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Études

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Les Labbes bruns seraient capables de distinguer les humains entre eux

Même des oiseaux vivant dans des zones sauvages pourraient identifier individuellement les humains pouvant être dangereux pour eux.

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Les Labbes bruns seraient capables de distinguer les humains entre eux

Labbe antarctique (Stercorarius antarcticus) face à un intrus.
Photographie : United States Coast Guard / Wikimedia Commons

De nombreuses études ont montré que des animaux domestiques comme les chiens, les lapins ou les moutons pouvaient reconnaître les humains individuellement. C'est également le cas de plusieurs oiseaux sauvages. Des Corneilles d'Amérique (Corvus brachyrhynchos) ont ainsi appris à distinguer les masques que portaient des chercheurs qui les capturaient pour leurs expériences, et dans le campus de l'Université Nationale de Séoul en Corée du Sud, on a constaté que les Pies bavardes (Pica pica) pouvaient reconnaître les biologistes grimpant dans les arbres pour étudier leurs oeufs ou leurs petits. Il s'agit souvent d'espèces vivant près des humains, mais qu'en est-il des oiseaux nichant dans des endroits sauvages ou désertiques ? Dans un article publié en mars 2016 dans la revue Animal Cognition, des biologistes coréens ont présenté les résultats d'observations et d'expériences menées sur des Labbes bruns (Stercorarius antarcticus lonnbergi) sur l'île du Roi-George dans la péninsule Antarctique.

Abstract

Many studies have shown that domestic animals like dogs, rabbits or sheep could recognize humans individually. This is also the case of several wild birds. Some American Crows (Corvus brachyrhynchos) learned to distinguish the masks worn by the researchers who captured them for their experiences and in the campus of the Seoul National University, one found that Magpies (Pica pica) could recognize biologists who climb trees to study their eggs or their chicks. It is often the case of species living close to humans, but what about birds that live in wild and desert areas? In an article published in March 2016 in the journal Animal Cognition, Korean biologists have presented the results of observations and experiments on Brown Skuas (Stercorarius lonnbergi antarcticus) in the King George Island in the Antarctica Penisnula.

Pie bavarde (Pica pica)

Pie bavarde (Pica pica).
Photographie : Pierre Sellim / Wikimedia Commons

Les Pies bavardes de l'Université Nationale de Séoul

En 2009, Won Young Lee, un étudiant qui grimpait fréquemment dans les arbres de l'Université Nationale de Séoul (Corée du Sud) pour prélever les œufs ou les poussins de Pies bavardes (Pica pica) dans le cadre d'une étude de cette espèce a constaté que ces oiseaux devenaient agressifs, bruyants et le suivaient. Il explique : "je me souviens quand une pie est descendue de l'arbre où était installé son nid et qu'elle m'a houspillé. J'étais alors avec un autre chercheur. J'ai essayé de la leurrer en lui donnant ma casquette, mais cela n'a pas fonctionné. Quand j'ai quitté les lieux, l'oiseau m'a suivi et pas mon collègue". Il a refait l'expérience avec 11 couples de pies, et plus de la moitié des oiseaux semblaient le reconnaître et réagir spécifiquement.
En se basant sur ce constat, des chercheurs ont mené l'expérience suivante : un binôme, constitué d'une personne grimpant aux arbres et d'un non-grimpeur portant les mêmes vêtements, a été mis en présence de plusieurs pies pour voir si elles avaient des réactions sélectives. Tous les oiseaux étaient plus agressifs envers les grimpeurs. Contrairement aux années précédentes, au cours desquelles les personnes grimpant dans les arbres changeaient régulièrement, seul Won Young Lee réalisait cette tâche en 2009. Ainsi, c'est la répétition de l'intrusion par la même personne qui a été considérée comme une menace et qui pourrait avoir accéléré le processus de reconnaissance.
Comme les oiseaux ne sont pas très sensibles aux odeurs, il est probable que la reconnaissance soit faciale. Les membres du binôme portaient les mêmes vêtements et se déplaçaient de la même manière (lire Les Pies bavardes peuvent distinguer les humains entre eux). 

Deux hypothèses

Les chercheurs avancent deux hypothèses non contradictoires/exclusives pour expliquer pourquoi certaines espèces sont capables de reconnaître les humains individuellement : "des capacités cognitives élevées" (non encore testées) et une "exposition préalable aux stimuli". Les Moqueurs polyglottes (Mimus polyglottos) et les Corneilles d'Amérique (Corvus brachyrhynchos) auraient appris à distinguer les humains grâce à leurs capacités cognitives supérieures à celles d'autres espèces, qui leur donnent un avantage concurrentiel pour vivre dans les milieux urbains. L'exposition préalable et répétée à des stimuli permet par ailleurs à une grande variété d'animaux de détecter certaines caractéristiques des sources de ces stimuli et à en ignorer d'autres. Ainsi, si la variabilité des vêtements des intrus est vraisemblablement ignorée par les pies, des éléments invariables comme des traits du visage sont certainement repérés. C'est par ce mécanisme que différents oiseaux apprendraient à repérer des détails invariants du plumage et/ou de la silhouette en vol ou posé de certains rapaces pour repérer ceux qui sont les plus dangereux.

Le cas d'un oiseau vivant loin des hommes, le Labbe brun

Situation de l'île du Roi-George (Antarctique)

Situation de l'île du Roi-George (Antarctique).
Carte : Ornithomedia.com

Des chercheurs ont souhaité étendre ce type d'expérience à des espèces vivant dans des zones sauvages ou faiblement peuplées. Des biologistes coréens ont étudié les capacités du Labbe brun (Stercorarius antarcticus lonnbergi) à reconnaître les humains entre eux sur l'île du Roi-George, dans la péninsule Antarctique. Les humains sont très rares dans cette vaste zone, même si depuis les années 1950 onze stations de recherche se sont installées.
La zone d'étude était le point Narebski. Durant la saison 2013-2014, environ neuf personnes ont visité chaque jour la zone d'étude, et les chercheurs ont émis l'hypothèse que les labbes pourraient reconnaître les visiteurs entre eux. Ils ont donc voulu évaluer si ces oiseaux réagissaient plus ou moins à l’arrivée de personnes ayant au préalable visité leur nid, et ils ont testé expérimentalement leur comportement vis à vis de deux humains avançant en duo, l’un d'entre eux s'étant déjà rendu près du nid.
Entre décembre 2014 et janvier 2015 (correspondant à la période d'incubation et d'élevage des jeunes), deux chercheurs ("les intrus") ont contrôlé huit nids de Labbes bruns une fois par semaine. Chaque visite durait 10 à 15 minutes. Lors de leur première visite, les biologistes choisissaient une approche linéaire et plaçaient de petits cailloux tous les cinq mètres pour faciliter l'évaluation des distances. À proximité des nids, ils marchaient à un mètre par seconde et observaient la distance d'envol (lire Pourquoi certains oiseaux sont-ils parfois si confiants ?). Le comportement des oiseaux a aussi été observé et noté, en particulier les attaques physiques.

Labbes bruns (Stercorarius antarcticus loonbergi)

Labbes bruns (Stercorarius antarcticus loonbergi) et biologiste.
Source : OAA NMFS SWFSC Antarctic Marine Living Resources Program

Pour sept couples, les chercheurs ont testé lors de leur quatrième visite si les adultes étaient capables de faire la différence entre deux humains dont l'un avait déjà visité leur nid et l’autre était "neutre". Quand les deux parents étaient présents, les deux visiteurs marchaient dans deux directions différentes sur 20 à 30 mètres. Une troisième personne située à plus de 40 mètres filmait la scène.
Les réponses des labbes ont été notées : + 1 en cas d'attaque sur une personne ayant déjà visité le nid dans le passé et - 1 en cas d'attaque sur le visiteur neutre.
Pour les analyses statistiques, les biologistes ont utilisé deux modèles linéaires mixtes. Ils ont examiné les effets du nombre de visites du nid sur la réaction des oiseaux (distance d'approche : entre 5 et 25 mètres). Quatre nids ayant produit des jeunes à l’envol avaient été visités plusieurs fois. Pour les trois autres (visités quatre ou cinq fois), les oeufs n'ont pas éclos et les biologistes ont cessé l'expérience. Les chercheurs ont aussi examiné si la probabilité d'une attaque physique augmentait ou pas en fonction du nombre de visites.
Ils ont constaté que quand les visites de nids étaient répétées, les Labbes bruns réagissaient davantage, plus vite et plus violemment vis-à-vis des personnes ayant déjà visité leur nid précédemment. Quand deux visiteurs s'approchaient de leur nid en même temps, ils attaquaient spécifiquement celui étant déjà venu près de leur nid dans le passé. Ces résultats montrent que même un oiseau vivant dans un environnement sauvage peut reconnaître les humains entre eux. Cela pourrait être permis par de fortes capacités cognitives, mais cette faculté pourrait aussi apparaître assez rapidement après plusieurs interactions avec les humains.

À lire aussi sur Ornithomedia.com

Source

Won Young Lee , Yeong-Deok Han, Sang-im Lee, Piotr G. Jablonski, Jin-Woo Jung et Jeong-Hoon Kim (2016). Antarctic skuas recognize individual humans. Animal Cognition. Pages : 1-5. Date : 3 mars. http://link.springer.com/article/10.1007/s10071-016-0970-9

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