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    Nouvelle-Zélande - Novembre 2008.
Découverte d'une nouvelle espèce de manchot ... disparue!

Une espèce inconnue, le Manchot waitaha

Des chercheurs étudiant un oiseau rare et en danger, le Manchot antipode (Megadyptes antipodes), ont découvert une espèce inconnue... disparue il y a 500 ans. Les résultats de leur étude, publiés la semaine du 17 novembre 2008 dans la revue Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences, suggèrent que les premiers humains arrivés en Nouvelle-Zélande ont chassé et exterminé cette espèce qui a été appelée Manchot waitaha (Megadyptes Waitaha), Waitaha étant la première tribu polynésienne ayant occupé l'Île du Sud.
La date de son extinction remonterait à 1500, soit à peu près 250 ans après l'arrivée des hommes dans l'archipel. Les colons polynésiens (les Maoris) sont en effet arrivés en Nouvelle-Zélande autour de 1250 et ont exterminé différentes espèces, comme le Moa, un oiseau géant incapable de voler.

Des analyses génétiques et morphologiques

Os de Manchots antipode et de Waitaha
Os de Manchots antipode (Megadyptes antipodes) et waitaha (M. waitaha): ceux de ce dernier sont plus petits
Schéma: Ornithomedia.com d'après A¨P

L'équipe, constituée de membres des universités d'Otago (Nouvelle-Zélande) et d'Adelaide (Australie) et du Canterbury Museum (Nouvelle-Zélande), extrayait de l'ADN d'os préhistoriques de Manchots antipodes pour comprendre les changements génétiques associés à l'installation des humains quand elle a trouvé quelques os plus anciens dont l'ADN était différent.
Les analyses ont comparé l'ADN des Manchots antipodes actuels à ceux de pattes de spécimens de musées vieux de 100 ans et d'os de 500 ans venus des îles sub-antarctiques et de campements polynésiens de l'Île du Sud. Les os les plus anciens trouvés sur l'Île du Sud étaient plus petits que ceux des Manchots antipodes modernes et leur ADN était différent.
L'ADN des manchots des îles sub-antactiques était identique à ceux des oiseaux modernes. Cette variation géographique et de subtiles différences dans la structure et la forme des os ont poussé les chercheurs à conclure que l'île du Sud avait accueilli un manchot maintenant éteint.
Mais la nouvelle espèce reste bien mystérieuse; Pour Sanne Boessenkool, "les Manchots waitaha étaient environ 10% plus petits que le Manchot antipode auquel ils ressemblaient sûrement beaucou
p, mais nous ne pouvons pas affirmer s'ils avaient aussi une couronne jaune. Et il n'y a pas de trace de leur existence auprès des Maoris".

La disparition de l'un a profité à l'autre

Philip Seddon, de l'université d'Otago, co-auteur de l'étude, explique que les techniques de datation utilisées sur les os issus d'anciennes fosses de déchets maoris ont déterminé un écart entre la disparition du Manchot waitaha et l'apparition du Manchot antipode. Pour Sanne Boessenkool, de l'université d'Otago, cet écart indique que l'extinction de la première espèce a permis à la seconde de coloniser l'Île du Sud il y a environ 500 ans à partir des îles sub-antarctiques (Auckland et Campbell). La compétition entre les deux espèces avait empêché le Manchot antipode de progresser vers le Nord (l'Île du Sud): la disparition du Manchot waitaha aurait permis au Manchot antipode de prospérer.
Jeremy Austin, directeur de l'Australasian Centre for Ancient DNA, explique: "nos découvertes démontrent que les Manchots antipodes arrivés sur l'île du Sud ne sont pas les survivants d'une population autrefois plus importante, mais que ce sont des oiseaux arrivés récemment à partir des îles sub-antactiques qui ont remplacé les Manchots waitaha éteints".
Il ajoute: "la compétition avec le Manchot waitaha avait empêché le Manchot antipode de remonter vers le Nord, mais des modifications dans la pression prédatrice, en particulier le fort déclin des Lions de mer, pourraient avoir facilité leur colonisation de l'Île du Sud".


Comment le Manchot waitaha a-t-il disparu?

Pour Sanne Boessenkool, il est difficile de préciser exactement pourquoi les Manchots waitaha ont disparu, mais il est probable qu'ils ont été mangés par les colons polynésiens. Il ajoute: "le fait que ayons trouvé ces os dans des sites archéologiques, des villages et des campements suggère que la chasse a joué un rôle important dans la disparition de l'espèce. Ces oiseaux constituaient une proie facile et n'étaient pas très nombreux".

Une découverte importante

David Penny, de la Massey University (Nouvelle-Zélande), affirme que le Manchot waitaha était un exemple d'une espèce indigène incapable de s'adapter à la présence humaine. Il précise: "il est très important de comprendre comment les espèces réagissent aux nouvelles conditions de leur environnement. Certaines d'entre elles peuvent s'adapter aux bouleversements comme le changement climatique, et d'autres pas. Plus nous en saurons sur ces questions, mieux nous pourrons les aider ".

Le Manchot antipode

Répartition actuelle du Manchot antipode
En rouge, répartition actuelle du Manchot antipode (Megadyptes antipodes). A): mouvements de colonisation de l'île du Sud à partir des îles sub-antarctiques
Schéma: Ornithomedia.com

Le Manchot antipode est actuellement l'un des manchots les plus rares du monde: sa population, estimée à 7 000 oiseaux, est entièrement confinée à la Nouvelle-Zélande, et elle fait l'objet d'un vaste effort de conservation.
Selon Birdlife International, 470 couples nichent encore le long de la côte sud-est de l'Île du Sud, 178 couples (1999-2001) dans le Détroit de Foveaux et les îles Stewart, entre 520 et 570 couples dans les îles Auckland et 405 couples sur l'île Campbell.
Quand les Européens sont arrivés sur l'Île du Sud dans les années 1800, le Manchot antipode avait déjà occupé les sites désertés par le Manchot waitaha. Le comportement reproducteur de l'espèce n'en fait pourtant pas une espèce colonisatrice.
Sanne BoessenKool les a étudiés sur le terrain pendant de nombreuses années: "les Manchots antipodes sont très secrets, timides et sont difficiles à étudier; ils ne forment pas de grandes colonies et construisent leurs nids sous des buissons". Les chercheurs estiment que ces manchots ont probablement survécu sur l'Île du Sud en raison d'un changement du comportement humain: soit les colons se sont déplacés plus au Nord en raison d'un manque de nourriture, soit ils ont commencé à prendre conscience de la fragilité de la faune. Sanne étudie maintenant comment et à quel moment les manchots ont colonisé l'Île du Sud à partir des îles Auckland et Campbell. Il ajoute: "c'est un mystère, nous essayons de voir comment ils ont pu faire, en essayant par exemple de repérer si de nouveaux groupes continuent à arriver à partir des îles sub-antarctiques".

Sources: Associated Press, BBC News, www.dailymail.co.uk.
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