir ?

Jean-Marie Salomon et Jérôme Lamour : un couple de Balbuzards pêcheurs stable, formé fin 2012, s'étant installé sur l’aire, nous avions pensé qu'il fallait profiter de cette "fenêtre de tir" idéale, et l’association MARDIEVAL a donné le feu vert fin 2014 aux initiateurs du projet, lesquels, en quelques mois, ont esquissé l’installation, obtenu un financement d’une fondation bancaire, réalisé les maquettes d’un dispositif technique inédit et effectué des tests sur le terrain. Deux ornithologues, bons connaisseurs des Balbuzards pêcheurs, ont donné leurs conseils pour le placement de la caméra, qui a été montée et installée par un grimpeur-alpiniste après le départ des rapaces en migration durant l’automne 2015, permettant les mises au point en situation réelle. La ligne d’alimentation électrique a été posée, moyennant deux chantiers participatifs qui ont mobilisé des dizaines d’adhérents et sympathisants. Tous les coûts ont été minimisés pour s’inscrire dans un budget extrêmement modeste, et les délais ont été tenus : l’installation complète a fonctionné parfaitement dès mars 2016, deux jours avant le retour des balbuzards sur place. Ce projet est donc clairement l’aboutissement réussi d’une action "commando".

3. Avez-vous été inspiré par d'autres webcams installées à proximité d'aires de balbuzards ? Avez-vous des contacts avec d'autres webcams ?

Caméra et aire de Balbuzards pêcheurs (Pandion haliaetus)

Caméra et aire de Balbuzards pêcheurs (Pandion haliaetus) à Mardié (Loiret).
Source : Balbucam.fr

Jean-Marie Salomon et Jérôme Lamour : bien évidemment, nous avions visité ponctuellement d'autres sites web européens sur le sujet, notamment estoniens et finlandais, mais sans suivre les "aventures" des balbuzards filmés, commentées dans des langues peu compréhensibles pour nous. L’idée d'un suivi par webcam avait aussi été évoquée par le groupe Pandion, mais une expérience ratée tentée près de l'étang du Ravoir en forêt d’Orléans était plutôt notre contre-modèle. Cependant, il était hors de question de faire comme les structures travaillant avec des institutions et des médias et n'hésitant pas à utiliser un hélicoptère pour transporter des batteries. Nous sommes donc partis d’une feuille blanche pour concevoir une chaîne technique mettant en œuvre des solutions inédites, comme le transport de l’image par la téléphonie 4G qui venait juste de se déployer sur notre territoire, ou l'utilisation de chantiers collaboratifs rustiques pour éviter la sollicitation de sociétés aux tarifs élevés. Résultat : 3 500 € d’investissement et 3 500 € de budget de fonctionnement annuel. Par comparaison, l'un des grands sites web britanniques de suivi d'aires de Balbuzards pêcheurs au Pays de Galles, dont les responsables sont venus nous rendre visite en juin dernier, a un budget de 150 000 Livres sterling par an !

4. Auriez-vous un schéma de votre installation technique ? Quels équipements (marques caméra, micro, batterie, routeurs...) avez-vous choisis, et pourquoi ?

Jean-Marie Salomon et Jérôme Lamour  : la caméra Mobotix a été choisie pour sa robustesse et ses qualités optiques, et les autres équipements ont été sélectionnés sur des critères de qualité et de coût.

5. Quelles ont été les principales difficultés techniques rencontrées ?

Le schéma de l'installation technique

Le schéma de l'installation technique (cliquez sur l'image pour l'agrandir).
Source : Balbucam.fr

Jean-Marie Salomon et Jérôme Lamour  : l'aire de Mardié étant située à proximité de la Loire et en pleine forêt, le matériel est soumis à une forte humidité, et nous avons donc installé des déshumidificateurs afin de pallier ce problème. Les principales difficultés techniques concernent les communications via le réseau 4G : l'ensemble est installé assez loin du relais et le feuillage semble perturber la transmission des signaux vidéo, ce qui provoque des coupures lors de la diffusion en direct.

6. Combien d'oiseaux/couples ont-ils été filmés au total depuis l'installation de la webcam ? Combien d'oisillons sont-ils nés depuis le début ?

Jean-Marie Salomon et Jérôme Lamour  : depuis la première saison en 2016, la femelle "titulaire" Sylva n’a pas changé : elle est le "pivot" de l’histoire ! Avec son premier compagnon Titom (avec lequel elle s'était déjà reproduite avec succès en 2014 et en 2015 et avait produit cinq jeunes à l’envol), elle a eu en 2016 un jeune surnommé Vic. Trois œufs avaient été pondus ce printemps-là, mais les fortes précipitations de la fin du mois de mai 2016 ont été catastrophiques (lire Les effets possibles d'un printemps pluvieux sur la reproduction des oiseaux).
En mars 2017, Sylva, arrivée le 21 mars, a attendu vainement son compagnon qui n'est pas revenu. Au bout de dix jours, sentant la nécessité de se reproduire, elle s'est accouplée avec Reda, un jeune mâle de trois ans, qui a parfaitement assumé ses fonctions : accouplements réussis et féconds, renforcement du nid, apports de poissons, relais de couvaison... En juillet 2017, trois jeunes ont quitté le nid : Lény, Jéry et Kali.
En 2018, Sylva, arrivée le 15 mars, a retrouvé Reda. Tout semblait bien se dérouler jusqu’au 14 avril, où le mâle a disparu durant neuf jours de suite. Au bout de deux jours, Sylva a dû s'éloigner de l'aire et de sa portée pour aller s'hydrater et s’alimenter, exposant ses œufs aux prédateurs (Corneilles noires), même si la proximité de la Loire permet de réduire considérablement les temps d’absence. Plusieurs mâles sont venus pour essayer de remplacer Reda : un jeune mâle plus insistant que les autres, surnommé Peb, a fait plusieurs apports de poissons. La femelle a également accepté ses brindilles et la nidification semblait sauvée. Mais le scénario a été troublé par des retours passagers de Reda, la disparition momentanée de Peb et son remplacement par un certain Sam. Alors que le statut de Peb semblait consolidé, Sylva est partie, mais elle est finalement revenue juste après la réapparition de Reda : le couple est reconstitué et a rénové le nid. Mais tous ces incidents ont compromis la reproduction de 2018.
En tout, neuf oiseaux ont été filmés depuis 2016, sans compter les oiseaux apparus brièvement durant les saisons 2017 et 2018 et qui ont tenté de s’approprier l’aire avant l’arrivée des "titulaires".



Vidéo filmée le 7 avril 2018 par la caméra installée près d'une aire de Balbuzards pêcheurs (Pandion haliaetus) à Mardié (Loiret).
Source : chaîne YouTube de MARDIEVAL








7. Où les balbuzards filmés pêchent-ils ? Uniquement dans la Loire ou également dans les étangs proches ?

Balbuzard pêcheur pêchant dans la Loire

Le Balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus) mâle Reda pêchant dans la Loire en septembre 2017.
Source : Balbucam.fr

Jean-Marie Salomon et Jérôme Lamour : dans la Loire certainement, mais aussi dans les étangs proches ou plus loin en forêt d’Orléans au début de la saison, quand la Loire est haute, agitée et turbide. Mais nous n’avons pas d'informations sur ces activités de pêche, hormis les directions suivies. Dès que les besoins augmentent et que les ressources diminuent dans les étangs, c'est la Loire, principalement entre le pont de Jargeau et la rive de Bou, qui est la plus visitée : il est alors possible d'observer et de photographier les balbuzards dans de bonnes conditions jusqu'à la fin de la saison.

8. Avez-vous appris de nouvelles choses sur le comportement des balbuzards ?

Jean-Marie Salomon et Jérôme Lamour  : énormément. Les observations faites depuis le sol, obligatoirement distantes et limitées dans le temps, ne fournissent en effet que des éléments partiels sur les six mois de la reproduction. Notre suivi continu permet d'étudier, au-delà du comportement de l’espèce, les particularités des oiseaux : caractéristiques du plumage permettant une identification directe sans l'utilisation de bagues, comportements individuels, crises... C'est à notre avis l’enseignement le plus intéressant de cette expérience : on n'observe plus une espèce et des spécimens, mais des oiseaux aux individualités marquées, ce qui donne une vision différente du balbuzard.

9. Avez-vous noté des différences significatives d'année en année sur les dates moyennes d'arrivée et de départ ? Quelles sont ces dates moyennes ?

Jean-Marie Salomon et Jérôme Lamour  : les dates d’arrivée sont irrégulières, mais elles ont tendance à être de plus en plus précoces. Les dates d'arrivée étaient les 5 et 7 avril en 2015, alors qu'en 2018, Sylva est arrivée le 15 mars et Reda le 17 mars.

10. Quelle est l'influence des conditions météorologiques sur la nidification des balbuzards ?

Jean-Marie Salomon et Jérôme Lamour  : les Balbuzards pêcheurs adultes supportent aussi bien les chaleurs africaines que les neiges finlandaises, mais ils migrent dans des zones tempérées pour se reproduire, profitant des écarts de température réduits pendant la couvaison. Les conditions météorologiques sont plus difficiles à maîtriser après l’éclosion : par exemple, en 2016, les pluies diluviennes continues pendant trois jours ont abouti à la mort des deux plus jeunes poussins à cause du froid, de l'humidité et du manque de nourriture. L’exposition du nid en plein soleil est aussi handicapante lors des périodes de canicule. La météorologie peut enfin modifier les conditions de pêche.

11. Quelles ont été les scènes filmées les plus inattendues, amusantes ou tragiques ?

Jeunes Balbuzard pêcheur dans leur aire

Jeunes Balbuzards pêcheurs (Pandion haliaetus) dans leur aire à Mardié (Loiret) en juillet 2017.
Source : Balbucam.fr

Jean-Marie Salomon et Jérôme Lamour  : vous pouvez découvrir des scènes vidéo sur la chaîne YouTube de l'association MARDIEVAL. Les accouplements sont parfois "rock’n roll'’, par exemple quand un mâle s'est fait "virer" du dos de la femelle par un léger mouvement de bascule de celle-ci, ou quand il s'est posé à 90 degrés sur sa partenaire pour l'accouplement. Les scènes d’apport de poissons peuvent être spectaculaires : passages de serres à serres ressemblant à des bagarres, disputes réelles, poisson vivant qui "danse" sur l’aire...
L'ajout d’un grand morceau de bois mort avec un triple embranchement est presque impossible, mais l’obstination de ces oiseaux est étonnante. Le mâle Peb a improvisé des scènes de couvaison de substitution absolument hilarantes. Bien sûr, les scènes d’éclosion, et plus tard de nourrissage des poussins âgés de quelques jours, sont particulièrement émouvantes. Les premiers essais d’envol des jeunes peuvent réserver des belles scènes d'atterrissages rudes ou de coups d’ailes brusques. La mort d’un poussin fait partie des scènes tragiques, d’autant plus que les commentateurs de nos vidéos évoquent parfois (sans fondement) des cas de cannibalisme. Il y a aussi beaucoup de scènes spectaculaires d’attaques ou d’intrusions par d'autres balbuzards.

12. Est-ce votre association qui a nommé les oiseaux (Sylva, Titom...) ?

Jean-Marie Salomon et Jérôme Lamour  : non, c’est moi-même (Jean-Marie Salomon) en tant que président, qui les ai nommés. Dans ce domaine, la démocratie donne assez souvent de mauvais résultats, d’autant que je pose pour ce choix des conditions assez précises.

13. Combien de couples nichent actuellement dans le massif forestier d'Orléans ? Quelle est la tendance ?

Couple de Balbuzards pêcheurs (Pandion haliaetus)

Le mâle Reda et la femelle Sylva sur leur aire à Mardié (Loiret) en mai 2018.
Source : Balbucam.fr

Jean-Marie Salomon et Jérôme Lamour  : alors qu’il y a dix ans, on pouvait donner des chiffres exacts grâce au travail du groupe Pandion, dont plusieurs d’entre nous faisaient partie, ce n’est plus le cas actuellement. Plus personne ne fait de suivi exhaustif, la situation dans la forêt domaniale d'Orléans, gérée par l’Office National des Forêts, est très mauvaise, et les institutionnels ignorent la plupart des nouveaux nids construits dans les boisements privés, mais ils publient des chiffres plutôt flatteurs pour justifier leurs positions et "gonfler" les résultats du second Plan National d'Actions achevé en 2012 (lire Le Balbuzard pêcheur : situation en France et observation en forêt d’Orléans). Ainsi, sur la base de chiffres improbables, ils tentent actuellement de justifier un scandaleux projet de "translocation" de jeunes. Notre meilleur spécialiste pense que le nombre de nids potentiellement actifs dans le massif d'Orléans stagne autour de la vingtaine (d’après lui, il pourrait y en avoir 50), et une quinzaine de reproductions réussissent chaque année en moyenne (soit de 30 à 40 jeunes). Une partie de ces oiseaux quittent le secteur et s'installent ailleurs dans le Val de Loire (Orléanais, Allier, région de Chinon…) et en Sologne, mais les institutions peu de connaissances sur cette dispersion.

14. Quelles sont les menaces qui pèsent sur les oiseaux de l'aire du Grand Bois et plus généralement sur les balbuzards de la forêt d'Orléans ?

Jean-Marie Salomon et Jérôme Lamour  : les risques de mortalité sont nombreux pour les Balbuzards pêcheurs : blessures par les hameçons laissés sur les poissons ou abandonnés, combats, braconnage, électrocution, chocs, mortalité durant la migration, pollution des eaux (notamment aux métaux lourds), pillage des nids par la Martre des pins (Martes martes) et d'autres oiseaux (Aigle botté, Autour des palombes, Corneille noire…), dérangements d'origine humaine provoquant l’envol des adultes et l'exposition des aires aux prédateurs, aménagements, travaux... L'aire des Balbuzards pêcheurs de Mardié est ainsi menacée par un projet stupide, inutile et destructeur de construction d'une déviation routière de sept mètres de large, avec franchissement de la Loire sur 600 mètres dans une zone Natura 2000 inscrite au Patrimoine Mondial de l'Humanité. Un déboisement d'une largeur de 75 mètres passerait à 50 mètres de l’arbre supportant le nid. Si par malheur, malgré nos recours judiciaires, le soutien du Parlement européen et nos appels répétés au Ministre de l'Environnement ce crime environnemental était perpétré, notre aire serait fatalement délaissée. Et les deux membres du "lobby" qui s’est autoproclamé comme étant le seul gestionnaire de l’espèce dans la région Centre-Val de Loire seraient généreusement gratifiés dans le cadre de mesures de compensation. Ces destructions ont déjà touché durant l'automne 2017 dix hectares d'espaces boisés classés dans le Bois des Comtesses. L'Office National des Forêt mène une politique d’exploitation forcenée en coupant à blanc des zones qui accueillaient des nids de Balbuzards pêcheurs et d’autres rapaces comme l'Aigle botté (Aquila pennata). En conséquence, non seulement les opportunités de création d’aires naturelles par les jeunes de retour de migration sur de grands arbres diminuent progressivement, mais les nids productifs établis depuis longtemps, s’ils ne sont pas détruits, se retrouvent exposés à la vue de tous et donc soumis à des dérangements qui peuvent être fatals. Tout cela explique la stagnation de la population de balbuzards dans le massif d'Orléans malgré les efforts passés de restauration de l’espèce.

Balbuzards pêcheurs (Pandion haliaetus) et leur poussin

Le mâle Titom, la femelle Sylva et leur poussin sur leur aire à Mardié (Loiret) en juin 2016.
Source : Balbucam.fr

Un projet de "translocation" de 12 jeunes par an pendant quatre ans entre les régions Centre-Val de Loire et Nouvelle-Aquitaine vient de faire l’objet d’une concertation publique légale close le 19 mai 2018 : il est soutenu par la Direction Régionale et Interdépartementale de l'Environnement et de l'Energie (DREAL), avec semble-t-il la bénédiction de la Ligue pour la Protection des Oiseaux, mais il scandalise une très grande partie de la communauté ornithologique s’intéressant au Balbuzard pêcheur. Même l’Office National des Forêts est contre. Le Conseil Scientifique Régional du Patrimoine Naturel (CRSPN) déconseille les prélèvements de jeunes sur les nids installés sur des pylônes de la société RTE et le Conseil National de la Protection de la Nature (CNPN) désapprouvent ceux effectués dans les massifs gérés par l’ONF : où donc seraient pris les jeunes ? Sur des nids construits dans des forêts privées ? Ce serait totalement scandaleux. Ce projet fait donc courir une menace grave sur les populations de Balbuzards pêcheurs de la région Centre-Val de Loire, et leurs effectifs déjà restreints pourraient s'effondrer rapidement, comme cela a eu lieu en Corse, où un déplacement de jeunes vers l'Italie a été aggravé par à une augmentation des visites de bateaux à proximité des aires de la réserve naturelle de la Scandola à cause de publicités diffusées à la télévision : résultat, elles ont été désertées.
Avec environ 700 couples, l’Allemagne peut se permettre d’offrir des jeunes à la Suisse, si l'on considère que cette méthode de restauration de l’espèce est efficace. Mais la population française, composée de quelques dizaines de couples, est trop fragile.

15. Quelles autres espèces remarquables d'oiseaux ont déjà été filmées par votre webcam ?

Jean-Marie Salomon et Jérôme Lamour  : une Buse variable (Buteo buteo) juvénile s'est posée sur l'aire en début de saison. Sinon, des passereaux, dont des Corneilles noires (Corvus corone), ont déjà été filmées. Malgré des observations dans les environs, l'Aigle botté ne figure pas sur les vidéos obtenues.

16. Quels sont les meilleurs sites pour observer les balbuzards pêcheurs du massif d'Orléans ? Plus généralement, quels sont selon vous les meilleurs secteurs pour observer les oiseaux dans le massif forestier d'Orléans ?

Le belvédère des Caillettes

Le belvédère des Caillettes, dans la forêt domaniale d'Orléans (Loiret).
Source : Balbucam.fr

Jean-Marie Salomon et Jérôme Lamour : l’observation directe des nids, nécessairement éloignée, est surtout réservée aux spécialistes et aux connaisseurs. Autrement, l'observatoire public de l'étang du Ravoir (malgré les dégradations) et le belvédère des Caillettes, situé au centre de la forêt d'Orléans, sont favorables. Le belvédère est aussi le meilleur point d’observation de la migration. Il est aussi conseillé d'observer les balbuzards quand ils pêchent sur la Loire, par exemple à Saint-Benoît-sur-Loire (rive droite), au niveau du "Fer à cheval" en amont de Jargeau (rive gauche), ou depuis le coteau proche de Mardié, qui avait déjà "ensorcelé" le romancier Maurice Genevoix.

17. L'évènement BalbuFête est-il de plus en plus populaire localement ? Les habitants locaux et d'Orléans sont-ils de plus en plus impliqués et informés de la nidification de ces rapaces ?

Jean-Marie Salomon et Jérôme Lamour  :
avec environ 150 visiteurs, dont une centaine d'adhérents, de sympathisants, de naturalistes et de proches, la BalbuFête, organisée en mai, est d’abord un rendez-vous d’amitié. L’espace dont nous disposons au bord de la Loire est extraordinaire, mais sa capacité n’est pas illimitée. Notre capacité d’encadrement et d'animation est aussi réduite. Nous ne recherchons pas particulièrement davantage de fréquentation, même si des "BalbuCamés" de plus en plus nombreux viennent de loin, par exemple de l'Ardèche. Les habitants de l’Orléanais ont été informés du retour du Balbuzard pêcheur dans la forêt d'Orléans. Les visiteurs de notre site web sont proportionnellement davantage originaires de l’Orléanais, mais ils proviennent aussi des régions Île-de-France, Centre-Val de Loire et Pays de Loire, et dans une moindre mesure du reste de la France, de l'Europe et du reste du monde.

18. Vous avez mis en point un système de reconnaissance audio permettant d’analyser et d'identifier les chants d'oiseaux en temps réel, obtenant un taux de reconnaissance d’environ 70 % (variable en fonction des espèces) : ce système est-il vraiment original ?

Jean-Marie Salomon et Jérôme Lamour  : ce système est original car à notre connaissance, notre site web BalbuCam.fr est le seul diffusant en direct les images d’une caméra naturaliste proposant également cette fonctionnalité. Bien sûr, il existe des applications pour smartphones qui proposent des modules de reconnaissance des chants d’oiseaux (lire Applications pour smartphones pour saisir ses observations ou reconnaître les sons d'oiseaux), mais notre système enregistre des sons en pleine forêt, sans perturbation humaine. Quand on écoute la bande sonore, on constate qu’il y a toujours plusieurs oiseaux chantant simultanément, ce qui prouve que l'utilisation d'un microphone dans ce milieu naturel était une bonne idée pour faire découvrir les oiseaux présents à proximité de l'aire des Balbuzards pêcheurs. Les résultats en direct sont visibles en ligne (en bas de la page).

19. Avez-vous comparé les performances de votre système de reconnaissance audio par rapport à ceux existant par ailleurs ? Pour quelles espèces est-il performant/ peu performant ? Combien d'espèces peut-il analyser en même temps ? Quels sont vos projets d'amélioration ?

L'interface du système de reconnaissance audio

L'interface du système de reconnaissance audio des chants d'oiseaux en direct (cliquez sur l'image pour l'agrandir).
Source : Balbucam.fr

Jean-Marie Salomon et Jérôme Lamour  : nous n’avons pas réalisé d’étude comparative car à notre connaissance il n’existe pas de logiciel "open source" qui pourrait implémenter ces fonctionnalités. Ce système est performant pour les espèces ayant des chants assez longs et similaires d’un individu à l’autre, comme ceux de la Mésange bleue (Cyanistes ceruleus), du Pinson des arbres (Fringilla ceolebs), du Pouillot véloce (Phylloscopus collybita) ou de la Corneille noire, mais moins pour celles dont le chant est composé de sons courts et irréguliers. Théoriquement il n’y a pas de limite au nombre d’espèces reconnues. C’est pour le moment juste une expérience et il y a beaucoup de points à améliorer : on souhaiterait notamment aller plus loin dans la mise en oeuvre des concepts d'apprentissage automatique, et pour cela s’appuyer sur un logiciel nommé Weka (qui est aussi le nom d'un oiseau endémique aptère de Nouvelle-Zélande).

20. Pouvez-vous nous présenter votre système permettant d’analyser et d'identifier les chants d'oiseaux en temps réel ?

Jean-Marie Salomon et Jérôme Lamour  :  le processus est composé de six étapes :

1- Prise de son sur le site de nidification

La prise de son utilisée pour la reconnaissance sonore des oiseaux est réalisée par un microphone externe installé sur la caméra (lire Débuter dans la prise de son nature : le matériel). Son bruit interne est très faible et a une fréquence d’échantillonnage élevée (adaptée à l’analyse des chants d’oiseaux). Il a été placé en bas du nid (qui est situé à 30 mètres de haut) et permet d'enregistrer le concert forestier. Le principe utilisé est celui des disques vinyle des années 1970 : le chant est gravé sur une piste audio et les sons des instruments sur une autre, et l'ensemble crée un son stéréo. Dans ce dispositif, les sons générés par les deux microphones (de la caméra et externe) produisent un son stéréo (avec un casque, on entend à gauche le son provenant du microphone externe et à droite celui issu du microphone de la caméra). Une partie du bruit est supprimé à l’aide d’un logiciel qui applique un filtre passe-haut, la piste audio est réencodée avec un codec AAC (Advanced Audio Codec) en stéréo, la piste audio est "injectée" dans le flux vidéo qui utilise le codec H264, et le flux est transmis sur le serveur de "streaming" (flux en direct) à l’aide du protocole RTMP.

2- Extraction de la piste audio sur le serveur de "streaming"

Interface du système de reconnaissance audio

L'interface du système de reconnaissance audio : le 22/05/2018 à 15h26, une Sittelle torchepot (Sitta europaea) et un Pinson des arbres (Fringilla coelebs) ont été identifiés.
Source : Balbucam.fr

Lorsque la vidéo arrive sur le serveur de streaming, la partie audio, et plus précisément le canal correspondant au micro externe, est extraite et la piste audio est convertie au format WAV, qui peut ensuite être exploité par le système de traitement du signal.

3- Traitement du signal audio

Un traitement du signal est appliqué au flux audio car le format brut ne peut pas être analysé directement : il est dérivé des MFCCs, un standard dans le domaine de la reconnaissance vocale. Une fois les MFCCs générées, une normalisation de type Z et un algorithme de suppression du bruit sont appliqués.

4- Constitution d’une base de données de signatures de chants d’oiseaux

Une base de données de signatures de chants d’oiseaux a été constituée à l’aide d‘un algorithme d'apprentissage automatique ("machine learning") permettant de déceler toutes les similarités entre plusieurs extraits audio d’une même espèce d’oiseau, et ceci sans intervention humaine.

5- Recherche en temps réel dans le flux audio de signatures présentes dans la base

Un algorithme recherche en temps réel dans le flux audio la présence de signatures contenues dans la base de données : celles correspondant aux oiseaux pré-enregistrés sont analysées par un algorithme qui affiche les espèces identifiées en fonction des scores de reconnaissance obtenus lors de la phase de recherche.

6- Affichage des résultats

Les oiseaux identifiés dans le flux audio sont insérés dans un serveur de cache. L’interface graphique de BalbuCam, créé sous Wordpress, interroge en continu ce serveur à l’aide d’un WebService et affiche en ligne les informations concernant les oiseaux identifiés (nom, nom scientifique, image et exemple de chant).

Contact et informations

Le site web Balbucam : www.balbucam.fr - La chaîne YouTube de MARDIEVAL

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Commentaires postés :

pbev45

Bravo à toutes et tous, pour votre implication et une meilleure connaissance, intime, de cet oiseau.
ps: au passage, amitiés à Alban

26/05/2018

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