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Une Grande Outarde en Vendée en juillet 2019 : une probable origine ibérique

Un mâle de première année au comportement farouche a été découvert dans la commune du Langon (Vendée) à la mi-juillet, et plusieurs éléments suggèrent qu'il provient d'Espagne.

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Une Grande Outarde en Vendée en juillet 2019 : une probable origine ibérique

Grande Outarde (Otis tarda) mâle de première année, Le Langon (Vendée), le 20/07/2019 (Grande-Bretagne) le 14/07/2019.
Photographie : Jennifer Fabre

La Grande Outarde, ou Outarde barbue (Otis tarda), est un grand et lourd oiseau évoquant les steppes d'Espagne ou de Hongrie. Jusqu'au XIXe siècle, elle nichait encore en petit nombre en France en Champagne pouilleuse (et peut-être ailleurs également), mais elle a disparu à cause de la chasse et de la transformation de son habitat. Jusque dans les années 1950, des Grandes Outardes étaient vues pratiquement chaque hiver dans certaines régions en provenance des populations d'Europe centrale, mais leur déclin entraîné une forte diminution du nombre et de la fréquence des données hexagonales. Toutefois, suite aux programmes de réintroduction de l'espèce en Grande-Bretagne et en Allemagne, ainsi que du fait de son augmentation dans le nord de l'Espagne, des individus isolés ou en petits groupes sont désormais notés chaque année, en hiver surtout, mais également en été.
En juillet 2019, un jeune mâle au comportement farouche et non équipé de bagues ou de marques a été repéré dans des champs de pois et de haricots dans la commune du Langon, dans le département de la Vendée. La localisation de cette donnée, à mi-chemin entre la Grande-Bretagne et l'Espagne, suggère que cet oiseau provient sûrement de l'un de ces deux pays, et plusieurs arguments plaident plutôt en faveur d'une origine ibérique.
Nous remercions Jennifer Fabre, de la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO), et Mathieu Nony pour leurs photos

Abstract

The Great Bustard Otis tarda is a large and heavy bird which symbolizes the steppes of Spain or Hungary. Until the nineteenth century, it bred in small numbers in Champagne, Eastern France (and possibly elsewhere), but it disappeared because of hunting and the transformation of its habitat. Until the 1950s, Central European Great Bustards were watched almost every winter in some regions, but the decline of thises populations reduced the number and frequency of the records in France. However, following the reintroduction programs in Great Britain and Germany, as well as the increase of the Northern Spain populations, lonely or small groups of bustars are regularly found again, mainly in winter, but also in summer.
In July 2019, a young and shy male, which was not equipped with rings or marks, was found in peas and beans fields near the village of Le Langon, in the department of Vendée. The area being located halfway between Great Britain and Spain, this bird comes certainly from one of these two countries, but several arguments plead rather in favor of an Iberian origin.
We thank Jennifer Fabre (LPO) and Mathieu Nony for their photos.

La Grande Outarde (Otis tarda)

Grande Outarde (Otis tarda) mâle de première année

Grande Outarde (Otis tarda) mâle de première année, Le Langon (Vendée), le 20/07/2019 : notez la tête grise, le roux à la base du cou (indiquant le sexe) et les ailes longues et profondément digitées, présentant beaucoup de blanc aux couvertures sus-alaires, qui contrastent  avec les rémiges secondaires noirâtres et l’avant de l’aile brun jaunâtre (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Jennifer Fabre

Longueur : de 75 cm (femelle) à 105 cm (mâle).

Poids du mâle : de 5,8 à 18 kg.

Poids de la femelle : de 3,3 à 5,3 kg.

Description : la Grande Outarde est un oiseau massif aux fortes pattes. Le mâle adulte est nettement plus grand et plus lourd que la femelle, et peut peser jusqu'à 18 kg.
Le mâle adulte est roussâtre barré de noir dessus, sa tête et son cou sont gris, de grandes plumes blanches et raides ornent les deux côtés de son bec, une large bande pectorale rousse surmonte le ventre blanc et ses ailes, sont blanc, gris et noir, et sont terminées par des extrémités noires. Lors de la parade nuptiale, il soulève les plumes blanches des ailes et de la queue, envoie sa tête en arrière, gonfle une poche située sur le devant du cou et dresse ses longues moustaches.
La femelle a un plumage plus terne : brun roussâtre sur le dessus du corps, blanche dessous, avec le cou entièrement gris. Le juvénile ressemble à la femelle adulte, mais il a la tête et le cou plus chamoisés et ses parties supérieures sont moins distinctement barrées.

Vocalisations : peu bavarde, mais le mâle émet parfois des glapissements graves.

Habitats  : steppes, prairies et cultures.

Aire de répartition : la Grande Outarde est présente de façon fragmentée du sud du Royaume-Uni (réintroduction), de la péninsule ibérique et du nord du Maroc à la Chine et à la Mongolie en passant par l'Europe centrale (programme de réintroduction en Allemagne) et orientale, la Russie et l'Asie centrale. Trois sous-espèces sont reconnues : Otis tarda dybowski et O. t. korejewy en Asie, et O. t. tarda dans le reste de l'aire répartition. 
La Grande Outarde a disparu de nombreuses régions et elle est aujourd'hui rare et elle est vulnérable dans toute son aire de répartition. Grâce à des mesures de protection, ses effectifs sont toutefois en hausse en Espagne, en Slovaquie,  en Hongrie et en Autriche, et elle a été réintroduite dans le sud de la Grande-Bretagne et en Allemagne.

Population mondiale : d'après la dernière estimation (Alonso, 2014), la population mondiale compterait entre 43 847 et 56 695 individus, dont 60 % environ en Espagne.

Comportement : sédentaire, migrateur ou migrateur partiel

Grande Outarde (Otis tarda) mâle de première année

Grande Outarde (Otis tarda) mâle de première année, Le Langon (Vendée), le 20/07/2019. À l'arrière-plan, notez le mas d'une éolienne (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Mathieu Nony

La Grande Outarde se nourrit de végétaux (feuilles, pousses, rhizomes, bulbes et baies), mais aussi d'insectes, de vers, de mollusques, de lézards et de petits rongeurs. En dehors de la période de nidification, elle forme des groupes vigilants qui deviennent plus importants en hiver.
Le nid est généralement une simple dépression creusée dans le sol par la femelle. Celle-ci pond deux ou trois oeufs, couvés pendant 25 à 28 jours. Les jeunes savent voler vers l'âge de cinq semaines, mais ils ne sont indépendants qu'au bout d'un an.
Les Grandes Outardes sont des oiseaux grégaires : en dehors de la saison de reproduction, les mâles et les femelles forment des troupes distinctes, généralement composées d'oiseaux du même âge. Les femelles effectuent de brèves incursions parmi les groupes de mâles paradant. De grands groupes lâches, errant à la recherche de nourriture, se forment en hiver.
Les populations sont migratrices à l'est de leur aire de répartition (Russie et Asie centrale), tandis que les autres effectuent des déplacements occasionnels ou sont sédentaires. En Europe centrale (Allemagne, Hongrie, Slovaquie, Tchéquie, Moldavie), l'espèce est principalement sédentaire, mais elle peut voyager sur plusieurs centaines de kilomètres lors d'hivers rigoureux et neigeux, et des oiseaux atteignent parfois la France (leur nombre a toutefois fortement baissé à cause de la régression de l'espèce dans centre et l'est du continent).
La population de la péninsule ibérique effectue par exemple des déplacements locaux pouvant dépasser 150 km : les mâles se déplaçant plus volontiers que les femelles, et ces mouvements se produisent principalement entre la mi-mai et la fin du mois de juin.
Les aires d'hivernage choisies sont souvent des régions de culture extensive, comme le colza. L'importance des mouvements n'est toutefois pas toujours directement corrélée avec la profondeur ou la durée de la couverture neigeuse, et ils ne sont pas systématiques.
En Russie et dans les pays voisins d'Asie centrale, les Grandes Outardes sont généralement nettement migratrices, sauf dans le sud de l'Ukraine, où elles sont sédentaires. La population ukrainienne est estimée à 10 000 individus en hiver, soit la quasi-totalité des oiseaux russes. Cependant, on a vu des outardes restant en Russie malgré une température de - 30°C et une épaisse couche de neige.

Le programme de réintroduction anglais

Grande Outarde (Otis tarda) mâle de première année

Grande Outarde (Otis tarda) mâle de première année, Le Langon (Vendée), le 20/07/2019 : cet individu ne portait aucune bague ou marque indiquant une origine britannique (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Jennifer Fabre

La Grande Outarde avait disparu en tant que nicheuse du Royaume-Uni en 1832, mais un programme de réintroduction, géré par le Great Bustard Group a été lancé en 2004 dans la plaine de Salisbury, au sud de la Grande-Bretagne. Des œufs ont été collectés dans la région de Saratov en Russie, à environ 1 000 km au sud-est de Moscou. Ils ont été couvés, puis les poussins ont été élevés dans des enclos avant d'être relâchés. Ils étaient équipés de marques alaires ou de bagues.
Le premier nid fut trouvé dans la nature en 2007. Les oeufs pondus en 2007 et 2008 étaient stériles, probablement à cause du jeune âge des mâles. En 2009, deux oisillons sont finalement nés, dont l'un a été ultérieurement tué par un prédateur.
En 2013, suite aux résultats d'une étude génétique montrant que la population britannique originelle était plus proche de celle de péninsule ibérique que de Russie, les oeufs ont été collectés en Castille-la Manche, incubés en partie dans le zoo de Madrid puis dans les dans le parc de Birdworld à Farnham dans le Surrey (Grande-Bretagne). Les poussins sont aussi transportés dans la plaine de salisbury et élevés en enclos par le Great Bustard Group avant d'être relâchés : 33 ont été libérés dans la nature en 2014, et leur taux de survie (50 %) après le premier hiver était plus élevé que celui des oiseaux provenant de Russie.
Il y a actuellement plus de 70 Grandes Outardes en liberté dans le sud du pays, et elles nichent dans la nature. En 2018, pour la première fois, ce sont quatre oeufs britanniques, pondus par quatre femelles nées à Birdworld en 2014 et 2015, qui ont été couvés. Le projet de créer une population locale viable d'une centaine d'individus est donc sur la bonne voie.
Les Grandes Outardes britanniques, surtout les immatures, effectuent des déplacements en dehors de la saison de reproduction (surtout en novembre), généralement dans un rayon d'une vingtaine de kilomètres. Les groupes se font et se défont durant la période internuptiale, les juvéniles suivant alors souvent les adultes pour bénéficier de leur expérience. Pour la première fois, une rencontre entre des oiseaux issus des deux sites de lâchers a été observée en janvier 2012. Des oiseaux parcourent parfois de plus grandes distances : un mâle a ainsi été vu à Portland Bill dans le Dorset le 10 décembre 2012, et une femelle a été vue près de Salcombe dans le Devon, à plus de 225 km de la plaine de Salisbury.

La Grande Outarde en France

En France, la Grande Outarde se reproduisait autrefois en petit nombre en Champagne pouilleuse (= au sol calcaire pauvre), en particulier entre Arcis-sur-Aube (département de l'Aube) et Châlons-sur-Marne (Marne). Elle a disparu au cours du XIXe siècle, en raison probablement de la chasse et de la transformation de son habitat. La reproduction de l'espèce a aussi été évoquée en Vendée, dans la plaine de la Crau (Bouches-du-Rhône) et dans les Landes de Gascogne (avant leur reboisement), mais sans preuve décisive.
Par ailleurs, des oiseaux hivernaient dans le Nord-est, dans le Perche, dans la Beauce, en Provence, en Loire-Atlantique et en Charente-Maritime, et les effectifs augmentaient lors des hivers rigoureux (de 80 à 100 oiseaux comptés lors de l'hiver 1925-1926 dans le Nord et dans l'Est par exemple). La plupart de ces outardes provenaient d’Europe centrale, mais le déclin de cette population a entraîné une chute des données hivernales à partir des années 1950.
Depuis, les observations hexagonales de Grandes Outardes en France sont devenues rares : 19 entre 1950 à 1984, et sept entre 1980 et 2007, mais les programmes de réintroduction en Allemagne et surtout au Royaume-Uni sont à l'origine de l'augmentation à nouveau du nombre d'oiseaux observés en France.

Des oiseaux venus de Grande-Bretagne

Grande Outarde (Otis tarda)

Grande Outarde (Otis tarda), Letty Vihan, Treffiagat (Finistère), le 3/12/2017. Elle portait une bague bleue (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Michel Tanneau

Les Grandes Outardes signalées en France sont principalement vues en hiver, entre novembre et le début du mois de mars (voir une synthèse des données récentes en France). 
Plusieurs de ces oiseaux, porteurs de marques (étiquettes, bagues) proviennent du programme de réintroduction anglais (lire Ces Grandes Outardes anglaises qui traversent la Manche). Voici quelques-unes de ces observations d'oiseaux issus des lâchés outre-Manche :

    • un oiseau à Pontorson (Manche) le 22 février 2018;

    • un individu bagué aux lieux-dits Kernel et Kerbignon, dans la commune de Plobannalec-Lesconil (Finistère) les 2 et 3 décembre 2017;

    • un oiseau au lieu-dit Brenterc'h, dans la commune de Ploumoguer (Finistère), le 1er décembre 2015;

    • un oiseau à Nevez (Finistère) le 24 novembre 2015;

    • un oiseau avec 200 Grues cendrées (Grus grus) au lieu-dit Le Payré, dans la commune du Lairoux (Vendée) du le 25 février 2013 (déjà notée le 15 février 2013 dans la commune de Grue);

    • un mâle, "L04", a été trouvé mort en janvier 2013 près de Quimper (Finistère) : il avait heurté des lignes électriques. Il avait parcouru 375 km depuis son site de lâcher. C'est le premier mâle du programme à être arrivé en France;

    • une femelle, "Black 17", a été observée en novembre 2012 en Normandie, puis en janvier 2013 près du village de Champagné-les-Marais en Vendée, à 500 km de son site de lâcher et à environ 50 km du site d'arrivée de "L21".
  • un adulte non identifié a été observé le 18 novembre 2012 au sud de Regnéville-sur-Mer (Manche), après avoir survolé le même jour le Durlston Country Park dans le Dorset;

  • une femelle, identifiée "L21", a été trouvée le 6 novembre 2012 près des Sables-d'Olonne en Vendée : elle avait disparu d'Angleterre le 4 novembre et a donc parcouru 500 km en 36 heures. Des ornithologues britanniques sont venus la récupérer car elle était fatiguée;

  • un oiseau, identifié "T5", qui avait été lâché en 2011, a été trouvé en décembre 2011 au nord-est de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine). Il est resté dans le même champ de luzerne durant deux mois et demi. Il a ensuite été vu près de Montchaton (Manche) entre janvier et mars 2012, et il était encore à Auderville près de Cherbourg (Manche) le 17 mai 2012. Il a été revu en Angleterre en juin;
  • un oiseau a été trouvé mort le 2 janvier 2006 au petit matin par des agriculteurs de Champ-sur-Layon (Maine-et-Loire) : il avait percuté une ligne à haute tension. Il était équipé de deux plaques alaires jaunes portant le chiffre "13" (pas de bague métal, ni émetteur). Ses mensurations étaient : aile pliée gauche = 460 mm, bec = 33 mm (aux plumes), poids = 3,115 kg. L'oiseau a été confié au Muséum d'histoire naturelle d'Angers (source : Coches-fr);

  • le 14 janvier 2006, un oiseau a été découvert sur les gravières d'Ampouillac, à Cintegabelle (Haute-Garonne). Il avait une marque alaire jaune marquée d'un "23" sur l'aile gauche, et de deux bagues (jaune et aluminium) à la patte droite. L'oiseau a été revu le 15 janvier au moins (sources : Obsmip, Coches-fr). Il avait été lâché en août 2005;

  • un oiseau (un immature ou une femelle), équipé de deux plaques alaires jaunes marquées d'un "31" sur les deux ailes, a été vu dans les dunes de Saint-Viô dans la baie d'Audierne (Finistère) le 21 décembre 2005;

Des oiseaux venus de l'Est

Grande Outarde (Otis tarda)

Grande Outarde (Otis tarda) en Puisaye (Yonne) en décembre 2005 : elle portait une balise (ne fonctionnant pas) et était issue certainement du programme de réintroduction allemand (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Jean-Paul Léau

Citons également deux données dans l'est du pays qui pourraient suggérer une origine orientale : un oiseau près de Saint-Dizier (Haute-Marne) le 21 septembre 2014 et un individu dans l’Yonne du 27 janvier au 27 mars 2005, qui était équipé d'une balise (qui ne fonctionnait plus) et qui faisait partie probablement partie du  programme de réintroduction en Allemagne. 

Et des oiseaux espagnols

Quelques données sont estivales et proviennent toutes du sud du pays : un oiseau dans la commune de Montaut (Dordogne) le 24 juin 2019, un probable individu en vol entre Cestas et Marcheprime (Gironde) le 22 juin 2019, un arrivant du Nord vu depuis le col d'Organbidexka (Pyrénées-Atlantiques) le 15 septembre 2017, un entre le 6 et le 15 août dans la commune de Faget-Abbatial (Gers), deux ou trois oiseaux  entre 16 juin et le 2 juillet 2009 dans les communes de Nabas et d'Aroue (Pyrénées-Atlantiques), un à Castillon-Debats (Gers) le 28 juin 1996 dans le Gers, deux individus entre Gurs et Dognen (Pyrénées-Atlantiques) du 21 juillet au 29 août 1981, puis un seul jusqu'au 13 septembre, un en août 1959 dans les Bouches-du-Rhône, un en août 1926 dans les Hautes-Pyrénées et un en août 1909 dans la plaine de la Crau (Bouches-du-Rhône).
Ces oiseaux non bagués proviennent sûrement d'Espagne.

Un jeune mâle observé en Vendée en juillet 2019 : une probable origine ibérique 

Situation du Langon (Vendée)

Situation du Langon (Vendée).
Carte : Ornithomedia.com 

Le 19 juillet 2019, Regis Gallais a signalé sur le site web ornitho.fr l'observation d'un mâle de première année dans la commune du Langon (Vendée), et il a été revu le lendemain. Il a été vu posé dans un champ de haricots et dans une parcelle de pois. Il était farouche et avait une distance de fuite très importante. Il était non bagué avec certitude et était présent semble-t-il depuis au moins le 13 juillet. 
David Waters, du Great Bustard Group, a confirmé son âge et a rappelé que tous les oiseaux lâchés étaient bagués et que ces marques ne tombaient pas facilement. Selon lui, cet oiseau pourrait soit provenir d'un nid britannique non répertorié, soit d'Espagne, la Vendée étant située à mi-chemin entre les deux pays. Une plume prélevée permettrait d'en savoir plus.
Plusieurs éléments suggèrent plutôt une origine ibérique : l'absence de bagues britanniques, le fait qu'il s'agisse d'un jeune mâle, plus susceptible d'effectuer de grands déplacements que les adultes, son caractère farouche (non issu d'un lâché) et la date estivale, qui correspond à la période de dispersion des jeunes mâles espagnols (voir plus bas).
Dans un article publié en 2010 dans la revue Alauda, Stéphane Duchateau, Jean-Louis Grange et Jacques Rived avaient analysé plusieurs observations de 2009 : un oiseau ayant stationné entre 6 et le 15 août dans la commune de Faget-Abbatial (Gers), et deux à trois oiseaux vus entre le 16 juin et le 2 juillet dans les communes de Nabas et d'Aroue (Pyrénées-Atlantiques),  probablement revus en vol le 5 août depuis le pic d’Orhy (Pyrénées-Atlantiques), à plus de 1 800 mètres d’altitude. Tous ces oiseaux se posaient volontiers dans des prairies, des parcelles de haricots, de maïs, de chaumes de blé et de tournesol.
Les auteurs de l'article ont recensé plusieurs sources anciennes (XVIII, XIX et début du XXe siècle) évoquant l'occurrence passée plus ou moins régulière et souvent estivale de la Grande Outarde au pied dans les régions pyrénéennes. Des oiseaux étaient aussi vus lors d'hivers rigoureux. Ils rappellent que les oiseaux ibériques peuvent migrer sur de courtes distances et que ce sont surtout les mâles qui se déplacent dans deux aires de dispersion : l’une en été en direction du Nord, après les parades printanières, et l’autre en automne et en hiver, en direction du Sud.
L’origine espagnole des Grandes Outardes vues durant l'été 2009 a en outre été confirmée par quelques critères de plumage notés : un cou est plus clair et la coloration chamois du plastron plus restreinte et moins accusée chez les individus de la population centre-européenne. Les noyaux de la population espagnole les plus proches de la France, situés en Navarre et en Aragon, se trouvent à moins de 200 km des Pyrénées-Atlantiques. 
L'observation d'un oiseau au niveau du pic d’Orhy (Pyrénées-Atlantiques) le 5 août 2009 montre enfin que la Grande Outarde est capable de franchir les montagnes. la croissance de la population d'outardes dans le nord de l'Espagne (lire + 40 % de Grandes Outardes dans une zone protégée de Castille-et-León !) devrait augmenter la fréquence des données dans le sud-ouest de la France.

Grande Outarde (Otis tarda) mâle de première année

Grande Outarde (Otis tarda) mâle de première année, dans un champ de haricots au Langon (Vendée), le 20/07/2019 : seule sa tête dépasse de la végétation (cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Mathieu Nony


Grande Outarde (Otis tarda) mâle de première année s'envolant, Le Langon (Vendée), le 20/07/2019  
(cliquez sur la photo pour l'agrandir).
Photographie : Mathieu Nony

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