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Une histoire de fous : un Fou à pieds rouges visite la colonie de Fous de Bassan des Sept-Îles

Quelques réflexions à propos de l'observation d'un immature le 26 juin dans cette réserve des Côtes-d'Armor (France).

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Une histoire de fous : un Fou à pieds rouges visite la colonie de Fous de Bassan des Sept-Îles

Fou à pieds rouges (Sula sula) immature, réserve naturelle nationale des Sept-Îles (Côtes-d'Armor), le 26/06/2017.
Photographie : Armel Deniau / RNN Sept-Îles / LPO

Les sulidés forment une famille d'oiseaux marins de taille moyenne, au bec conique et aux ailes étroites et pointues. Dix espèces sont connues, dont le Fou de Bassan (Morus bassanus), qui se reproduit en France métropolitaine dans la réserve naturelle nationale des Sept-Îles, dans le département des Côtes-d'Armor (20 155 couples recensés en 2016). Le lundi 26 juin 2017, l’équipe de la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) de cette réserve, accompagnée d’une personne du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) de Montpellier (Hérault), a eu la surprise d’observer un Fou à pieds rouges (Sula sula) immature en vol, depuis un canot pneumatique lors d’une séance de suivi de la nidification des Fous de Bassan. Il s’est posé quelques instants au sommet de l’île Rouzic. Le Fou à pieds rouges est la plus petite espèce de la famille des sulidés : il niche sur les atolls coralliens et les îles volcaniques dans les eaux tropicales des océans Atlantique, Indien et Pacifique.
Après avoir évoqué la principale caractéristique du Fou à pieds rouges, à savoir la grande diversité de ses plumages (c'est l'un des oiseaux marins les plus polymorphiques du monde), nous vous proposons quelques réflexions sur cette donnée remarquable, la seconde en France métropolitaine après celle d'un oiseau sur le lac de Sainte-Croix dans les Alpes-de-Haute-Provence en juillet 2011. Nous remercions l'équipe de la réserve naturelle nationale des Sept-Îles (LPO) pour leurs informations et leurs photographies.

Abstract

Sulidae are a family of medium-sized seabirds with conical beaks and narrow and pointed wings. Ten species are known, including the Northern Gannet (Morus bassanus), which breeds in metropolitan France in the Sept-Îles National Nature Reserve in the Côtes-d'Armor department (20 155 pairs recorded in 2016). The 26th of June 2017, the LPO team of this reserve, accompanied by a person from the CNRS of Montpellier, was surprised to watch an immature Red-footed Booby (Sula sula) in flight from an inflatable dinghy during a survey of the breeding Gannets. It landed a few times at the top of the Rouzic Island. The Red-footed Booby is the smallest species in his family: it breeds on coral atolls and volcanic islands in the tropical waters of the Atlantic, Indian and Pacific oceans.
After a presentation of the main characteristic of the Red-footed Booby, i.e. the great diversity of its plumages (it is one of the most polymorphic seabirds in the world), we propose you some reflections about this remarkable data, only the second in metropolitan France after the observation of a bird on the lake of Sainte-Croix in the Alpes-de-Haute-Provence department in July 2011. We thank the team of the national nature reserve of Sept-Îles for their information and photographs.

Le Fou à pieds rouges, l'un des oiseaux marins les plus polymorphiques du monde

Fous à pieds rouges (Sula sula) adultes des formes blanche et brune

Fous à pieds rouges (Sula sula) adultes des formes blanche et brune : il existe de nombreux plumages intermédiaires.
Photographies : Gregg Yan et Charles J. Sharrp (Wikimedia Commons)

Le Fou à pieds rouges (Sula sula) est la plus petite espèce de la famille des sulidés (longueur : de 66 à 74 cm et envergure : de 134 à 150 cm). Son bec est bleu-gris clair avec une zone de peau rose à la base. Ses pattes sont rouges.
Il niche sur les atolls coralliens et les îles volcaniques (de préférence dans les arbres et les arbustes) dans les eaux tropicales des océans Atlantique, Indien et Pacifique.
Trois sous-espèces sont reconnues :

  • S. s. sula dans les Caraïbes (Belize, îles Swan, Caïman et Porto Rico, Petites Antilles), au large du Brésil (Fernando de Noronha, Trinidad) et sur l'île d'Ascension (sud de l'Atlantique)
  • S. s. rubripes dans l'océan Indien et à l'ouest et au centre de l'océan Pacifique (incluant les îles Hawaï, Marquises et Pitcairn)
  • S. s. websteri à l'est de l'océan Pacifique, de l'île de Revillagigedo (au large du Mexique) aux Galápagos. Selon certains auteurs, elle pourrait constituer une sous-espèce à part entière.

Si les pattes rouges constituent un critère d'identification fiable et invariable, ce n'est pas le cas du plumage, qui peut varier fortement, et ceci indépendamment de la sous-espèce : le Fou à pieds rouges est en effet considéré comme l'un des oiseaux marins les plus polymorphiques du monde. On distingue trois principales formes de plumages adultes (blanc, brun et blanc à queue brune), ainsi que plusieurs formes intermédiaires (blanc doré, blanc à queue noire, brun à tête blanche et à queue brune...) (lire La phase des oiseaux, un terme à bannir ?). Les deux sexes sont semblables, mais le mâle est plus grand et il présente une tache verdâtre à l'avant des yeux durant la période nuptiale.
Le juvénile (toutes formes de plumages) est brunâtre ou brun-gris avec le ventre plus pâle et les pattes gris-jaune. Le passage du plumage juvénile à celui d'adulte se fait en quatre ans, et il est complexe : les immatures qui deviendront blancs une fois adultes peuvent être entièrement bruns ou brun et blanc à l'âge d'un an, puis brun et blanc à deux ans.

Une relation complexe entre forme du plumage et distribution géographique

Les colonies de Fous à pieds rouges (Sula sula) dans le monde

Emplacements des colonies de Fous à pieds rouges (Sula sula) dans le monde. L'espèce niche peut-être désormais dans l'archipel du Cap-Vert.
Carte : Ornithomedia.com

Il y a une relation entre la forme du plumage et l'origine biogéographique (la forme blanche à queue noire n'est ainsi présente que sur les îles Galápagos et celle blanc doré sur l'île Christmas), mais elle n'est pas simple et il existe des chevauchements et des hybridations : par exemple, on peut trouver des oiseaux des formes blanche et brune à queue blanche dans les Caraïbes, dans le sud de l'océan Atlantique et dans l'ouest de l'océan Indien.
Dans l'océan Indien, la plupart des colonies sont composées d'oiseaux de forme blanche, sauf sur l'île d'Europa (lire Bruno Marie et Stéphanie Légeron nous parlent des oiseaux des TAAF), où tous les adultes sont bruns à queue blanche. Sur Tromelin, un tiers des oiseaux est de la forme brune à queue blanche, un ratio resté constant depuis près de cinquante ans. Sur les îles Glorieuses, une colonie disparue était composée de fous bruns à queue blanche. Selon Matthieu Le Corre, le fait que tous les oiseaux de la colonie de Tromelin soient bruns à queue blanche constituerait une adaptation (camouflage) à une forte pression kleptoparasitaire des Frégates du Pacifique (Fregata minor) et des Labbes antarctiques (Catharacta antarctica).

Un Fou à pieds rouges dans la réserve naturelle des Sept-Îles en juin 2017

Le 26 juin 2017, l’équipe LPO de la réserve naturelle des Sept-Îles (Côtes-d'Armor) (lire Visite de la réserve naturelle des Sept-Îles), accompagnée d’une personne du CNRS de Montpellier, a eu la surprise d’observer un Fou à pieds rouges (Sula sula) immature dans la grande colonie de Fous de Bassan (Morus bassanus) (20 155 couples en 2016). Il s’est posé quelques instants au sommet de l’île Rouzic, et il n'a pas été revu par la suite, malgré les recherches.

Fou à pieds rouges (Sula sula) immature

Fou à pieds rouges (Sula sula) immature, réserve naturelle nationale des Sept-Îles (Côtes-d'Armor), le 26/06/2017.
Photographie : Armel Deniau / RNN Sept-Îles / LPO

Il s’agit de la seconde observation de cette espèce en France métropolitaine, après un adulte vu sur le lac de Sainte-Croix dans les Alpes-de-Haute-Provence en juillet 2011 (lire Réflexions à propos du Fou à pieds rouges du lac de Sainte-Croix). D'autres Fous à pieds rouges ont été signalés ailleurs dans le Paléarctique occidental (lire Qu'est-ce que le Paléarctique occidental ?), dans l'archipel du Cap-Vert, où il pourrait même avoir niché en 2016 (lire Le Fou à pieds rouges a-t-il niché dans l'archipel du Cap-Vert au printemps 2016 ?), aux Canaries (un oiseau en septembre 2012) et en Espagne continentale (un oiseau dans le port catalan de l'Estartit en décembre 2010).
Le Fou à pieds rouges observé dans la réserve naturelle des Sept-Îles en juin 2017 avait le bec rose à pointe noire, la tête et le dessous blancs, la queue brunâtre, les grandes couvertures sus-alaires blanchâtres, les petites couvertures et le dos brun moucheté de blanc, le dessous de l'aile brun bariolé de blanc, et les plumes des ailes et de la queue en mue partielle (certaines plumes étaient encore usées). En se basant sur les photos d'un oiseau vu dans le port de L'Estartit en Catalogne (Espagne) en décembre 2010 et d'un autre individu observé dans les îles Canaries (Espagne) en septembre 2012, on peut estimer qu'il était âgé de moins de deux ans (= second cycle de plumage).
En Californie, la plupart des Fous à pieds rouges accidentels signalés sont aussi âgés de deux ans. Sur l'île de Nakanokamishima au Japon, 83 % des Fous à pieds rouges non nicheurs observés étaient des juvéniles ou des immatures de moins de trois ans.
La présence de blanc sur les grandes couvertures sus-alaires suggère qu'il s'agit d'un oiseau de forme blanche (au moins partielle), car un immature de forme brune n'aurait pas a priori de grandes couvertures blanches.

Comment expliquer l'observation de juin 2017 ?

Fou à pieds rouges (Sula sula) immature

Fou à pieds rouges (Sula sula) immature, réserve naturelle nationale des Sept-Îles (Côtes-d'Armor), le 26/06/2017 (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Armel Deniau / RNN Sept-Îles / LPO

Les colonies de Fous à pieds rouges les plus "proches" de la Bretagne sont celles des Caraïbes, du sud de l'océan Atlantique et de l'ouest de l'océan Indien : des adultes des formes blanche et blanche à queue brune nichent dans ces zones.
L'observation d'un oiseau en juin 2017 en Bretagne pourrait s'inscrire dans le contexte d'un début d'installation de l'espèce dans l'archipel du Cap-Vert (lire Le Fou à pieds rouges a-t-il niché dans l'archipel du Cap-Vert au printemps 2016 ?). Des tentatives de nidification sont également constatées depuis 2014 sur l'île Sainte-Hélène, dans l'Atlantique Sud, suite à l'éradication des rats.
Comment cet oiseau est-il arrivé dans le nord de la Bretagne ? A-t-il suivi certains Fous de Bassan nicheurs européens, qui peuvent s'aventurer jusqu'aux côtes africaines en dehors de la période de nidification ?
S'est-il posé sur un bateau ? Les Fous à pieds rouges se posent en effet souvent sur les navires et les chalutiers, s'en servant comme postes d'observation (lire Ces oiseaux qui voyagent sur des bateaux).
Les Fous à pieds rouges effectuent de grands mouvements migratoires, encore mal connus, dans les eaux tropicales. Cette espèce se déplace en effet facilement sur de longues distances : elle est capable de s'éloigner de plusieurs centaines de kilomètres (jusqu'à 300 km) de sa colonie uniquement pour se nourrir. Des oiseaux ont été vus dans l'océan Indien oriental à plus de 800 km de la colonie la plus proche de l'île de Christmas. Des Fous à pieds rouges nichant sur l'atoll Johnston dans le Pacifique ont volé sur 250 km en une seule journée pour nourrir leurs poussins.
Les immatures (cas de l'oiseau vu dans la réserve naturelle des Sept-Îles) sont encore plus susceptibles que les adultes de s'aventurer loin de l'aire de répartition normale de l'espèce : en août et en octobre 2013, plus de 30 Fous à pieds bleus (Sula nebouxii), principalement des jeunes, avaient par exemple été observés en Californie, loin au nord de l'aire de reproduction classique (lire Spectaculaire afflux de Fous à pieds bleus en Californie à la fin de l'été 2013). Des Fous bruns (Sula leucogaster) bagués poussins sur l'île japonaise de Nakanokamishima ont parcouru 2 000 km et atteint les Philippines.
Des fous non nicheurs d'une espèce visitent parfois les colonies d'autres espèces : par exemple, des jeunes Fous à pieds bleus et à pieds rouges sont vus chaque année dans la colonie de Fous bruns de l'île de Nakanokamishima (Japon) entre mars et novembre, avec un pic en juin et en juillet.

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Fou de Bassan (Morus bassanus)

À lire aussi sur le web

Le site web de la réserve naturelle nationale des Sept-Îles : https://sept-iles.lpo.fr/

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Sources

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