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Études

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La population française d'Hirondelles rousselines est-elle nettement sous-estimée ?

Serge Detalle tente de mieux évaluer la population nicheuse française de cette espèce d'hirondelle discrète et peu connue.

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La population française d'Hirondelles rousselines est-elle nettement sous-estimée ?

Nid d'Hirondelles rousselines (Cecropis daurica) sous un pont enjambant un cours d'eau temporaire dans le Var.
Photographie : Serge Detalle

Cinq espèces d'hirondelles nichent en France métropolitaine : les Hirondelles rustique (Hirundo rustica), de fenêtre (Delichon urbicum), de rivage (Riparia riparia), de rochers (Ptyonoprogne rupestris) et rousseline (Cecropis daurica). Cette dernière est la moins connue et la plus rare, le premier cas de nidification documenté remontant seulement à 1962 en Corse. L'Hirondelle rousseline est migratrice comme l’Hirondelle rustique et elle lui ressemble, mais elle s'en distingue par son croupion pâle, sa nuque rouille, les côtés brun-roux de sa tête, le dessous ocre pâle, le bas-ventre noir et les longs filets de sa queue plus épais. Son nid en forme de bouteille est composé de boulettes de boue séchée et est construit sous un pont, dans un bâtiment, dans une grotte ou sur une falaise.
La population française d'Hirondelles rousselines est petite et difficile à estimer de façon précise car c'est une espèce solitaire, peu commune et discrète, Serge Detalle, qui recense depuis plusieurs années les nids d'Hirondelles rousselines dans le Var, pense que le nombre de couples est nettement sous-estimé. Il nous donne des conseils pour repérer les sites de nidification et nous invite à transmettre les observations de nids dans le but d'évaluer de façon plus précise la population hexagonale.

Abstract

Five species of swallows breed in metropolitan France: Barn Swallow, Common House Martin, Collared Sand Martin, Crag Martin and Red-rumped Swallow. The latter is the least known and the rarest, the first known breeding case dating back only to 1962 in Corsica. The Red-rumped Swallow is migratory as the Barn Swallow and it resembles it, but it can be distinguished by its pale rump, its rusty neck, the reddish brown sides of its head and its pale rump. Its bottle-shaped nest is made with dried mud pellets and is installed under a bridge, in a building, in a cave or on a cliff.
The French population of Red-rumped Swallows is small and difficult to estimate precisely because it is a a solitary, rare and discreet species. Serge Detalle, who studies the Red-Rumped Swallow in the Var departement for several years, estimates that the number of French pairs is clearly underestimated. After a description of this species, he gives us advice to locate its potential breeding sites in order to collect date to write a precise national synthesis of the status of this species in France.

Identification de l'Hirondelle rousseline (Cecropis daurica)

Longueur : 16-17 cm.

Description : l'Hirondelle rousseline ressemble superficiellement à l’Hirondelle rustique ou de cheminée (Hirundo rustica). L'adulte a le dessus bleu-noir brillant (avec parfois quelques stries dorsales blanches), la nuque et les joues sont brun-roux, le bas du dos est orangé se fondant vers l’arrière en un croupion quasi-blanc et le dessous est ocre clair avec des stries étroites brun foncé parfois peu visibles. Les couvertures sous-alaires sont chamois et les sous-caudales sont entièrement noires. La queue, profondément échancrée, est brun-noir terne, avec éventuellement de petites taches blanc-grisâtre à l’extrémité des rectrices dont les plus externes se terminent en longs filets.
Le juvénile est plus terne, sa queue ne possède pas de longs filets. Le bec est noir et les pattes sont brun-noir.
L'Hirondelle rousseline se distingue de l'Hirondelle rustique par son croupion pâle, sa nuque rouille, les côtés brun-roux de sa tête, le dessous ocre pâle, le bas-ventre noir et les longs filets de sa queue plus épais.
L'Hirondelle rousseline pratique un vol plus souple que celui de l'Hirondelle rustique, avec des phases de longs planés, les filets de la queue souvent resserrés

Voix : le chant de l'Hirondelle rousseline est plus doux, plus sourd et plus grave que celui de l’Hirondelle de cheminée. C'est un gazouillis composé de strophes courtes de près de deux secondes, terminées ou non par une roulade. Les cris sont variés (sifflements brefs, "miaulements" et cris traînants), plus secs que ceux de l'Hirondelle rustique. Certains sont assez proches de ceux du moineau.

Hirondelle rousseline (Cecropis daurica) adulte

Hirondelle rousseline (Cecropis daurica) adulte, île de Lesbos (Grèce). Notez (1) la nuque et les joues brun-roux, (2) le dessous ocre clair, (3) le croupion pâle et  (4) les longs filets de la queue.
Photographie : François Lelièvre
Hirondelle rustique (Hirundo rustica) adulte

Hirondelle rustique (Hirundo rustica) adulte. Notez (1) la face rouge, (2) la nuque noire, (3) le croupion noir, (4) la bande pectorale noire et le ventre blanc et (5) les longs filets fins.
Photographie : Jean-Pascal Weber

Quelques éléments de comportement

Nid d'Hirondelles rousselines

Nid d'Hirondelles rousselines (Cecropis daurica) dans le Var : notez sa structure fermée et (1) le goulot d'accès.
Photographie : Serge Detalle

L'Hirondelle rousseline se nourrit principalement d'hyménoptères, de diptères et de coléoptères. Elle chasse seule, en couple ou avec les jeunes, et elle se mêle parfois alors à d'autres espèces d'hirondelles.
Elle est migratrice. Les nicheurs européens hivernent en Afrique tropicale : ils partent en septembre-octobre et reviennent en mars-avril. Lors de la migration prénuptiale, des oiseaux peuvent être observés au nord de leur zone de répartition normale (le long du littoral atlantique par exemple), selon le phénomène du dépassement d'aire printanier (lire Comment arrivent les oiseaux rares ?).
L’espèce est monogame. Elle niche isolément, mais parfois deux ou trois nids peuvent être proches les uns des autres. Des signes d’agressivité ont déjà été signalés envers d’autres espèces d’hirondelles à proximité de son nid (jusqu’à 150 à 200 mètres de distance). Du fait de son comportement solitaire, elle est discrète et peut passer inaperçue.

Un nid original

Le nid est composé de boulettes de boue séchée récoltées jusqu’à 1,5 km de distance. L'intérieur est garni d'herbes et de plumes. Il a une forme typique de bouteille, avec une goulot d’accès étroit, plus ou moins long et construit en dernier. Il est très solide, et peut servir plusieurs années de suite.
Il est construit à faible hauteur (de 2 à 4,5 mètres) sous un pont en pierre ou en béton, sur un barrage, sous l’avancée d’un toit, sous un balcon, à l’intérieur d’un bâtiment abandonné, en construction ou peu utilisé, dans une grotte, dans une anfractuosité étroite de roche, à l’intérieur d’une citerne, d’une canalisation de fort diamètre en béton ou encore dans une buse en tôle ondulée.
De trois à six oeufs blancs très finement tachetés de brun-rouge sont pondus. La première ponte peut avoir lieu à partir de la mi-avril, plus souvent en mai. Une deuxième ponte a éventuellement lieu en septembre.

Nid d'Hirondelles rousselines dans le Var

Nid d'Hirondelle rousselines (Cecropis daurica) dans le Var : notez sa structure fermée et (1) le goulot d'accès.
Photographie : Serge Detalle
Nids d'Hirondelles rousselines juxtaposés

Un cas assez rare de nids d'Hirondelle rousselines (Cecropis daurica) juxtaposés. 
Photographie : Franck Dupraz
Nid d'Hirondelles de fenêtre

À titre de comparaison, voici un nid d'Hirondelles de fenêtre (Delichon urbicum) : il a une forme hémisphérique, sans goulot d'accès.
Photographie : François Lelievre
Nid d'Hirondelles rustiques

À titre de comparaison, voici un nid d'Hirondelles rustiques (Hirundo rustica) : il est simple et a la forme d'une moitié de coupe.
Source : Wikimedia Commons

Habitats

Répartition de l'Hirondelle rousseline en France

Zone de nidification de l'Hirondelle rousseline en France.
Carte : Ornithomedia.com d'après l'Atlas des oiseaux de France métropolitaine

En France, l'Hirondelle rousseline niche en dessous de 800 mètres d'altitude dans différents biotopes méditerranéens (garrigue, maquis, zones viticoles, falaises), souvent près d'un point d'eau (sources, cours d'eau).

Aire de répartition

L'Hirondelle rousseline niche de l'Afrique du Nord et du sud de l’Europe à l'Asie de l'Est et à la péninsule indienne, mais aussi localement en Afrique tropicale. Plusieurs sous-espèces sont reconnues : en France et plus largement dans le sud de l'Europe niche ainsi la sous-espèce Cecropis daurica rufula.

Une petite population française

Les premières reproductions documentées de l'Hirondelle rousseline en France remontent à 1962 en Corse et à 1965 dans les Pyrénées-Orientales. Profitant de l'expansion de l'espèce en Espagne, elle s'est installée très lentement dans pratiquement tous les départements français côtiers méditerranéens, mais aussi dans les Alpes-de-Haute-Provence, en Ardèche, dans l'Aveyron, dans la Drôme, en Lozère et dans le Vaucluse. Elle a niché dans les Pyrénées-Atlantiques en 1998.
Du fait de son comportement solitaire et de sa faible population, il est difficile de repérer les couples et d'estimer de façon précise la population nicheuse française : elle serait comprise entre 100 et 200 couples selon l'Atlas des oiseaux de France métropolitaine (lire Une sélection de livres sur les oiseaux parus en 2015) dont 15 à 30 couples dans le Var (2014), une vingtaine de couples dans l'Hérault et une dizaine de couples dans les Pyrénées-Orientales.
La petite population française, située à la limite nord de l'aire de répartition de l'espèce en Europe, est vulnérable. Si le taux de croissance annuel était de près de 5 % entre 1989 et 2012, il semble avoir ralenti depuis. En Provence, les effectifs tendent à stagner, mais les indices de reproduction semblent plus nombreux dans le Languedoc-Roussillon.

Une population nettement sous-estimée ? 

Ponts sur la N7 et sur l'A8 dans la Var

Ponts sur la N7 et sur l'A8 (à l'arrière plan) dans la Var : ils accueillent tous les deux des nids d'Hirondelles rousselines.
Photographie : Serge Detalle

Comme indiqué plus haut, l'Hirondelle rousseline est rare en France, avec un bastion dans le Var : des foyers de populations sont situés autour du rocher de Roquebrune-sur-Argens et dans la plaine des Maures entre Cuers et Les Adrets-de-l'Estérel.
De nombreux nids sont construits sous les ponts et les tunnels des autoroutes A8 et A57 et de la Nationale 7 : ces sites offrent en effet des caractéristiques qui semblent très favorables car ils assurent le maintien de nappes de boues, la présence de cette matière première étant essentielle. Serge Detalle a été surpris de constater que les Hirondelles rousselines, à peine arrivées au printemps, exploitaient immédiatement ces matériaux pour construire ou compléter les nids : le 17 avril 2017, sept couples avaient ainsi déjà achevé ou réparé leur nid. La présence de plusieurs sites favorables proches les uns des autres est fréquente, et ils sont sans doute exploités au fil des années par un même couple.
Serge Detalle a photographié plusieurs ponts où des nids ont été construits : un ancien pont sur une nationale, un pont de l'autoroute A8, un ouvrage d'écoulement des eaux et un pont enjambant un cours d'eau temporaire.
En prospectant partiellement environ 50 % de la surface du département du Var (sept cartes au 1/25000ème), Serge Detalle a recensé 76 sites accueillant un nid en plus ou moins bon état : en se basant sur une moyenne d'un couple pour 48 km², il pense que la population varoise est nettement sous-estimée et pourrait dépasser les 50 couples, voire avoisiner la centaine de couples, soit bien plus que les 15 à 30 couples évoqués pour 2014 dans l'Atlas des oiseaux de France métropolitaine (voir paragraphe précédent). En 2016, il a identifié avec certitude 35 couples reproducteurs dans le Var et a découvert plus de 35 nouveaux sites au cours du printemps 2017 (et pas seulement sous des ponts d'autoroutes).
Toutefois, la seule découverte d'un nid ne suffit pas à évaluer le nombre de couples, car selon Adeux ornithologues qui ont réalisé un contrôle complet des autoroutes A8 et A57 pour le compte de la société Autoroutes Esterel-Côte d'Azur (groupe Vinci), plusieurs nids ont été abandonnés et ne sont pas réoccupés. Cela a aussi été constaté le long du canal de Provence dans les Bouches-du-Rhône, et le long de la partie varoise de celui-ci, les ponts qui l’enjambent sont peu favorables à cause de leur élévation très faible au-dessus de l’eau et de la difficulté à trouver de la boue.
D'autre part, une compétition avec l'Hirondelle de rochers (Ptyonoprogne rupestris) pour les sites de nidification n’est pas exclure voire très probable mais cela reste à démontrer : toutefois, elle semble exceptionnelle, non simultanée et ne concernerait que les très grands ouvrages.

Nid d'Hirondelles rousselines sous un pont de la A8 dans le Var

Nid d'Hirondelles rousselines (Cecropis daurica) (1) sous un pont de l'autoroute A8 dans le Var (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Serge Detalle
Nid d'Hirondelles rousselines sous un pont de la N7 dans le Var

Nid d'Hirondelles rousselines (Cecropis daurica) sous un pont de la route nationale N7 dans le Var (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Serge Detalle
Pont enjambant un cours d'eau temporaire

Pont enjambant un cours d'eau temporaire dans le Var : un nid d'Hirondelles rousselines a été construit en dessous.
Photographie : Serge Detalle
Pont enjambant un cours d'eau temporaire

Pont enjambant un cours d'eau temporaire dans le Var : un nid d'Hirondelles rousselines a été construit en dessous.
Photographie : Serge Detalle
Nid d'Hirondelles rousselines sous un pont enjambant un cours d'eau temporaire

Nid d'Hirondelles rousselines (Cecropis daurica) (1) sous un pont enjambant un petit cours d'eau dans le Var (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Serge Detalle
Structure discrète sur un cours d'eau

Une structure discrète enjambant un cours d'eau varois, difficilement visible depuis la route : il accueille pourtant un nid d'Hirondelles rousselines (Cecropis daurica).
Photographie : Serge Detalle


Où rechercher l'Hirondelle rousseline ?

L'Hirondelle rousseline est donc à rechercher en priorité sous les ponts de toute taille enjambant des cours d'eau même très petits, essentiellement dans les départements français côtiers méditerranéens, dans les Alpes-de-Haute-Provence, en Ardèche, dans l'Aveyron, dans la Drôme, en Lozère et dans le Vaucluse, mais aussi pourquoi pas plus au nord car elle a déjà niché dans les Pyrénées-Atlantiques et même semble-t-il près de Bar-le-Duc, dans le département de la Meuse ! Comme pour d'autres espèces d'oiseaux, le réchauffement climatique pourrait en effet favoriser son installation dans des régions plus septentrionales.
Afin de  mieux estimer la population française d'Hirondelles rousselines, Serge Detalle est intéressé par toutes les informations utiles concernant la découverte d'un nid. Vous pouvez le contacter par courriel : apodelichon@orange.fr.

Contact

Serge Detalle - Courriel : apodelichon@orange.fr

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Sources

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