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Tendances intéressantes de la migration au-dessus des Pyrénées et du détroit de Gibraltar

Alors que 13 968 Milans noirs ont été comptés le 7/08 depuis le col d'Organbidexka, voici les résultats de deux études récentes.

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Tendances intéressantes de la migration au-dessus des Pyrénées et du détroit de Gibraltar

Passage record de Milans noirs (Milvus migrans) au-dessus du col d'Organbidexka (Pyrénées-Atlantiques) le 7 août 2017.
Photographie : Rémy Bléhaut / LPO Aquitaine

Le Milan noir (Milvus migrans) est un rapace de taille moyenne globalement brun sombre à la queue échancrée en forme de "V". Son aire de répartition est très vaste (Eurasie, Afrique et Océanie), et plusieurs sous-espèces sont reconnues. En Europe, il niche sur presque tout le continent à l’exception des îles Britanniques, du Danemark, de la Norvège et des îles de la Méditerranée. Il migre entre juillet et septembre vers l'Afrique tropicale, et il est de retour en mars-avril. Des milliers d'oiseaux (par exemple 21 172  en 2016, essentiellement en août-septembre) sont comptés chaque automne au-dessus du col d'Organbidexka/Organbideska (département des Pyrénées-Atlantiques), situé non loin de la vaste forêt d'Irati (lire Rencontre avec le Pic de Lilford dans la Selva de Irati en mars 2017) par les associations LPO Aquitaine et Oiseaux Cols Libres, et de 100 000 à 150 000 au-dessus du détroit de Gibraltar par les ornithologues espagnols. 

Le 7 août 2017, des salariés et des bénévoles de la LPO Aquitaine ont compté 13 968 Milans noirs en quatre heures au-dessus du col d'Organbidexka, un chiffre supérieur aux 12 269 oiseaux observés le 2 août 2015, le précédent record journalier pour l'espèce et le site. Cet afflux s'explique toutefois par des conditions météorologiques particulières : bloqués dans les vallées plus au nord à cause du brouillard, ces rapaces ont profité d'une amélioration temporaire favorisant la formation d'ascendances thermiques (lire L'utilisation des ascendances thermiques et dynamiques par les oiseaux) nécessaires pour leur permettre de franchir sans trop d'efforts le massif pyrénéen.



Situations du col d'Organbidexka (France) et du détroit de Gibraltar.
Carte : Ornithomedia.com

Si ce chiffre est exceptionnel, il est tout de même révélateur d'une tendance intéressante : l'augmentation linéaire depuis une quinzaine d'années du nombre de Milans noirs et de plusieurs autres rapaces comptés chaque saison au-dessus des Pyrénées et du détroit de Gibraltar. Dans un article publié en 2016 dans le journal Biodiversity and Conservation, des biologistes espagnols ont présenté les résultats de leur analyse des données des comptages réalisés entre 1999 et 2013, et ils ont constaté une augmentation du nombre de Cigognes blanches (Ciconia ciconia) et noires (C. nigra), de Circaètes Jean-le-Blanc (Circaetus gallicus), d'Aigles bottés (Aquila pennata), de Vautours percnoptères (Neophron percnopterus) et de Milans noirs observés lors de chaque passage post-nuptial depuis le col d'Organbidexka et le détroit de Gibraltar sur cette période, alors que celui des Bondrées apivores (Pernis apivorus) est resté stable. Les effectifs des migrateurs étant corrélés avec ceux des nicheurs, cette évolution refléterait une amélioration du statut de ces espèces. Par ailleurs, l'augmentation plus forte constatée depuis les sites de suivi pyrénéens que depuis les points de comptage installés autour du détroit de Gibraltar s'expliquerait par l'accroissement de l'hivernage de ces espèces dans la péninsule ibérique. 

Dans une autre article publiée en 2016 dans la revue Ibis, des ornithologues ont montré, en se basant sur l'analyse de 16 années de suivi de la migration de onze espèces de rapaces et de cigognes au-dessus du détroit de Gibraltar, que les Busards cendré (Circus pygargus) et des roseaux (C. aeruginosus), l'Épervier d'Europe (Accipiter nisus) et l'Aigle botté avait significativement avancé leurs dates de passage post-nuptial. Par contre, aucun changement significatif n'a été constaté pour la Bondrée apivore. Ils ont aussi observé que les adultes migraient généralement plus tôt que les jeunes et les non-nicheurs. 

Cette modification du comportement migratoire serait une réponse au changement climatique et une conséquence d'un retour printanier plus précoce. Ces migrateurs ont par ailleurs intérêt à rejoindre le plus tôt possible leurs sites d'hivernage afin de choisir les meilleurs territoires, et de repartir avant le début de la saison sèche. Les espèces de petite taille, comme l'Épervier d'Europe, sont probablement plus sensibles à une modification des conditions climatiques du fait de leurs capacités thermorégulatrices moindres, et elles doivent donc s'adapter plus rapidement. Celles qui ont le moins modifié leurs dates de passage, comme la Bondrée apivore, sont aussi celles dont les populations européennes ont le plus diminué ces dernières années.

Les adultes ont davantage avancé leur période migratoire que les jeunes et les non-nicheurs car ils doivent s'adapter plus fortement aux modifications de leurs conditions de nidification. D'autre part, les juvéniles, qui sont moins expérimentés, doivent se préparer plus longtemps avant leur premier voyage, et ils se fient avant tout à la diminution de la durée du jour pour déterminer leur date de départ.

Ajoutons que sur le site web Twitter, Richard Banham a indiqué avoir observé dès le 6 juillet 2017 à La Janda (Andalousie)  d'importants dortoirs de Milans noirs s'apprêtant à traverser la Méditerranée, et que l'utilisateur Huerta Grande Birding a signalé le 11 juillet les premiers groupes de Milans noirs survolant le détroit...

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Sources

  • LPO Aquitaine (2017). Les Milans noirs ont rempli le ciel d'Organbidexka ! www.aquitaineonline.com
  • Beatriz Martín, Alejandro Onrubia, Andrés de la Cruz et Miguel Ferrer (2016). Trends of autumn counts at Iberian migration bottlenecks as a tool for monitoring continental populations of soaring birds in Europe. Biodiversity and Conservation. Volume : 25. Numéro : 2. Pages : 295–309. https://link.springer.com/article/10.1007/s10531-016-1047-4
  • M. Panuccio, B. Martín, M. Morganti, A. Onrubia et M. Ferrer (2016), Long-term changes in autumn migration dates at the Strait of Gibraltar reflect population trends of soaring birds. Ibis. Numéro : 159. Pages : 55–65. http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/ibi.12420/full

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