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Sélection d'actualités ornithologiques à travers le monde. Vous pouvez nous proposer vos informations par e-mail (david.bismuth@ornithomedia.com).
Cette rubrique est publiée en partenariat avec www.scricciolo.com, le site web de référence sur la taxonomie des oiseaux du monde.

   
Fauvette à tête noire (Sylvia atricapilla) femelle
Fauvette à tête noire (Sylvia atricapilla) femelle
Photo: Christian Segonne / www.nature-photo.fr
Allemagne - Décembre 2009.
Divergences phénotypiques chez la Fauvette à tête noire liées aux activités humaines.
Nous avions récemment traduit et publié dans cette rubrique un article du 3 décembre 2009 du site web du New Scientist magazine rédigé par Shanta Barley et intitulé "British bird-feeders may be splitting species": mais l'un de nos visiteurs nous a fait remarqué justement qu'il affirmait un peu rapidement que les Britanniques nourrissant les oiseaux dans leurs jardins seraient en train de contribuer à la création d'une nouvelle espèce de Fauvette à tête noire (Sylvia atricapilla).
Mais la lecture de l'article original de Gregor Rolshausen, Gernot Segelbacher, Keith A. Hobson et H. Martin Schaefer, devant prochainement (le 29 décembre) être publié dans le numéro 19 de la revue Current Biology, est plus nuancée. Nous vous proposons ci-dessous une traduction du résumé du papier original, avec entre parenthèses des compléments d'informations présentés dans l'article du New Scientist:
La détermination de l'influence des changements induits par l'activité humaine sur l'évolution des espèces est un sujet fondamental. L'évolution chez des espèces sympatriques (= deux espèces voisines coexistant sur un même territoire sans s'hybrider) est rare et liée à une forte sélection naturelle. L'amélioration des conditions d'hivernage du fait des activités humaines (le nourrissage hivernal dans les jardins britanniques aidant les oiseaux à passer la mauvaise saison) a entraîné une séparation récente des voies de migration de populations de Fauvettes à tête noire (Sylvia atricapilla) d'Europe centrale (d'Allemagne).
Des chercheurs allemands et canadiens ont montré que ce changement d'orientation migratoire a facilité l'isolement reproductif de populations sympatriques de fauvettes en moins de 30 générations. La divergence génétique de populations sympatriques de Fauvettes à tête noire (nichant dans une même forêt d'Allemagne) a dépassé celle d'oiseaux allopatriques (= occupant des aires géographiques séparées et non chevauchantes) séparés de 800 km et s'est caractérisée par plusieurs divergences phénotypiques: les Fauvettes à tête noire migrant vers le Nord-ouest (entre l'Allemagne et la Grande-Bretagne), un trajet plus court que celui vers le Sud-ouest (de l'Allemagne vers la péninsule ibérique) présentent des ailes plus arrondies, un bec plus fin et des différences de plumage (un dos plus brun en particulier) avec les oiseaux sympatriques migrant vers le Sud-ouest.
Les chercheurs suggèrent que ces différences de la forme de l'aile et du bec seraient des adaptations écomorphologiques à des régimes alimentaires différents au cours de leur migration.
Dans l'article du New Scientist, Martin Schaefer explique sur ce point que "la nourriture disponible dans les jardins britanniques est généralement déjà concassée, et donc les individus au bec large qui leur permettait d'avaler de gros fruits, comme les olives dans la Péninsule ibérique, ne sont plus privilégiés".
Les chercheurs émettent l'hypothèse qu'un flux génétique réduit a accéléré la mise en place de divergences phénotypiques adaptatives à cause de régimes alimentaires différents. Des processus similaires pourraient avoir eu lieu chez plus de 50 espèces qui ont récemment modifié leur comportement migratoire ou chez des oiseaux ayant des voies de migration distinctes. Cette étude illustre ainsi comment des changements écologiques peuvent conduire à une évolution rapide et contemporaine d'écotypes (= population d'une espèce donnée qui présente des caractéristiques nouvelles adaptées à un type de milieu particulier).
Sources
-
Gregor Rolshausen, Gernot Segelbacher, Keith A. Hobson et H. Martin Schaefer (2009). Contemporary Evolution of Reproductive Isolation and Phenotypic Divergence in Sympatry along a Migratory Divide. Current Biology 19, 1–5. 29 décembre. http://www.cell.com/current-biology/abstract/S0960-9822(09)01925-3
- Katherine ButlerSat (2009). New research shows that feathered friends are changing due to food abundance. MNN.com. Date de mise à jour: 05/09.. hhttp://www.mnn.com/earth-matters/wilderness-resources/stories/bird-feeders-speed-up-evolution
- Shanta Barley (2009). British bird-feeders may be splitting species. New Scientist. http://www.newscientist.com/article/mg20427374.700-british-birdfeeders-may-be-splitting-species.html
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Perruches à collier (Psittacula krameri)
Perruches à collier (Psittacula krameri) se nourrissant de fruits d'érables dans la banlieue parisienne
Photo: Adrien Bismuth
Europe - Décembre 2009.
Le Rideau de Fer a constitué une protection contre les oiseaux exotiques.
Le Rideau de Fer, qui a divisé l'Europe pendant 46 ans, a laissé une forte empreinte sur la faune européenne. Selon les scientifiques, l'isolement de l'Europe de l'Est a empêché sa colonisation par des espèces d'oiseaux exotiques. Les restrictions des déplacements et du commerce dans les pays de bloc de l'Est ont en effet empêché en partie ces oiseaux d'entrer.
Pendant que les habitants de l'Ouest importaient des oiseaux exotiques, comme les perruches ou les tisserands, ceux de l'Est ont seulement introduit quelques espèces chassables.
Ce constat a été récemment publié dans la revue Biological Conservation. Le professeur Salit Kark, de l'Université hébraïque de Jérusalem en Israël, explique: "nous ne voulons évidemment pas retourner à l'époque du Rideau de fer, mais y a quelques leçons importantes à tirer de son existence".
Salit Kark rappelle que les espèces invasives constituent une menace significative pour la diversité biologique, et elle ajoute: "le Rideau de fer a un peu protégé le bloc de l'Est des "envahisseurs". D'autre part, si l'ouverture actuelle des frontières favorise les arrivées d'espèces, elle contribue aussi aux coopérations transfrontalières pour traiter le problème".
L'équipe de Salit Kark a tout d'abord réalisé un inventaire des espèces invasives en Europe, en se basant sur des observations, des rapports et des études. Quand elle a analysé la base de données obtenue, elle a été étonnée de constater que l'activité humaine avait une impact plus important sur les introductions d'oiseaux que le climat ou la latitude. Et cet impact a été mis en avant par la construction du Rideau de fer.
Salit Kark explique: "pendant la Guerre Froide, peu d'espèces avaient été introduites dans le bloc de l'Est, alors que que l'Ouest en a accueilli beaucoup plus": en Europe de l'Ouest, le nombre d'espèces d'oiseaux introduites et qui s'y sont établies était de 36 avant le début de la Guerre froide, de 46 entre 1945 à 1991, et de 54 après la fin de la Guerre froide. En Europe de l'Est, le nombre est passé de 11 espèces introduites avant la Guerre Froide à cinq pendant.
Pendant la Guerre Froide, les gens de l'Ouest ont introduit beaucoup d'espèces exotiques comme oiseaux de compagnie, pour fournir des zoos ou pour "améliorer la faune". Dans l'Est, les espèces introduites étaient principalement du gibier à plumes, comme les perdrix, les faisans, les canards et les oies.
Mais dans la majorité de l'Europe, les oiseaux introduits sont restés cantonnés dans le pays initial d'importation, ce qui signifie qu'il est alors encore temps de prendre des mesures pour les empêcher d'étendre leur aire de répartition. Mais 14 des 121 espèces se sont répandues dans d'autres pays comme la Perruche à collier (Psittacula krameri) ou la Perruche souris (Myopsitta monachus).
Le constat que la géopolitique a un fort impact sur la faune peut être utilisé de façon positive: Salit Kark précise en effet que les pays européens peuvent désormais agir ensemble, avant que certaines espèces n'aient trop élargi leur aire. Les mêmes remarques s'appliquent à d'ailleurs toutes les régions où le commerce s'est développé de façon spectaculaire, comme la Chine. Et Salit Kark de conclure: "ces pays n'ont peut être pas encore mis en place de politiques de gestion des espèces allochtones, mais ils ont l'occasion d'apprendre des erreurs des autres".

Source:
- Matt Walker (2009). Iron Curtain kept out alien birds. BBC. Date de mise à jour: 4/12. http://news.bbc.co.uk/earth/hi/earth_news/newsid_8393000/8393611.stm



   
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