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Des Pélicans blancs en France en mai 2019 : une probable origine sauvage

Deux groupes de pélicans ont été découverts en Isère et dans la Creuse à la fin du mois de mai, et plusieurs éléments plaident en faveur d'oiseaux sauvages.

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Des Pélicans blancs en France en mai 2019 : une probable origine sauvage

Pélicans blancs (Pelecanus onocrotalus) sur la rivière Isère près de Voreppe (Isère) le 23 mai 2019.
Photographie : Paul de Ferrière

Le Pélican blanc (Pelecanus onocrotalus) niche de façon fragmentée dans le sud-est de l'Europe (principalement dans le delta du Danube), en Asie (de la Turquie à l'Asie centrale et à l'Inde) et en Afrique tropicale. Des oiseaux, généralement seuls, sont parfois notés en Europe de l'Ouest (par exemple, 30 en France entre 1983 et 1998), et leur origine sauvage est souvent considérée comme incertaine car il s'agit d'une espèce fréquemment détenue en captivité (collections privées et parcs zoologiques), et des individus peuvent s'échapper et parcourir de grandes distances.
En mai 2019, deux groupes de pélicans ont été observés en France : huit (principalement des immatures) sur la rivière Isère près de Voreppe (département de l'Isère) les 22 et 23 mai au moins, et trois (uniquement des immatures) dans la réserve naturelle de l'Étang des Landes (département de la Creuse), du 25 au 29 mai au moins. Ils n'étaient pas bagués et semblaient plutôt fatigués (ils se reposaient longuement).
Dans cet article, nous recensons les éléments plaidant en faveur d'une origine sauvage de ces pélicans. Nous remercions Dominique François, Paul de Ferrière, Christophe Mercier et Sylvain Pouteil-Noble pour leurs photos.

Abstract

The Great White Pelican (Pelecanus onocrotalus) breeds in southeastern Europe (mainly in the Danube Delta), in Asia (from Turkey to Central Asia and India) and tropical Africa. Some birds, usually isolated, are sometimes watched in Western Europe (for example, 30 in France between 1983 and 1998), and their wild origin is often considered uncertain because it is a species often held in captivity, and some individuals can escape and travel long distance.
In May 2019, two interesting groups of birds were reported in France: eight (mainly immature birds) on the Isère River near Voreppe (department of Isère) the 22 and the 23th of May (at least), and three (only immature) in the nature reserve of the Étang des Landes, in the department of Creuse, from the 25th to 29th of May 2019 (at least). They were not ringed and seemed very tired (they rested for a long time).
In this article, we identify the elements pleading in favor of a wild origin of these Great White Pelicans. We thank Dominique François, Paul de Ferrière, Christophe Mercier and Sylvain Pouteil-Noble for their photos.

Le Pélican blanc (Pelecanus onocrotalus)

Pélicans blancs (Pelecanus onocrotalus) adultes

Pélicans blancs (Pelecanus onocrotalus) adultes dans le parc national des oiseaux du Djoudj (Sénégal) le 13 décembre 2013 (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Dominique François

Longueur : 148 à 175 cm.

Envergure : 226 à 360 cm.

Identification : le Pélican blanc blanc est un grand et lourd oiseau avec un long bec au bout crochu et muni d'une poche de peau (= sac gulaire) où il peut stocker plusieurs kilogrammes de poissons. L'adulte est entièrement blanc, sauf les rémiges primaires et secondaires qui sont noires.
Durant la saison de reproduction, le plumage du mâle est légèrement teinté de rosé, une huppe courte apparaît, une tache jaune est visible sur sa poitrine, la zone de peau nue autour de ses yeux est rose-orangée, sa poche est jaune, son bec est gris-bleu avec l'extrémité rouge et les bords de mandibule supérieure sont rouges.
Ses pattes palmées sont jaunâtres à rosées.
Le jeune a le dessus des ailes, la tête et le cou brun-gris, tandis que son front, son abdomen et son croupion sont blanchâtres. Le dessous des ailes est contrasté (blanchâtre et brun sombre). La zone de peau nue autour de ses yeux, son bec, son sac jugulaire et ses pattes sont grisâtres.
Les oiseaux de seconde et de troisième année ont un plumage plus terne mais parfois très proche de celui de l'adulte.

Biologie : le Pélican blanc se nourrit de poissons et niche en colonies. Les oiseaux européens et russes hivernent en Afrique, tandis que les oiseaux africains sont sédentaires.

Habitats : le Pélican blanc niche sur des plans d'eau et dans des estuaires à l'abondante végétation aquatique (roselières et papyrus). Durant les migrations et en hiver, il séjourne dans des zones humides variées (piscicultures, lacs de barrage, rivages marins, cours d'eau...).

Répartition : le Pélican blanc niche dans le sud-est de l'Europe (Grèce et Roumanie), en Ukraine, en Russie, au Proche-Orient (sud du Caucase et Iran), en Asie centrale, dans le nord-ouest de l'Inde et en Afrique tropicale. L'aire d'hivernage s'étend de l'Afrique à l'Asie du Sud.

Statut : la population mondiale est estimée entre 265 000 et 300 000 individus (2015), dont la grande majorité en Afrique. De 16 000 à 19 000 couples (2016) nicheraient dans le delta du Danube, un chiffre bien plus élevé que les estimations précédentes (de 4 100 à 4 500 couples). De 3 070 à 4 300 couples se reproduiraient en Russie, de 250 à 400 couples en Turquie et de 50 à 100 couples en Grèce. Durant la migration post-nuptiale, plus de 75 000 Pélicans blancs sont comptés en Israël. Des oiseaux isolés ou de petits groupes sont notés chaque année dans l'ouest de l'Europe.

Deux groupes de Pélicans blancs en France en mai 2019

Pélicans blancs (Pelecanus onocrotalus) immatures

Pélicans blancs (Pelecanus onocrotalus) immatures dans la réserve naturelle de l'Étang des Landes à Lussat (Creuse) le 26 mai 2019 (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Christophe Mercier

Des Pélicans blancs sont régulièrement notés en France (voir une synthèse d'observations récentes), mais leur origine sauvage n'est pas toujours établie (lire Quax, le Pélican blanc qui aime les Cigognes blanches). Selon le Comité d'Homologation National, plus de 120 oiseaux ont été homologués entre 1835 et 2011 : il s'agît le plus souvent d'adultes isolés, mais des groupes ont quelques fois été signalés, par exemple 12 individus à Arles (Bouches-du-Rhône) le 20 juin 1865, quatre individus à Gruissan (Aude) le 17 octobre 1990 et 13 à Marseillan (Hérault) le 26 décembre 2001.
Sur le site web collaboratif Ornitho.fr, on apprend que deux groupes de Pélicans blancs ont été observés en France en mai 2019 : huit sur une île de graviers au milieu de la rivière Isère au lieu-dit les Glaires, près de Voreppe (Isère) les 22 et 23 mai 2019 au moins (visibles depuis la piste cyclable), et trois dans la réserve naturelle de l'Étang des Landes à Lussat (Creuse) du 25 au 29 mai 2019 au moins (visibles depuis l'affût des Hérons).
Le groupe de l'Isère était composé d'oiseaux adultes et immatures (de deuxième et de troisième année probablement) et non bagués. Ils formaient un groupe compact, dormaient beaucoup et se toilettaient parfois, et une Mouette rieuse a été vue les houspillant. Ils se sont envolés en direction du Nord-est, et ils ont été revus au-dessus de l'aéroport de Grenoble Alpes Isère (anciennement Grenoble-Saint-Geoirs), en plaine de Bièvre (lire Observer les oiseaux dans la plaine de Bièvre).
Les trois oiseaux vus dans la Creuse étaient tous immatures (de deuxième année probablement). Ils ont été vus se reposant, pêchant selon la technique typique de l'espèce, décollant et volant facilement, provoquant alors la panique parmi les canards et les hérons, seuls les Cygnes tuberculés (Cygnus olor) ne semblant guère impressionnés...

Pélicans blancs (Pelecanus onocrotalus)

Pélicans blancs (Pelecanus onocrotalus), majoritairement des immatures, sur la rivière Isère près de Voreppe (Isère) le 23 mai 2019 (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Paul de Ferrière
Pélicans blancs (Pelecanus onocrotalus)

Pélicans blancs (Pelecanus onocrotalus) immatures et adulte sur la rivière Isère près de Voreppe (Isère) le 23 mai 2019 (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Sylvain Pouteil-Noble


Plusieurs arguments plaident en faveur d'une origine sauvage

Aire de nidification du Pélican blanc (Pelecanus onocrotalus) en Europe et observations

Aire de nidification du Pélican blanc (Pelecanus onocrotalus) en Europe (en rouge) et emplacements des observations des deux groupes en France en mai 2019 : sur la rivière Isère près de Voreppe (Isère) et près de Lussat, dans la réserve naturelle de l'Étang des Landes (Creuse).
Carte : Ornithomedia.com d'après HBW

Plusieurs arguments plaident en faveur d'une origine sauvage pour les deux groupes de Pélicans blancs vus en Isère et dans la Creuse en mai 2019.

Deux groupes 

Le fait que les oiseaux observés n'étaient pas isolés mais en groupes est un élément suggérant une origine sauvage, car il s'agit d'une espèce naturellement sociable, qui migre en groupes, et il est peu probable que des parcs zoologiques laissent s'échapper plusieurs oiseaux en même temps.

Des oiseaux volant bien

Les oiseaux des deux groupes volaient bien et leurs ailes semblaient intactes. Les Pélicans blancs sont capables d'effectuer de grands déplacements (y compris ceux échappés de captivité d'ailleurs), les oiseaux européens hivernant en Afrique en passant par la Turquie, le Liban et Israël (lire Hula Bird Festival 2012 : grues, aigles et compagnie).

Des oiseaux fatigués

Les oiseaux des deux groupes se reposaient longuement, ce qui suppose qu'ils ont volé sur de longues distances, et peut-être dans des conditions difficiles, avant de faire une halte.

Deux observations en mai et à des dates rapprochées

Les Pélicans blancs ayant hiverné en Afrique reviennent en Europe à partir du mois d'avril. Au lieu de rejoindre leurs sites de nidification roumains ou grecs, les oiseaux vus dans la Creuse et en Isère ont pu être déviés à cause de conditions météorologiques particulières (lire L'influence de la météo sur l'observation des oiseaux), ce que pourrait suggérer les dates d'observation rapprochées (les 22 et 23 mai et les 25 et 26 mai au moins) des deux groupes.
Des espèces nichant normalement dans le sud-est et le sud de l'Europe sont régulièrement observées au printemps en Europe de l'Ouest selon le phénomène du dépassement d'aire printanier (lire Comment arrivent les oiseaux rares ?) : elles poursuivent parfois leur migration prénuptiale au-delà de leur aire de reproduction normale, un comportement pouvant être causé par un manque d'expérience et donc de "jugement" (cela concerne souvent des immatures) et/ou par des conditions météorologiques favorables (ciel dégagé, températures chaudes, vent soufflant dans la bonne direction...) ayant rendu le voyage des oiseaux concernés plus facile et les ayant incités à ne pas s'arrêter plus tôt.

Des oiseaux immatures

Les Pélicans blancs observés en Isère et dans la Creuse en mai 2019 étaient majoritairement des immatures, ce qui plaide aussi en faveur d'une origine sauvage. En effet, les individus revenant en Europe au printemps peuvent soit se reproduire soit se disperser, en fonction de plusieurs facteurs comme les conditions d'accueil dans les sites de nidification. Le niveau des précipitations dans les zones d'hivernage africaines, qui les ont rendu plus ou moins attractives, auraient aussi une influence sur le nombre de nicheurs au printemps (Frédéric Jiguet, Aggeliki Doxa et A. Robert, 2008). Des oiseaux non nicheurs, généralement immatures, sont susceptibles de s'aventurer loin des sites de nidification au printemps, avril-mai correspondant justement au pic des observations de Pélicans blancs en France, en Pologne et en Hongrie.  
Les oiseaux n'ayant pas trouvé de partenaires pour se reproduire peuvent aussi être vus en dehors de l'aire de nidification habituelle de l'espèce, mais il s'agit alors plutôt d'adultes et les dates d'observation sont plus tardives (de juillet à septembre).

Pélicans blancs (Pelecanus onocrotalus)

Pélicans blancs (Pelecanus onocrotalus) immatures dans la réserve naturelle de l'Étang des Landes à Lussat (Creuse) le 26 mai 2019 (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Christophe Mercier
Pélicans blancs (Pelecanus onocrotalus)

Pélicans blancs (Pelecanus onocrotalus) immatures dans la réserve naturelle de l'Étang des Landes à Lussat (Creuse) le 26 mai 2019 (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Florent Besson


Des oiseaux non bagués

Les Pélicans blancs nés en captivité ou détenus dans des zoos ou des collections sont souvent marqués (bagues ou étiquettes), et ce n'était pas le cas des oiseaux vus dans la Creuse et en Isère. La présence de bagues n'aurait toutefois pas forcément signifié une origine captive car des pélicans sauvages sont aussi parfois bagués à leur naissance.  

Une population européenne en croissance

Grâce à des mesures de protection efficace, les colonies de Pélicans blancs du delta du Danube ont progressé au cours des vingt dernières années, passant de moins de 5 000 couples dans les années 1990 (un chiffre qui avait peut-être été sous-estimé) à environ 17 000 en 2016 (comptages effectués à l'aide de drones), ce qui augmente la probabilité d'observer des oiseaux sauvages en Europe de l'Ouest. Cette évolution rappelle celle du Cormoran pygmée (Phalacrocorax pygmeus), une espèce nichant dans les mêmes régions que le Pélican blanc, et dont le nombre de données en Europe de l'Ouest a augmenté au cours des dernières années grâce à la croissance de ces colonies en Europe orientale (lire Pourquoi le Cormoran pygmée nichera sûrement un jour en France).

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Pélican blanc (Pelecanus onocrotalus)

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Ouvrage recommandé

Le Guide Ornitho de L. Svensson et al

Sources

  • Floris Bressy (2019). Mais que font ces pélicans à l'étang des Landes (Creuse) ? La Montagne. Date : 27/05. www.lamontagne.fr
  • Mihai Marinov, Pogan Tamiris, Alexandru Catalin Dorosencu et Iulian Nichersu (2016). Monitoring the Great White Pelican (Pelecanus onocrotalus Linnaeus, 1758) breeding population using drones in 2016 - the Danube Delta (Romania). Scientific Annals of the Danube Delta Institute. Volume : 22. www.researchgate.net
  • Frédéric Jiguet, Aggeliki Doxa et A. Robert (2008). The origin of out-of-range pelicans in Europe: Wild bird dispersal or zoo escapes? Ibis. Numéro : 150. Pages : 606-618. Juillet. www.researchgate.net
  • Birdlife International. Great White Pelican. Data Zone. http://datazone.birdlife.org

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