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Lecture de bagues : un pygargue allemand dans le Maine-et-Loire en février 2019

Grâce à la lecture de ses deux bagues, il a été possible de connaître sa date et son lieu de naissance, ainsi que son sexe.

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Lecture de bagues : un pygargue allemand dans le Maine-et-Loire en février 2019

Pygargue à queue blanche (Haliaeetus albicilla) immature (deuxième année calendaire), étang de Chevigné, Saint-Georges-sur-Loire (Maine-et-Loire), le 11/02/2019.
Photographie : Florian Bertin

Le marquage (bagues, colliers ou étiquettes sur les ailes ou le bec) est une méthode très utile en ornithologie, qui permet notamment de déterminer les dates et les voies de migration, les zones d’hivernage et de nidification, de suivre l'évolution démographique des populations, d'estimer les échanges d'individus, et de suivre les éventuels changements au fil du temps : il est donc fondamental pour mettre en place et évaluer des programmes de conservation. Même si de nouvelles techniques, comme le suivi satellitaire, sont désormais disponibles, le marquage est toujours très répandu et constitue un outil fiable, peu cher, et applicable sur des espèces de toutes les tailles.
La bague est l'outil de marquage le plus fréquent : elle se pose au-dessous ou en-dessous de l'articulation, seule ou non, sur une ou deux pattes, en plastique ou en métal, blanche ou d'une autre couleur, et avec ou sans caractères (chiffres et/ou lettres), le but étant que les informations soient visibles de loin. La lecture des bagues est aussi importante que leur pose, et il est capital d'informer les bagueurs quand un oiseau marqué a été trouvé, vivant ou mort.
Le 11 février 2019, un Pygargue à queue blanche (Haliaeetus albicilla) immature a été observé sur l'étang de Chevigné, dans la commune de Saint-Georges-sur-Loire, dans le Maine-et-Loire (France) : Florian Bertin (sa page Facebook) a pu prendre plusieurs photos où l'on voit les deux bagues qu'il portait.
Après quelques rappels sur le baguage et sur leur lecture, nous détaillerons l'exemple très intéressant de cette jeune pygargue femelle née en Allemagne en 2018, et nous évoquerons la croissance de la population de l'espèce outre-Rhin.

Abstract

Marking (rings, necklaces or tags on the wings or the bill) birds is a very useful method to know more about the migration flyway, the wintering and the breeding areas, the demographic evolution of the populations and the evolution of these data: it is therefore fundamental for setting up and evaluating conservation programs. Although new techniques, such as satellite tracking, are now available, ringing is still very popular and is a reliable and inexpensive tool that can be applied to species of all sizes.
Rings can be placed below or below the joint of the led, alone or not, on one or two legs, in plastic or metal, white or coloured, and with or without characters (numbers and / or letters), the goal being that this marking is visible from afar. The reading of rings is very important, and it is essential to inform the source when a marked bird has been found, alive or dead.
The 11th of February 2019, an immature white-tailed sea eagle (Haliaeetus albicilla) was found on the Chevigné pond, located in the commune of Saint-Georges-sur-Loire in the Maine-et-Loire department (France). Florian Bertin took a picture of its two rings. After some informations about ringing, we give some details about the interesting example of this young female sea eagle born in Germany in 2018, and we discuss the growth of the german population of this species.

Les bagues : quelques éléments utiles

Pygargue à queue blanche (Haliaaetus albicilla) immature

Pygargue à queue blanche (Haliaeetus albicilla) immature (deuxième année calendaire) bagué observé sur l'étang de Chevigné à Saint-Georges-sur-Loire (Maine-et-Loire) le 11/02/2019.
Photographie : Florian Bertin

Plusieurs marques lisibles à distance peuvent être utilisées en fonction de la morphologie et de l'écologie des espèces que l'on souhaite suivre : bagues plastiques ou métalliques, colliers ou étiquettes posées sur les ailes ou le bec. Des couleurs spécifiques et/ou des inscriptions en majuscules permettent d'identifier chaque individu et la source (le bagueur ou l'organisme).
Les bagues en plastique peuvent être blanches ou d'une autre couleur (rouge, jaune, vert foncé, orange, vert clair, noire, bleu foncé, bleu clair, marron, rose foncé, violet/mauve, rose clair ou gris/argent). 
Les bagues métalliques (ou muséum), sur lesquelles ont été gravés des caractères en majuscules, sont dites Darvic : ce sont les bagues fournies par les muséums ou organismes officiels de chaque pays. Elles doivent être d’une taille suffisante pour que les caractères soient visibles de loin, et elles ne sont donc posées que sur des oiseaux assez grands (au moins des mouettes ou des limicoles, lire Le baguage couleur des limicoles dans la réserve naturelle de Moëze-Oléron).
Dans chaque pays, l'activité de baguage est encadrée et animée par une centrale de baguage qui assure la vérification, l’archivage et la diffusion des données. En France, c’est le Centre de Recherche sur la Biologie des Populations d’Oiseaux (CRBPO) du Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris qui assure ce rôle depuis 1923. 
Si le marquage joue un rôle primordial en ornithologue, des études ont toutefois montré qu'il pouvait parfois perturber les oiseaux (lire Les oies équipées d'un collier sont plus faibles au printemps), voire causer leur mort (lire Le marquage alaire est-il risqué pour les busards ?).

La lecture des bagues

La lecture des bagues est une activité essentielle. Quand un oiseau bagué est trouvé mort ou vivant, on parle de reprise.
Pour que les informations récoltées soient exploitables par les ornithologues, il faut noter (et si possible de prendre une photo ou de faire un dessin) la couleur (attention aux nuances clair/foncé) de la ou des bagues, leur état (en cas de dégradation ou d'usure) et leur position. L’âge de l’oiseau (dans la mesure du possible), son comportement, la présence ou non d’autres individus de la même espèce et toute autre information que vous jugerez utile sont aussi à communiquer.
Pour repérer les oiseaux bagués dans les groupes de limicoles ou de laridés, utilisez d'abord vis jumelles, puis si vous avez une longue-vue (placée sur trépied ou sur un support de vitre de voiture), pointez-la sur le sujet et zoomer sur la ou les bagues. Les lieux de rassemblements d'oiseaux sociaux, comme les dortoirs ou les reposoirs, sont particulièrement intéressants à inspecter.

Transmettre l'information lue

Contrairement  au  bagues métalliques (Darvic), qui sont gérées par les centrales ornithologiques nationales; comme le CRBPO pour la France (site web pour consultation des données de baguage : crbpodata.mnhn.fr), le marquage coloré n'est pas centralisé, et il faut trouver soi-même la source pour la contacter et en savoir plus sur l’origine et parfois sur l'historique complet de l’individu. En Europe, le site web European Colour Ring Birding de Dirk Raes recense la majorité des programmes existants, par espèce, technique et code. 

L'observation d'un jeune Pygargue à queue blanche bagué  dans le Maine-et-Loire

Le 11 février 2019, Patrice et Didier Bizien ont signalé sur le site web collaboratif faune-anjou.org l'observation d'un Pygargue à queue blanche (Haliaeetus albicilla) immature (dans sa deuxième année calendaire) sur l'étang de Chevigné, situé dans la commune de Saint-Georges-sur-Loire, dans le département du Maine-et-Loire (France). Il a été vu et photographié par plusieurs personnes entre 14 h 44 et 16 h au moins, avant de s'envoler vers l'ouest. Il s'est posé sur la vase, a tenté quelques attaques sans succès sur des Mouettes rieuses (Chroicocephalus ridibunduset des Vanneaux huppés (Vanellus vanellus), et deux Corneilles noires (Corvus corone) l'ont houspillé par moment. Il s'agit de la cinquième donnée de l'espèce pour le Maine-et-Loire. Ce pygargue serait présent depuis 15 jours déjà.
Les observateurs ont pu noter la présence de deux bagues : l'une métallique avec quatre caractères (dont trois étaient visibles sur une photo : C37) sur la patte gauche, et l'autre plastique jaune doré sur la patte droite.

Les informations obtenues à partir de la lecture des deux bagues 

Deux bagues sur un Pygargue à queue blanche

Le détail des deux bagues posées sur un Pygargue à queue blanche (Haliaeetus albicilla) immature observé sur l'étang de Chevigné à Saint-Georges-sur-Loire (Maine-et-Loire) le 11/02/2019.
Photographie : Florian Bertin

À partir de l'une des photos de Florian Bertin, nous nous sommes rendus sur le site web www.cr-birding.be et nous avons trouvé deux programmes de baguage possibles : un néerlandais et un allemand. Nous les avons contacté tous les deux, et nous avons ainsi appris que les deux bagues avaient été posées par le Hiddensee Bird Ringing Centre, Landesamt für Umwelt, Naturschutz and Geologie (LUNG) basé à Güstrow, en Mecklembourg-Poméranie occidentale (Allemagne).
Nous avons reçu une fiche d'information contenant les informations suivantes :

  • Référence : BH13639/2019
  • Première bague : DEH AA 12428
  • Bague colorée avec l'inscription XC37 sur la patte gauche
  • Espèce : Pygargue à queue blanche (Haliaeetus albicilla)
  • Sexe : femelle
  • Stade du baguage : poussin
  • Date du baguage : le 15/05/2018 à 12 h 00
  • Lieu du baguage : à 3 km au nord-ouest de Röhrsdorf, land de Saxe (Allemagne)
  • Coordonnées géographiques : 51°19'23"N et 13°48'42"E
  • Référence de la reprise : WH6215/2019
  • Date 11/02/2019
  • Lieu : 5 km à l'est de Saint-Georges-sur-Loire (France)
  • Coordonnées : 47°24'36"N et 0°42'13"W
  • Circonstances : bague lue à distance, oiseau en vie et a priori en bonne santé
  • Remarque : photo de F. Bertin.

Le Pygargue à queue blanche en Allemagne et son retour en France

Aire de répartition du Pygargue à queue blanche (Haliaeetus albicilla)

Aire de répartition du Pygargue à queue blanche (Haliaeetus albicilla) en Europe (en rouge, présence en été seulement, en vert, présence toute l'année, et en bleu, en hiver seulement).
Carte : Ornithomedia d'après la Commission Européenne

Le lecture des bagues du pygargue vu à Saint-Georges-sur-Loire nous a permis d'apprendre qu'il s'agit d'une femelle née il y a moins d'un an (le 15/05/2018) près de Röhrsdorf, dans le land de Saxe (Allemagne), soit à une distance d'environ 1 000 km  (1 256 km par la route). Il ne s'agit pas d'une distance exceptionnelle pour l'espèce : une étude menée au Kazakhstan sur trois jeunes équipés de radio-émetteurs en 2010 et 2011 avait montré que les distances parcourues entre les zones natales et d'hivernage étaient comprises entre 1 832 et 3 047 km. À titre de comparaison, les pygargues nichant en Écosse parcourent seulement 200 km en moyenne. 
Les jeunes pygargues peuvent voler sur de grandes distances lors de leur premier hivernage, et ces mouvements de dispersion postnatale sont importants pour la conquête de nouvelles régions et pour relier les différentes populations.
L'observation du Maine-et-Loire est à mettre en relation avec la bonne santé de la population allemande de Pygargues à queue blanche, qui est passée de 160 couples en 1990 à 570 en 2007 et à 700 en 2010, et qui continue sa croissance. Le land de Mecklembourg-Poméranie occidentale accueille près de la moitié de la population, et le Brandebourg un peu moins du quart. Le reste est reparti entre la Saxe, le Schleswig-Holstein, la Saxe-Anhalt, la Basse-Saxe, la Bavière, la Thuringe et Berlin.
En France, le Pygargue à queue blanche hiverne régulièrement (quelques dizaines d'oiseaux notés chaque année), principalement sur les plus importants plans d'eau de la région Grand Est : lacs du Der (lire Où observer les oiseaux remarquables du lac du Der-Chantecoq en hiver ?) et aubois (lire Observer les oiseaux sur les lacs d'Orient, d'Auzon-Temple et Amance), et étangs lorrains. 
Le Pygargue à queue blanche a disparu de France comme nicheur au cours du XXe siècle (le dernier couple s'est certainement reproduit en Corse dans les années 1950), mais en 2011, une preuve de nidification a été obtenue dans le domaine du Lindre en Moselle (lire Le Domaine de Lindre, le spot aux aigles pêcheurs) : deux juvéniles ont été vus à la mi-août. Ils ont été retrouvés ensuite en compagnie d’un couple de subadultes/adultes. La découverte d’une aire au printemps suivant a permis de confirmer une reproduction locale.
Depuis 2012, quelques observations de pygargues adultes en période de nidification sont faites dans des secteurs riches en étangs dans les départements de la Meuse (lire La réserve naturelle de Lachaussée, bastion lorrain du Butor étoilé), de Moselle et de la Marne (lire Les étangs de Belval, joyaux ornithologiques de l'Argonne). Il est probable que le développement de la population allemande (et néerlandaise dans une moindre mesure), et les arrivées hivernales d'oiseaux germaniques, suivis éventuellement d'estivages, contribueront à l'installation pérenne de l'espèce en France.

À lire aussi sur Ornithomedia.com

À lire sur le web

Sources

  • LOANA (2018). Le retour des Aigles pêcheurs dans le Grand Est. Plumes de Naturalistes. NUméro : 2. http://rapaces.lpo.fr
  • Evgeny A. Bragin, Sharon A. Poessel, Michael J. Lanzone et ToddE. Katzner (2018). Post-fledging movements and habitat associations of White-tailed Sea Eagles (Haliaeetus albicilla) in Central Asia. The Wilson Journal of Ornithology. Volume : 130. Numéro : 3. Pages : 784-788. www.researchgate.net
  • Roland Jamault (2007). Petit guide illustré du lecteur de bague. Seawatch. http://seawatch.free.fr
  • Jean-Pierre Leys (2005). Baguage. http://jean-pierre.leys.pagesperso-orange.fr
  • Kai Gedeon, Alexander Mitschke et Christoph Sudfeldt (2004). Brutvögel in Deutschland. Hohenstein-Ernstthal. Seeadler (Haliaeetus albicilla). www.dda-web.de

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