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Pourquoi le Bruant mélanocéphale ne s’est-il pas encore établi en France ?

Alors que plusieurs chanteurs ont été signalés depuis le 1er juin 2019 dans les Alpes-de-Haute-Provence, nous nous demandons pourquoi cette espèce ne s'est pas encore installée durablement en France.

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Pourquoi le Bruant mélanocéphale ne s’est-il pas encore établi en France ?

Bruant mélanocéphale (Emberiza melanocephala) mâle chanteur, Villar-Saint-Pancrace (Hautes-Alpes), le 2 juin 2015.
Photographie : Élie Ducos

Le mâle du Bruant mélanocéphale (Emberiza melanocephala) est très facile à reconnaître avec sa tête noire, son dessus brun-roux et son dessous jaune citron, tandis que la femelle est légèrement plus terne. Il niche dans des zones semi-ouvertes variées, comme les steppes parsemées de buissons et d'abres, les oliveraies, les jardins ou les zones agricoles avec buissons. L'aire de répartition de ce beau passereau s'étend de l'Italie à l'Iran, mais des mâles chanteurs cantonnés sont vus chaque printemps dans le sud-est de la France, surtout en mai et en juin. Le site web Faune-paca.org a annoncé le 22 juin 2019 que plusieurs oiseaux avaient été signalés dans le département des Alpes-de-Haute-Provence, et notamment sur le plateau de Valensole, un secteur classique pour rechercher l'espèce.
Malgré ces observations annuelles, les cas de nidification confirmés sont très rares et non récurrents en France : on peut donc se demander pourquoi certains oiseaux ne reviennent-ils pas d'une année sur l'autre dans des secteurs pourtant a priori favorables, et donc pourquoi l'espèce ne s'est pas encore installée dans notre pays. Une étude publiée dans la revue Bird Study menée sur la petite population de Bruants mélanocéphales de Lombardie (nord de l’Italie) fournit peut-être quelques éléments de compréhension.

Abstract

The male of the Black-headed Bunting (Emberiza melanocephala) is very easy to identify with its black head, its brown-red upperparts and its lemon yellow underparts, while the female is slightly duller. It breeds in various semi-open areas, such as steppes with scattered bushes and trees, olive groves, gardens or agricultural areas. The range of this beautiful passerine ranges from Italy to Iran, but  singing males are watched every year in southeastern France in May and June. The Faune-paca.org website has announced the 22th of June 2019 that several males had been recorded in the Alpes-de-Haute-Provence department, particularly on the Valensole plateau, a classic area for searching for the species in spring in France.
Despite these annual observations, the confirmed breeding cases are very rare and non-recurrent in France: we can therefore wonder why this species is ot established yet in our country. A study published in the Bird Study journal about the small population of Black-headed Buntings in Lombardy (northern Italy) may provide some elements.

Le Bruant mélanocéphale (Emberiza melanocephala)

Bruant mélanocéphale (Emberiza melanocephala) mâle

Bruant mélanocéphale (Emberiza melanocephala) mâle, Villar-Saint-Pancrace (Hautes-Alpes), le 2 juin 2015.
Photographie : Élie Ducos

Longueur : 15,5 à 17,5 cm.

Description : bruant assez grand. Le mâle a la tête noire, le dessous jaune et le dessus brun-roux. La femelle est plus terne : le dessus est brun-roux, le croupion brun terne et le dessous jaune pâle. Elle présente un étroit cercle oculaire blanc chamois.
L’oiseau de premier hiver a la poitrine blanc chamois et le dos brun-gris bien rayé. L'espèce est très proche du Bruant à tête rousse (Emberiza ruficeps) avec qui elle peut s'hybrider (lire La conquête de l'Ouest du Bruant à tête rousse).

Voix : le chant est une strophe s’accélérant légèrement, grave, au rythme haché, avec des "r" roulés (écoutez un enregistrement). Les cris sont variés : "tchuuyp", "tsuh"...

Écoutez ci-dessous un enregistrement du chant du Bruant mélanocéphale réalisé en Grèce le 29/05/2016 (source : Xeno-canto) :

Biologie : oiseau essentiellement granivore mais pouvant manger des insectes pendant la saison de reproduction. Migrateur. Niche à partir de mai.

Habitats : campagne dégagée et sèche ou versants arides avec des buissons et des arbres isolés.

Répartition : de l'Italie à la mer Caspienne et au nord de l'Iran en passant par les Balkans, la Turquie, le Liban et Israël. Hiverne principalement dans le sous-continent indien.

Le Bruant mélanocéphale en France

Bons secteurs pour chercher le Bruant mélanocéphale (Emberiza melanocephala) au printemps

Quelques bons secteurs pour chercher le Bruant mélanocéphale (Emberiza melanocephala) au printemps dans le sud-est de la France : (1) le plateau de Valensole (Alpes-de-Haute-Provence),  (2) le massif des Monges (Alpes-de-Haute-Provence), (3) le secteur de La Verdière (Var) et (4) le plateau de Calern (Alpes-Maritimes).
Carte : Ornithomedia.com

Le Bruant mélanocéphale est observé chaque année en France mais il est rare. Les données printanières (de la mi-avril à la fin juin) sont les plus nombreuses et correspondent à la période de passage des oiseaux sauvages qui culmine à la fin du mois de mai et en juin (voir une synthèse d'observations récentes) : à  cette période de l'année, des mâles chanteurs, qui peuvent être cantonnés et parfois accompagnés d’une femelle, sont observés chaque année dans la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, mais les cas de nidification prouvés sont rarissimes. Toutefois, étant donné les vastes zones a priori favorables du sud-est de la France et la discrétion des femelles, il est probable que des oiseaux et des cas de reproduction passent inaperçus.
Certains secteurs sont particulièrement favorables pour le rechercher :

  • le plateau de Valensole (Alpes de Haute-Provence) est situé à une altitude moyenne de 500 mètres, s’étend sur environ 800 km² et st traversé par la vallée de l’Asse. Ce secteur est connu pour accueillir assez régulièrement des Bruants mélanocéphales, dont certains chantent et se cantonnent. La vallée cultivée de l’Asse accueille est particulièrement favorable pour rechercher ce passereau, et un cas de nidification y a été noté en 2007. Le 22 juin 2019, le site web Faune-paca.org a signalé que plusieurs Bruants mélanocéphales chanteurs avaient été observés depuis le 1er juin dans les Alpes de Haute-Provence, et plus particulièrement sur le plateau de Valensole. 
  • Le plateau de Calern le secteur de Cipières notamment, dans les Alpes-Maritimes. L'espèce s’y est reproduite en 2000 et en 2001.
  • Le secteur de La Verdière (Var). Une reproduction y a avorté en 2001.
  • Le massif des Monges entre Authon et Saint-Geniez (Alpes-de-Haute-Provence) (un mâle vu en juin 2012).

Quelques oiseaux peuvent atteindre l’ouest et le nord de la France : trois mâles ont par exemple été observés en mai 1986, 1988 et 1989 à la pointe de la Grave en Gironde, et un le 18 juin 1989 à Antifer (Seine-Maritime). Ces données très éloignées de l’aire de reproduction normale s’expliquent certainement par le phénomène du dépassement d’aire printanier (lire Comment arrivent les oiseaux rares ?). Les données automnales (de la fin juillet à septembre) sont beaucoup plus rares, les oiseaux étant en outre plus discrets et plus mobiles à cette période.
Les observations de Bruants mélanocéphales dans l'ouest de l'Europe ont longtemps été considérées comme concernant des oiseaux échappés de captivité, mais l’Inde (où hiverne la quasi-totalité des oiseaux) a interdit le commerce de cette espèce depuis longtemps et la phénologie printanière des observations hexagonales s’accorde tout à fait avec celle de la migration prénuptiale de l’espèce. De la même façon, les observations de Bruants à tête rousse en Europe de l’Ouest concernent probablement aussi désormais des oiseaux sauvages (lire La conquête de l'Ouest du Bruant à tête rousse).

Vue du site d'observation

Vue du site où ont été découverts deux Bruants mélanocéphales (Emberiza melanocephala) le 2 juin 2015 à Villar-Saint-Pancrace (Hautes-Alpes) (cliquez sur la photo pour l'agrandir)
Photographie : Élie Ducos
Bruant mélanocéphale (Emberiza melanocephala)

Bruant mélanocéphale (Emberiza melanocephala) mâle chanteur, Villar-Saint-Pancrace (Hautes-Alpes), le 2 juin 2015 (cliquez sur l'image pour l'agrandir).
Photographie : Élie Ducos

Pourquoi le Bruant mélanocéphale ne s’est-il pas encore établi de façon durable en France ?

Aire de nidification du Bruant mélanocéphale (Emberiza melanocephala)

Aire de nidification du Bruant mélanocéphale (Emberiza melanocephala). En (A) l'emplacement de la petite population isolée en Lombardie.
Carte : Ornithomedia.com

Chaque printemps, des mâles chanteurs sont observés dans le sud-est de la France dans des habitats a priori favorables et des cas de nidification sont parfois notés, et pourtant ce passereau ne s’est pas encore établi dans notre pays. Pour quelle raison ? Une étude de Mattia Brambilla publiée en 2015 dans la revue Bird Study apporte peut-être quelques éléments de compréhension.
Cet ornithologue a suivi une petite population isolée dans le sud de la Lombardie : il s'agit des nicheurs réguliers les plus proches de la frontière française. Ils sont éloignés de plus de 300 km des oiseaux du nord de l’Adriatique et du centre-sud de l’Italie.
Cette population a été découverte dans les années 1970 et n’a jamais dépassé les dix couples nicheurs chaque année. Entre 2002 et 2013, Mattia Brambilla a surveillé entre 21 et 22 territoires (16 en Lombardie et 5 à 6 dans les secteurs contigus situés dans les régions voisines). Ces oiseaux sont localisés dans une petite zone au pied des Apennins et ne nichent que sur des pentes douces de collines chaudes et sèches (orientées vers le Sud) couvertes de vignobles et de terres arables. Ils n’ont jamais colonisé d'autres habitats dans les secteurs voisins, même lors de très bonnes années.
Mattia Brambilla a voulu déterminer les facteurs expliquant cette répartition très localisée : pour cela, il a construit trois modèles prédictifs de distribution basés respectivement sur les conditions climatiques (niveau de précipitations durant la période la plus chaude de l’année, précipitations moyennes durant l’année, température moyenne durant la période la plus chaude de l’année, température annuelle moyenne, température maximum durant le mois le plus chaud de l'année), le type de paysage (vignes, buissons, terres arables, zones urbaines, sol nu, rizières, prairie, zone humide) et les caractéristiques des territoires connus. La superposition des distributions théoriques obtenues par ces modèles coïncidait exactement avec la répartition réelle de l’espèce, ce qui suggère que le Bruant mélanocéphale est une espèce très sensible aux caractéristiques environnementales locales. Les conditions climatiques de la zone où vit cette population isolée de Lombardie correspondent assez précisément avec celles du reste de l’aire de répartition de l’espèce.
Le fait que la taille de cette petite population n’ait pas changé depuis les années 1970 et qu’aucune autre population n’ait été trouvée en près de quarante ans dans les régions voisines du Piémont et de Ligurie, toutes deux plus proches de la France, suggèrent qu’une éventuelle installation de l’espèce dans le sud-est de l'hexagone sera sûrement très longue, voire qu'elle ne se produira peut-être jamais. Les Alpes forment en outre une barrière biogéographique imposante rendant difficile un afflux régulier d’oiseaux du côté français à partir des foyers de population italiens.

Une zone d'hivernage trop lointaine ?

Valéry Schollaert (blog : Valeryschollaert.wordpress.com) avance de son côté une autre hypothèse pour expliquer cette absence d'installation définitive en France : le Bruant mélanocéphale hiverne en Asie du Sud et non pas en Afrique, et le trajet migratoire serait donc trop long pour permettre une colonisation de l'Europe du sud-ouest (de la France à la péninsule ibérique). Parmi les bruants migrateurs, seul le Bruant ortolan (Emberiza hortulana) hiverne en Afrique, et cette espèce est bien présente en France, en Espagne et au Portugal.  

Contact

Élie Ducos : eliepaulducos@gmail.com - Découvrez son émission "Esprit Nature" sur la radio RAM : www.ram05.fr/spip.php?rubrique152

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