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Pourquoi certaines espèces d'oies profitent-elles de l'agriculture moderne ?

Alors que le Salon de l'Agriculture débute le 24/02/2018, une étude récente montre que plusieurs oies ont su exploiter l'augmentation des surfaces et des rendements agricoles.

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Pourquoi certaines espèces d'oies profitent-elles de l'agriculture moderne ?

Oies cendrées (Anser anser) en Zélande (Pays-Bas) le 6/12/2012.
Photographie : Marc Fasol

En hiver, les grands rassemblements d'Oies à bec court, cendrées, rieuses, des neiges ou des Bernaches nonnettes et du Canada dans les champs et les prairies cultivées du nord de l'Europe et d'Amérique du Nord attirent de nombreux observateurs. Mais ces scènes magnifiques d'un point de vue ornithologique sont relativement récentes : il y a plus de 50 ans, ces oiseaux aquatiques étaient moins nombreux et étaient essentiellement concentrés dans les zones humides naturelles. En effet, les oies ont découvert que les zones agricoles offraient une nourriture plus abondante et plus riche d'un point de vue énergétique que les marais et les vasières. Plusieurs espèces ont su exploiter ces nouvelles ressources et leurs populations ont ainsi significativement augmenté.
Dans cet article basé sur une étude publiée en 2017 dans la revue Ambio, nous présentons cette évolution et les facteurs expliquant pourquoi les oies se nourrissent de plus en plus dans les zones cultivées au détriment des zones humides naturelles.

Abstract

In winter, the huge flocks of Pink-footed, Greylag, White-fronted, Snow, Canada or Barnacle Geese in Northern Europe and North America feeding in fields and grasslands attract many birders. But these beautiful ornithological sceneries are relatively recent: more than 50 years ago, these waterfowl were much less numerous and were mainly concentrated in natural wetlands. In fact, they discovered that cereals and grasses are much richer in energy and proteins than seeds of wild plants, which sometimes have to be found with difficulty in the soil or the mud. Several species of geese have been able to exploit these new freeding resources and their populations have significantly increased.
In this article based on a study published in 2017 in the Ambio journal, we present this evolution and the reasons why geese prefer the fields and grasslands than wetlands to feed.

Les oies, des exceptions parmi les oiseaux des zones cultivées

Oies des neiges (Chen caerulescens)

Oies des neiges (Chen caerulescens) le long de Mann Road, Fir Island, état de Washington (États-Unis), le 03/02/2008.
Photographie : Walter Siegmund / Wikimedia Commons

Depuis 50 ans, les régions cultivées d'Europe subissent une forte baisse de leur biodiversité, à cause principalement de l'intensification des pratiques agricoles : depuis 1980, les populations de nombreuses espèces d'oiseaux des champs et des prairies ont baissé de plus de 50 %, et ce déclin semble se poursuivre malgré la mise en place de mesures agro-environnementales.  Par contre, les populations de plusieurs espèces d'oies, qui hivernent dans les zones agricoles sont en augmentation en Europe et en Amérique du Nord. L'épandage d'engrais et la sélection de variétés productives de céréales (blé, orge...) et de plantes fourragères comme le maïs ou le le ray-grass anglais (Lolium perenne), ont permis d'augmenter les rendements des cultures et des prairies, fournissant une nourriture riche et abondante aux oies migratrices et hivernantes.

Une nourriture abondante et riche

Les graines des variétés modernes de céréales sont riches en protéines, et il en reste toujours beaucoup dans les champs même après les récoltes. Ces semences sont plus nombreuses et plus faciles à trouver que les graines naturelles, souvent enterrées et enrobées de terre. Plusieurs espèces ont su exploiter ces ressources : par exemple, les Oies des neiges (Chen caerulescens) qui hivernaient autrefois dans les marais saumâtres du golfe du Mexique, se sont dans un premier temps déplacées vers les rizières de Louisiane et du Texas, avant de s'orienter vers les cultures de maïs plus au nord.
Tinkler et al. (2009) ont montré chez la Bernache cravant à ventre pâle (Branta bernicla hrota) que la quantité d'énergie contenue dans les végétaux (zostères) du Strangford Lough en Irlande était de 14 kilojoules par gramme, contre 21 kilojoules par gramme pour l'herbe des prairies fertilisées.
Les oies et les bernaches profitent pleinement de la biomasse et la qualité (richesse en protéines) du ray-grass et elles stationnent par milliers dans certains secteurs favorables, comme les polders de Belgique et des Pays-Bas (lire Observer les oiseaux dans la province de Zélande). Les plantules des céréales au début de leur croissance sont encore plus nutritives que les plantes fourragères, et les cultures d'hiver offrent une alimentation abondante durant la mauvaise saison.

Oies des moissons (Anser fabalis)

Oies des moissons (Anser fabalis) dans un champ à Koecking (Moselle) le 03/01/2014.
Photographie : François Henriot

Les Oies à bec court (Anser brachyrhynchos) (lire Identifier les Oies cendrée, rieuse, des moissons, de la toundra et à bec court) qui se nourrissent des semences d'orge récemment semées emmagasinent 16 fois plus d'énergie (219 joules) par prise que lorsqu'elles mangent de l'herbe dans les pâtures extensives. Les Bernaches cravants (Branta bernicla) couvrent leurs besoins en azote en 3,7 heures par jour avec de blé d'hiver, alors qu'elles ont besoin de 5,02 heures quotidiennes dans une prairie et de 11,25 heurs dans un marais côtier.
Madsen a montré que les Oies à bec court ingéraient 2 824 kilojoules par jour en passant seulement 54 % de leur journée à se nourrir dans un champ d'orge récemment semé , contre 1 267 kilojoules par jour en passant 80 % de leur journée à pâturer dans une prairie. Même si leurs dépenses énergétiques sont plus élevées dans les cultures à cause des dérangements causés par exemple par les effaroucheurs, le bilan énergétique reste nettement positif. Ces oies qui se nourrissent ainsi plus vite réduisent en outre leur exposition aux prédateurs.
Avant d'entamer leur migration, ces oiseaux doivent faire des réserves, et donc une nourriture riche en énergie est essentielle. Le long de la côte occidentale de Norvège, Prop et Blanck ont montré que les Bernaches nonnettes (Branta leucopsis) accumulaient davantage de protéines au printemps en mangeant de la Fléole des prés (Phleum pratense) cultivée que des plantes spontanées comme les fétuques ou les pâturins. 

Des changements des zones d'hivernage et de migration

L'exploitation de ces ressources alimentaires a entraîné un déplacement des zones d'hivernage de plusieurs espèces : dans les années 1950, 45 % des Oies des neiges migrant le long de la côte atlantique d'Amérique du Nord hivernaient en Floride et dans les Carolines, mais dans les années 1980, ce pourcentage est tombé à 4 % , près de 70 % des oiseaux passant désormais l'hiver dans les champs de maïs du Maryland, du Delaware et de Virginie Occidentale.
Les oies peuvent aussi s'adapter aux changements de cultures : par exemple, dans le sud de la Grande-Bretagne, le nombre d'Oies à bec court a fortement augmenté suite à l'accroissement des surfaces de betteraves.
Les oies changent parfois leur période et leur trajet migratoire : les Oies à bec court restent désormais plus longtemps en automne et au début de l'hiver dans le Jutland (Danemark) car elles profitent au maximum des grains de maïs tombés après la récolte.
Les Oies rieuses de la toundra (Anser albifrons frontalis), qui stationnaient autrefois au printemps dans le Nebraska lors de leur migration prénuptiale, ont commencé à la fin des années 1990 à s'arrêter plus au nord dans le Saskatchewan (Canada) suite à l'augmentation des surfaces de légumineuses dans cette province, qui a compensé une réduction des surface de maïs dans le nord des États-Unis.

Une croissance démographique

Bernaches nonnettes (Branta leucopsis)

Bernaches nonnettes (Branta leucopsis) en hiver en Zélande (Pays-Bas).
Photographie : Marc Fasol

Cette augmentation des ressources alimentaires dans les zones d'hivernage et de migration a contribué à la croissance démographique de plusieurs espèces d'oies, comme l'Oie rieuse de la toundra en Amérique du Nord ou la Bernache nonnette en Europe (lire L'expansion de la Bernache nonnette : après la Belgique, la France ?). D'autre part, les jeunes trouvent plus facilement leur nourriture dans les cultures que dans les zones naturelles, ce qui augmente leur taux de survie.
Le réchauffement climatique, en diminuant les besoins énergétiques, contribue à réduire la mortalité hivernale.

Une nourriture moins "saine" ?

La nourriture disponible dans les champs et dans les prairies fertilisées, si elle favorise l'accumulation de graisses, serait moins intéressante au niveau de l'assimilation des protéines : cela a été montré chez des Bernaches cravants en Norvège, mais ce constat n'a pas été confirmé ailleurs, comme sur l'île de Texel aux Pays-Bas (lire Observer les oiseaux sur le Flevoland polder et sur l'île de Texel). Cette différence n'aurait de toute façon pas d'influence sur le succès de la reproduction.

Un futur incertain

En Amérique du Nord et au Europe, les oies fréquenteront bientôt davantage les cultures que les zones naturelles en hiver et durant les périodes de migrations, ce qui risque de poser localement des problèmes de cohabitation entre les agriculteurs et ces oiseaux. Il sera difficile de les forcer à retourner se nourrir dans des zones naturelles moins attractives d'un point de vue alimentaire : il faudra donc trouver un moyen de combiner au mieux conservation et intérêts économiques.
Mais la situation, si elle est actuellement favorable, pourrait facilement changer, en fonction par exemple d'une amélioration de l'efficacité des techniques de récolte laissant moins de nourriture dans les champs ou d'une réorientation des aides agricoles  en faveur de certaines cultures moins intéressantes pour les oies, comme le soja.

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Sources

Anthony D. Fox et Kenneth F. Abraham (2017). Why geese benefit from the transition from natural vegetation to agriculture? Ambio. Volume 46. Pages : 188–197. https://link.springer.com/article/10.1007/s13280-016-0879-1

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