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Une Chevêchette d'Europe trouvée en région parisienne le 30 septembre 2019

Alors qu'il rentrait de son travail, Ali Mehadji a découvert une minuscule chouette au pied d'un grillage près de la gare d'Évry-Courcouronnes (Essonne)...

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Une Chevêchette d'Europe trouvée en région parisienne le 30 septembre 2019

Chevêchette d'Europe (Glaucidium passerinum) trouvée près de la gare d'Évry-Courcouronnes (Essonne) le 30 septembre 2019.
Photographie : Ali Mehadji

On peut découvrir un oiseau rare à n'importe quel endroit et à n'importe quel moment de l'année, mais l'automne reste une période privilégiée : le 30 septembre 2019, alors qu'il rentrait de son travail, Ali Mehadji a découvert au pied d'un grillage près de la gare d'Évry-Courcouronnes dans l'Essonne, dans la banlieue sud de Paris, une minuscule chouette qui semblait étourdie. Il a partagé la photo sur le groupe Facebook "Mon Coin Ornitho", et les commentaires ont aussitôt afflué : en effet, alors qu'il pensait avoir trouvé une Chevêche d'Athéna (Athene noctua), il s'agissait en fait d'une Chevêchette d'Europe (Glaucidium passerinum), une espèce nichant dans la taïga et dans les forêts de conifères et mixtes de haute et de moyenne montagne d'Europe, et a priori jamais observée en Île-de-France, même si elle est en expansion vers l'Ouest depuis les années 2000, avec des données récentes en Haute-Marne (Grand Est) en 2018.
Après une présentation de cette espèce, nous présentons plusieurs éléments d'analyse de cette observation remarquable.

Abstract

A rare bird can be found anywhere and at any time of the year, but autumn is a favorable time. The 30th of September 2019, while returning from work, Ali Mehadji discovered at the foot of a fence at the Evry-Courcouronnes station in the French department of Essonne, in the southern suburbs of Paris, a tiny owl that seemed stunned. He shared his photo on the Facebook group "Mon Coin Ornitho", and comments immediately poured in: indeed, while he thought to have found a Little Owl (Athene noctua), it was actually a Eurasian Pygmy Owl (Glaucidium passerinum), a species breeding in the taiga and in the coniferous and mixed forests of high and medium mountains of Europe, and a priori never found near Paris, even if it is expanding westwards since the 2000s, having recently been found in Haute-Marne (Grand Est region) in 2018.
After a presentation of this species, we gather several elements of analysis of this remarkable record.

La Chevêchette d'Europe (Glaucidium passerinum)

Chevêchette d'Europe (Glaucidium passerinum)

Chevêchette d'Europe (Glaucidium passerinum), massif du Beaufortain (Savoie), le 25/11/2014. Notez le dessus brun très finement tacheté de blanc, les flancs bruns barrés de blanc et la queue également barrée (souvent tenue relevée comme un troglodyte).
Photographie : Benjamin Drillat

Longueur : 17 - 18 cm.

Description : c'est la plus petite chouette d'Europe, avec une taille approchant celles de l'Étourneau sansonnet (Sturnus vulgaris) ou du Grosbec casse-noyaux (Coccothraustes coccothraustes). La femelle est toutefois plus grande que le mâle. 
La Chevêchette d'Europe a les parties supérieures brun grisâtre finement tachetées de blanc, des flancs marron barrés de blanc, et le ventre blanc strié de marron. Sa queue est marron à gris brun barrée d'étroites rayures blanchâtres. La tête est ronde et ne possède pas d'aigrettes. Ses courts sourcils blancs sont nets et larges, ce qui lui donne un air "renfrogné", et deux ou trois cercles concentriques incomplets sont visibles autour de ses yeux jaunes. Son bec est jaunâtre. Ses pattes sont pourvues de plumes et ses serres sont noires.
Le plumage du juvénile diffère de celui des adultes par l’absence de points blancs jusqu’à la première mue partielle, qui se déroule lors de son premier automne.
La Chevêchette d'Europe se distingue de la Chevêche d'Athéna (Athena noctua) par sa taille inférieure (18 cm, contre 23 cm), sa tête davantage carrée, les flancs bruns barrés de blanc, les parties supérieures moins fortement tachetées de blanc (et avec des taches plus petites), les pattes proportionnellement plus courtes et la queue proportionnellement un peu plus longue et souvent relevée à la manière du Troglodyte mignon (Troglodytes troglodytes).

Voix : le chant du mâle peut s'entendre à plusieurs centaines de mètres. Il est composé de notes claires et flûtées espacées de courts intervalles. Quand il est excité, le premier chant est suivi d'une rapide succession de trois à six notes, comme des sifflements. Le cri de contact est doux et émis par les deux sexes.

Chevêche d'Athéna (Athene noctua)

Pour comparaison, voici une Chevêche d'Athéna (Athene noctua). Notez (1) le double "collier" blanc, (2) le dessus fortement tacheté de blanc (grandes taches blanches), (3) les flancs blancs striés de brun et non pas bruns barrés de blanc et (4) les longues pattes. 
Photographie : Claude Duine

Habitats : la Chevêchette d'Europe vit dans la taïga à résineux et dans les forêts de feuillus et conifères en montagne. Elle évite les peuplements trop denses et s'installe à proximité des espaces dégagés (clairières, tourbières, chemins forestiers..).

Aire de répartition : cette espèce niche du nord et du centre de l'Europe à la Sibérie orientale et à la Chine.
Deux sous-espèces sont reconnues : G. p. passerinum de l'Europe au centre de la Sibérie, et G. p. orientale en Sibérie orientale, sur l'île de Sakhaline et dans le nord-est de la Chine (nord du Heilongjiang).

Quelques éléments de sa biologie

La Chevêchette d'Europe est en partie diurne. Elle est plus active au crépuscule et à l'aube que durant la nuit, et elle chasse aussi le jour lorsqu'elle nourrit ses jeunes. Elle se nourrit principalement de petits rongeurs (musaraignes et campagnols) et de passereaux (mésanges, roitelets, sittelles, jusqu'à la taille du Pic épeiche), et sa présence et sa voix entraînent une réaction vive de ces derniers (lire À propos du houspillage de la Chevêchette d'Europe par les passereaux) : si la repasse de son chant provoque l'agitation des mésanges et des roitelets du coin, cela signifie généralement qu'elle est présente.
Elle cache de la nourriture dans des cavités des conifères. Elle niche dans des trous de faible diamètre (de 4,5 à 5,5 cm) dans des troncs d'arbres, dans des conifères en général, mais aussi dans les bouleaux et les hêtres. La ponte a lieu d'avril à juin. Le nombre d'œufs varie de trois à sept. L'incubation, assurée par la femelle, dure pratiquement un mois. Les petits prennent leur envol au bout de 27 à 34 jours. Ils ont leur plumage complet de juvénile au bout de deux à quatre mois. Ils sont nourris par les parents pendant deux à quatre semaines avant d'être réellement indépendants.

Découverte d'une Chevêchette d'Europe dans l'Essonne le 30 septembre 2019

Lieu de découverte d'une Chevêchette d'Europe (Glaucidium passerinum)

Le lieu de découverte d'une Chevêchette d'Europe (Glaucidium passerinum) près de la gare d'Évry-Courcouronnes (Essonne) le 30 septembre 2019.
Photographie : Ali Mehadji

Le 30 septembre 2019, alors qu'il rentrait du travail, Ali Mehadji a découvert près de la gare d'Évry-Courcouronnes (Essonne) une minuscule chouette légèrement sonnée au pied d'un grillage bordant une allée de troènes. Il l'avait d'abord identifiée comme une Chevêche d'Athéna, mais sa petite taille l'a intrigué. Avant de la relâcher (elle s'est facilement envolée et s'est perchée dans un arbre dans la rue), il a donc pris une photo avec son téléphone, qu'il a publiée sur le groupe de discussion Mon Coin Ornitho, ce qui a généré de nombreux commentaires : il s'agissait en fait d'une Chevêchette d'Europe, une espèce qui n'avait a priori jamais été signalée en région parisienne. Ali l'a recherchée par la suite à nouveau, sans succès.

Une origine captive ?

L'observation d'une Chevêchette d'Europe en région parisienne est vraiment remarquable, et il est donc légitime de se poser la question d'une éventuelle origine captive. En effet, l'espèce peut se reproduire en volière : 35 oiseaux élevés en captivité puis bagués avaient été relâchés en Forêt Noire (Allemagne) entre 1969 et 1971. Il est interdit pour un particulier de détenir cette espèce (mais on ne peut jamais exclure une détention illégale), et l'oiseau trouvé près de la gare d'Évry-Courcouronnes n'était pas bagué.
Une autre hypothèse possible est celle d'un oiseau qui aurait été récupéré par un centre de soins en Essonne ou dans un département voisin puis relâché, mais dans ce cas, une observation en Essonne resterait intéressante.

Une espèce en expansion en Europe centrale et en France  

La Chevêchette d'Europe, comme la Chouette de Tengmalm (Aegolius funereus), est en expansion en Europe centrale depuis les années 1980. Par exemple, en Tchéquie, sa population était estimée à 25-30 couples au début des années 1980, contre de 1 200 à 2 000 en 2001-2003. Durant la même période, le nombre de couples a aussi progressé en Allemagne (Forêt Noire, Odenwald et Bavière). Sa nidification a été découverte dans l'est de la Belgique en 2012 (lire La Chevêchette d'Europe est en cours d'installation en Belgique). 
En France, la Chevêchette d'Europe est peu commune, avec une population comprise entre 600 et 1 000 couples. Ses bastions sont les Alpes (lire Où observer les oiseaux dans le massif du Vercors ?) et le Jura (lire Observer les oiseaux dans la forêt du Risoux) au-dessus de 1 000 mètres d'altitude, mais elle est en expansion vers l'ouest depuis les années 2000 : elle a été trouvée dans les Vosges en 2002, dans le Puy-de-Dôme en 2007, dans le Morvan (Nièvre) en 2012, en Haute-Loire et en Côte‐d’Or en 2014, dans les Pyrénées en 2015, en Ardèche en 2016, dans les monts du Beaujolais (Rhône) en 2017, dans une forêt domaniale du sud de la Saône-et-Loire, et en Haute-Marne en 2018. 

Aire de répartition européenne de la Chevêchette d'Europe (Glaucidium passerinum)

Aire de répartition européenne de la Chevêchette d'Europe (Glaucidium passerinum) et quelques axes de progression de sa distribution (flèches noires).
Carte : Ornithomedia.com d'après Le Guide Ornitho et le Bayerisches Landesamt für Umwelt 

En dehors des phénomènes d'irruptions (voir plus bas), plusieurs facteurs pourraient expliquer la progression de la Chevêchette d'Europe en Europe centrale et en France : augmentation du nombre d'observateurs, amélioration des techniques de recensement, vieillissement des massifs forestiers, campagnes de pose de nichoirs, réintroductions locales (Allemagne), et diminution de la densité de deux prédateurs potentiels, la Chouette hulotte (Strix aluco) et le Hibou moyen-duc (Asio otus), suite à la progression de la Chouette de l'Oural (Strix uralensis) et du Grand-duc d'Europe (Bubo bubo). Dans certaines régions, on a trouvé une corrélation positive entre les densités de Chouettes de Tengmalm et de Grands-ducs d'Europe. Il semblerait toutefois que la Chouette de Tengmalm soit en diminution en Scandinavie depuis plusieurs années, peut-être à cause de la progression de la Chouette hulotte.

Des mouvements automnaux parfois importants, concernant surtout des jeunes femelles

La Chevêchette d'Europe est normalement sédentaire, mais les années où les rongeurs sont abondants, le nombre de jeunes quittant le nid est plus important, et les oiseaux plus nombreux sont obligés de gagner de nouveaux territoires vers le sud ou l'ouest dès la fin de l'été et en automne : ces oiseaux peuvent effectuer des déplacements assez importants, et même traverser les petites étendues marines, pour atteindre des paysages de plaine très différents de leur habitat originel. 
L'Essonne est située à environ 200 km de la Haute-Marne, où la Chevêchette d'Europe a été découverte en 2018, une distance qui peut facilement être parcourue par cette espèce. 
Dans le sud de la Scandinavie, on assiste certains automnes à des afflux de Chevêchettes d'Europe provenant de la taïga septentrionale : en 2005 par exemple, 164 oiseaux ont été capturés et bagués entre le 28 août et le 31 octobre 2005 par l'observatoire d'Hammarö, situé sur la rive nord du lac Vänern (Suède). La très grande majorité (80 %) de ces oiseaux était des femelles de première année.
Le Danemark a connu une forte irruption de Chevêchettes d'Europe (plus de 40 oiseaux) entre le début du mois d'octobre et jusqu'au début du mois de décembre 2011 (lire Forte irruption de Chevêchettes d'Europe au Danemark).
En Italie, des oiseaux venant des Alpes sont parfois notés en automne et en hiver sur les pentes méridionales des Pré-Alpes, et certains atteignent les plaines en Vénétie et en Lombardie.
Aux Pays-Bas, de rares oiseaux provenant certainement d'Allemagne (Rhénanie-du-Nord–Westphalie et Basse-Saxe probablement) ont été découverts en automne, par exemple un à Sumarreheide dans la province de la Frise (Friesland) le 4 octobre 2002 : comme dans l'Essonne il avait d'abord été confondu avec une Chevêche d'Athéna.
Dans une étude publiée en 2011 dans le Journal of Avian Biology, des ornithologues finlandais ont constaté que ces irruptions concernaient surtout des jeunes femelles. Les mâles seraient davantage sédentaires car ils doivent rester sur place afin de défendre leurs sites de nidification (cavités dans les troncs) dans la perspective de la prochaine saison. Chez les espèces non cavernicoles au contraire, les mâles migrent davantage que les femelles. En outre, les adultes migrent plus tard que les jeunes, probablement parce qu'ils ont besoin de muer leurs rémiges avant leur départ. Les jeunes qui ont quitté leur nid plus tôt (les jeunes dominants) partent également les premiers.
L'oiseau découvert près de la gare d'Évry-Courcouronnes le 30 septembre 2019 avait des points blancs sur la calotte, ce qui suggère qu'il ne s'agissait plus d'un juvénile (= mue de premier automne achevée).

Contact

Ali Mehadji - Courriel : mehadji.alii@yahoo.fr - Page Facebook : www.facebook.com/aliidz31

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Sources

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